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OMC : L’industrie des mensonges est en train de faire faillite.

Petit à petit, le Tiers-monde réalise que la libre concurrence des multinationales n’est qu’une arnaque.

Mani Kisui, 22 septembre

Du 10 au 14 septembre, la ville mexicaine de Cancun a abrité la 5ème Conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce(OMC). Composée de 146 Etats membres, l’OMC est chargée d'organiser la libéralisation des échanges, d'arbitrer les conflits commerciaux entre Etats et d'élargir les champs du libre-échange à de nouveaux domaines tels que les services.

Cette fois-ci, la conférence s'est achevée sur un échec : les discussions restent bloquées à cause des différences entre le monde en développement et les pays industrialisés sur les transactions commerciales des produits agricoles.

Précisons que la 5ème réunion de l'organe de décision suprême de l’OMC avait officiellement pour principal objectif de faire le bilan de l'avancement des négociations demandées par le programme de la précédente conférence tenue à Doha au Qatar en novembre 2001. Pour rappel, la déclaration de Doha avait établi le mandat des négociations sur divers thèmes parmi lesquels figuraient ceux qui ont trait à l'agriculture et aux services. Il s’agissait d’obtenir la suppression des subventions massives que les nations développées accordent à leurs producteurs et qui faussent les règles de la libre concurrence.

Conscients de la menace qui pesait sur leurs intérêts économiques lors des négociations de Cancun, les pays industrialisés les ont encore évitées. Avec une extrême habileté, ils les ont, une fois de plus, renvoyées aux calendes grecques. Mais le mensonge a aussi ses limites. Cette fois-ci, les pays du Tiers-monde ont exigé d'abord une évaluation des acquis de la conférence de Doha avant tout nouveau cycle de négociations. La ministre malaysienne du Commerce, Rafidah Aziz, n’a pas caché son indignation. Selon elle, «rien n’a changé depuis 1987 sur l’agriculture et on voudrait nous faire ouvrir de nouvelles négociations. Nous nous sommes fait avoir dans les cycles de négociations précédents, cela doit changer».

«Les PVD ont commencé à se réunir ensemble à Genève pour suivre les négociations OMC ensemble, dossier par dossier, ils savent maintenant mieux comprendre les textes», expliquait un membre de la délégation cambodgienne. Le vice-ministre vénézuélien du Commerce, Victor Alvarez, est, quant à lui, catégorique : «Nous nous réveillons aujourd’hui des chimères que les pays développés nous ont vendues. Or, si nous voulons des résultats, il faut changer les règles que l’on nous a imposées jusqu’ici».

Les positions se sont encore radicalisées samedi, 13 septembre, lorsque l'OMC s’est permise de narguer, comme d’habitude, les «damnés» de la terre en publiant un projet de déclaration finale basée sur le texte euro-américain, incluant le lancement des négociations sur les questions dites de Singapour (les marchés publics, les investissements, la concurrence et la facilitation des échanges). Mais les pays du Sud ont refusé de voir figurer ces questions à l'ordre du jour sans aucune avancée dans le domaine de l'agriculture où les nations développées ont tout simplement refusé de toucher aux subventions qu'elles accordent à leurs producteurs.

Lori Wallach, directrice de l’ONG américaine «Public Citizen», a estimé que «le texte euro-américain les( pays du Tiers-monde) a rendu fous, car ils reportaient encore une fois à plus tard les promesses de commerce agricole plus juste, alors que chez eux, de plus en plus de paysans pauvres manifestaient contre l’OMC»

A la fin de la conférence, les Africains ont imputé ce fiasco aux pays du Nord, Etats-Unis en tête. Pour les organisations de la Société civile africaine, regroupées au sein du Réseau africain pour le commerce (ATN), l'échec des négociations de Cancun est lié aux mêmes causes qui avaient conduit à l'impasse à Seattle, aux Etats-Unis, en 1999, lors de la troisième conférence ministérielle de l'OMC.

Quand la large majorité de ses membres se sent lésée, l'OMC, de son côté, parle de ''contre-temps'' à propos de l'échec des négociations, et estime qu’il y a des progrès considérables. ''Nous avons accompli des progrès considérables. Toutefois, il reste encore du travail à faire dans certains domaines clés pour nous permettre d'avancer vers la conclusion des négociations de manière à nous acquitter des engagements que nous avons pris à Doha'', souligne sa déclaration.

La libre concurrence assassine la concurrence, impose le darwinisme social et accentue la misère des peuples.
Pour comprendre l’indignation des pays du sud, il faut analyser les faits et les confronter aux beaux discours par lesquels on essaie de faire passer des règles injustes.

Les pays industrialisés ont toujours considéré le Tiers-monde a toujours été comme un simple fournisseur des matières premières bon marché. Or, dans les pays en développement, près de trois milliards de gens vivent dans des zones rurales. Ce chiffre représente 90% de la population paysanne mondiale. Leurs économies reposent essentiellement sur le secteur primaire( mines et produits agricoles).

D’autre part, les pays occidentaux ne cessent de leur chanter tout le temps le même refrain : « Le seul chemin qui mène au salut ( réduction de la pauvreté ; efficacité des systèmes alimentaires, sanitaires et agricoles ; gestion environnementale efficace ; sécurité alimentaire, etc.) passe impérativement par le commerce international et la libre concurrence ». Pourtant, toutes les recettes sont appliquées mais le Tiers-monde continue toujours à s’enfoncer le marasme économique et social inextricable.

Ceux qui imposent aux pays pauvres d’ouvrir de façon naïve leurs marchés et de libéraliser totalement leurs économies sans passer par les financements de l’Etat, assassinent cette libre concurrence. Car, dans ces conditions de concurrence déloyale, les produits du sud ne peuvent pas concurrencer ceux du nord sur les marchés. Au moment où on interdit aux pays pauvres de subventionner leur agriculture, pilier de leur économie, les pays riches subventionnent leurs agriculteurs pour leur permettre d’affronter la concurrence dite libre. Les données sont claires : selon l'Institut international de recherche sur la politique agricole (IFPRI), basée à Washington, les pays riches auraient dépensé 311 milliards de dollars US en subventions au profit de leurs agriculteurs en 2001. Cela représente, selon le secrétaire général du Commonwealth, Don Mckinnon, six fois le niveau actuel de l'aide globale. Pendant que n'importe quelle entreprise européenne reçoit d'importants financements en subventions, 2,8 milliards de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour dans le Tiers-monde'.

Cette politique fausse automatiquement la libre concurrence pour la simple raison que ces subventions agricoles permettent aux agriculteurs des pays industrialisés de vendre leurs produits à des prix anormalement bas. D’autre part, les tarifs douaniers des pays riches font que les produits importés du monde en développement sont hors de prix sur les marchés des pays riches. On force le Sud à ouvrir ses marchés, même aux carnassiers de la pire espèce au moment où le Nord ferme son marché aux produits du Sud. Cela crée et renforce le monopole des producteurs du Nord , perturbe gravement les économies des pays du Sud et accentue la misère dans le Tiers-monde .

L'Institut international de recherche sur la politique agricole estime encore que les agriculteurs en Afrique subsaharienne pourraient gagner environ deux milliards de dollars US supplémentaires chaque année si les pays industrialisés abandonnaient leurs politiques agricoles qui faussent le commerce, et ouvraient leurs marchés aux produits en provenance du monde en développement. Les agriculteurs de tous les pays en développement pourraient augmenter leurs revenus de près de 26 milliards de dollars US par an, si les pays industrialisés ouvraient effectivement leurs marchés au libre échange pour les produits agricoles.

Une étude récente a également montré que les pays producteurs de coton de l’Afrique de l'Ouest et du centre ont déjà perdu, depuis un moment, un milliard de dollars par an en raison des subventions qui ont atteint 3,7 milliards de dollars en 2002 pour les Américains, 700 millions de dollars pour les Européens et 1,2 milliard de dollars pour les Chinois.

Rien sur cette terre n’étant immuable, les ruinés commencent à bouder le système. Au Nigeria, par exemple, les producteurs nationaux réalisent petit à petit ce que cette politique signifie quand on leur présente cette libre concurrence comme le seul moyen de tirer ce géant économique africain de la crise qui l’étrangle depuis des années. Tout le monde avait salué l’avènement de la démocratie made in Occident au Nigéria qui a consolidé la libre concurrence et, par ricochet, la dictature du capital international. Les conséquences ne se sont pas faites attendre : le darwinisme social y fait des ravages. Ismaila Adeyemi, président de l'Association des cadres supérieurs du textile, des vêtements et de la couture du Nigeria, a déclaré que « 60 sociétés ont cessé leurs activités au cours de l'année écoulée, et que 15 autres entreprises textiles sont sur le point de faire faillite. Les emplois dans l'industrie du textile sont passés de 140.000 à moins de 57.000 depuis l'entrée du Nigeria à l'OMC il y a sept ans. »

De sont côté, l'Union nationale des travailleurs du textile, des vêtements et des métiers de tailleurs a indiqué que la part de marché de l'industrie locale était passée à 27 pour cent, les tissus importés ayant pris la tête. L'Union a réclamé des mesures de sécurité plus strictes, notamment la fermeture des frontières pour réduire l'inondation du marché nigérian par les produits venant d’ailleurs. Selon toujours l’Union, ''le Nigeria ne peut pas être plus mondial que les forces mondiales qui, d'une part, demandent la baisse des tarifs douaniers, le libre échange, mais d'autre part, protègent leur propre marché à travers l'accroissement des subventions, l'appui à l'exportation et la restriction directe ainsi que l'interdiction de certaines importations''.

Au moment où le monde en développement commence à exiger que les pays industrialisés suppriment les subventions et rendent plus facile l'accès à leurs marchés, les pays industrialisés ne veulent pas supprimer les subventions et les tarifs douaniers, qui constituent des barrières à l'entrée sur leurs marchés. Dans une interview à l'hebdomadaire 'Sunday Times', le principal directeur pour les négociations commerciales au département sud-africain du Commerce et de l'Industrie, Xavier Carim, a déclaré : '' Il est clair que l'Union Européenne (EU), le Japon et d'autres ne sont pas prêts à ouvrir leurs marchés jusqu'à un certain point qui soit nécessaire''.

L’industrie des mensonges est donc en train de faire faillite. Tôt ou tard, elle ne saura plus vendre ses surplus de production pour la simple raison que son marché se rétrécit chaque jour un peu plus.

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