Présentation
du livre "KABILA et la révolution congolaise"
Par le docteur Jean-Baptiste SONDJI,
C’est
un réel plaisir pour nous de vous présenter ce livre
qui parle de nous, de notre pays et d’un homme avec lequel
nous avons partagé les moments dont il est question ici.
Ce livre est le couronnement d’un travail pour lequel l’auteur
a quitté sa lointaine Belgique, pour venir partager, avec
nous, ces moments de notre histoire immédiate.
En effet, le Camarade Ludo a quitté son pays depuis pratiquement
quatre ans, n’y allant que de temps en temps, pour de courtes
périodes. Ludo a effectivement vécu avec nous, Congolais,
partageant notre vécu quotidien.
Ludo habite la cité des Congolais, connaît la cité
de Kinshasa et ses rues mieux qu’un grand nombre d’entre
nous. Les Kinois le connaissent très bien aussi. Il est en
effet rare que dans un taxi, posant une question au sujet de l’une
ou l’autre de ses nombreuses interventions, qu’il n’y
ait aucun passager qui ne le reconnaisse.
Pour le camarade Ludo, le Congo est une véritable passion
; c’est sa deuxième patrie avant qu’elle ne devienne,
sans doute, la première si nous y réussissons la révolution,
dans l’entendement noble du terme, c’est-à-dire
la transformation des rapports sociaux pour plus de justice entre
les hommes.
La lecture du livre « Kabila et la Révolution Congolaise",
nous met en face de plusieurs chroniques.
Dans ce livre, l’auteur commence par nous décrire les
péripéties de l’interminable transition de 1990
à 1997. L’inconsistance de la classe politique congolaise,
ses intrigues de même que celles de certains dignitaires des
églises y sont décrites avec finesse. L’impasse
à laquelle abouti la conférence nationale est l’illustration
de la lutte entre une classe politique au service des intérêts
étrangers et un peuple décidé à voir
des changements s’opérer en faveur de se intérêts.
La description de la situation qui prévaut au Rwanda, singulièrement
son éthnicisme, met en lumière, comment un peuple,
ayant toujours vécu en harmonie avec lui-même, peut
devenir son propre ennemi, parce que manipulé par des tiers,
étrangers de surcroît, qui parviennent à lui
faire croire que son frère d’hier, à cause de
son nez un peu long, nez qui a toujours été ainsi,
était devenu son ennemi qu’il fallait absolument éliminer.
A travers ce cas, l’auteur nous met en garde, nous Congolais,
contre cette manipulation éthniciste, qui a déjà
traversé nos frontières, pour s’incruster dans
notre pays, causant des conflits qu’il devient difficile de
dénouer tant, dans leurs expressions, la composante passionnelle
tend à prendre le dessus sur le rationnel.
Souvenons-nous de l’expulsion de la province du Katanga des
Congolais originaires du Kasaï, expulsion qui, entre autres,
a précipité la faillite de la Gécamines dont
les conséquences sont désastreuses pour le pays tout
entier, mais surtout pour la population du Katanga dont la dépendance
à la Gécamines était notoire.
L’auteur
nous fait une analyse fouillée de l’épopée
militaire de Kabila de 1996-97 : la justesse de l’intervention
des troupes rwandaises dont le nouveau régime était
menacé par la présence, à ses frontières,
de hordes de génocidaires ; l'intervention légitime
de l’Angola pour qui, le départ de Mobutu, correspondait
à couper les bases arrières de l’Unita de Savimbi
qui l’avait tant déstabilisé.
La participation rwandaise, angolaise, zimbabwéenne et namibienne
y est décrite comme contribution de la nouvelle Afrique combattante
à la libération de tout le continent.
Durant cette avancée des troupes de Kabila, l’auteur
nous montre un fait capitale à la base de la victoire et
que Kagame n’avait pas saisi : l’adhésion des
masses congolaise à ce mouvement de libération. C’est
l’absence de cette adhésion populaire qui explique
l’échec de la tentative de Kagame de s’emparer
du pouvoir, à Kinshasa, en août 1998.
Dans ce livre l’auteur nous montre aussi que l’avancée
de Kabila ne fait pas que des heureux. Tous ceux qui veulent voire
notre pays demeurer une terre d’exploitation au bénéfice
des intérêts étrangers, mettent tout en œuvre,
pour empêcher une victoire totale de Kabila sur les forces
mobutistes.
Cette victoire devenant inéluctable, tout est fait pour que
le pouvoir ne lui revienne pas entièrement, mais qu’il
soit partagé avec les vaincus.
C’est le sens qu’il faut donner au schéma de
Mandela, qui le 14 mai 1997, proposait une direction tricéphale
au sommet de l’Etat avec Kamanda, comme représentant
l’opposition politique de l’époque, Nganda représentant
la famille politique de Mobutu et Kabila représentant la
famille des nationalistes.
Comme l’on peut le constater l’idée de créer
absolument une confusion dans la gestion des affaires congolaises
ne date pas de Pretoria.
A l’entrée des kadogos à Kinshasa, la liesse
populaire contraste avec la débandade des maîtres d’hier,
débandade que nous ne pouvons nous empêcher de savourer
avec délectation, tant ce pouvoir nous avait fait mal à
notre peuple tout entier.
Les premiers mois de fonctionnement du premier gouvernement y sont
décrits avec objectivité. Au lendemain de la prise
de pouvoir de Kabila les espoirs pour des lendemains meilleurs sont
permis : recouvrement de la sécurité des biens et
des personnes, stabilisation de la monnaie, l’inflation est
jugulée sans le concours des institutions de Breton Wood.
Même les enfants s’en rendaient compte.
Alors que nous savourions cet air d’un renouveau prometteur,
l’auteur nous décrit comment les ennemis de notre peuple
conspiraient pour mettre un terme à une expérience
qui risquait de faire école, pour un pays qui était
considéré comme une chasse gardée des sociétés
multinationales. Il ne fallait pas que le Congo de Kabila démontre
qu’il était possible de se passer des institutions
de Breton Wood.
Dès ce moment nous allons assister à la diabolisation
progressive de Laurent Kabila, accusé d’actes de génocide
contre les hutu rwandais avec lesquels il n’avait aucun contentieux.
La guerre d’agression du 2 août 1998 nous est comptée
avec force détails. L’auteur nous fait vivre les batailles
du camp Tshatshi, la guerre de Matadi et Kitona, l’intervention,
in extremis, des parachutistes zimbamwéens, suivie de celle
des troupes angolaises et enfin, l’entrée en force
du peuple congolais, qui en harmonie avec son chef, décide
de prendre en main son destin.
La conjonction des forces zimbabwéennes, angolaises et celles
du peuple congolais contribuera à faire échec à
la tentative de la prise de la ville de Kinshasa.
Malgré les échecs successifs des agresseurs, ces derniers
ne désarment pas : une autre guerre est déclenchée
dans l’Est du pays où résiste vaillamment notre
peuple à Kabinda et dans tout le Kivu.
La guerre d’agression prévue pour être une guerre
éclaire, se transformait progressivement en une guerre de
longue durée, à laquelle nos ennemis ne s’étaient
pas préparés. Il devenait impérieux, pour eux,
de changer de tactique : obtenir politiquement ce qu’ils avaient
peu de chance d’obtenir par les armes. C’est la raison
d’être de l’accord de Lusaka, obtenu par chantage.
En effet le Président Kabila, se trouvant dans une situation
d’extrême faiblesse sur le plan militaire, était
contraint de signer un accord qui avait comme finalité, le
bradage de la souveraineté nationale et sa propre élimination
du pouvoir.
Mais la vérité est que nos ennemis ne s’attendaient
pas à ce que Kabila signa cet accord. Leur souhait était
de le voir le rejeter, pour que ce rejet serve de prétexte
à la poursuite de la guerre, pour permettre au Rwandais de
s’emparer de Mbuji-Mayi et de son diamant. Mais en le signant,
Kabila modifiait fondamentalement les rapports de force sur le plan
diplomatique.
En effet, le Rwanda et l’Ouganda s’étaient partagés
les zones de pillage : l’Ouganda se chargeait de piller l’or,
le diamant et le bois de la Province Orientale tandis que le Rwanda
pillerait le diamant de Mbuji-Mayi.
Mais la signature de l’accord de Lusaka, en figeant les positions
sur le plan militaire, empêcha le Rwanda de s’emparer
de Mbuji-Mayi et donc de se servir en diamant.
Dès ce moment, les rwandais s’aperçurent qu’ils
étaient les dindons de la farce. S’estimant lésés,
ils décidèrent de retourner leurs fusils contre leurs
alliés Ougandais en vue d’obtenir un partage plus équitable
du butin de la guerre : d’où les guerres de Kisangani.
Du même coup, face à deux armées étrangères
se faisant la guerre sur un territoire étranger, la thèse
selon laquelle le conflit du Congo était une guerre civile
opposant des Congolais à d’autres Congolais devenait
indéfendable. Nous assisterons à un changement progressif
de l’opinion internationale, jusque là favorable au
Rwanda, en faveur, cette fois-ci, du Congo de Kabila.
Kabila, en signant un accord qui lui était au départ
très défavorable, venait de marquer des points décisifs
en modifiant les rapports de force sur le plan diplomatique en faveur
du Congo. C’est sans doute pour éviter qu’il
puisse jouir de la victoire totale qui pointait à l’horizon,
qu’il a été assassiné.
Que pouvons- nous retenir de la lecture de ce volumineux livre et
de son auteur ?
Ce livre retrace l’histoire immédiate de notre pays,
histoire située dans le contexte d’une lutte dont les
ramifications dépassent nos frontières.
L’auteur, en observateur attentif de la scène socio-politique
congolaise et africaine, décrivant des évènements
se déroulant au Rwanda, démontre que nous, Congolais,
aurions tord de croire que ce qu’y s’y passe ne nous
concerne pas.
En effet, il démontre que la manipulation ethniciste à
conduit au génocide rwandais. Ce dernier a provoqué
une onde de choc qui a balayé des régimes qui se croyaient,
non seulement, indéracinables, mais aussi, étrangers
au drame que vivait le peuple rwandais. L’auteur attire l’attention
des Congolais sur le danger qui les guette en jouant avec l’ethnicisme.
Du même coup, il met en exergue le caractère panafricain
des problèmes du continent.
En effet, l’auteur nous démontre que malgré
nous, les malheurs qui ont touché le peuple Rwandais ont
eu des conséquences graves sur le vécu quotidien des
congolais.
Partant, la question que l’auteur nous pose est celle de savoir
si l’émancipation du Congo peut s’envisager en
dehors du contexte panafricain. Vu sous cet angle, l’on doit
prendre conscience du danger que constitue la question ethnique,
instrumentalisée par ceux qui ne veulent pas voir l’Afrique
aller de l’avant.
Que chacun de nous se souvienne de la fixation sur les Tutsti pour
expliquer la guerre que connaît notre pays, alors qu’une
analyse sérieuse aurait pu nous démontrer que celle-ci
avait ses origines ailleurs.
Il nous revient à nous, Congolais, Africains, de répondre
à cette interrogation.
De
Kabila, l’auteur nous donne l’image d’un infatigable
combattant au service du nationalisme congolais, dans la continuité
de la lutte amorcée par Lumumba et poursuivie par Mulele.
Sa contribution, dans cette sorte de trilogie révolutionnaire
et dans la recherche de type de société adaptée
aux exigences de l’émancipation de notre peuple, sa
contribution aura été sans conteste, son projet de
démocratie de type populaire. Cette vision avait déjà
été formulée et même mise en pratique
par Pierre Mulele ; Kabila en posant le problème, en fait
un élément de débat national. Certes ce projet
est combattu par un grand nombre de personnes qui ne partagent pas
cette vision, mais aucune d’entre elles n’a été
en mesure de démontrer en quoi un tel projet porterait préjudice
à notre peuple. De toutes les façons, le fait d’être
contre ou en faveur du projet procède du débat indispensable
avant d’en arriver à sa mise en œuvre effective.
L’auteur nous fait découvrir aussi un Kabila stratège.
En effet il nous démontre comment ne disposant d’aucune
armée, il saisit l’opportunité de faire usage
des armées de ses alliés, pour atteindre ses propres
objectifs à lui.
Le livre nous montre un Kabila panafricaniste. Le développement
de notre pays, il l’inscrit résolument dans une vision
panafricaine. Ces rapports privilégiés, le sont d’abord
avec les pays africains tout en favorisant l’axe sud-sud de
manière plus générale.
Ce livre est enfin un outil de travail pour ceux qui s’intéressent
sérieusement à la construction de la société
congolaise.
Il constitue également une interpellation pour nous qui prétendons
nous battre pour une nouvelle société dans notre pays.
Nous qui parlons tout le temps du peuple, nous qui vivons avec ce
peuple, mais sommes incapables de systématiser ce que nous
savons de lui. Ce que le camarade Ludo a écrit, il l’a
vécu ici avec nous. Combien sommes-nous capables d’en
faire autant ?
Pour terminer, je ne puis que vous exhorter à lire ce livre
qui contient beaucoup d’informations, lesquelles informations
vous armeront, si pas tous, mais en tout cas tous les patriotes
congolais qui veulent s’engager dans l'exaltante lutte de
l’émancipation de notre peuple afin que, et pour paraphraser
Mzee Kabila, la victoire finale soit dans notre camp.
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