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Le
début du maquis du Kwilu
Le 3 juillet 63, Mulele revient clandestinement de Chine à
Kinshasa via Brazzaville. "La stratégie parlementaire
a définitivement échoué à Lovanium,
dit-il. Tous les nationalistes doivent quitter la capitale et rentrer
chez eux. Il faut se préparer pour déclencher dans
toutes les régions du pays un soulèvement populaire."
Mulele promet d'accueillir au Kwilu tous les dirigeants qui veulent
s'engager dans la lutte armée et de les former pour qu'à
leur tour ils créent des bases d'entraînement. "Il
faut d'abord former des cadres et préparer la population.
Je ne veux pas agir avant 3 ans."
Les débuts du maquis
Début août, Mulele et quatre compagnons, Bengila, Mukulubundu,
Mukwidi et Mitudidi arrivent au Kwilu dans la région de Nkata.
Très tôt le matin, ils y tiennent la première
réunion du maquis. Mukwidi et Mitudidi doivent aller à
Léopoldville dès le mois d'août pour contacter
les cadres nationalistes susceptibles de s'engager dans la lutte.
Mitudidi, traducteur chez Mabika Kalanda, doit aussi garder le contact
avec les pays progressistes africains, avec la Chine et Cuba.
Dès le 6 août, Mulele commence à recruter des
partisans. Parmi le premier groupe de dix jeunes, Valère
Etinka, le petit frère de Bengila et une seule fille Léonie
Abo. A la fin du mois, le camp compte 580 partisans, dont 150 jeunes
filles.
La répression s'abat sur tous les villageois: le sang coule
Le 3 septembre déjà, le gouvernement proclame la "mise
à prix de la tête de Mulele" et décide
d'envoyer des troupes vers "les régions troublées".
L'abbé Placide Tara témoigne de la répression
qui sévit dès septembre dans le triangle Kikwit-Idiofa-
Gungu: "Le chef de clan chez qui manque un enfant, fille ou
garçon, paie l'absence. Il est torturé, les parents
de l'enfant de même. On leur inflige de fortes amendes et
on parvient à ravir les habits des chefs de clan. Les scènes
sont parfois horribles à voir. Tous les hommes doivent se
coucher à plat ventre. Les militaires et les policiers marchent
sur le dos des villageois couchés par terre. Ils les rouent
de coups de bâton. Le sang coule."
Mulele déclenche l'insurrection populaire
Le 1er janvier 1964, Mulele donnait l'ordre de passer à l'action.
Pendant tout le mois de janvier les équipes menaient dans
la province du Kwilu des opérations ponctuelles dans le but
de se procurer des armes et de punir les réactionnaires les
plus endurcis.
Le 13 janvier, Jérome Anany, ministre de la Défense,
prit la charge des opération au Kwilu, où il se rendaient
en compagnie de Mobutu. Le 14 janvier, une compagnie de l'ANC, envoyée
en renfort, débarquait à Kikwit. le 18 janvier, Kasavubu
décrétait l'état d'exception dans toute la
province du Kwilu.
La terreur était horrible. A Mungindu, les policiers organisaient
des razzias et entassaient par centaines leurs victimes ensanglantées
dans la prison. La revue belge "La Relève" du 1
février écrit: « Un camion maculé de
sang est arrivé de Mungindu. Le chauffeur a raconté
qu'il a dû emporter 87 cadavres pour les faire enterrer. Ils
ont péri asphyxiés, parce qu'ils étaient entassés
à 124 dans un local trop petit. »
L'abbé Tara, qui par la suite a rejoint le maquis, témoigne:
« Les militaires incendient les cases, tuent tout être
humain qu'ils voient, attrapent des chèvres, des poules.
Le gros bétail sur leur passage attrape aussi des balles.
» Tarra avait entendu une conversation entre soldats, qui
disaient: « On a tué des policiers, mais nous devons
tuer 500 civils. Un policier vaut 500 civils. Si c'était
un militaire qui avait été tué, alors nous
allions massacrer le village entier. »
Le premier territoire libéré
Le 22 janvier, Mulele donnait l'ordre à toutes les unités
combattantes de passer à une offensive générale.
Les partisans détruisaient les ponts et les bacs. Ils creusaient
de larges fosses dans les routes. De cette manière, ils voulaient
empêcher les déplacements militaires et obliger l'armée
à se diviser en unités plus réduites.
En même temps, des équipes de 100 à 200 partisans,
souvent renforcés par des villageois, s'emparaient des personnalités
particulièrement détestées dans les villages
et les exécutaient.
A la fin de février 1964, les partisans de Mulele exerçaient
un contrôle réel sur un territoire de 300 km de long
sur l'axe nord-sud et de 120 km de large sur l'axe est-ouest. Mulele
avait eu trois mois pour former ses premiers cadres. Rentrés
chez eux, ceux-ci ne disposaient que de deux mois pour organiser
et entraîner les équipes locales et pour préparer
les masses.
Le 20 janvier, le mouvement muléliste toucha le centre minier
et diamantaire au Kasaï, Tshikapa. Au nord de la province du
Kwilu, les mulélistes traversèrent le fleuve Kasaï
en direction d'Oshwe. Ils étaient même arrivés
dans la région de Coquilhatville. Le 19 février le
gouvernement central annonça que plus aucune autorisation
ne serait accordée pour se rendre au Kwilu.
Le maquis s'étend et la répression s'aggrave
Début octobre, il y avait déjà 940 partisans.
C'était trop, il fallait se diviser en trois groupes: un
groupe de 380 combattants sous la direction de Mukulubundu part
vers le Nord, entre Kalanganda et Bulwem. Mulele et Bengila dirigent
une section centrale de 350 hommes, à une bonne trentaine
de kilomètres d'Idiofa. Le troisième groupe, commandé
par Louis Kafungu s'établit d'abord près de Yassa-Lokwa,
pour se déplacer ensuite vers Kilembe.
Entre temps, la répression mobutiste continue. Partout où
passent ses troupes, les villages sont pillés: manioc, légumes,
cochons, poules sont emportés. Le 19 décembre, Mobutu
arrive à Kikwit accompagné des colonels belges Marlière
et Noël. Des jeunes, soupçonnés d'être
des partisans de Mulele, sont pendus. Conscient que les conditions
ne sont pas mûres pour la confrontation, Mulele ne riposte
pas. Il donne la priorité à la préparation
politique. Fin décembre, il y a déjà plus de
5.000 partisans.
En novembre et décembre, des partisans impatients lancent
des actions sporadiques contre les représentants du gouvernement
anti-populaire. Des bâtiments appartenant à des Blancs
sont attaqués à Kakobola, Mungindu, Yassa-Lokwa, Kanga
et Kilembe.
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