Arrestation de Saddam Hussein:
la résistance anti-US va-t-elle continuer?
Interview
avec Mohammed Hassan, 14 décembre 2003 (*)
L’arrestation de Saddam
Hussein, ce samedi à Tikrit, signifie-t-elle la fin de la résistance contre
l’occupation US? Va-t-elle enlever le principal obstacle à
la démocratie et à la sécurité en Irak
comme l’affirme, par exemple, Verhofstadt et Louis Michel? Réaction
de Mohammed Hassan, spécialiste du Moyen-Orient.
Votre première réaction à cette arrestation?
Mohammed
Hassan. Il
est étonnant que l’homme le plus recherché au monde
par les Etats-Unis et ses alliés a pu échapper à
cette arrestation depuis plus de 8 mois. Ce qui indique que Saddam Hussein
a pu compter sur un certain soutien de la population en Irak. Saviez-vous,
par exemple, qu’il y a plus de 69 différents services secrets
de dizaines de pays actifs en Irak dont la mission prioritaire était
de procéder à cette arrestation ?
L’arrestation
de Saddam Hussein signifie-t-elle la fin de la résistance contre
l’occupation US?
Mohammed Hassan. Non. L’arrestation est un succès
politique pour les troupes d’occupation américaines. Les
Etats-Unis vont utiliser cette arrestation à des fins de propagande
pour démoraliser la résistance anti-US et la population
irakienne. Cette arrestation va incontestablement provoquer de la confusion
et une certaine désorganisation dans les rangs de la résistance.
Mais la résistance, ces derniers mois, a pu s’organiser :
elle n’est plus embryonnaire et non coordonnée, elle ne
peut plus être écrasée. Elle a des armes,
des moyens financiers et même des services de renseignement bien
informés : ainsi les Américains ont trouvé
récemment l’agenda journalier de l’administrateur
colonial Bremer dans une cache de la résistance…
Ajoutons que la résistance est non seulement composée
de membres de l’ancien parti Baath mais aussi d’autres forces
patriotiques, nationalistes et islamistes, qui se fédèrent.
L’occupant espère avoir touché ainsi une partie
de la direction de la résistance. Mais les conditions objectives
qui sont à la base de la résistance sont toujours là.
L’occupation est présente, la crise économique est
très profonde : beaucoup d’Irakiens n’ont même
plus les rations de nourriture qu’ils recevaient encore sous Saddam
Hussein, 400.000 soldats ont été démobilisés
sans pension et sans salaires,…Et 250 des 700 premiers soldats
de la nouvelle armée irakienne ont déserté après
leur formation.
L’histoire a prouvé qu’une occupation coloniale ne
peut pas écraser une résistance, même avec l’arrestation
de certains de ses dirigeants. Regardez l’Algérie où
les principaux chefs de la résistance anti-française ont
été arrêtés dans les premières années
de la guerre anti-coloniale.
L’arrestation va-t-elle enlever le principal obstacle à
la démocratie et à la sécurité en Irak
comme l’affirme, par exemple, Verhofstadt et Louis Michel?
Mohammed Hassan. Il ne peut être question de démocratie
avec une occupation coloniale. La démocratie coloniale dont parle
les Etats-Unis est une démocratie basée sur l’ethnicisme
et le clanisme. Et sur le pillage économique du pays et la répression
de toutes les forces nationalistes.
Les protégés de Washington qui dirige le gouvernement
provisoire (complètement subordonné à l’administrateur
colonial US Bremer) soutiennent le projet US d’un Etat fédéral
qui divisera en trois l’Irak. Comme les Américains l’ont
fait en Yougoslavie.
De l’autre côté, confronté à la résistance,
Bremer vient d’appeler à une réconciliation nationale.
Les Américains vont essayer à travers une amnistie de
gagner certains secteurs de la résistance, en leur promettant
des postes dans le nouveau gouvernement. D’autre part, les chiites
pro-Iraniens réclament eux un Etat islamique. Toutes les contradictions,
initiés par l’occupation US, vont dès lors s’intensifier
entre ces différentes composantes ce qui augmentera l’instabilité.
Et tout ceci dans un contexte où la résistance va continuer
plus que probablement. Et là les Etats-Unis ne pourront plus
invoquer la mainmise de Saddam Hussein et le caractère anti-coloniale
de la résistance éclatera encore davantage aux yeux du
monde.
(*) nous avons
repris cet article du site www.solidaire.org