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Le MLC peut-il se muer en parti démocratique?

La question suscite beaucoup de scepticismes. Mais la démarche des cadres du MLC laisse entendre que rien n'est impossible. En tout cas, on ne peut pas parler de changement dans ce mouvement sans penser à … Jean-Pierre Bemba.

Georges Alves, 07 janvier 2004

Les cadres du MLC (Mouvement de libération du Congo de Jean Pierre Bemba) attendaient sûrement un grand cadeau du père Noël pour fin 2003. Ils ont dressé une liste de leurs besoins (lire La référence Plus du 02 janvier 2004). Au total 19 points qui reprend chacun un malaise plus ou moins profond au sein de l'ex rébellion de Bemba. Ces cadres venus, pour la plupart, de Gbadolite souhaitent voir leur mouvement se transformer en un vrai parti politique. C'est en ces termes qu'ils se sont adressés à leur maître. Mais faut-il se faire d'illusion sur le genre de réponse que Bemba pourrait réserver à ses lieutenants ? Le chairman, comme on aime bien l'appeler dans ce milieu, est connu pour ce qu'il est : le dossier qui l'attend au TPI (Tribunal pénal International) à La Haye et sa condamnation l'année dernière en Belgique donne une idée du vrai visage de cet homme que la communauté internationale a hissé au tout premier rang des dirigeants de la RDC.

On aurait tord de prendre Bemba pour père Noël

Peine perdue : le courrier des cadres MLC a pris une mauvaise destination, Son " Excellence Monsieur le Président ", apôtre du néomobutisme est tout sauf le père Noël.
Lui demander d'opérer une mutation du MLC en parti politique ; où les gens viendraient débattre, tant soit peu, " librement " sur les enjeux actuels et avenir du Congo ; n'arrangerait pas les affaires de notre chairman. Jean-Pierre Bemba qui a été " bien élevé " dans l'école du mobutisme ne laissera courir aucun risque de voir le pouvoir lui échapper.
L'homme n'a rien d'un démocrate. Sa rébellion, il l'a dirigée d'un bras de fer. Comme un chef de bande qui pille et vole en tuant au passage tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, essaient de s'opposer à son vandalisme. Le rapport de l'Onu sur le pillage du Congo dirigé par Mme Safiatou en 2000 le présente comme un déséquilibré qui n'hésite pas à piller même les plantations de café de son propre père.
C'est un homme très intriguant, à en croire ses proches. Bemba se méfie énormément de son entourage. Il connaît bien ses propres limites et sait que ses maîtres, notamment en Belgique, lui préféreraient - dans le contexte actuel - un Olivier Kamitatu plutôt réfléchi et faisant bon usage de son fauteuil du président du Parlement. Antoine Ghonda, l'actuel ministre des Affaires étrangères émanant lui aussi du MLC, n'est pas non plus mal loti dans la course pour un remplacement éventuel du " chairman " affaibli par sa condamnation, l'année dernière, par le Tribunal de Bruxelles pour trafic d'êtres humains. Mais aussi par d'autres accusations plus graves : crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Tribunal Pénal International de La Haye (Hollande).

Le chairman connaît bien ses limites

Conscient des dangers qui le guettent de partout, Jean Pierre Bemba ne précipitera pas de lui-même sa propre mort politique avec toutes les conséquences que cela comporte pour lui. Un processus de démocratisation et l'institution d'un débat ouvert au sein du MLC seraient donc les dernières des choses que Bemba puisse envisager. En bon mobutiste, il a surtout appris à s'imposer d'autorité. Il faudra bien un coup de baguette magique, et pas de n'importe quelle baguette magique pour que le fils de l'ancien patron des patrons " zaïrois " remette en cause ses préceptes mobutiens. Il y a un moment où l'on croit à père Noël,. Dépassé un certain âge, on ne devrait plus y croire… Les cadres du MLC auront-ils la détermination d'apporter le changement démocratique pour lequel ils ont cru utile de mettre en danger leurs vies en prenant les armes ? C'est à cela qu'ils devront juger leur patriotisme.