J. Kabila n’a trahi
personne
L'Avenir, 13 février
2004
La visite du Président
Joseph Kabila en Belgique, après la guerre qui a déchiré
ce pays est considérée comme historique. Non seulement
parce qu’au cours de cette visite Joseph Kabila a connu un succès
que personne n’attendait – surtout en Belgique – mais
aussi parce que le Président congolais a tenu devant le Sénat
belge un discours que d’aucuns considèrent comme controversé.
En effet, beaucoup de Congolais
ont été choqués d’entendre Joseph Kabila
rendre hommage à « ceux qui avaient cru au rêve
de Léopold II ». Ce qui, se dit-on, est un hommage
rendu au roi des Belges qui s’était rendu coupable des
actes d’atteinte aux droits humains des Congolais.
Au moment où certains Congolais pensent qu’il faut exiger
de la Belgique une compensation, le discours du Président congolais
est considéré comme une abdication, voire comme une trahison.
De fil en aiguille, certains
Congolais voient en cela un camouflet à Patrice-Emery Lumumba
qui, 43 ans avant, avait un jugement bien différent de celui
que vient tenir Joseph Kabila. Personne ne peut condamner la sainte
colère des Congolais. Car, après que la Belgique ait demandé
pardon notamment pour son implication dans la mort de Lumumba, le fait
que le Congo dise à l’ancienne puissance coloniale qu’elle
avait tort de demander pardonparce que les faits pour lesquels ce pays
s’était excusée ne serait qu’une œuvre
« civilisatrice », donc louable.
Ceux qui se sentent choqués
ont tort de faire comme si entre 1960 et 2004 il ne s’est rien
passé. Fallait-il que le pardon de la Belgique soit sans effet
dans le discours et le comportement congolais ? Pourquoi
doit-on voir en ce discours du Président Kabila une trahison
à Lumumba et non comme une façon d’envisager l’histoire
des deux peuples autrement que sous le régime Mobutu ?
Ce dernier, on le sait,
contrairement à Joseph Kabila, avait pensé qu’il
fallait envisager les relations entre les deux pays dans la conflictualité
permanente au point de déboulonner tous les vestiges de la présence
belge au Congo. Ce qu’il fallait à Joseph Kabila pour se
déterminer, c’est de se mettre à l’écoute
de la population congolaise.
En 1960, en disant ce qu’il
avait dit de la colonisation, Lumumba avait raison dans ce sens qu’il
avait exprimé le sentiment profond des Congolais. En disant ce
qu’il a dit devant le Sénat belge en 2004, Joseph Kabila
a exprimé ce que les Congolais pensent de la Belgique après
43 ans de scènes de ménage qui n’ont conduit qu’à
la perte de temps et d’énergie qu’on aurait utiliser
à développer les relations entre les deux pays, à
créer pourquoi pas, la fameuse communauté belgo congolaise
sur des bases égalitaires.
Car, il y a un temps pour
se quereller et un temps pour construire l’avenir. Joseph Kabila
aurait tort de baser l’avenir du Congo sur le passé et
ne juger les générations belges actuelles que comme des
colons d’hier. En définitive, Joseph Kabila n’a rien
enlevé de ce qu’on sait de la colonisation belge, mais
il a estimé qu’il fallait désormais regarder devant
au lieu d’avoir le regard indéfiniment tourné vers
le passé.
En rendant hommage à
la Belgique à travers son acte de colonisation, Joseph Kabila
n’a pas loué, comme d’aucuns le pensent, hélas
à tort, qu’il aurait loué les actes commis par les
colons. Penser ainsi, c’est faire croire que la colonisation avait
pour but d’opprimer les Congolais.
Quel intérêt
il y aurait aujourd’hui de s’appuyer sur ce qui divise en
lieu et place de ce qui unir les deux peuples. On sait qu’il
y a des gens en Belgique comme au Congo, qui vivent de la crise entre
les deux pays. Il est temps de ne plus faire leur jeu.
L’Avenir