Les femmes
congolaises :
placer ce 8 mars sous le signe de l’organisation pour le combat
contre l’impunité
Déclaration
du BEC, 8 mars 2004
E-mail : jj.ngangweshe@wanadoo.fr
Site : www.deboutcongolais.info
GSM: 06 68 82 29 27 // Tél.: 01 43 26 02
C’est pour rendre hommage
aux luttes héroïques des ouvrières du textile contre
l’oppression que fut institué en 1910, le 8 mars «
Journée Internationale des Femmes ». Cette Journée
fut célébrée pendant de nombreuses années
par les Révolutionnaires à travers le monde. De leur côté,
les femmes ouvrières de par le monde profitaient de cette occasion
pour faire le point de leur lutte pour leur complète émancipation
et l’égalité de tous les droits. Aujourd’hui,
le monde est devenu mono polaire et la célébration n’a
plus la même ampleur au sein du mouvement ouvrier. Et pourtant
l’oppression spécifique des femmes est toujours vivace
à travers le monde mais aussi dans notre pays.
L’année 2004
trouve notre Pays dans une des crises la plus grave de son histoire.
Depuis 1998, le Congo a vécu une guerre d’agression particulièrement
meurtrière avec plus de 4.000.000 de morts. Cette crise militaire
est venue s’ajouter à une situation économique et
sociale catastrophique héritée des 32 ans de dictature
mobutiste. Lorsque la guerre a éclaté, le Pays avit connu
une année qui donnait de l'espoir après la longue nuit
de dictature et de crise. Nos villes sont devenues des villes de chômeurs,
surpeuplées par les Enfants de la Rue auxquels viennent s’ajouter
des déplacés, victimes de guerre, qui errent, çà
et là, condamnés à la mendicité pour survivre.
Toute l’infrastructure sociale – hôpitaux, écoles,
transport, routes … - est en lambeaux. Nos fonctionnaires, nos
policiers, nos travailleurs, lorsqu’ils sont payés, ne
touchent plus que des salaires symboliques.
Toute cette détresse
généralisée est un douloureux boulet traîné
par l’ensemble du peuple, hommes, femmes, jeunes et vieux. Mais
en plus de cette terrible oppression qu’elle partage avec le peuple
tout entier, la femme est soumise à une autre forme d’oppression
liée à sa nature spécifique de femme.
Pour mieux saisir cette spécificité
de l’oppression des femmes, il nous faut rappeler quelques faits
palpables. Lorsque la guerre éclate en 1998, le pouvoir nationaliste,
n’a pas encore réussi à éliminer toutes les
survivances du mobutisme.
En effet, sous le règne
de la dictature mobutiste, pour subvenir aux besoins des familles dont
les époux fonctionnaires ne percevaient plus leurs maigres salaires,
les femmes ont investi les marchés. Au grand marché de
Kinshasa par exemple, elles étaient quotidiennement rançonnaient.
D’autres n’ont pas hésité, au péril
de leur vie, à se lancer dans des activités extrêmement
dangereuses pour nourrir leurs familles, effectuant de longs voyages
en Afrique ou ailleurs et subissant harcèlements, sévices
sexuels, chantages, extorsions et viols. C’est également
sur le dos des femmes paysannes que vivait l’armée de Mobutu
qui avait installé des barrages sur les routes conduisant aux
champs pour terroriser et extorquer les femmes de leurs récoltes.
Dans nos campagnes, les femmes croupissent encore sous le poids des
travaux de champs, de ménage et de toutes sortes de corvées.
Le travail de champs se fait encore entièrement à la houe.
Ici comme en ville, l'accouchement reste un événement
redoutable pour la femme. Beaucoup y laissent leur vie des suites de
l'hémorragie.
Dans les villes, les femmes intellectuelles subissent, dans leur travail,
le chantage sexuel. Dans les entreprises privées ou publiques,
elles sont très peu représentées au niveau de la
direction alors qu’elles sont majoritaires et souvent compétentes.
Le chauvinisme mâle dans certaines organisations politiques ou
syndicats sont objectivement un frein à la promotion des femmes.
Dans la guerre qui éclate
en 1998, les femmes sont celles qui en subissent de plein fouet les
conséquences. Il y a surtout des viols et des sévices
sexuels d’une rare barbarie. La guerre d’agression fut très
meurtrière pour les femmes congolaises. Des nombreuses femmes
furent tuées, enterrées vivantes, violées et torturées.
« "Jamais auparavant n'avons nous rencontré autant
de victimes de viols dans une situation de conflit comme maintenant"
», a déclaré à la presse Christiane Berthiaume,
porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM). AFP 4 nov
Les femmes enterrées
vivantes à Mwenga resteront gravées dans notre mémoire.
L’inégalité
entre les hommes et les femmes est un fait et pose la nécessité
pour les femmes de s’organiser autrement pour occuper la place
qui doit être la leur dans la société. La cible
de la femme n’est pas l’homme en tant que mâle mais
le système politique responsable de cette oppression spécifique.
Le combat doit viser tout homme et toute femme qui soutient un système
tendant à reléguer la femme au statut d’être
inférieur.
Les exemples des luttes héroïques
des femmes (KIMPA VITA, MAMA PAKASSA, LEONIE ABO..)
sont là pour nous rappeler avec force tout le potentiel que recèle
le mouvement des femmes. Si à cette détermination et à
cet héroïsme s’ajoute l’organisation, le mouvement
des femmes accomplira des miracles
BUREAU
D’ETUDE DU CONGO ( BEC )