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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

S.O.S. pour la Population de Ngweshe
"Notre deuil est sans limites !"

Par le Mwami de Ngweshe, 21 février

1. Insouciance face à nos douleurs

La population de la Collectivité - Chefferie de Ngweshe, en Territoire de Walungu, Province du Sud-Kivu est continuellement martyrisée, soumise aux pires violences et à une barbarie indescriptible. Après avoir connu les tueries et pillages des années 1996 - 1997, les Bagweshe font face, depuis janvier 1998, à un plan satanique qui vise à les anéantir, à les exterminer. L'acharnement auquel la Collectivité est soumise, de la part de différentes troupes et de groupes armés de divers horizons, ne fait plus de doute sur les projets des uns et des autres contre ce peuple nationaliste, de nature calme et conciliant.
Nos appels et notre douleur ne sont pas écoutés. Combien de morts devons-nous compter pour que nous soyons entendus ? Les soldats qui sont installés dans nos villages, à travers tous les Groupements, ne nous rendent aucun service. Les villages où ils ont leurs campements ne sont pas épargnés par les attaques et les assassinats; car, comme les autres hommes en armes, ils nous insécurisent, ils volent, ils violent et tuent alors qu'ils vivent des rapines et autres tributs imposés par eux à la population.
Nous ne pouvons manquer, ici, de rappeler quelques atrocités qui se sont passées. Nous devons dénoncer encore les horreurs que nous sommes en train de vivre pendant ces derniers jours, voire pendant ces dernières heures.
Par pudeur, et pour épargner certaines personnes de plus de déshonneur et de désarroi, nous tairons les noms des victimes, les rapports officiels écrits avec les listes et les statistiques sont consignés pour qui et pour quoi de droit, en lieux sûrs.

a. Aucun jour ne passe sans que nous comptions des morts dans la Chefferie de Ngweshe depuis que des camps des réfugiés rwandais ont été installés par le Haut Commissariat aux Réfugiés dans nos villages. Même des massacres à grande échelle, de 50 à 200 paysans à la fois, ont été commis. Aucun Groupement n'a été épargné jusqu'ici par ces horribles tueries, ces assassinats sauvages. Rares sont les villages qui n'ont pas encore été attaqués par des hordes d'hommes armés en uniformes militaires. Dans tous les Groupements, le nombre de personnes tuées ne se compte plus ! Les paysans sont tués au fusil, à la machette, au couteau, à la hache, dans une barbarie inouïe, même après avoir été dévalisés ! Au cours de ces dernières semaines, des paysans ont été encore tués spécialement dans les Groupements de Lurhala, Ikoma, Kamisimbi, Kaniola et Izege.

b. Pour ces hordes de criminels, le viol est la règle. Plus de 2.500 attaques des villages sont enregistrées à ce jour dans les villages de Ngweshe; et à chaque attaque ou incursion des hommes en armes, ce sont des dizaines des femmes et des filles qui sont violées et/ou enlevées.Les femmes sont violées devant leurs enfants et leurs maris; les filles subissent les viols les plus atroces en présence de leurs parents, sans distinction d'âge, des enfants de moins de 10 ans aux vieilles personnes de plus de 70 ans. Et dans beaucoup de cas, il s'agit de viols collectifs auxquels parents et enfants sont contraints d'assister, menacés par le fusil.

c. Une des plus atroces cruautés auxquelles nous sommes actuellement soumis, c'est le cannibalisme. Il y a quelques jours, trois personnes ont été égorgées et mangées, après avoir été enlevées à Izege, par des hommes en armes et uniformes militaires. Non contents d'avoir tué et mangé ces infortunés, les criminels sont rentrés dans le village pour exposer les trois têtes de leurs victimes, laissant un message à la population ahurie : "tant que nous aurons nos armes, nous ne manquerons jamais à manger" ! Quelle folie.

d. La cruauté qui sévit, impunément, dans la Chefferie de Ngweshe est inimaginable. Entre mai et août 2003, des cas d'homosexualité ont été enregistrés dans nos villages. Les soldats en poste dans nos villages ont violé, sans gêne, deux personnes de sexe masculin : un garçon de 14 ans et un homme adulte d'une quarantaine d'années.
Deux Chefs de localités, à Ciherano et à Mwimbi, ont été tués après d'atroces tortures (lèvres percées et cadenassées, yeux crevés, langues coupées) par des soit-disant "Interahamwe".

e. On dénombre aujourd'hui plus de 500 femmes et filles enlevées par ces hordes de criminels depuis plus d'une année, sans plus jamais retrouver la liberté. Elles sont gardées par ces bandits comme otages et objets sexuels. Elles sont désormais traumatisées pendant toute leur vie, condamnées à mourir car ne pouvant compter sur un quelconque secours. Quelques rares victimes qui ont pu s'échapper témoignent des tortures et autres sévices innommables qu'elles subissent, parfois vendues en esclaves entre les différents groupes de malfaiteurs.
Des filles et des femmes continuent ainsi d'être enlevées dans les villages de Kaniola, d'Izege, de Cagala, d'Ikoma, dans ces villages où se trouvent, pourtant, des campements des soldats RCD sensées s'être installés sur place pour assurer la sécurité des populations. Pas plus tard que dans la matinée du 18 février 2004, alors que les enfants étaient alignés pour entrer dans les classes, des hommes en armes et uniformes militaires ont fait irruption à l'école primaire catholique de Musengezi, en Groupement Izege; ils se sont emparés de tous les élèves filles des classes de 5è et 6è primaire et sont partis avec elles dans la forêt de Nindja. A ce jour, nous sommes sans nouvelles d'elles.

f. Des villages entiers sont continuellement brûlés, détruits indistinctement par les soldats du RCD, ainsi que des groupes et milices armés Interahamwe, Mayi-Mayi FAP, Mudundu 40, et autres bandits sans scrupule. A maintes reprises, des huttes ont été incendiées à Izege, à Kaniola, à Burhale, à Mushinga; parfois avec des familles préalablement enfermées à l'intérieur, brûlées vives ! Ainsi dernièrement encore, dans la nuit du 14 au 15 février, plus de 130 cases viennent d'être brûlées dans le village de Mwirama, en Groupement Kaniola. Les clôtures des parcelles d'habitations sont emportées pour servir de bois de chauffage.

g. La Chefferie de Ngweshe a été pillée de fond en comble ! Rien n'a été laissé dans nos villages et dans nos institutions sociales. De milliers des vaches, plusieurs centaines de milliers des chèvres, porcs et moutons, la vaisselle et les batteries de cuisine, les biens et équipements domestiques (matelas, couvertures, vêtements, chaussures, radios-récepteurs, machines à coudre, véhicules, vélos, ), les outils aratoires, les récoltes, ... tout a été emporté. Et les criminels reviennent, à chaque fois, dans les villages, pour reprendre ce qu'ils ont laissé ou ce qui serait acquis après leur dernier passage.
Chose inexplicable, ils détruisent tout ce qu'ils ne peuvent emporter, notamment les lourdes machines, les documents scolaires des enfants et de leurs parents, les bancs et les tableaux noirs dans les écoles, Il y a maintenant des villages dans le Ngweshe où l'on ne peut plus trouver une simple cobaye, un lapin ou une poule; des villages où plus de la moitié des habitants ont fui, laissant des vieillards malades que ces criminels n'hésitent même pas à tuer, rien que pour s'amuser.Les épouses des soldats ne cessent de déranger les familles au village leur exigeant de partager avec elles le peu de nourriture préparée pour la subsistance du foyer. Entre temps, dans certains villages, les paysans sont maintenant contraints de partager leurs cases avec celles des soldats ou carrément de déguerpir pour abandonner leurs parcelles aux soldats.

h. Dans leur sadisme et barbarie, et après qu'ils aient exterminé les bêtes domestiques, les soldats se sont mis à la chasse de tous les chiens, les tuant et les mangeant en présence des paysans. Et déjà, face à l'étonnement des populations, certains soldats n'avaient-ils pas déclaré qu'après les bêtes d'élevage et les chiens, ce sont les personnes qu'ils allaient manger ? Le cannibalisme qui a eu lieu, cette semaine, à Izege, ne peut donc pas s'expliquer autrement !

i. Entre 1996 et 2003, plus de 60.000 familles se sont déplacées de leurs villages, fuyant l'insécurité, les massacres, les viols et les pillages. Elles se sont réfugiées, souvent pendant de longs mois, en brousse, dans d'autres villages relativement calmes ou en ville de Bukavu, abandonnant leurs domiciles. Les enfants, dans ces familles, n'ont plus suivi l'école; ils grossissent actuellement les rangs des enfants de la rue, surtout à Bukavu.
Nous ne pouvons pas oublier ces atrocités et nos larmes sont tellement immenses, tellement douloureuses que nous avons cessé de faire le deuil. Nous ne comprenons nullement qu'à quelques 20 km de la ville de Bukavu, à quelques mètres des campements des soldats, avec des dizaines de camps militaires dans nos villages et Groupements, nous continuions à être tués, que les viols et les enlèvement se poursuivent impunément, de jour comme de nuit!

Nous ne pouvons comprendre, qu'à peine une année après la signature de l'Accord pour la fin de la guerre, nous continuions à compter des morts et à pleurer !
Au niveau provincial, nous ne savons compter sur aucun secours. Auparavant, l'Assemblée Provinciale créée par les pouvoirs d'agression et d'occupation de notre Pays n'a jamais condamné ce qui se passe chez nous; elle n'a jamais exigé que les populations soient sécurisées. On ne cessera jamais de dénoncer l'existence encore aujourd'hui de cet organe vil au service des intérêts personnels de ses membres et de leurs parrains. Il n'est plus un secret pour personne que le Commandement de la 10è Région Militaire est truffé d'officiers traîtres et frondeurs non seulement, mais encore manque totalement d'équipements et de moyens financiers pour la maîtrise de toute l'armée et la sécurisation de la Province.

Même la MONUC, que nous avons applaudie à son arrivée, n'a pas daigné venir au secours de ces populations. Et pourtant elle est régulièrement informée des violences quotidiennes qui sévissent dans les villages de Ngweshe, où elle vient parfois, mais juste semble-t-il, pour persuader, à l'amiable, les Interahamwe de rentrer chez eux.

Au niveau national, il nous revient que depuis la réunification du pays, plusieurs délégations gouvernementales sont venues à Bukavu, mais sont rentrées à Kinshasa sans nous avoir accordés la moindre attention. L'on peut se demander ce qu'était venu faire au Sud-Kivu le Vice-Président de la République en Charge de Commission Politique, Défense et Sécurité, lui-même Patron du RCD, et par conséquent l'homme-clé pour résoudre cette situation de misère. Apparemment, ces délégations de Kinshasa ne viennent pas pour résoudre nos problèmes; elles se contentent de timides demi-mesures, laissant en pleine liberté les planificateurs et les auteurs de nos malheurs.

j. Nous dénonçons les infiltrations des sujets rwandais qui, par des mariages arrangés, des sociétés établies illégalement ou des migrations massives, s'installent dans nos milieux afin de poursuivre leurs plans d'occupation par la ruse et la terreur, et de chercher à conquérir ainsi la nationalité congolaise.

k. Nous dénonçons le découpage de notre Chefferie qui est amputée actuellement des Groupements de Tubimbi et Mulamba, ainsi que du Sous-Groupement de Nyamarhege, que des forces militaires issues des FAP viennent d'attacher à un Territoire fictif de leur création, entre Walungu et Mwenga.

2. Qu'avons-nous donc fait pour mériter ce sort ?

A la lumière de derniers événements politiques qui font état de plus en plus d'une conspiration de sécession probante du Kivu, l'acharnement sur la Collectivité-Chefferie de Ngweshe ne peut s'expliquer autrement que par le nationalisme de son peuple, son adhésion incontestable à l'unité et à l'intégrité territoriale de notre Pays. On ne peut comprendre le sens d'une telle méchanceté à l'égard d'un peuple qui ne demande qu'à vivre en paix et en sécurité, à vaquer librement à ses activités.Nous ne comprenons pas comment l'on peut laisser souffrir, pendant tant d'années, toute une population qui ne s'est jamais rebellée contre l'autorité de l'Etat légalement établi.

Notre crime, c'est d'avoir, dès le départ, refusé de nous rendre; c'est d'avoir refusé de capituler devant ces cruautés et d'avoir tenu dans notre dignité et dans notre détermination contre l'agression de notre Pays, contre les traîtres de la Patrie qui, présentés comme rebelles, ont été utilisés pour servir les intérêts des agresseurs de notre Pays.

Notre tort, c'est d'avoir refusé de cautionner la création des milices (Local defense et autres milices importées d'ailleurs) par les pouvoirs d'occupation et alliés afin de faire aboutir leurs sinistres projets contre nos terres et contre notre Pays.

Après ce qui vient de se passer à Bukavu dernièrement avec la découverte des cachettes d'armes, nous ne sommes plus étonnés que nous soyons traqués comme des bêtes noires.

Nous savons maintenant qu'ayant toujours refusé de faire partie du complot de balkaniser ! notre Pays, c'est nous qui empêchions les sécessionnistes de finaliser leurs plans. On nous fait payer tout cela, nous en sommes désormais certains.

C'est pourquoi, il y a une telle complicité de silence, une telle inaction et un laxisme tel que les criminels se complaisent dans leur sale besogne car se sentant encouragés, soutenus !

Cependant, quoique les uns et les autres fassent, ils ne viendront pas à bout de notre volonté de résister en tant que Peuple digne et nationaliste. Quoiqu'ils fassent, ils ne nous extermineront jamais tous; il restera toujours en nous le sens de l'honneur, de la dignité et la lutte légitime pour la paix.

3. Nos larmes de tous les jours

* Nous avons, à tout moment, demandé le retrait des soldats de nos villages. Nous n'avons jamais accepté que des soldats armés soient disséminés dans nos villages pour dépendre des populations déjà appauvries et traumatisées. Ces soldats perpétuent les viols, les vols, les rançonnements, les assassinats, et ne défendent jamais la population contre les attaques attribuées aux Interahamwe. Ce sont les contingents de la MONUC qui devraient être déployés à nos frontières avec la forêt d'où viennent les assaillants; ils créeraient ainsi une ceinture de sécurité empêchant ces derniers à pénétrer dans les villages. Et c'est seulement à ce moment-là qu'ils pourraient être de quelque utilité pour les populations. Quant à nos soldats, ils devraient être cantonnés dans des casernes, loin des villages afin d'être mieux identifiés, en vue de la formation de la nouvelle armée nationale, bien entraînée pour la défense de notre Patrie.

* Le HCR porte la grande responsabilité de ce qui nous est arrivé. C'est cette organisation des Nations-Unies qui avait, de force, installé des réfugiés chez nous, les laissant s'organiser et faire circuler leurs armes à leur guise. Nous ne voulons pas, aujourd'hui, que la MONUC rentre dans le même jeu. Les opérations de désarmement et de démobilisation des milices, de regroupement et de rapatriement des réfugiés rwandais et burundais ne doivent pas demeurer des slogans pour nous endormir.
Plus que jamais, nous invitons les églises, les ONG et tous les hommes de bonne volonté à nous aider pour maintenir nos populations dans les meilleures conditions morales et matérielles afin qu'elles puissent tenir dans la situation difficile actuelle.Le présent S.O.S. et nos larmes finiront, un jour, par toucher le coeur et l'engagement de ceux qui ont le pouvoir et la volonté d'imposer la paix chez nous, de punir les criminels et de faire en sorte que, plus jamais, ce qui se passe chez nous ne se répète.
Que Dieu et nos Ancêtres veillent sur notre Pays et protègent notre Peuple !

Ifo, le 21 février 2004.
Mwami NGWESHE ˆ XV WEZA ˆ III
Pierre J-M.J. NDATABAYE ˆ MUHIGIRWA