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Joseph Kabila : ”Les politiques qui interfèrent dans l’armée, un jour, auront des bras coupés”

Interview du Président de la République accordée le mercredi 03 mars 2004 a Radio Okapi

Okapi: Monsieur le Président, ma première question est celle-ci, il y a 2 ou 3 semaines vous avez dit que la situation dans le pays est calme. Est-ce qu’aujourd’hui vous avez le même avis ?
Le Chef de l’Etat: Il y a trois semaines j’ai dit que la situation au pays était bonne. Bien que je l’aie dit, j’avais aussi ajouté qu’il y a des gens qui ne sont pas encore totalement impliqués dans le processus de la transition conformément aux objectifs de la transition: la paix dans tout le pays. Aujourd’hui sans doute il y a des problèmes par ici et par là surtout dans l’Est du pays, en Ituri et au Sud-Kivu, spécifiquement à Bukavu. Mais ce n’est pas pour cela que nous allons nous décourager, non. Il y a des problèmes. Mais dans l’ensemble la situation est calme.

Okapi : A propos de la situation qui prévaut à Bukavu, le général Nabyolwa n’apparaît toujours pas en public. Avez-vous pu entrer en contact avec lui?
Le Chef de l’Etat : Le général Nabyolwa est en vie. J’ai parlé avec lui et il est prêt à poursuivre sa mission comme il a commencé à le faire. Il va bien, en dépit de tout ce qui s’est passé.

Okapi : A quel moment va-t-il apparaître en public?
Le Chef de l’Etat : Le général va réapparaître. Ce n’est pas un problème en soi car c’est un militaire, c’est un officier général, il assume ses responsabilités. Il a été désigné pour accomplir une mission. Vous savez aujourd’hui, il y a une délégation d’officiers supérieurs à Bukavu en vue de restaurer l’ordre et rétablir le calme dans la ville comme précédemment et les mesures sont prises pour que les choses aillent mieux. La délégation officielle qui est sur place à Bukavu s’en occupe pour rétablir l’ordre et en marge de cela, le général Nabyolwa réapparaîtra.

Okapi : Il y a des voix qui s ‘élèvent pour dire qu’il faut une solution politique à la crise. Est-ce votre point de vue ?
Chef de l’Etat : Bien sûr que non. L’armée, c’est l’armée, la politique c’est la politique. Ceux qui voudront interférer dans l’armée en faisant la politique, bien sûr, je les en empêcherai même s’ils ont de longs bras. Je ne crois pas qu’il y ait une solution politique sur la discipline de l’armée. La question, le problème, c’est la discipline. La discipline n’a pas été observée. Ceux qui sont coupables doivent payer. Les politiques qui interfèrent dans l’armée, un jour, auront des bras coupés. Nous tous, nous sommes d’accord de respecter la Constitution et elle est claire à ce sujet. L’armée est nationale au service du peuple congolais. Elle n’est pas mon armée et elle n’appartient à personne. L’armée a des structures pour remplir sa mission. Il y a l’Etat-major. D’ici là, nous aurons le Conseil supérieur de la défense et ainsi nous ne permettrons pas que des individus, des politiciens s’ingèrent dans les affaires de l’armée, non c’est non.

Okapi : On rappelle qu’il y a une semaine votre Porteparole, (M. Kudura Kasongo), avait dit que vous envisagiez de vous rendre à Bukavu. Quand comptez-vous vous y rendre ?
Le Chef de l’Etat: Je ne peux pas vous dire quand je m’y rendrai. Comme Kinshasa c’est chez nous aussi, mais lorsque les conditions le permettront je m’y rendrai. C’est pour cela que je n’ai pas pu vous donner une date mais le voyage est programmé.

Okapi: M. le Président, revenons un peu en arrière. Concernant Bukavu, le peuple est inquiet, vraiment inquiet. Quel message vous leur envoyez ?
Le Chef de l’Etat : Je sais que la population est inquiète. Je dis que la même population qui a pu résister à l’occupation puisse encore résister et surtout qu’elle ne doit pas baisser les bras face aux Rwandais. Elle doit avoir de l’endurance digne de résistance. La population doit aussi savoir que la paix commence à venir et tout est fait pour que la paix revienne. C’est ce que fait le gouvernement. La délégation d’officiers supérieurs séjourne à Bukavu. Au terme de sa mission, elle déposera un rapport d’enquête sur tout ce qui s’est passé. Et des mesures seront prises pour empêcher qu’un aventurier puisse se réveiller un matin et poser des actes contraire à la discipline militaire. La population doit se sentir sécurisée et nous sommes là pour elle, pour que les choses aillent mieux.

Okapi : La grande inquiétude exprimée par la population c’est lorsque les troupes rwandaises traversent les frontières congolaises. Avez-vous quelques informations sur la présence des troupes rwandaises en RDC?
Chef de l’Etat: Je ne peux ni confirmer ni infirmer la présence des troupes rwandaises en RDC. Je peux dire seulement que lorsque les troupes rwandaises étaient présentes, la résistance était telle qu’elles ont quitté notre territoire. Et si les troupes rwandaises sont là, la résistance devra les faire partir comme il y a quelque temps. A l’état actuel des choses, je ne peux pas affirmer si les troupes rwandaises sont là ou pas. L’essentiel c’est de les faire partir si elles sont là.

Okapi : M. le Président, il y a les FAC, le MLC, le RCD/Goma et il y a un groupe armé qui est à Gbadolite avec le MLC. Aujourd’hui peut-on savoir qui gère tout le matériel utilisé par les groupes évoqués ?
Le Chef de l’Etat: Vous avez oublié le RCD/KML, le RCD/N, les résistants Maï-Maï. La vérité est que nous nous sommes con venus au Dialogue intercongolais qu’il y a une armée et les structures de cette armée sont mises en place. Ce qui manque encore, ce sont les structures qui ne sont pas totalement effectives.
Maintenant, c’est le chef d’Etat-major qui est en place et les Etats-majors des forces. Il y a des régions militaires où sont représentés tous les groupes que vous avez évoqués. Maintenant pour l’étape suivante, nous allons mettre ensemble tous les militaires issus de ces groupes. Ceux qui étaient jadis du RCD iront ailleurs, ceux d’ailleurs iront là où étaient les militaires du RCD. Il en sera ainsi pour ceux qui sont a Gbadolite, etc... Ce travail est en train de se faire graduellement.

Okapi: Tous ces groupes là gardent malheureusement encore aujourd’hui leurs armes, en dépit de l’installation de l’Etat-major.
Le Chef de l’Etat : Ce travail se fait graduellement. Le premier pas était de mettre sur pied le commandement de l’armée. Le deuxième, c’est de con trôler les militaires. Et le troisième c’est contrôler les armes qu’ils détiennent. C’est de ce contrôle là dont je vous pane. Dans la ville de Bukavu, les 22, 23 et 24 les armes découvertes se trouvaient dans les mains des personnes qui n’avaient pas qualité de les détenir. Ce sont les questions qui seront résolues graduellement.

Okapi : A quand la création du Conseil supérieur?
Le Chef de l’Etat :
Nous attendons que l’Assemblée nationale vote la loi organisant le Conseil supérieur militaire pour que nous puissions la promulguer. Cette loi est déjà sous examen à l’Assemblée nationale. Des qu’elle sera votée sans doute le Conseil supérieur de la défense sera mis en place. J’ai l’espoir qu’au cours de ce mois de mars cette loi sera certainement votée pour que le Conseil supérieur de la défense commence à travailler.

Okapi : A propos du Parlement de transition. L’opinion pense que le travail ne se fait pas comme il se devrait. Récemment, vous aviez écrit au Parlement pour lui signifier votre indignation suite à la lenteur observée dans le déroulement des travaux. Que dites-vous à propos de tout cela aujourd’hui?
Le Chef de l’Etat : C’est vrai, j’ai moi-même fait le constat il y a deux mois que les travaux évoluaient lentement au Parlement. Les parlementaires croyaient peut-être vivre le temps du HCR/PT qui a duré 7 ans de transition. Non, pas du tout. Le Parlement actuel est limité dans le temps. Un temps fixé à 2 ans de transition. Quand je me suis rendu compte que les travaux évoluaient lentement, J’ai pu leur écrire. Et depuis ils ont redoublé le rythme du travail. Ainsi, il y a eu 4 ou 5 lois qui ont pu être votées depuis que je leur ai écrit. J’ai l’espoir que les travaux vont se poursuivre plus rapidement que l’an passé.

Okapi : En faisant un pas en arrière à propos du général Nabyolwa ou à propos de la situation à Bukavu, on peut remarquer que depuis l’avènement du gouvernement de transition seuls les officiers supérieurs de l’armée au niveau provincial ont été nommés. A leur arrivée dans les provinces, ceux-ci se sont trouvés obligés de travailler avec des gouverneurs provenant d’autres composantes. Ceci a été sans doute à la base d’une mauvaise entente entre ces officiers et les gouverneurs. Je voudrais savoir à quand la nomination des gouverneurs de province ?
Le Chef de l’Etat: Je voulais procéder à ces nominations à la fin du mois de février. Cela n’a pas été possible à cause de la situation préoccupante observée dans notre pays ces derniers temps, notamment la situation de Bukavu. Mais je crois que cela va se faire pendant ce mois de mars. Je peux dire à tous nos concitoyens que ce travail est déjà terminé et que dans 4 ou 5 jours ces gouverneurs seront nommés.

Okapi : Parlons un peu d’Ituri. Là-bas, à un certain moment la situation était calme mais pendant ces derniers fours la situation est devenue encore préoccupante. Des nouvelles rapportent de temps en temps que les troupes de la MONUC sont l’objet des attaques ou - des personnes dans certains lieux sont massacrées par certaines milices. Quel est votre point de vue sur la situation en Ituri ?
Le Chef de l’Etat: Il est vrai que la situation en Ituri n’est pas bonne. Je peux aussi dire qu’elle n’est pas du tout très mauvaise parce que c’est tout à fait contraire à la situation qui a prévalu dans cette région au mois de mai de l’année passée. La chose la plus importante n’est pas celle de savoir quelle est la situation qui prévaut en Ituri mais quelle est la solution qui con vient pour résoudre le problème. La solution que le gouvernement de transition préconise est celle de réunir à Kinshasa tous les chefs des groupes armés opérant en Ituri pour qu’ensemble nous puissions dresser un plan de pacification de ce district. Nous cherchons à comprendre ce qu’ils veulent réellement. Aussi, au moment de la mise en place de la territoriale, Ituri sera gouverné comme tous les autres districts du Congo, il y avait certes une faiblesse dans la manière de gérer ce district, il y a aussi le plan national de la démobilisation et de la réinsertion de tous ces jeunes qui se sont enrôlés dans ces groupes armés. Ainsi, il y a 4 ou 5 points dont nous allons discuter avec les chefs des groupes armés d’Ituri. Cette fois, j’ai l’assurance que la paix reviendra en Ituri comme par le passé.

Okapi : A propos de la démobilisation des enfants-soldats et des invalides. Il y a dans le pays plusieurs militaires qui sont concernés par ce programme. Nous savons aussi que le CIAT (Comité international d’accompagnement de la transition) a déclaré que le gouvernement n’a pas encore désigné le commandant qui se chargera de la coordination du programme DDR. Quand est-ce que ce commandant sera connu?
Le Chef de l’Etat: Ce que le CIAT a déclaré n’est pas le plus important. Le plus important c’est ce que fait le gouvernement. Ce dernier a mis en place la commission interministérielle chargée essentiellement de designer celui qui va coordonner ce programme. En ce jour, la concertation continue au sein du gouvernement et bientôt nous saurons qui sera nommé pour effectuer ce travail. C’est un travail énorme qui nécessite un peu de temps. Ce que j’ai a vous dire c’est qu’il existe une commission au sein du gouvernement qui travaille pour arriver à la désignation du coordonnateur du programme DDR. J’ai l’assurance qu’avant le 15 de ce mois de mars, nous aurons trouvé déjà le coordonnateur de ce programme.

Okapi: Une autre question sur la sécurité dans le pays. Dans les fours passes nous avons reçu des rapports à Radio Okapi selon lesquels des massacres ont été commis à Kitenge et Kabalo, des familles ont été obligées de fuir leurs villages à cause des affrontements entre les Maï-Maï. Que dites-vous quand vous entendez que des gens ont été tués à Kitenge et Kasangulu ou qu’à Kabalo la population a fui le village?
Le Chef de l’Etat: Cela est certainement triste lorsque des populations innocentes sont continuellement massacrées surtout par des bandits. C’est le cas de Kasangulu où des bandits prennent des armes pour spolier la population. Mais il faut que la population comprenne que nous venons d’une guerre qui a duré 5 ans. Pour que la paix revienne complètement, il est certes important que le gouvernement fasse de grands efforts mais aussi que la population fasse de même. La sécurité est sans nul doute la tâche du gouvernement mais la population doit aussi collaborer. Je pense que ces genres d’actes sont appelés à disparaître des que nous allons commencer le travail de la réunification de l’armée et que nous allons désarmer tous ces jeunes gens qui circulent partout avec des armes pendant qu’ils sont censés ne pas en détenir. Après la démobilisation, j’ai l’espoir que la sécurité reviendra graduellement. Nous ne pouvons pas tout faire au même moment mais la population doit être vigilante.

Okapi : Selon le communiqué de « Voix des Sans Voix » que nous avons reçu hier, les familles des condamnés dans le procès d’assassinat de Mzee Laurent-Désiré Kabila demandent que ces derniers soient libérés.
Le Chef de l’Etat: Je ne crois pas que cette question nécessite une réponse de ma part. Je n’ai pas de prisonniers. Ce sont des prisonniers condamnés par la loi du pays. Moi, je ne suis pas la loi. La loi existe dans ce pays. Elle les a condamnés. Celui qui prétend que ces prisonniers sont miens, celui-là, il déraisonne.

Fait à Kinshasa, le 03 mars 2004

N. B : Ce texte a été traduit de swahili par le Porte-parole du Chef de l’Etat, M. Kudura Kasongo