Les femmes congolaises,
toutes tendances confondues (politiciennes, commerçantes, enseignantes,
maraîchères et autres), se sont retrouvées hier
lundi dans la salle de Congrès du Palais du Peuple pour commémorer
la journée internationale de la femme.
Si le thème retenu par les Nations Unies pour l’an 2004
est « la violence sexuelle et le Vih/Sida », la
Rdc, voulant se conformer à sa réalité d’après
guerre, a articulé son thème autour de « genre
et violence sexuelle » étant donné que la violence
constituait une très grande arme de agresseurs contre les jeunes
filles et les femmes.
En présence de plusieurs
invités de marque dont le vice-président de la République
en charge de la Commission politique, défense et sécurité,
représentant personnel du Chef de l’Etat, Azarias Ruberwa,
la ministre de la Condition féminine et famille, Faida Mwangilwa
a lancé officiellement un « document de stratégies
d’intégrations du genre ». Ce document est un
véritable réquisitoire rédigé par les femmes
contre l’homme congolais en général et le belligérant
en particulier. Ledit réquisitoire a provoqué la colère
des femmes contre le vice-président de la République,
Azarias Ruberwa qui est également président du Rassemblement
congolais pour la démocratie (Rcd) qui est accusé de nombreuses
violences sur la femme.
Après toutes les interventions, la parole a été
accordée au représentant du Chef de l’Etat. Il s’est
agi de condamner la violence sous toutes ses formes et soutenir les
actions pour promouvoir l’approche genre.
Une douche écossaise
A dire vrai, ce qu’on a pu entendre du discours du vice-président
Ruberwa, c’est seulement le pardon qu’il a demandé
aux femmes au nom des belligérants et de tous les hommes congolais
pour les violences que celles-ci ont subies. Au lieu d’écouter
Ruberwa ou de lui adresser un mémorandum, les femmes ont manifesté
leur désapprobation en hurlant et en huant le vice-président
et président du Rcd. Elles ont crié sur la personne de
Ruberwa provoquant ainsi des bruits tumultueux qui ont empêché
l’assistance de comprendre la substance du discours du vice-président.
Des coups de sifflets ont
retenti de toutes parts. D’un clin d’œil, les calicots
sur la violence faite à la femme ont disparu au profit de ceux
transmettant un message contre le Rcd qui étaient dissimulés
on ne se sait où. La goutte qui a fait déborder le vase
c’est la présentation au balcon d’une femme rescapée
de l’Est avec deux bras amputés. La responsabilité
de cette atrocité est attribuée au Rcd.
« Rcd :
Avocat du diable, violeur, pilleur, traître, fossoyeur de 15 femmes
enterrées vivantes ».
Tels sont les écrits qu’on pouvait lire sur les calicots
qui ont perturbé la cérémonie. Les ministres, députés
et sénateurs, les membres du corps diplomatique, les présidents
du Sénat et de l’Assemblée nationale, les femmes
parlementaires belges ont vécu un spectacle contraire à
celui qu’on attendait pour le 8 mars. Des coups de fil ont retenti
d’on ne sait où et s’adressant à on ne sait
qui.
Ces tapages ont provoqué
des réactions de tous genres. Certaines personnalités
politiques ont évacué la salle pendant que le vice-président
parlait encore. Certains participants ont condamné cette réaction
spontanée des femmes, d’autres par contre ont trouvé
cela normal. Car, entendait-on : « On ne peut
pas écouter le discours de celui qui a violé les femmes.
Il fallait lui opposer une résistance en face pour qu’il
revienne à la raison ».
Avec cet incident, Azarias
Ruberwa vient de se rendre compte de l’image réel qu’ont
les femmes sur son parti. Le vice-président a subi le premier
test (électoral ?) sur son parti. Qui a dit que les Congolais(es)
avaient la mémoire courte ? Comme pour mieux exprimer leur
ras-le-bol, certaines femmes ont même jeté leurs pagnes.
Si les femmes sont contre le Rcd, qui encore sera pour lui quand on
sait que les femmes représentent 52% de la population congolaise ?
Quand on viole,
on ne demande pas l’appartenance politique
Il y a eu des voix qui se sont élevées pour dire que cette
réaction spontanée émanait des femmes du Pprd (Parti
du peuple pour la reconstruction et la démocratie). Cette façon
de voir les choses étonne plus d’un observateur dans la
mesure où la manifestation elle-même a été
organisée par le ministère de la Condition féminine
dirigée justement par un(e) membre du Rcd.
Qui plus est, lorsque les
exactions avaient lieu à l’Est, le Pprd n’existait
pas encore et toutes les femmes qui ont ainsi été victimes
ne peuvent se reconnaître en une seule tendance politique ou religieuse.
Car, lorsqu’on viole, on ne demande pas d’abord l’appartenance
politique. C’est absurde.
En dehors de cet incident,
la mobilisation a été grande étant donné
que les femmes ont répondu massivement à la célébration
de la journée du 8 mars. Les manifestations vont se poursuivre
jusqu’à la fin du mois à travers différentes
associations féminines avec la vente des pagnes qui ont été
imprimées pour la circonstance en vue de venir en aide aux déplacés
de guerre et aux réfugiés.
Personne n’ignore qu’à
cause de la misère et de la pauvreté sans précédent,
les femmes ont, pour la plupart, choisi la direction de la prière.
C’est ainsi qu’on a noté à la manifestation
les femmes pasteurs et chantres notamment Rose Lessie, pasteur de l’Eglise
la Manne cachée et Shabani, chanteuse à la communauté
internationale des femmes messagères du Christ-Cifmc. C’est
Shabani, en compagnie de son orchestre, qui a agrémenté
la célébration de la journée du 8 mars.
Sévère
réquisitoire
Le réquisitoire présenté par le ministre de la
Condition féminine Faida Muangilwa indique que la guerre a accentué
la vulnérabilité et l’état de pauvreté
de la femme et rappelle que plusieurs actions menées pour la
promotion de la femme congolaise, sont restées sans effet à
cause de la politique et des conflits armés.
Evoquant les articles 17 et 51 de la Constitution de la transition qui
consacrent l’égalité de tous les Congolais, l’élimination
de toutes les formes de discriminations à l’égard
de la femme et sa pleine participation au développement, Faida
a dénoncé la sous-représentativité de la
femme dans les institutions de transition. Elle en veut pour preuve
la non représentation de la femme dans l’espace présidentiel,
et les 11% de ministres, 16% de députés et 2% de sénateurs.
Le même tableau sombre de la situation de la femme congolaise
a été évoquée par le représentant-résident
du Pnud en Rdc, Herbert M’Cleod qui a estimé que la violence
née de l’absence de l’autorité de l’Etat
a confiné la femme dans la pauvreté, fragilisé
la famille et déstabilisé la société.
Désormais, les femmes
sont plus déterminées à s’engager dans le
processus du développement et de la recherche de la paix au Congo.