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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Les femmes désavouent Ruberwa et le Rcd

  • Des incidents ont eu lieu hier au Palais du Peuple : les femmes ont exigé à Ruberwa de demander pardon mais ont refusé de l’écouter  * A la place, elles ont présenté une femme aux mains coupées à l’Est 
  • Certaines femmes ont même arraché des habits 
  • Du coup, on accuse des femmes du Pprd 
  • Mais, quand on viole ou on tue, choisit-on l’appartenance politique ?

L'Avenir, 9 mars 2004

Les femmes congolaises, toutes tendances confondues (politiciennes, commerçantes, enseignantes, maraîchères et autres), se sont retrouvées hier lundi dans la salle de Congrès du Palais du Peuple pour commémorer la journée internationale de la femme.
Si le thème retenu par les Nations Unies pour l’an 2004 est « la violence sexuelle et le Vih/Sida », la Rdc, voulant se conformer à sa réalité d’après guerre, a articulé son thème autour de « genre et violence sexuelle » étant donné que la violence constituait une très grande arme de agresseurs contre les jeunes filles et les femmes.

En présence de plusieurs invités de marque dont le vice-président de la République en charge de la Commission politique, défense et sécurité, représentant personnel du Chef de l’Etat, Azarias Ruberwa, la ministre de la Condition féminine et famille, Faida Mwangilwa a lancé officiellement un « document de stratégies d’intégrations du genre ». Ce document est un véritable réquisitoire rédigé par les femmes contre l’homme congolais en général et le belligérant en particulier. Ledit réquisitoire a provoqué la colère des femmes contre le vice-président de la République, Azarias Ruberwa qui est également président du Rassemblement congolais pour la démocratie (Rcd) qui est accusé de nombreuses violences sur la femme.
Après toutes les interventions, la parole a été accordée au représentant du Chef de l’Etat. Il s’est agi de condamner la violence sous toutes ses formes et soutenir les actions pour promouvoir l’approche genre.

Une douche écossaise
A dire vrai, ce qu’on a pu entendre du discours du vice-président Ruberwa, c’est seulement le pardon qu’il a demandé aux femmes au nom des belligérants et de tous les hommes congolais pour les violences que celles-ci ont subies. Au lieu d’écouter Ruberwa ou de lui adresser un mémorandum, les femmes ont manifesté leur désapprobation en hurlant et en huant le vice-président et président du Rcd. Elles ont crié sur la personne de Ruberwa provoquant ainsi des bruits tumultueux qui ont empêché l’assistance de comprendre la substance du discours du vice-président.

Des coups de sifflets ont retenti de toutes parts. D’un clin d’œil, les calicots sur la violence faite à la femme ont disparu au profit de ceux transmettant un message contre le Rcd qui étaient dissimulés on ne se sait où. La goutte qui a fait déborder le vase c’est la présentation au balcon d’une femme rescapée de l’Est avec deux bras amputés. La responsabilité de cette atrocité est attribuée au Rcd.

« Rcd : Avocat du diable, violeur, pilleur, traître, fossoyeur de 15 femmes enterrées vivantes ».
Tels sont les écrits qu’on pouvait lire sur les calicots qui ont perturbé la cérémonie. Les ministres, députés et sénateurs, les membres du corps diplomatique, les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, les femmes parlementaires belges ont vécu un spectacle contraire à celui qu’on attendait pour le 8 mars. Des coups de fil ont retenti d’on ne sait où et s’adressant à on ne sait qui.

Ces tapages ont provoqué des réactions de tous genres. Certaines personnalités politiques ont évacué la salle pendant que le vice-président parlait encore. Certains participants ont condamné cette réaction spontanée des femmes, d’autres par contre ont trouvé cela normal.  Car, entendait-on : « On ne peut pas écouter le discours de celui qui a violé les femmes. Il fallait lui opposer une résistance en face pour qu’il revienne à la raison ».

Avec cet incident, Azarias Ruberwa vient de se rendre compte de l’image réel qu’ont les femmes sur son parti. Le vice-président a subi le premier test (électoral ?) sur son parti. Qui a dit que les Congolais(es) avaient la mémoire courte ? Comme pour mieux exprimer leur ras-le-bol, certaines femmes ont même jeté leurs pagnes. Si les femmes sont contre le Rcd, qui encore sera pour lui quand on sait que les femmes représentent 52% de la population congolaise ?

Quand on viole, on ne demande pas l’appartenance politique
Il y a eu des voix qui se sont élevées pour dire que cette réaction spontanée émanait des femmes du Pprd (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie). Cette façon de voir les choses étonne plus d’un observateur dans la mesure où la manifestation elle-même a été organisée par le ministère de la Condition féminine dirigée justement par un(e) membre du Rcd.

Qui plus est, lorsque les exactions avaient lieu à l’Est, le Pprd n’existait pas encore et toutes les femmes qui ont ainsi été victimes ne peuvent se reconnaître en une seule tendance politique ou religieuse. Car, lorsqu’on viole, on ne demande pas d’abord l’appartenance politique. C’est absurde.

En dehors de cet incident, la mobilisation a été grande étant donné que les femmes ont répondu massivement à la célébration de la journée du 8 mars. Les manifestations vont se poursuivre jusqu’à la fin du mois à travers différentes associations féminines avec la vente des pagnes qui ont été imprimées pour la circonstance en vue de venir en aide aux déplacés de guerre et aux réfugiés.

Personne n’ignore qu’à cause de la misère et de la pauvreté sans précédent, les femmes ont, pour la plupart, choisi la direction de la prière. C’est ainsi qu’on a noté à la manifestation les femmes pasteurs et chantres notamment Rose Lessie, pasteur de l’Eglise la Manne cachée et Shabani, chanteuse à la communauté internationale des femmes messagères du Christ-Cifmc. C’est Shabani, en compagnie de son orchestre, qui a agrémenté la célébration de la journée du 8 mars.

Sévère réquisitoire
Le réquisitoire présenté par le ministre de la Condition féminine Faida Muangilwa indique que la guerre a accentué la vulnérabilité et l’état de pauvreté de la femme et rappelle que plusieurs actions menées pour la promotion de la femme congolaise, sont restées sans effet à cause de la politique et des conflits armés.
Evoquant les articles 17 et 51 de la Constitution de la transition qui consacrent l’égalité de tous les Congolais, l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard de la femme et sa pleine participation au développement, Faida a dénoncé la sous-représentativité de la femme dans les institutions de transition. Elle en veut pour preuve la non représentation de la femme dans l’espace présidentiel, et les 11% de ministres, 16% de députés et 2% de sénateurs.
Le même tableau sombre de la situation de la femme congolaise a été évoquée par le représentant-résident du Pnud en Rdc, Herbert M’Cleod qui a estimé que la violence née de l’absence de l’autorité de l’Etat a confiné la femme dans la pauvreté, fragilisé la famille et déstabilisé la société.

Désormais, les femmes sont plus déterminées à s’engager dans le processus du développement et de la recherche de la paix au Congo.