Tentative du meurtre du
Général Nabyolwa
A Bukavu, des témoins remettent en cause le rôle de la
Monuc
Georges Alves, le
8 mars 2004 (*)
Les habitants de Bukavu ont
appris à se méfier de la Mission onusienne au Congo (Monuc).
Dans la nuit du 23 au 24 février, les Bukaviens ont vu des troupes
de l’Armée patriotique rwandaise (APR) franchir la frontière :
« Trois camions pleins de militaires et de munitions en provenance
du Rwanda ont traversé vers 23 heures avant de retourner au Rwanda
vers 3 heures du matin », affirment les organisations de
la société civile de cette ville dans une lettre ouverte
adressée à la Monuc. « Ces militaires rwandais
conduits par le commandant en second de la 10ème région
militaire, le colonel Jules Mutebutsi, poursuit cette lettre, ont attaqué
le Général Prosper Nabyolwa en plein sommeil. »
« Nous en avons encore vu quelques uns [NDLR :de ces
militaires] sur les carrefours de la ville jusqu’à 10 heures
du matin, le mardi, 24 février, précise le document.
Malgré des témoignages
insistants des Bukaviens, la Monuc s’est refusé de reconnaître
l’incursion des militaires rwandais dans la ville. Elle s’est
refusé également de venir constater l’attaque contre
le Général commandant de la région militaire du
Sud-Kivu au moment des faits.
Signalons qu’à peine 1 Km sépare la résidence
du Commandant Nabyolwa du quartier général de la Monuc.
Cyribanya et Tambwe
protégés par la Monuc
Cette indifférence que dénonce la société
civile aurait pu passer pour une simple méprise des hommes de
M. Swing si les faits dénoncés n’étaient
pas précédés des mesures d’éloignement
prises par la Monuc au profit de certaines personnalités.
M. Xavier Cyribanya, un agent patenté du dictateur rwandais Paul
Kagame, gouverneur relevé de ses fonctions il y a à peine
un mois pour insubordination ; son complice en matière de
dissimulation d’armes, l’abbé Buroko ainsi qu’une
délégation du gouvernement conduite par le ministre MLC
du Budget, M. Alexis Tambwe Mwamba, ont tous fait partie de ces groupe
de privilégiés que la Monuc a voulu soustraire de la fusillade
de la nuit du 24 février.
Le Sénat a promis
de mettre sur pied une commission d’enquête sur les évènements
de Bukavu. Le Parlement a annoncé, pour sa part, son intention
d’interpeller dans les jours qui viennent le gouvernement de transition.
Il envisage aussi d’entendre des représentants de la Monuc.
Mais l’incursion dans le territoire congolais des éléments
de Kagame, en violation de l’accord de Pretoria, ne fait aucun
doute. Le signal a été donné au dictateur rwandais
comme quoi le professionnalisme de Nabyolwa est une menace qui touche
directement aux intérêts de l’Occident dans la région.
Ainsi le véritable enjeu de l’interpellation et de l’enquête
annoncées par les deux chambres porte à connaître
le pourquoi de l’absence de patrouille des soldats de Swing, curieusement
cette nuit là, alors qu’ils organisent, de façon
régulière [depuis le 3 février], des patrouilles
sur la ville de Bukavu !
(*) Cet article a été
publié par notre section belge: deboutcongolais.be.tf