Des événements
dramatiques ont secoué la ville de Bukavu et le Kivu et ont inquiété
toute la population nationaliste quant à l'avenir de cette Transition
placée sous le signe de l'Accord Global… Parcourons d'abord
l'historique de la crise.
Le
film des événements de Bukavu (1)
Début février une cache contenant 65 caisses de munitions
a été découverte à Bukavu dans une maison
du gouverneur Xavier Chiribanya.
Le 7 février, le gouvernement a instruit l’Etat Major Général
de l'armée que toutes les mesures soient prises pour démanteler
les caches d’armes sur tout le territoire national et que ceux
qui gardent irrégulièrement des armes soient déférés
en Justice.
Samedi 21 février
2004, vers 11 h 00, découverte d'une deuxième cache d'armes
à Bukavu chez le major Jeef Kasongo au Quartier Nguba et chez
son voisin le colonel John Bahati. Kasongo est arrêté pendant
que Bahati a réussi à prendre fuite.
Craignant des tentatives pour "libérer" le major Kasongo,
le général Nabyolwa décide de le transférer
le dimanche 22 février par vol spécial à Kinshasa
pour enquête. Nabyolwa répond ainsi aux instructions gouvernementales
du 7 février.
A Kinshasa, Kasongo est accueilli et entendu par la Demiap.
Lundi 23 février 2004.
Déclaration fracassante et insultante du RCD, présentée
à Kinshasa par son secrétaire général, Francis
Bedi.
Vers 20h00, le Colonel Mutebutsi, le commandant adjoint de la 10ème
région militaire, organise l'évacuation de l'ex-gouverneur
Ciribanya vers le Rwanda.
Entre 20h00 et 22h00, la Monuc évacue Tambwe Mwamba de l'hôtel
Orchid où il est logé depuis son arrivée à
Bukavu, ce matin à 14 h 00. On l'amène au kilomètre
14 de Bukavu pour le mettre en sécurité dans le camps
de la Monuc. Les responsables de la Monuc savaient apparemment ce que
le RCD tramait pour cette nuit-là…
Peu avant minuit, le 23 février, des hommes de Mutebutsi mènent
une opération pour arrêter le général Nabyolwa
et "venger" l’arrestation et le transfert de Kasongo.
Le général Nabyolwa téléphone à Sharou
Sharif, le chef de la Monuc, pour demander d'être secouru. Mr
Sharif prétexte qu'il ne peut venir à son secours parce
que l'électricité est coupée et que lui-même
n'est pas sûr de sa propre sécurité.
Nabyolwa parvient à sauter de la fenêtre du deuxième
niveau de sa résidence et disparaît.
A 23 h 45, la résidence du général est mitraillée.
Pendant plus de deux heures dans la nuit de lundi 23 et mardi 24 février
des affrontements opposent les forces de Nabyolwa et celles de son adjoint,
Mutebutsi. Deux gardes de corps du général et son chauffeur
sont abattus. (2)
Le Commando assaillant est armé avec de fusils automatiques,
de lance-roquettes et de Mag et il possède une arme lourde à
deux roues qui a servi à défoncer les portes. Toute l'opération
est coordonnée par walkie-talkie par Mutebutsi, secondé
par un certain Mukalay.
La résidence du Général a été fouillée
de fond en comble et les objets de valeur, les documents et deux valises
satellitaires ont été emportées. Le gros du commando
était composé de tireurs d'élite rwandais, qui
sont rentrés chez eux vers 3 h 00 du matin.
Mardi 24 février 2004.
Au cours de la matinée, toutes les chancelleries occidentales,
relayées par leurs média, notamment RFI, rallient le point
de vue du CIAT et du RCD, condamnant presque le pouvoir présidentiel
de Kinshasa pour avoir transféré un détenteur illégal
d'armes à Kinshasa. Personne des officiels occidentaux, ni la
CIAT, ne se préoccupe du sort du général Nabyolwa,
victime d'une tentative d'assassinat.
A la mi-journée, radio OKAPI transmet une interview de Mr. Sharou
Sharif qui prend parti pour le RCD et condamne le général
Nabyolwa d'avoir décidé seul du transfert de Kasongo sans
s'en référer à la MONUC et en contradiction avec
une décision du Conseil de Sécurité provinciale.
Le mercredi 25 février
2004, des militaires rwandais ont effectué des perquisitions
systématiques dans des maisons ciblées ou suspectées,
entre autres dans le couvent des sœurs de la congrégation
de St Joseph de Turin, près de l’hôtel de poste de
Bukavu. Ils cherchaient le général Nabyolwa. Ces perquisitions
illégales ont été faites au vu et au su de la Monuc
que la population tient pour complice du RCD et du Rwanda.
Après leurs forfaits, tous les soldats mutins ont disparu de
la ville de Bukavu. Pour la population, c'est une preuve supplémentaire
qu'il s'agit d'éléments venus du Rwanda qui sont rentrés
chez eux pour ne pas se faire prendre sur le lieu du délit.
Toujours ce 25 février, à Kinshasa, le major Kasongo,
a été embarqué sur un avion de la Monuc pour Bukavu.
Les observateurs avertis savent que Kasongo est rentré à
Bukavu après avoir dévoilé à la Demiap tous
les secrets des caches d'armes constituées avec l'aide du Rwanda.
Le 3 mars, Kasongo, détenu
à l’auditorat militaire de Bukavu, a été
entendu par la mission de l’Etat-major général dirigée
par le chef de l'état-major de l'armée de terre, Sylvain
Mbuki. Mutebutsi a aussi été entendu. Les interrogatoires
ont convaincu la mission qu'il y a eu acte délibéré
de mutinerie. (3)
retour au sommet
L'armée
de Kagame n'a jamais lâche le Kivu
Pendant toute la crise autour de Kasongo, il y a eu de nombreuses informations
que des troupes venues du Rwanda sont intervenues à tous les
moments décisifs. Contrairement aux déclarations faites,
le territoire national n'est pas encore réunifié, l'autorité
de l'Etat n'est pas rétablie partout : ainsi, la DGM dirigée
par Pierre Yambuya n'a pas le moindre contrôle sur les frontières
avec le Rwanda et avec l'Ouganda. L'armée rwandaise entre et
sort du Grand Kivu comme bon lui semble.
On se rappelle qu'en janvier, Mountaga-Diallo, de la mission des Nations
Unies, avait fait des déclarations fracassantes : «
Il y a beaucoup de Rwandais dans l’armée nationale difficilement
détectables». « En dépit des informations
fiables obtenues des autorités locales (religieux, médecins,
chefs de village) sur l’incorporation des soldats rwandais dans
l’armée du RCD, les commandants de troupes ne nous ont
pas facilité la tâche. Ils ont affirmé que ces hommes
étaient des Congolais », a dit le Général
à la radio « Top Congo. » (4)
Le Conseil
de Sécurité avait déjà affirmé en
2002 que beaucoup de soldats du RCD sont des citoyens du pays de Kagame.
Le Rapport sur les pillages, N° S/2002/1146 du 16 octobre 2002 disait
déjà dans son Point 16 : "Sylvain Mbuki a réorganisé
l'armée du RCD. Il a intégré de larges groupes
de soldats rwandais dans l'Armée Nationale Congolaise (ANC) et
dans les Local Defense Forces. La plupart des unités de l'ANC
ont des officiers rwandais. Beaucoup de soldats hutus de l'armée
rwandaise n'ont pas quitté le Congo. Ils ont reçu de nouvelles
uniformes congolaises et ils ont été versés dans
l'ANC".
Le général
Habyarimana, ancien ministre de la Défense de Kagame, Hutu, a
pris la fuite le 29 mars 2003 et il a déclaré : "Tous
les principaux cadres du RCD sont des Rwandais. Leurs véhicules
et moyens logistiques viennent de Kigali. La Banque Mondiale donne des
fonds pour démobiliser les Interahamwe, mais beaucoup de ces
Hutus ont été versés par Kagame dans l'APR et envoyés
au Congo. Les officiers que le RCD intégrera dans l'armée
congolaise seront presque tous des Rwandais."
Le troisième
et dernier rapport de l'ONU a été publié le16 octobre
2003 et il porte le nom du président du Panel des Experts, l'ambassadeur
Kassem Mahmoud.
Le Rapport affirme que la guerre d'agression et d'occupation par l'armée
rwandaise continue de plus fort. Voici quelques extraits révélateurs
de la partie censurée… mais que des forces de l'ONU opposées
à la guerre, ont divulgués…
"7. La stratégie rwandaise consiste à mettre
de grandes parties de territoires à l'Est du Congo sous son influence
et contrôle, spécialement dans les provinces du Nord et
Sud Kivu."
"8. L'APR joue encore un rôle important mais très
discret dans les opérations de l'Armée Nationale Congolaise
(RCD), y compris dans ses structures de commandement et de contrôle.
… Ceci est accompli à travers plusieurs officiers rwandais
qui sont commandants des brigades et à travers l'officier de
liaison qui assure la coordination avec l'APR."
"9. Dans l'Est de la RDC, les camps d'entraînements de l'APR
restent actifs. L'APR est responsable pour la formation dans le domaine
des Renseignements et dans les fonctions de commandement et contrôle."(…)
"13. La milice de Serufuli est utilisée comme un instrument
pour faciliter la déstabilisation et de blocage effectif de la
réunification."
Le point 14 cite une lettre datée du 30 juin 2003 de Serufuli,
adressée à James Kabarehe : "Je soutien votre
excellente idée d'assurer la sécurité et la bonne
cohabitation inter-ethnique dans notre province du Nord-Kivu par le
déploiement de vos éléments à travers toute
la province et l'imposition de notre politique dans le territoire de
Lubero et de Beni."
Signalons
en passant que le point 57 dit : "La direction du MLC a reçu
à Kinshasa des livraisons clandestines d'armes par bateau à
partir de Brazzaville début août 2003, renforçant
son propre arsenal."
retour
au sommet
Le
RCD garde toujours son armée privée, son armée
rebelle
La tentative d'assassinat du général Nabyolwa a mis à
jour l'existence d'un réseau d'officiers prêts à
aller jusqu'au bout de la "rébellion-agression" et
qui sont déterminés à lancer une troisième
guerre.
Parmi ces hommes se trouvaient Laurent Nkunda, accusé de massacres
à Kisangani, Georges Mirindi, Bora et Kasongo, tous les trois
condamnés à mort pour l'assassinat de Laurent Désiré
Kabila et Mutebutsi, l'adjoint de Nabyolwa.
Un conseil de Sécurité, réuni le lundi 23 février
autour du gouverneur a.i. Mazambi du Sud Kivu a adopté une résolution
demandant la comparution de Xavier Chiribanya Chirimwami, le gouverneur
suspendu, considéré comme l'organisateur du réseau
de caches d’armes de guerre à travers la province. Chirabanya
a bénéficié de la complicité de Lukompa,
responsable provincial des services de sécurité et de
Alphonse Chirimwami, ancien maire de Bukavu. Ces deux complices ont
été suspendus.
La presse a également
fait état de l'existence d'une dizaine de dépôts
clandestins d'armes à Goma et dans le Nord-Kivu. Mentionnons
aussi que des armes sont parvenues du Rwanda, non seulement au Kivu,
mais aussi au Nord Katanga.
Et pour être impartial et accorder à Bemba ce qui revient
à Bemba : à Gbadolite, des observateurs militaires onusiens
ont été empêchés d'inspecter le contenu de
plusieurs avions, qui amenaient vraisemblablement des armes. (5)
Le 24 février, le
parti politique RCD a fait une conférence de presse pour protester
contre "l’enlèvement de Bukavu du major Joseph
Kasongo". Or, c'est le commandant de la 10e Région
militaire, le général Nabyolwa, qui a jugé que
la constitution de caches d'armes par Kasongo constituait une affaire
grave qui devait être traité par la hiérarchie nationale.
Sur quelle base légale le parti RCD peut-il s'ingérer
dans une affaire d'infraction qui concerne la hiérarchie militaire
?
C'est une preuve éclatante que RCD veut continuer à gérer
"ses officiers et soldats" comme du temps de la rébellion-agression.
C'est le rejet d'une clause essentielle de l'Accord global. Le lundi
1 mars, au nom du Comité International d'Accompagnement de la
Transition, Swing est allé dire au président Kabila la
préoccupation du Comité International d'Accompagnement
de la Transition : "Les forces armées ne sont pas encore
intégrées. La RDC continue à disposer de quatre
ou cinq micro-armées qui continuent à évoluer selon
la logique des anciennes forces belligérantes." (6)
Dans la bouche de Swing, c'est pratiquement une critique directe à
l'adresse du RCD… et de Kagame.
En effet, les événements de février à Bukavu
prouvent que le RCD se comporte comme s'il possédait toujours
"son propre armée" qui n'est pas subordonné
à la hiérarchie militaire nationale.
Quel officier de l'armée
régulière peut se permettre d’ériger des
caches d’armes dans des parcelles privées à l'insu
de la hiérarchie ?
Nulle part, ni à Kinshasa, ni à Mbuji Mayi, ni à
Lubumbashi, le commandant de la région militaire peut permettre
qu'un de ses subordonnés organise des caches d'armes secrètes.
Pour quelle raison bizarre, le vice-président chargé des
matières de défense et de sécurité, jugerait-il
le major Kasongo autrement que comme un individu coupable d'insubordination
qui menace gravement la sécurité nationale ?
Pourquoi un officier coupable à Kinshasa ou Mbuji Mayi sera-t-il
arrêté, jugé et condamné, alors qu'un Kasongo
pourra commettre le même crime à Bukavu, sans que la hiérarchie
militaire puisse le condamner ?
Pourquoi peut-on arrêter des officiers fautifs de toutes les anciennes
parties belligérantes, sauf ceux qui appartiennent au RCD ?
A Beni, le général Vita Kitambala des Maï-Maï,
coupable des tracasseries envers la population, a été
placé en détention.
Le général Mustafa, issu du MLC, commandant de la 1ère
Région militaire de Bandundu, a été arrêté
et transféré vers la capitale.
Un officier des renseignements issu de la composante ex-Gouvernement
est toujours en jugement pour extorsion.
Pour justifier son comportement
inacceptable, le RCD a invoqué sa conception du fédéralisme.
En effet, le colonel Mutebutsi, commandant adjoint de la 10ème
Région militaire, a estimé que le général
Nabyolwa a outrepassé ses prérogatives en refusant de
traduire le major Kasongo devant le conseil de guerre provincial avant
d’envisager son transfert vers la capitale. Or, dans toute armée,
la hiérarchie supérieure a toujours le droit de prendre
en charge une affaire qu'elle juge toucher la sécurité
nationale. C'était le cas de la constitution de nombreuses caches
d'armes au Kivu, entre autres par Kasongo.
Puis, l'affaire Kasongo a
quelque peu obscurci l'affaire Mutebutsi tout aussi grave. Le Commandant
adjoint de la 10e région militaire a recouru aux armes et a même
fait intervenir des armes lourdes, dans une tentative d'éliminer
son supérieur, le général Nabyolwa. On s'attendrait
à ce que le vice-président chargé de l'armée
et de la sécurité soit parmi les premiers à exiger
l'arrestation et le jugement du coupable et la condamnation exemplaire
d'un tel crime...
Officiellement, le Congo n’a plus qu’une seule armée
intégrée qui a incorporé toutes les milices. Bemba
a fait le même parcours que Ruberwa dans la rébellion-agression
du 2 août 1998. Mais il est obligé de dire aujourd'hui
que "notre mouvement avait plus de 20.000 hommes, que nous
avons mis à la disposition de l’armée nationale.
Nous ne pouvons plus récupérer ces hommes versés
au sein de l’armée nationale". Les événements
de Bukavu démontrent que le RCD est décidé à
garder le contrôle sur "ses" chefs militaires et sur
"ses" troupes. Il est toujours dans la logique de l'agression-rébellion.
Pour Kagame, le véritable problème se pose ainsi : lorsque
le RCD n'aura plus la main sur "son" armée, Kagame
ne pourra plus envoyer l'armée rwandaise au Kivu en la faisant
passer pour des troupes du RCD…
retour
au sommet
La
Déclaration de la Troisième guerre par les extrémistes
du RCD
Elle s'appelle officiellement "Déclaration politique
du RCD et alliés relative à l’enlèvement
de Bukavu du major Joseph Kasongo faite à Kinshasa, le 24 février
2004". En réalité, cette déclaration
développe un programme pour la troisième guerre que Kagame
prépare…
Elle exprime la stratégie de Kigali pour se maintenir militairement
au Kivu et pour faire échouer la Transition en RCD. Il est d'ailleurs
possible que la tendance Ruberwa ait des contradictions avec ces jusqu'au-boutistes.
Soulignons d'abord une escroquerie significative : le secrétaire
général du RCD, Francis Bedi, a lu ce 24 février
à 15h00 cette déclaration qui dit : "Le RCD et
alliés exigent la libération immédiate et sans
conditions du Major Kasongo". Or, ceux qui ont présenté
cette déclaration à la presse, savait que Kasongo avait
déjà été libéré le matin à
10h00. Le but de cette escroquerie ? Présenter Joseph Kabila
comme un Président faible qui cède devant les menaces
du RCD…
Le texte de RCD commence
par dire que Kasongo a été faussement accusé d'avoir
organisé des caches d'armes… pour ensuite reconnaître
qu'il avait, en effet, illégalement des masses d'armes en sa
possession…
Le RCD dit d'abord ceci : "le major Kasongo a été
"arrêté, il y a trois jours, pour un motif fallacieux
de détention des armes de guerre et prétendument condamné
à mort dans l’affaire de l’assassinat du Président
Laurent Désiré Kabila par la tristement célèbre
Cour d’Ordre Militaire."
Un peu plus loin, le texte fait l'aveu que Kasongo avait des dépôts
clandestins d'armes… "Le Major Kasongo est signataire
d’une lettre collective datée du 15 février et adressée
au Président Joseph Kabila par laquelle un groupe de militaires
de l’ex-ANC s’engageaient à restituer les armes en
leur possession au Commandant de la 10e Région Militaire !"
La Présidence, occupé
par Joseph Kabila, est une institution de la République. Les
vice-présidents ne sont pas une institution de la République,
selon la Constitution adoptée à Pretoria. Mais le RCD
tente de paralyser Joseph Kabila en tant que Président et Commandant
suprême de l'armée en l'obligeant de consulter à
tout propos les quatre Vice's. Ainsi le RCD déclare : "Le
Chef de l’Etat Joseph Kabila a agi de manière dictatoriale,
sans avoir au préalable, consulté ni informé les
4 vice-présidents, le Gouvernement, et sans être muni d’aucun
acte judiciaire."
Joseph Kabila, en tant que Président et Commandant suprême
de l'armée, a non seulement le droit, mais même le devoir
de convoquer à Kinshasa un officier dont les agissements menacent
la sécurité nationale et l'intégrité territoriale.
Mais pour avoir simplement convoqué pour interrogatoire un officier
qui a commis une infraction extrêmement grave, le président
s'entend dire par le RCD cette extravagance : "Le comportement
du Chef de l’Etat Joseph Kabila frise, en quelque sorte, le terrorisme
d’Etat digne d’un «Etat-voyou » ou de dictature
noire et sanguinaire."
Utiliser ces mots sanglants
pour une affaire après tout assez banale et dans laquelle le
président a le bon droit de son côté, exprime simplement
la haine viscérale des hommes de Kagame pour Joseph Kabila. La
même haine qu'ils ont nourrie pour Mzee Kabila…
Puis la Déclaration du RCD continue : "Le nouveau scandale
signé Président Joseph Kabila n’est pas de nature
à conduire la transition vers les élections générales
dans la sérénité et la non- conflictualité
exigées." Ceci exprime clairement la volonté
des RCD de tout faire pour empêcher que le Congo puisse tenir
les élections à la date prévues, tout en imputant
ce non-lieu aux "scandales" commis par Joseph Kabila…
En effet, le RCD affirme
à propos de l'affaire Kasongo que "ce scandale s’inscrit
dans une série d’autres". Et de citer comme "scandales",
d'abord "l'exclusion de Monsieur Etienne Tshisekedi de la Vice-Présidence
de la République."
Où est le scandale, lorsque Tshisekedi n'a simplement pas eu
une majorité dans la composante Opposition politique? Le scandale
serait justement d'imposer un Tshisekedi à la vice-présidence,
simplement parce que ce monsieur agit depuis quelques années
comme un des plus fidèles hommes de main de Kagame !
Autre "scandale"
retenu contre Joseph Kabila : "le refus de nommer les officiers
régulièrement désignés par une composante,
en l’occurrence le RCD". Et de citer entre autres les
généraux Bora et Laurent Nkunda et le colonel Georges
Mirindi. Or, Bora et Mirindi ont été condamnés
à mort pour l'assassinat de Mzee Kabila et Nkunda aura tôt
ou tard à répondre devant la justice des crimes qu'il
a commis contre la population nationaliste de Kisangani.
Le quatrième "scandale" imputé à Joseph
Kabila : "consultation unilatérale et cavalière
de la Cour Suprême de Justice". Mais en cas de divergences
d'interprétation de la constitution, quel autre organe pourrait
trancher, sinon la Cour Suprême de Justice ? Joseph Kabila a pris
la voie qui serait suivie dans tout état de droit. Où
est le scandale ?
Cinquième "scandale" : "l'éviction du gouverneur
du Sud-Kivu, Monsieur Xavier Chiribanya Chirimwami". Or, ce monsieur
a été pris "la main dans le sac" : on a trouvé
65 caisses de munitions dans sa résidence ! Et il apparaît
comme l'organisateur principal de toute la chaîne de dépôts
d'armes clandestins constitués en préparation pour la
"troisième guerre"… Pour ces faits, cet individu
serait coffré dans n'importe quel pays au monde.
Dans un langage qui rappelle
les plus violentes tirades du RCD et MLC contre Mzee Laurent Désiré
Kabila, la Déclaration dit : "Le Général
Major Joseph Kabila se croit tout permis. Ce qui lui reste, c’est
son intronisation comme Empereur de la République Démocratique
du Congo. Le RCD et alliés ne peuvent en aucun cas, cautionner
le retour à la dictature."
Malgré toutes les concessions souvent humiliantes que Joseph
Kabila a faites, il reste, aux yeux des agents de Kagame, un empereur
et un dictateur…
"Si les revendications du RCD et alliés ne sont pas
prises en compte, ils réserveront le droit d’utiliser tous
les moyens à leur disposition pour que le Major Joseph Kasongo
soit libéré et pour mettre fin à la dictature naissante
dans notre pays."
Les agents de Kagame passent
allègrement de la "libération" du pauvre Kasongo,
à la lutte armée pour renverser Joseph Kabila ! C'est
une évidence : "utiliser tous les moyens pour mettre
fin à la dictature naissante de Joseph Kabila", c'est
exactement ce que les agents du Rwanda, de l'Ouganda et des Etats-Unis
ont tenté de faire en s'engageant dans l'agression-rébellion
du 2 août 1998 contre la "dictature" de Laurent Kabila
! Voilà pourquoi la Déclaration du RCD du 24 février
2004 est effectivement une Déclaration pour la troisième
guerre.
retour
au sommet
Le
"Mémo" des séparatistes rwandophones du Kivu
Une semaine avant la "Déclaration" de la troisième
guerre du RCD, le Soft a publié un "Mémo des
Congolais rwandophones à qui de droit ", un manifeste
des forces séparatistes et pro-Kagame du Kivu. Ce "Mémo"
est signé par Félicien Nzitatira et François Gachaha
qui prétendent être les représentants de la communauté
congolaise rwandophone du Nord Kivu.
Le texte vient manifestement de l'entourage de Serufuli.
Il y a quelques années,
Kagame a commencé à entraîner au Rwanda des Hutu
congolais et rwandais qui étaient placés sous la direction
de Serufili. Ces "milices d'autodéfense" comptent,
selon les estimations, entre 7.000 et 20.000 hommes. Cette armée
avait été levée par Kagame en dehors du RCD et
même, selon certains, à l'insu de Ruberwa.
Le "Mémo" affirme que "Serufuli s'est illustré
dans la pacification et la cohabitation interethnique". La
tactique est claire : faire passer toutes les forces de Kagame au Kivu
pour des démocrates et des hommes de paix qui œuvrent pour
la cohabitation et la pacification du Kivu… L'affaire Nabyolwa-Kasongo
vient nous rappeler que cette "cohabitation pacifique" ne
s'étend pas aux patriotes et nationalistes congolais…
Le "Mémo"
est très bien conçu et on y voit la finesse politique
des services de renseignements de Kagame. Un lecteur attentif y trouve
toutes les astuces politiques et idéologiques dont Kagame a fait
usage pour faire accepter par les puissances occidentales le bien-fondé
et la nécessité de la dictature de la grande bourgeoisie
tutsi au Rwanda…
Le titre officiel donne déjà matière à réflexion
: "Processus de réunification de la RDC : aucune chance
d'aboutir sans la reconnaissance de tous les Congolais à l'égalité
des droits".
Le piège est bien conçu : sous le label "reconnaissance
des rwandophones congolais" Kagame veut également faire
"reconnaître" comme Congolais des dizaines de milliers
de Rwandais et d'agents de l'expansionnisme kagamiste.
Le "Mémo" avance quatre revendications qui servent
à préparer le terrain au séparatisme et à
la mainmise du Rwanda sur le Kivu.
La première revendication
: "la mise à l’écart des faucons de l'entourage
de Kabila". Dans la liste des faucons, on trouve des hommes
qui ont des orientations politiques très différentes,
mais qui s'opposent tous à la domination du Rwanda kagamiste
sur le Congo. Le "Mémo" mentionne Yerodia, puis Samba
Kaputo, Kudura Kasongo, Yagi Sitolo, Katumba et Kikaya. Le document
insiste sur Yerodia, devenu "célèbre, en 1998, en
traitant les Tutsi de Vermine à éradiquer». C'est
un mensonge hideux que Kagame et Bizima ont utilisé contre la
résistance populaire à Kinshasa. Ce fameux mercredi 26
août 1998, Yerodia a dit, à juste titre, qu'il faut : "permettre
aux FAC de mener à bien l'éradication et l'écrasement
total de cette vermine des envahisseurs rwandais et ougandais".
Deuxième exigence
: "Le Président doit faire fonctionner l’espace
présidentiel sur base de prises de décisions consensuelles
entre les composantes du Dialogue inter-congolais». Selon
la Constitution, les cinq institutions de la République sont
: le Président, le gouvernement, l'assemblée national,
le sénat, les cours et tribunaux. (Article 63). La Présidence,
qui regroupe le Président et les quatre vice-présidents,
n'est pas mentionnée parmi les institutions de la République.
C'est essentiellement un organe de "concertation". (Article
82) Seul le Président "est le garant de l'indépendance,
de l'intégrité du territoire national et de la souveraineté
nationale". (Article 68). Le "Mémo" des séparatistes
prône une sorte de coup d'état qui enlèvera au président
Kabila ses prérogatives constitutionnelles pour les transférer
à une "espace présidentielle où les décisions
sont prises par consensus". En clair : les forces rwandaises
et pro-rwandaises veulent paralyser le Président pour avoir les
mains libres au Kivu. Les affaires Kasongo et Mutebutsi viennent de
montrer ce qu'ils ont en tête…
Troisième revendication
: "une forte décentralisation territoriale, prélude
au processus fédéraliste". Il faut «la répartition
des ressources et des compétences entre le Gouvernement et les
Entités Décentralisées». Le RCD veut
une décentralisation et une fédéralisation qui
donnent un maximum de ressources et de compétences aux provinces
: il s'agit de créer les conditions optimales pour faire avancer
la cause du séparatisme ou du contrôle effectif du Rwanda
sur le Kivu.
Dernière exigence
: une «gestion sage des nominations aux postes de Gouverneurs
de Province et de Responsables de la sécurité nationale,
mais aussi du déploiement des officiers supérieurs et
des unités ». (7) En clair, Serufuli doit garder le
contrôle sur le Nord Kivu ; ensuite, des Rwandais se faisant passer
pour Congolais et des Congolais au service de Kagame doivent avoir des
fonctions importantes dans les services de sécurité et
dans l'armée, et finalement les officiers supérieurs rwandophones
et les unités rwandophones doivent être déployées
au Kivu…
Il vaut la peine de souligner que le "Mémo" falsifie
à la manière de Kagame la révolution populaire
du 17 mai 1997. Le texte dit : "Laurent Désiré
Kabila (a été) installé au fauteuil de Mobutu grâce
au soutien militaire de l’APR et des rwandophones congolais."
Ceci est révélateur des positions chauvines des Rwandais
kagamistes et des rwandophones congolais au service de Kagame. Le facteur
décisif dans la victoire du 17 mai a été le soutien
des masses populaires congolaises qui en avaient ras-le-bol de la dictature
mobutiste. Ensuite, à partir de février-mars 1997, ce
sont des troupes angolaises, et non rwandaises, qui ont fait le gros
du travail.
Mais ce que nous retenons
surtout, c'est la justification intégrale de la guerre d'agression
rwando-ougandaise du 2 août 1998 par les séparatistes pro-Kagame.
Le "Mémo" dit : "Août 1998 : Laurent
Désiré Kabila lance une campagne haineuse et génocidaire
contre ses amis d’hier - génocide des Congolais rwandophones.
La suite est aussi connue: riposte énergique du RCD et campagne
militaire pour faire barrage au dictateur et autocrate naissant."
Il n'y a pas eu d'agression et d'occupation, il y a eu un génocide
des rwandophones et une riposte militaire justifiée contre la
dictature de Laurent Désiré Kabila.
C'est ainsi que les agents de Kagame continuent imperturbablement de
falsifier l'histoire. Ceux qui, après 4.000.000 de morts, continuent
à justifier la guerre d'agression du 2 août 1998 en évoquant
la "dictature" de Laurent Kabila, seront prêts à
marcher pour la troisième guerre dès qu'ils ont attribué
le qualificatif "dictateur" à Joseph Kabila…
Le séparatisme rwandophone
au Kivu n'est qu'un instrument de Kagame et des forces américaines
qui le soutiennent à fond. Des Congolais "autochtones",
comme Kin-Kiey Mulumba, sont partisans de cette politique américaine
qui redessine la carte économique de l'Afrique. Cette politique
consiste essentiellement à balayer les frontières par
une politique de libéralisme économique. En fin de compte,
Kagame compte s'imposer au Kivu par la force économique, plus
que par la force militaire. Il s’appuiera sur les grandes fortunes
que lui et la grande bourgeoisie tutsi de Kigali ont entassées
par le pillage du Congo. Il s’appuiera aussi sur les capitaux
américains qui s'allient à lui parce qu'il a la force
militaire pour garantir leurs intérêts dans la Région
des Grands Lacs.
Kin-Kiey Mulumba se fait
le porte-parole des capitaux américains et rwandais qui veulent
"faire éclater les frontières" pour
que "le monde devienne un vaste marché pour quiconque
sait vendre et sait acheter"…Voici comment ce digne
mobutiste-kagamiste s'est exprimé le 26 février…
"A
Bukavu, le gouverneur RCD Chiribanya Chirimwami est brutalement limogé
par le gouvernement dont l’ex-mouvement rebelle étatisé
est partie prenante sans qu’il ne cherche à broncher. La
crise qui couvait depuis juin 2003, a atteint sa phase terminale. Hutu
et Tutsi, tous Banyarwanda, tous frères et sœurs, ennemis
jurés hier jusqu’à s’entre-tuer massivement,
ont enterré machettes et lances, et fait chorus. Ensemble, ils
vont défendre leurs terres, en premier, leur gouverneur hutu
Eugène Serufuli Ngayabaseka. La question n’est plus l’entrée
en ébullition, la question est de savoir quand. À l’heure
où les frontières éclatent, où le monde
devient vaste marché pour quiconque sait vendre et sait acheter,
il n’y a que dans l’ex-Zaïre où, faute de leadership,
l’habitant n’a rien compris. Le Kivu lui veut vivre, se
produire et se reproduire. Il se tente et se laisse tenter par une culture
moderne, loin des incuries et qui marche. Qui lui en fera le reproche
?" (8)
Kin-Kiey Mulumba, comme Tshisekedi
et Katebe Katoto, est parmi les politiciens qui jouent à fond
la carte des Américains et de leur libéralisme outrancier
qui fait sauter les frontières. Kagame possède une armée
puissante qui s'insère délibérément dans
la stratégie politico-militaire des EU pour la domination du
continent. Son armée est très présente au Kivu
où elle se fait passer comme faisant partie des rwandophones
congolais… Cette présence politico-militaire au Kivu, jointe
à une pénétration économique, permettra
à l’alliance Etats-Unis-Rwanda kagamiste de dominer le
Kivu sans l'annexer formellement.
C'est à cette lumière qu'on peut interpréter les
dires de Kin-Kiey Mulumba. « Paul Kagame éprouve des
nouveaux besoins : il veut reconstruire son pays; il veut tisser des
nouveaux liens dans le monde basés sur la compétitivité
et la bonne gouvernance; il veut tourner le dos à la guerre et
être vraiment ce nouvel homme que son pays et la région
attendent. (Récemment,) il a fait fermer la frontière
entre Bukavu et Cyangungu. Là aussi un même message adressé
aux Congolais: 'Si vous vous battez, c’est bien entre vous. Les
Rwandais n’ont rien à y faire'. »
retour
au sommet
Pour
le nationalisme révolutionnaire, contre le piège de l'ethnicisme
Kagame est un spécialiste de la guerre politique et psychologique.
Il est extrêmement habille pour présenter et défendre
sa politique basée sur le militarisme, l'ethnicisme et l'exclusion
comme une politique démocratique, de large union nationale et
inclusive… Il sait envelopper sa politique de guerre et de terreur
dans les belles paroles pacifiques qui plaisent aux Américains.
Les hommes de Serufuli ont été à l'école
de la guerre psychologique et politique de Kagame et ils ont appris
leur leçon.
Ainsi, le "Mémo" séparatiste prône au
Congo une politique qui exclut les authentiques nationalistes comme
Yerodia, tout en demandant à Joseph Kabila de "sanctionner
tout discours exclusif" Là où Yerodia faisait des
discours patriotiques de résistance à l'agression, le
"Mémo" demande de "sanctionner ce discours raciste"
!
Selon les termes de la Constitution, le président Joseph Kabila
doit garantir "l'indépendance nationale, l'intégrité
du territoire national et la souveraineté nationale". (Article
68) Or, la milice de Serufuli, formée par Kagame et opérant
sous ses ordres, constitue une menace pour l'intégrité
territoriale.
Le "Mémo" critique Joseph Kabila parce que, après
le jugement de la Cour Suprême de Justice, il s'estime "compétent
pour procéder discrétionnairement à toutes les
nominations". Et le "Mémo" de préciser
: "Dans sa ligne de mire, le Gouverneur du Nord-Kivu, objet de
diabolisation permanente dans les milieux des extrémistes anti-rwandophones."
Ainsi, défendre l'intégrité territoriale devient
dans le langage des hommes de Kagame : diaboliser Serufuli et suivre
des extrémistes anti-rwandophones.
Or, les patriotes qui combattent les milices de Serufuli, ne le font
pas par "extrémisme anti-rwandophone", mais par opposition
à la politique de guerre et d'occupation pratiquée par
Kagame avec l'aide de ses agents congolais, dont Serufuli.
Le Congo, qui compte plus
de 400 ethnies et qui a une vocation panafricaine au centre du continent,
ne peut pas se laisser emporter par des idéologies ethnicistes.
Ainsi, le camarade Laurent Désiré Kabila, lorsqu'il dirigeait
en 1964-65 le maquis de Fizi - Baraka, travaillait en coopération
étroite avec des combattants rwandais dirigés par le grand
révolutionnaire et anti-impérialiste Mudandi.
Au moment le plus chaud de
l'agression rwandaise d'août 1998, Mzee Kabila veillait à
ce qu'on ne tombe pas dans l'ethnicisme anti-Tutsi. Il dit alors : "Il
n'y a pas d'insurrection des Banyamulenge. L'insurrection est un alibi
des Tutsi rwandais. Notre pays a été la victime d'une
agression du Rwanda". "Tout Rwandais n'est pas ennemi. Et
on ne peut pas continuellement utiliser les Tutsi du Congo comme des
boucs émissaires d'une agression et d'une illusion d'expansionnisme".
Kakudji allait
dans le même sens le 19 août 98 : "La croisade
que les Banyamulenge ont menée lors de la guerre de libération
contre Mobutu - et ils avaient raison - était la question de
leur nationalité. Quand le régime de Mzee Kabila est arrivé
au pouvoir, il a proclamé haut et fort que les Banyamulenge étaient
des Congolais comme tous les autres Congolais." (9)
Depuis la première phase de la "mondialisation",
celle qui a exporté les esclaves africains dans les Amériques,
presque tous les pays du monde contiennent des populations "venues
d'ailleurs".
Depuis 1914, la Belgique
possédait une espace coloniale composée du Congo et du
Rwanda-Urundi. Tous ces territoires dépendaient d'un Gouverneur
général établi à Kinshasa et d'un ministère
des Colonies à Bruxelles. Cette espace coloniale belge était
donc dirigée par une seule main et régi par une seule
politique.
Lors d'une réunion du Conseil du Kivu, le 5 août 1956,
des fonctionnaires belges ont parfaitement résumé la situation
de fait, telle qu'elle a été créée par le
développement historique : les territoires congolais et rwandais
sont gérés comme un ensemble et les travailleurs rwandais
immigrés sont pratiquement considérés comme des
Congolais. Monsieur de Bève dit : « Les Banyarwanda
ne sont pas des étrangers et doivent être considérés
comme se trouvant sous statut belge. Ils font partie de la grande communauté
Belgo-Congolaise ». Monsieur Castelein le soutint : «
Actuellement, et dans certains domaines seulement, on les considère
encore comme des étrangers, mais rien ne dit que, dans l'avenir,
il en sera ainsi ». (10)
C'est la même thèse qui fut adoptée à la
Table Ronde de 1960 : les travailleurs immigrés d'origine rwandaise,
résidant au Congo depuis plus de dix ans, sont à peu prêt
considérés comme Congolais. Ils ont le droit de participer
à l'élection des représentants du peuple. Ils peuvent
être élus aux niveaux du territoire, de la commune, de
la ville et de la province, mais pas, en théorie, au niveau national.(10)
Néanmoins, Marcel Bisukiro, un Congolais rwandophone hutu, sera
même ministre du Commerce Extérieur du gouvernement Lumumba!
Avant le 30 juin 1960, les
ressortissants rwandophones du Congo ne possédaient pas la nationalité
rwandaise, tout comme l'ensemble des populations du Congo ne possédait
pas la nationalité congolaise... Avant l’indépendance
du Congo et du Ruanda-Urundi, aucun ressortissant de ces territoires
n'avait une nationalité propre, congolaise ou rwandaise. Officiellement,
ils étaient tous membres de leurs ethnies respectives et avaient
la seule nationalité belge, tout en n'étant pas considérés
comme citoyens belges !
A l’accession du Congo
à la souveraineté internationale, le 30 juin 1960, tous
ses habitants, y compris les rwandophones, ont reçu la nationalité
congolaise.
Toutes les lois sont l'œuvre des hommes et elles doivent refléter
les réalités sociales en constante évolution. On
ne peut pas sortir des stipulations datant de 1885-1908 pour régir
la vie des habitants du Congo en 2004.
Il est donc logique que la Constitution de la Transition dit dans son
article 14 : «Tous les groupes ethniques et nationalités
dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu
le Congo (présentement République Démocratique
du Congo) à l’indépendance, doivent bénéficier
de l’égalité des droits et de la protection aux
termes de la loi en tant que citoyens».
Pour ce qui concerne les personnes qui se sont établies au Congo
après le 30 juin, "une loi organique fixera les conditions
d'acquisition … de la nationalité congolaise".
Remettre en question ces stipulations de la Constitution de la Transition
risquerait de plonger le Congo et spécialement le Kivu dans un
nouveau cycle de tueries sur base ethniciste. Ce qui donnera de nouveaux
prétextes "humanitaires" à Kagame pour
renvoyer massivement ses soldats au Congo et placer à nouveau
ces territoires congolais sous occupation et tutelle rwandaises.
S'il y a des Congolais qui
collaborent avec Kagame et qui l'aident dans ses intrigues politiques
et ses opérations militaires, ils doivent être considérés
comme des traîtres, peu importe qu'ils soient rwandophones ou
luba, kongo ou originaires du Bandundu… Au Kivu, les nationalistes
issus des ethnies autochtones, ont tout intérêt à
soutenir les rwandophones patriotiques qui s'opposent au régime
expansionniste de Kagame. Ils ont tout intérêt à
les encourager à convaincre les autres Congolais rwandophones
de rallier le camp des patriotes congolais et de soutenir au Rwanda
le camp des démocrates rwandais, Hutu et Tutsi confondus, qui
veulent la fin de la dictature kagamiste. Mzee a dit ces paroles prophétiques
: "Notre pays s'est donné pour vocation d'exporter la
paix, la sécurité et le développement"
(11) L'entente entre les Congolais "autochtones"
de 1885 et les Congolais issus de l'immigration rwandaise, permettra
justement d'exporter la paix et la sécurité… au
Rwanda, où il faut mettre fin au cycle infernal des massacres
de Tutsi par l'élite hutu et des massacres de Hutu par l'élite
tutsi…
Le 11 août 2003, à
Bruxelles, j'ai fait une longue interview avec Müller Ruhimbika,
Tutsi congolais bien connu et premier responsable des Forces Républicaines
et Fédéralistes. Il exprime avec constance, depuis le
début de l'agression, les points de vue du nationalisme congolais.
Comme le fait Ruhimbika, tous les nationalistes doivent s'efforcer à
gagner à la cause patriotique les Congolais rwandophones pour
réduire au maximum le nombre de traîtres dans leurs rangs
et isoler Kagame et ses hommes de main.
Ruhimbika a fait en août 2003 des déclarations pertinentes
qui ont été confirmées par l'évolution politique.
Les voici.
"Kagame a ses hommes
à la tête du Congo, et en même temps il garde son
potentiel militaire intact au Congo. Ses militaires restent à
l'œuvre à l'Est de notre pays. Alors, la question se pose
: le RCD mouvement politique, peut-il réellement gérer
sa "milice" pour qu'elle intègre l'armée nationale
? Ces militaires doivent quitter l'état de milice, pour être
gérés par la Nation. Rappelons que près de 40 %
des officiers du RCD sont à la fois des militaires de l'ANC (RCD)
et des militaires officiellement reconnus de l'Armée Patriotique
Rwandaise.
Je pense que le RCD va mettre sur la table autant que possible de questions
qui ne peuvent trouver de réponse. Cela pour empêcher que
nous ayons une Transition normale. Ainsi, ils vont faire barrage à
la reconstruction, ils vont empêcher le démarrage. Ils
espèrent que finalement, les Congolais vont se résigner,
ils ne vont plus rien attendre de ce gouvernement. Ceci peut créer
une situation propice à l'implosion du Congo. Kagame a une stratégie
du chaos au Congo. Est-ce que le Congo a la capacité économique
et politique de faire fonctionner une machine avec 56 ministres et plus
de 500 parlementaires ? Est-ce que notre pays a la capacité d'intégrer
les nombreux groupes armés ? Comment pourrons-nous éviter
d'avoir des groupes de bandits à la solde d'autres pays ?
Je crois que Kagame mise sur le pourrissement de la situation politique
et économique. Il veut une situation chaotique, empêcher
que l'autorité de l'état se fasse sentir sur le terrain.
Kagame peut, dans le même but, ranimer des conflits ethniques
au Kivu, faire une politique divisionniste et ethniste, comme on le
voit déjà en Ituri."
retour
au sommet
L'Europe
et les Etats-Unis face au Congo et au Président Kabila
Pour défendre ses propres intérêts, l'Europe est
plutôt favorable à Joseph Kabila et s'oppose à ceux
qui le combattent et cherchent sa chute.
Aldo Ajello, le représentant spécial de l’Union
européenne pour la région des Grands Lacs a été
reçu en audience par le président du Sénat, Mgr
Marini Bodho, le mercredi 25 février 2004, au Palais du Peuple.
Aldo Ajello a déploré le retard pris par le processus
de la transition et a accusé ceux qu’il qualifie de «forces
négatives qui essaient de bloquer la transition ».
Il a continué : «Elles ont essayé par le passé
de faire capoter le processus. Elles ont échoué. Et maintenant
qu’elles sont toutes à Kinshasa, puisqu’elles n’ont
pas réussi à en assumer la responsabilité hier,
elles font tout aujourd’hui pour faire porter le chapeau de cet
échec à d’autres personnes. On a découvert
ce petit jeu. Ce n’est pas un jeu qui va réussir. Le processus
est devenu irréversible. Ceux qui veulent le bloquer, qu’ils
arrêtent » (12)
« Cette crise, je vais vous le dire sincèrement, je
ne l’ai pas du tout appréciée. Mais elle nous a
appris beaucoup de choses dans le sens du maintien d’un climat
de paix. Je crois que désormais il faut que les politiciens fassent
preuve du sens de responsabilité. L’on se doit de tenir
un langage responsable envers le chef de l’Etat, envers les vice-présidents.
Il faut à l’avenir qu’on évite de tenir des
propos qui risquent de bloquer le processus », a déclaré
Aldo Ajello. (13)
Quant
aux Américains, ils ont placé le Congo sous haute surveillance.
Ils ont un ambassadeur qui réside dans son bunker à la
Gombe, et ils ont un deuxième ambassadeur de choc qui fait fonction
de chef de la Monuc… Dans un article virulent, le journal Le Communicateur
a dénoncé "l’activisme suspect du patron
de Monuc en RDC. Lui que l’on voit tantôt à Lingwala,
tantôt à Ndjili, Masina ou Lemba, dans une telle discrétion
qu’il faut être rôdé pour le démasquer.
Or, curieusement, Swing reprend les mêmes parcours et les mêmes
contacts, qui, à un rien près, rappellent ceux qu’il
avait pris deux mois avant la brutale disparition de Mzee le 16 janvier
2001." (14)
Nous prenons simplement note de ces informations intriguantes et attendons
la suite…
Récemment les Américains
(certains simplifient en disant : Swing) ont fait une proposition étrange
qui revient à mettre toute la Constitution de la Transition en
cause. Ils ont lancé l'idée de la nomination d'un "Coordinateur
du gouvernement" qui sera en réalité un Premier
ministre qui ne dit pas son nom. C'est un changement fondamental, qui
priverait le président Joseph Kabila d'une de ses prérogatives
essentielles : la direction du gouvernement. La proposition est étrange
: si le Président est accablé par trop de travail, c'est
à lui qu'il reviendrait de nommer éventuellement un Premier
ministre de son choix qui exécutera sa politique…
Mais certains fractions du pouvoir américain ont autre chose
en tête : limiter les pouvoirs de Joseph Kabila et le marginaliser.
En effet, certains observateurs estiment que le voyage raté de
Kengo wa Dondo à Kinshasa avait pour but de sonder les différents
milieux politiques quant à sa candidature comme futur Premier
ministre… Il semble être toujours le préféré
de Washington… Après son pitoyable échec à
Kinshasa, les Américains ont sondé d'autres anciens Premiers
ministres du temps de Mobutu…
retour
au sommet
Joseph
Kabila rassure le Kivu martyrisé
Le Président Joseph Kabila a renvoyé à Bukavu le
major Joseph Kasongo, condamné à mort pour l'assassinat
de Mzee Kabila et coupable d'avoir organisé des caches clandestines
d'armes de guerre. certains patriotes kivutiens ont été
choqués et parlaient même de capitulation et de trahison.
On les comprend, puisqu'ils subissent la terreur rwandais depuis plus
de cinq années…
Mais la politique ne se fait pas uniquement avec des sentiments, il
faut aussi évaluer les rapports de force réels et les
différentes contraintes. Personne ne peut croire que le Président
a libéré de gaieté de cœur un des assassins
de son père. On sait que le Président a pris sa décision
après un entretien avec Swing. Cet homme pèse lourd au
Congo : il a les finances et les armées américains derrière
son dos… Si Swing estimait que la libération du criminel
Kasongo était important pour la "bonne entente"
avec le RCD, il fallait plier le genou.
Parce qu'en toute situation,
il faut garder en vue l'essentiel : aujourd'hui, c'est indiscutablement
le déroulement sans heurts de la Transition et la tenue d'élections
libres en 2005… Il fallait plier le genou… mais est-ce que
Swing avait raison ? Non. Pour la simple raison qu'aux Etats-Unis personne
ne peut constituer des caches clandestines d'armes de guerre, sans se
faire arrêter et condamner à de lourdes peines. Non, pour
la simple raison qu'aux Etats-Unis aucun adjoint d'un officier supérieur
ne peut s'aventurer à attenter à la vie de son chef, tuer
ses gardes de corps et ravager sa résidence. Et ce n'est pas
Swing qui dira le contraire…
Le 26 février, le Président Joseph Kabila a adressé
un message au peuple congolais. Nos amis à Bukavu avaient pensé
découvrir des hésitations, voire des trahisons dans l’attitude
du président. Mais dans ce message, ils ont pu constater que
le Président est ferme sur l’essentiel. Et c’est
l’essentiel qui détermine l’avenir. Voici ce qu’a
dit Joseph Kabila.
« Le 7 février
2004, l’état-major général de l’armée
avait été instruit de prendre des mesures pour que la
population soit sécurisée ». Récemment, à
Bukavu, « les ennemis de la paix et autres ont posé des
actes de nature à troubler le déroulement normal de la
transition ». « Le Président de la République
met en garde tous ceux qui, pour des motifs inavoués, veulent
faire échec au processus de paix devant nous conduire à
l’organisation des élections libres, démocratiques
et transparentes ». « Tous ceux qui sont ligués de
prés ou de loin aux événements de ces dernières
72 heures seront poursuivis et sanctionnés conformément
aux lois de la République ». « Le Président
invite la population a une vigilance active afin de préserver
les acquis de la paix »
Six jours plus tard, le 3 mars, lors d’une interview accordée
à Radio Okapi, le Président Joseph Kabila a tiré
des conclusions de la crise grave provoquée par les agissements
de Kasongo, de Mutebutsi et du RCD.
“Le problème,
c’est la discipline. La discipline n’a pas été
observée. Ceux qui sont coupables doivent payer. Les politiques
qui interfèrent dans l’armée, un jour, auront des
bras coupés. Nous tous, nous sommes d’accord de respecter
la Constitution et elle est claire à ce sujet. … Je sais
que la population est inquiète. Je dis que la même population
qui a pu résister à l’occupation, peut encore résister
et surtout qu’elle ne doit pas baisser les bras face aux Rwandais.
Elle doit avoir de l’endurance digne de résistance. …
Je ne peux ni confirmer ni infirmer la présence des troupes rwandaises
en RDC. Je peux dire seulement que lorsque les troupes rwandaises étaient
présentes, la résistance était telle qu’elles
ont quitté notre territoire. Et si les troupes rwandaises sont
là, la résistance devra les faire partir comme il y a
quelque temps. …
La population doit aussi savoir que la paix commence à venir
et tout est fait pour que la paix revienne. Des mesures seront prises
pour empêcher qu’un aventurier puisse se réveiller
un matin et poser des actes contraires à la discipline militaire.
La population doit se sentir sécurisée et nous sommes
là pour elle. … La sécurité est sans nul
doute la tâche du gouvernement mais la population doit aussi collaborer.
… Nous allons commencer le travail de la réunification
de l’armée et nous allons désarmer tous ces jeunes
gens qui circulent partout avec des armes pendant qu’ils sont
censés ne pas en détenir. Après la démobilisation,
j’ai l’espoir que la sécurité reviendra graduellement.
La population doit être vigilante.” (15)
retour
au sommet