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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Le portrait du «nouveau Rwanda d’après le genocide»

Perverti par le génocide et le pillage des richesses qu’il est en train de perpétrer au Congo, Kagame, ensemble avec la clique autour de Habyarimana, un des principaux décisionnaires du génocide de 1994 au Rwanda ne peut plus tirer le crédit moral de ce génocide qu’il a toujours utilisé comme fond de commerce.

Par A.R. Lokongo, 18. 03. 2003

L’Assemblée Générale de l’ONU a déclaré à l’unanimité le 7 Avril de chaque année comme «Journée Internationale de Commémoration du Génocide de 1994 au Rwanda» afin que ce crime contre l’humanité ne se répète pas au Rwanda tout comme ailleurs dans le monde. Ceci en dépit du fait que le peuple Congolais, voisin du Rwanda est en train de payer innocemment le prix de ce génocide que les grands de ce monde ont laissé faire. En effet, dépuis le 2 août 1998, le peuple Congolais subit une guerre d’ agression de la part de la coalition anglo-américano-rwando-burundaise, avec la complicité des soit-disant rebelles Congolais et Rwando-Congolais. Une guerre qui a déjà coûté la vie à plus 5 millions de Congolais, un véritable génocide, sans oublier le pillage systématique des richesses naturelles et minerales de la République Démocratique du Congo.

Les grands de ce monde ont choisi non seulement de fermer les yeux sur ce que les dirigeants Ougandais et les Rwandais font au Congo parcequ’ils les soutiennent tacitement dans cette aventure maffieuse, mais ils se taisent aussi sur ce qu’ils font à l’intérieur de l’Ouganda et du Rwanda même. Et parceque l’illusion ne dure pas, les deux pétits cliques qui dirigent ces «états clients» de l’hégemonie anglo-américaine dans la région ne peuvent plus cacher leur vraie caractère criminelle.

La responsabilité de Kagame dans l’attentat contre l’avion du president Habyarimana, qui le 6 avril 1994, fit basculer le Rwanda dans le génocide est desormais établie. Abdul Ruzibiza, témoin occulaire et membre du «Network Commando» qui a tiré sur l’avion l’a confirmé; Jean Pierre Mugabe, journaliste Rwandais et ancien membre du FPR actuellement exilé aux États-Unis (qui soutiennent Kagame), l’a confirmé; enfin, le juge anti-terroriste Français Jean-Louis Bruiguière l’a confirmé dans son rapport final après une enquète de six ans! Tout ce beau monde ne peut pas mentir!

En écartant Carla del Ponte du TPIR, Kagame a ouvertement déclaré la guerre à tout le monde qui voudrait parler sur les responsabilités du FPR dans le génocide rwandais.

Le fait que l'ONU vient d'avouer être en possession de la boîte noire de l'avion abbatu le 6 avril 1994, confirme encore une fois cette thèse. Pourquoi cette organisation, qui a tant protégé le poulain de l'armée américaine qui est Kagame, pourquoi aurait-elle caché cette pièce cruciale qui intéresse chaque enquêteur qui essait de comprendre le déroulement et les responsabilités dans le génocide rwandais? Quelle est l'arrogance de la part de Kagame de vouloir balayer cette évidence en disant que "cette boîte noire ne pourra rien ajouter à l'enquête"? CNN, l'instrument de propagande de l'armée américaine, vient d'appuyer ces mots en annonçant qu'il n'y aurait "aucun lien entre la boîte et le génocide". Pourquoi est-ce alors justement cette fameuse boîte noire que l'on cherche après chaque accident ou attentat d'avion? Est-ce avec une telle arrogance que l'on peut prétendre de prendre au sérieux les victimes du génocide rwandais?

Pire encore, le bilan d’un Rwanda d’après le génocide sous la houlette de Paul Kagame - le sanguinaire de Kigali qui n’a pas hésité à sacrifier ces frères Tutsis pour accéder au pouvoir - est macabre. Dans la vie quotidienne rien n’a fondamentalement changé pour les simples gens , hutus et tutsis confondus, au Rwanda après le génocide, apart le drapeau et l’hymne national.
Dix ans après le génocide, les inégalités se sont creusées, au détriment de l'immense majorité des huit millions de Rwandais qui vivent dans les zones rurales; ainsi que le révèle Colette Braeckman dans son livre, «Les Nouveaux Prédateurs», paru chez Fayard.

Dans ce livre Colette Braeckman compare le «nouveau Rwanda d’après le génocide» à un «village Potemkine» - celui des apparences trompeuses. Nous publions içi cette citation de son livre:

«Le nouveau Rwanda, ce pays méconnaissable qui s’est rebâti sur les cendres du genocide, est pareil à son chef. Il suscite la passion, la controverse, des engagements durables, des haines définitives. Les uns n’en finissent pas d’admirer la rapidité avec laquelle l’État s’est construit, l’administration, remise en place. Ils constatent combien Kigali a changé, avec ses quartiers neufs, ses villas de nouveaux riches (que certains appellent [ironiquement] «vive le génocide»!), ses commerces, son Institut des sciences, des technologies et de gestion (KIST), sa vocation à devenir un pays des services. Ils admirent les campagnes rangées comme un Monopoly, qu’un géant semble avoir remis en ordre, avec ses maisons regroupés le long des routes, ses élèves en uniforme blanc et bleu, ce pétit peuple laborieux qui semble toujours mû par une tâche urgente, ces paysans minutieux comme des jardiniers.

Mais ce Rwanda d’après le génocide est aussi, aux yeux de ses détracteurs, un village Potemkine. Derrières ces images rassurantes, qui impressionnent les étrangers, il y a aussi la peur, omniprésente, l’obsession de la sécurité, la surveillance exercée par le DMI (Département de la sécurité militaire), les enlèvement et parfois les éliminations physiques. Une presse muselée, des journalistes en prison ou en exil, des défections au sein même du Front patriotique. Un ancien président hutu, Pasteur Bizimungu, est en prison pour avoir voulu créer un nouveau parti politique (ce qui était interdit jusqu’à la fin de la transition. [Alors qu’est ce que Kagame reprochait à Laurent Désiré Kabila donc? D’avoir mis les partis politiques en congé jusqu’à la nouvelle ordre?], un ancien prémier ministre Célestin Rwigema, hutu lui aussi en fuite et accusé, après avoir été associé au pouvoir durant quatre ans, d’avoir été un génocidaire, un ancien président (tutsi) de l’Assemblée contraint à l’exil car il craignait pour sa vie.

Le village Potemkine, celui des apparences trompeuses, c’est aussi l’envers d’une politique de «villagisation» ou «Imidugu», qui a obligé des centaines de milliers de paysans à quitter leur habitat dispersé pour se rassembler le long des routes et des pistes, à vivre dans des maisons construites à la hâte, souvent dépourvues de portes et de châssis de fénêtres, qui se décomposent sous les averses. Dans les nouveaux villages, les cultivateurs se trouvent éloignés de leurs champs. Faute d’entretien minutieux, les cultures déperissent, les reboisements se sont arrêtés et l’entretien des terrases antiérosives est moins systématique qu’autres fois, ce qui accentue les érosions et les effets de la sécheresse.

Le nouveau régime a fait en sorte que ces montagnards individualistes que sont les Rwandais vivent désormais sous la surveillance constante des autorités, ce qui a permis de rétablir une sécurité absolue dans les campagnes. En effet des comités de défenses locaux (Local Defense Forces) organisent chaque soir des patrouilles aux abords des villages, afin de dissuader d’éventuels infiltrés et de surveiller tous les autres. Cette politique de «villagisation» n’a pas seulement permis le quadrillage des milieux ruraux, elle a aussi eu pour effet de rompre l’emprise que l’église Catholique exerçait sur les paysans, parfois au bénéfice des groupes de prières.

Kagame est donc un homme qui avance masqué. Quel fut son véritable dessein? Rentrer au pays, le diriger au mieux, tenter de faire vivre côte à côte Hutus et Tutsis, en leur apportant la sécurité?

«Je ne peux pas les obliger à s’aimer, mais je peux tenter de guarantir la sécurité de chacun», aime-t-il déclarer. Ou bien restaurer le pouvoir perdu par les siens (il appartient à la branche dynastique de Bega, ce groupe au sein duquel, dans la tradition monarchique, étaient choisies les reines mères), s’imposer comme le nouveau «patron» de toute la région après avoir détrôné un Mobutu usé et s’être imposé à un Museveni transformé en rival?

Les questions continuent à se bousculer: le glaive des guerriers du Front patriotique s’est-il rouillé au fil du temps, l’idéal qui animait les combattants du FPR, qui soudait leur discipline, s’est-il perverti à l’epreuve du pouvoir? L’appétit que l’entourage de Kagame éprouve pour les richesses tirées du pays voisin (le Congo) s’est-il ouvert en même temps que le coffre-fort Congolais, ou le hold-up était-il dépuis longtemps prémédité? Vers où se dirigent les bénéfices de l’occupation de l’est du Congo? Sont-ils exclusivement affectés au financement de la plus puissante armée de la région, ou échouent-ils dans des comptes abritant la «cagnotte» du FPR?

Est ce le génocide, la mort de tant des leurs, qui a rendu ces militaires aussi insensibles à la douleur d’autrui, qui leur a donné la force d’exporter la violence et d’infliger la désolation au-délà de leurs frontières, comme si c’était le prix à payer pour la sécurité des leurs?
«Pour nous emparer des auteurs du génocide, nous traverserons toute l’Afrique, nous la ferons flamber s’il le faut», me disait en 1997 un jeune commandant aux yeux jaunes, qui m’assurait qu’il pouvait tuer sans sciller. S’exprimait-il sous le coup de l’exaltation, ou ses propos réflétaient-ils un projet de conquête bien antérieur à la guerre qu’il venait de remporter [contre le régime Habyarimana]?

J’avoue que c’est au Congo, au vu des événements dramatiques, où l’exportation de la violence déployée par les hommes de Kagame a de loin dépassé la sécurisation des 260 kilomètres de frontières commune; c'est au vu du comportement des hommes de Kagame, que j’ai pris la mesure des accusations de crimes de guerre qui pesaient sur le FPR pour son comportement durant le génocide – et même durant les années précedentes. C’est au vu de cette violence déployée hors frontières, de ce mépris à l’égard des Congolais, ces «Ibicucu» autrement dit «les gens sans importance» selon Kagame, dont la mort ou la vie ne pesaient d’aucun poids, que s’est dissipé le crédit accordé au Front patriotique rwandais après le génocide…».