Le putsch manqué
de Kinshasa en trois questions
Les Forces armées
congolaises ont anéanti l'assaut des militaires putschistes venus
de Brazzaville
Georges Alves, 29
mars 2004
Que s'est-il passé
dimanche à Kinshasa ?
Kinshasa s'est réveillé en sursaut dimanche. A 2 heures
du matin, des soldats venus de Brazzaville ont pris d'assaut à
l'arme lourde la capitale de la République Démocratique
du Congo. Quatre garnisons militaires situées au Nord de la ville
étaient particulièrement visées. Il s'agit des
camps Kokolo et Tatshi, de la garnison des Forces navales ainsi que
de l'aérodrome de Ndolo.
A la fin de l'après-midi, le GSSP (groupe spécial pour
la sécurité présidentielle) ainsi que la PIR (Police
d'intervention rapide) maîtrisaient totalement la situation faisant
une vingtaine de prisonniers parmi les agresseurs. Une petite vingtaine
d'autres assaillants se seraient retranchés vers le beach Ngobila,
non loin de la frontière avec le Congo-Brazzaville. Les autorités
congolaises réclament la remise aux mains du gouvernement d'un
des assaillants qui a trouvé refuge dans les installations de
la Monuc (Mission onusienne au Congo).à Kinshasa.
Au cours d'une conférence de presse tenue dans l'après-midi,
le ministre de l'Intérieur, Théophile Mbembe, et son collègue
de l'Information, Vital Kamhere, ont fait état d'un mort et deux
blessés, côté gouvernement. Le calme est revenu
à Kinshasa où la population commence à nouveau
de vaquer à ses préoccupations ordinaires.
Qui sont derrière
ce putsch ?
L'enquête continue sur les mobiles de cette « tentative
de déstabilisation ». Il s'agit vraisemblablement d'un
putsch manqué. Les moyens étaient à la mesure des
ambitions, au vu de l'arsenal militaire mis en disposition des assaillants.
Côté officiel, on préfère ne pas se montrer
bavard. Seule l'enquête pourra déterminer les commanditaires
de cette attaque.
Cependant, selon un militaire congolais qui a requis l'anonymat, les
assaillants seraient venus du Congo voisin profitant de la nuit pour
traverser le fleuve. Ces soldats feraient partie de l'ancienne DSP (division
spéciale présidentielle de feu le dictateur Mobutu).
Du coup, les observateurs avisés voient le MLC. Le parti de Jean-Pierre
Bemba qui n'a jamais caché ses affinités avec la DSP.
Le fait que le président de cette ancienne rébellion devenue
partie politique à la faveur de la transition se soit rendu la
veille chez son parrain, Omar Bongo du Gabon, accusé lui aussi
de comploter contre Joseph Kabila, ne plaide pas en faveur de Jean-Pierre
Bemba.
Les mêmes observateurs se s'interrogent également sur la
nature du voyage improvisé d'Olivier Kamitatu, président
du Parlement de transition, et son compère du MLC, Antoine Ghonda,
ministre des Affaires étrangères, le même samedi
à Luanda (Angola).
Par ailleurs, les médias congolais avaient quelques jours plus
tôt dénoncé les préparatifs d'un complot
visant à écarter le Président Joseph Kabila du
pouvoir. Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa, le chef du RCD, sont
cités comme étant les cerveaux de ce complot. Le dictateur
rwandais, Paul Kagame, serait lui aussi mêlé de très
près au même complot.
Quelle a été
la réaction de la communauté internationale ?
Dans Demain le Congo, l'article n'est pas très tendre pour la
Monuc . L'institution représentant la communauté internationale
aurait eu pour tâche, en cas de réussite du complot, d'évacuer
Joseph Kabila à l'étranger comme ce fut le cas avec le
père Bertrand Aristide en Haiti.
Si on en juge par l'attitude des hommes de la Monuc, à qui M.
William Swing a ordonné de « ne pas bouger » au moment
où l'ennemi prenait d'assaut Kinshasa, on réalise à
quel point la dénonciation du Demain le Congo collait à
la réalité.
L'ambassadeur britannique, a, quant à lui, tenté de minimiser
les faits en annonçant une mutinerie des soldats qui n'auraient
pas reçu leur salaire. Par ces propros, le représentant
de la Grande-Bretagne, l'un des protecteurs de Kagame, rejoint le mobutiste
Kinkeyi Mulumba, le plus kagamiste des journalistes mobutistes. En effet,
dans un article du 28 mars 2004 publié sur son site, le journal
« Le Soft » de Kinkeyi Mulumba parle d'une "mutinerie"
contre "un gouvernement pléthorique qui n'arrive pas à
se mettre d'accord sur la poursuite du processus de normalisation du
pays" ,
L'enquête déterminera sans doute les responsabilités
des uns et des autres dans cette énième tentative de déstabiliser
le Congo. Mais, faudra-t-il encore que cette dernière soit rendue
publique.
Tout compte fait, les complots contre la nation congolaise ne sont pas
terminés, loin de là . Sous une forme ou une autre, les
mêmes acteurs poursuivent inlassablement leur entreprise criminelle
avec l'appui tacite de la communauté internationale. Il appartient
dès lors aux filles et fils de ce pays de comprendre qu'ils ne
peuvent que compter sur leurs propres forces et savoir donner la chasse
aux traîtres à la Nation pour que le Congo retrouve tant
soit peu le respect