Quand les institutions de
Bretton Woods parlent d'un monde plus juste
'La Banque mondiale a
besoin de la société civile pour réaliser ses objectifs
au niveau global et local. Ensemble, nous allons travailler pour atteindre
notre but commun qui est de créer un monde plus juste'',
a déclaré le vice-président de la Banque mondiale
pour les affaires extérieures et onusiennes, Ian Goldin
Mani Junior Kisui,
le 31 mars 2004
Monsieur Ian Goldin, a fait
cette déclaration mardi (23 mars) devant la tribune de la 5ème
conférence mondiale de l'Alliance mondiale pour la participation
citoyenne (CIVICUS), qui s'est tenue du 22 au 26 mars derniers à
Gaborone, la capitale du Botswana. Ces assises ont rassemblé
700 délégués des sociétés civiles
issus de plus de 100 pays de tous les continents autour du thème
: ''Agissons ensemble pour un monde juste''.
Cet appel lancé par
la Banque Mondiale n'a pas manqué de susciter le scepticisme
parmi les participants. ''Un système dominé par l'unilatéralisme
actuel des Etats-Unis qui, pour le défendre, ont mis en place
une architecture financière de règles injustes, investissent
dans l'armement et mènent des guerres à travers le monde'',
a accusé l'un des participants.
Mais le vice-président
de la Banque mondiale pour les affaires extérieures et onusiennes
a logiquement rejeté toutes les accusations portées sur
son institution. Il ne faut pas se limiter aux discours pour comprendre
où se trouve la réalité. Il faut plutôt laisser
les faits parler pour bien saisir ce qu'un monde juste, dont parle monsieur
Ian Goldin au nom de la Banque Mondiale, veut dire.
10 ans de bonne gestion
de programmes de sauvetage au Zaïre pour quels résultat?
Sous Mobutu, le Zaïre
était l'un des pays où les institutions financières
internationales de Bretton Woods (FMI et Banque Mondiale) expérimentaient
leurs politiques. La Banque Mondiale écrivait en 1985 : «
Est-ce que le Zaïre peut être considéré comme
un pays spécial ? La réponse est affirmative, non seulement
parce que les réformes récentes sont allées plus
loin que les actions prises par la plupart des pays africains, mais
aussi parce que le redressement continu et éventuellement la
restructuration réussie de l'économie auraient un effet
démonstratif important. » [1]
Ainsi de 1978 à 1989,
les Zaïre a connu 4 programmes de relance et d'ajustement économiques
et financiers, 3 conférences ad hoc à Bruxelles, 5 réunions
du Club de Paris, 4 réunions du Groupe Consultatif de la Banque
Mondiale et 16 études sérieuses. Tous ces programmes,
conférences et études ont été élaborés
et dirigés par la Banque Mondiale et le FMI.
En protestant contre les
accusations portées contre son employeur, monsieur Ian Goldin
soutient que, actuellement, la Banque mondiale s'implique activement
dans la réalisation des objectifs de la Campagne pour le millenium.
Ceci étant l'engagement pris, en 2000 aux Nations Unies, d'éradiquer,
d'ici à 2015, l'extrême pauvreté et la faim dans
le monde.
Ce n'est pas une nouvelle
chanson car c'est pour de mêmes raisons officielles que les experts
des institutions de Bretton avaient pris le contrôle du budget
zaïrois de 1978 à 1989 par un mécanisme savamment
mis en place. Dans le Plan de Stabilisation élaboré par
la Belgique en coopération avec la Banque mondiale, on lisait
déjà toutes ces belles promesses: " relance économique
et financière, lutte contre la pauvreté, développement
rural, lutte contre la famine par la relance de l'agriculture, réhabilitation
des routes, etc…" 10 ans plus tard, tous ces programmes,
conférences ainsi qu'études élaborés et
dirigés par la Banque Mondiale et le FMI ont révelé
leur cynisme.
Compression des salaires
et licenciements massifs dans le secteur public
La Banque mondiale se dit
impliquée activement dans la la campagne qui vise à éradiquer,
d'ici à 2015, l'extrême pauvreté et la famine. C'était
pour la même raison officielle qu'elle a accéléré
la paupérisation nationale au Zaïre: Quand l'INS ( Institut
National des Statistiques) estimait que le budget moyen qu'une famille
de 6 personnes doit consacrer à la nourriture au début
de 1984, se monte à 3037 zaïres, tandis que le salaire mensuel
de base d'un fonctionnaire de l'échelon intermédiaire
est de 750 zaïres [2], l'institution pour laquelle travaille monsieur
Ian Goldin ramenait, par ses experts bien formés et les autorités
zaïroises, le poste des salaires, qui représentait 43,4%
des dépenses totales du budget zaïrois en 1980, à
27% en 1983 et à 17% en 1985. [3]
Pourtant les coopérants
occidendaux au Zaïre, estimés à 1600 en 1985, gagnaient,
selon un calcul sommaire, presque l'équivalent des dépenses
annuelles de la rémunération de la fonction publique zaïroise.
[4]
D'autre paret, le plan de
1983 du FMI a conduit à des licenciements massifs dans le secteur
public qui a perdu en 1983 10% de salariés soit 441.121 et 400.000
à la mi-1984 [5].
Les solutions pour compenser
le pouvoir d'achat déclinant, comprennaient le vol, la corruption,
la spéculation, la falsification de documents et des activités
parallèles [6].
Voila comment les intitutions
de Bretton ont poussé à l'extrême la corruption
et l'économie informelle qu'elles déclarent combattre
sur papier.
L'agriculture, la
santé et l'éducation également sacrifiées
Selon le vice-président
de la Banque mondiale, Ian Goldin, son institution lutte contre la famine,
elle a déjà engagé des partenariats avec la société
civile de nombreux pays dans la lutte contre le SIDA ou le paludisme
et voudrait poursuivre et élargir ce type de collaboration avec
la société civile pour relever les défis, dont
l'accès à l'éducation, auxquels est principalement
confronté le monde en développement.
Mais on disait la même
chose aux Zaïrois. Chaque nouveau plan de la Banque Mondiale et
du FMI dans les années 80 promettait une revalorisation de l'agriculture
pour resoudre le problèle de la faim et de la pauvreté.
Pourtant l'agriculture voyait tout le temps son budget se faire baisser
par les experts des intitutions de Bretton sortis de meilleurs universités
du monde. A titre d'exemple, l'agriculture, pourtant proclamée
priorité de priorité par tous les programmes, ne reçevait
que 4,2% du budget d'investissement en 1983 [7].Quant à l'éducation
et à la santé, ensemble, elles ne recevaient que moins
de 5 % du programme d'investissements publics de 1979 - 1981 et de 1981
- 1983. Leur part a enconre était ramenée à moins
de 4 % du programme d'investissements publics de 1983 - 1985 [8].
Pourtant la même Banque
Mondiale constatait cyniquement, d'une part, que la malnutrition touchait
déjà à l'époque 20 à 40% des enfants
zaïrois [9]; que les médicaments et fournitures médicales
s'épuisaient d'une manière critique ; les services médicaux
( hôpitaux, cliniques et dispensaires) à l'intérieur
du pays étaient soit fermés ou ne pouvaient pas opérer
pleinement [10]. D'autre part, elle signalait, avec moquerie, que 50%
des écoles primaires disposaient des bâtiments inadéquats
; 80% des élèves devaient s'asseoir par terre et le manque
de fournitures scolaires (livres, tableaux) était critique [11].
Au nom de l'entreprise
privée on a sacrifié tout un peuple pour payer la dette
La Banque mondiale soutient
également le projet du Nouveau partenariat pour le développement
de l'Afrique (NEPAD) qui vise à attirer des investisseurs étrangers
sur le continent africain, a expliqué monsieur Goldin.
Mais toute la stratégie
de la Banque Mondiale dans les années 80 tendait oficiellement
à faire du Zaïre l'un des pays d'Afrique les plus ouverts
aux investisseurs privés. Il s'agissait de "consentir des
efforts particuliers pour attirer les investiseurs étrangers"
[12].
En fait, la Banque Mondiale
et le FMI sacrifiaient tout un peuple pour des chimères. Les
chiffres le prouvent clairement. En effet, de 1980 à 1985, le
Zaîre, suite aux programmes des institutions de Bretton, a donné
aux financiers internationaux 4, 300 milliards $ et n'a réçu
que 36 millions $ comme Capitaux étrangers investis dans la même
période [13].
36 millions d'investissements
à mettre en rapport avec les 4,300 milliards de dollars que le
Zaïre a dû rembourser sur la même période pour
le service de la dette. Jugez vous-mêmes l'écart. Est-ce
que c'est une arnaque ou un crime contre tout un peuple ?
Les investissements publics,
quant à eux, s'effondraient littéralement dans la part
du budget d'état: partis de 6,7 % des dépenses budgétaires
en 1980, ils étaient montés à 12 % en 1982 pour
descendre à 5,3 % en 1984, finalement au chiffre dérisoire
de 2,5 % en 1985 [14].
Dans un tel contexte, il
est impossible de parler de développement ; même la survie
devient aléatoire. Pourtant monsieur Jacques de Groote, administrateur
belge de la BM et du FMI en 1985, déclara : « Ce pays mérite
encore plus de bons points qu'il y a un an (…) Le programme qui
est appliqué au Zaïre se distingue par l'ampleur et le caractère
radical des mesures qu'il comporte et par la manière très
scrupuleuse dont il est appliqué par les autorités zaïroise
» [15]
On peut se demander à
quoi servait cette politique draconienne et criminelle. Les faits nous
répondent que le budget zaïrois, une fois tombé aux
mains des experts du FMI, était devenu un instrument pour vider
le Zaïre de son sang, une machine pour drainer les ressources zaïroises
vers les banques étrangères. Toutes les belles promesses
avancées par les institutions de Bretton n'étaient que
des prétextes. En effet, si les parts de tous les secteurs vitaux
dans le budget de l'Etat diminuaient sensiblement, le service de la
dette, seul, voyait sa part croitre d'une manière astronaumique:
Le pourcentage des dépenses budgétaires destinées
au service de la dette intérieure et extérieure, a évolué
de 24,5 % en 1980 à 73 % en 1985. Celui de la dette extérieure
est passé de 22,4% en 1980 à 55,1% en 1985 [16].
Dix années de plans
de sauvetage servis à la sauce de la plus piquante démagogie,
ont enfoncé la population zaïroise dans la misère,
la malnutrition et la maladie
Le Congo n'est pas
la seule victime des institutions financières de Bretton
Il est tout à fait
faux de croire que seul le Zaïre a subi le dictat des institutions
financières de Bretton. Le FMI et la Banque Mondiale ont imposé
à tous les pays du tiers monde une impossibilité absolue
de tout développement économique autonome. Par le mécanisme
du service de la dette, ils ont spolié les pays du sud de leurs
maigres capitaux qui pourraient assurer un début de développement
industriel national. Des millions de vies sont ainsi sacrifiées.
Selon les statistiques officielles, les besoins du tiers monde sont
estimés plus ou moins à 100 milliards $. Pourtant les
pays du tiers monde donnent chaque année 240 à 260 milliards
$ aux puissances du nord par le service de la dette quand ils ne reçoivent
que, comme aide au développement, 50 milliards de $, c'est-à-dire
5 fois moins que ce qu'ils donnent [17].
Simple calcul: En 1980, la
dette des pays du tiers monde était estimée à 560
milliards et en 2001, elle a atteint 2500 milliards $, soit 1900 milliards
$ de plus par rapport à 1980. Et cela représente 37% du
PIB du tiers monde en 2000 estimé à 6700 milliards $.
Pourtant le tiers monde a payé, depuis 1980, 3400 milliards $,
soit 6 fois la dette en 1980 [18]. Quelle arnaque !
Ayant remarqué que
beaucoup de gens pensent que la Banque mondiale ne peut œuvrer
pour une justice économique dans le monde puisqu'elle est, avec
le Fonds monétaire international (FMI), au cœur du système
néo-libéral actuel qui vise à enrichir les plus
riches en appauvrissant davantage les plus pauvres, monsieur Ian Goldin
déclare que ''les milliers de personnes, qui travaillent pour
la banque, seraient peinées que l'on continue à les accuser
d'œuvrer pour perpétuer la misère des gens. Nous
ne sommes pas les affameurs des peuples''.
Pourtant les faits parlent
d'eux-mêmes. Ils démontrent que ces milliers de personnes,
qui travaillent pour la banque, oeuvrent pour perpétuer la misère
des gens. Ils sont bel et bien des affameurs des peuples. Qu'ils soient
peinées que l'on continue à les accuser, est tout à
fait normal. C'est le contraire qui nous aurait étonné,
car ils vivent des pillages. Quand les pillés commencent à
prendre conscience petit à petit de telle sorte que l'indusrtie
du mensonge se rétrécit, tout pillard s'indigne car son
avenir est sérieusement ménacée. C'est le comportement
normal de tous les pillards. Après tout ce que l'on vient de
voir, nous voulons connâitre la recette miracle par laquelle la
Banque Mondiale veut appliquer pour créer un monde plus juste.
Franchement, ça nous intéresse beaucoup.
[1] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External
Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p.97
[2]Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance.
Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p.46
[3] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance.
Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 42 et 201
[4] International Bank for Reconstruction and Decelopment, Chairman's
report, March 25, 1987 ; Annex H - Déclaration de M. Damiba P-C,
représentant du PNUD, p. 177-178
[5] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance.
Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 42 et 201
[6] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance.
Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 47
[7] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance.
Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 40
[8] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance.
Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p.86
[9]Zaïre Mémorandum Economique, Rapport n° 4077- ZR,
30 décembre 1982, Banque Mondiale ; Volume II, p. 109
[10] Zaïre Mémorandum Economique, Rapport n° 4077- ZR,
30 décembre 1982, Banque Mondiale ; Volume II, p. 108
[11] Zaïre Mémorandum Economique, Rapport n° 4077- ZR,
30 décembre 1982, Banque Mondiale ; Volume II, p.106
[12] Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'activité
à l'intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris,
21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p. 43
[13] Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'activité
à l'intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris,
21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p.7 et Attachement IV a.p
[14] Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'activité
à l'intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris,
21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p. 11
[15] Echo de la Bourse du 28 juin 1985
[16] Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'activité
à l'intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris,
21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p. 11 ; Discours d'ouverture du
citoyen Sambwa à la réunion du Groupe Consultatif sur
le Zaïre, Paris 21-22 mai 1987, p. 8 et 9
[17] Rapport 2003 de l'ONU sur le développement humain et Raisons
et déraisons de la dette, alternative sud, vol. IX (2002) 2-3,
p.28
[18] Raisons et déraisons de la dette, alternative sud, vol.
IX (2002) 2-3, p.28