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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Quand les institutions de Bretton Woods parlent d'un monde plus juste

'La Banque mondiale a besoin de la société civile pour réaliser ses objectifs au niveau global et local. Ensemble, nous allons travailler pour atteindre notre but commun qui est de créer un monde plus juste'', a déclaré le vice-président de la Banque mondiale pour les affaires extérieures et onusiennes, Ian Goldin

Mani Junior Kisui, le 31 mars 2004

Monsieur Ian Goldin, a fait cette déclaration mardi (23 mars) devant la tribune de la 5ème conférence mondiale de l'Alliance mondiale pour la participation citoyenne (CIVICUS), qui s'est tenue du 22 au 26 mars derniers à Gaborone, la capitale du Botswana. Ces assises ont rassemblé 700 délégués des sociétés civiles issus de plus de 100 pays de tous les continents autour du thème : ''Agissons ensemble pour un monde juste''.

Cet appel lancé par la Banque Mondiale n'a pas manqué de susciter le scepticisme parmi les participants. ''Un système dominé par l'unilatéralisme actuel des Etats-Unis qui, pour le défendre, ont mis en place une architecture financière de règles injustes, investissent dans l'armement et mènent des guerres à travers le monde'', a accusé l'un des participants.

Mais le vice-président de la Banque mondiale pour les affaires extérieures et onusiennes a logiquement rejeté toutes les accusations portées sur son institution. Il ne faut pas se limiter aux discours pour comprendre où se trouve la réalité. Il faut plutôt laisser les faits parler pour bien saisir ce qu'un monde juste, dont parle monsieur Ian Goldin au nom de la Banque Mondiale, veut dire.

10 ans de bonne gestion de programmes de sauvetage au Zaïre pour quels résultat?

Sous Mobutu, le Zaïre était l'un des pays où les institutions financières internationales de Bretton Woods (FMI et Banque Mondiale) expérimentaient leurs politiques. La Banque Mondiale écrivait en 1985 : « Est-ce que le Zaïre peut être considéré comme un pays spécial ? La réponse est affirmative, non seulement parce que les réformes récentes sont allées plus loin que les actions prises par la plupart des pays africains, mais aussi parce que le redressement continu et éventuellement la restructuration réussie de l'économie auraient un effet démonstratif important. » [1]

Ainsi de 1978 à 1989, les Zaïre a connu 4 programmes de relance et d'ajustement économiques et financiers, 3 conférences ad hoc à Bruxelles, 5 réunions du Club de Paris, 4 réunions du Groupe Consultatif de la Banque Mondiale et 16 études sérieuses. Tous ces programmes, conférences et études ont été élaborés et dirigés par la Banque Mondiale et le FMI.

En protestant contre les accusations portées contre son employeur, monsieur Ian Goldin soutient que, actuellement, la Banque mondiale s'implique activement dans la réalisation des objectifs de la Campagne pour le millenium. Ceci étant l'engagement pris, en 2000 aux Nations Unies, d'éradiquer, d'ici à 2015, l'extrême pauvreté et la faim dans le monde.

Ce n'est pas une nouvelle chanson car c'est pour de mêmes raisons officielles que les experts des institutions de Bretton avaient pris le contrôle du budget zaïrois de 1978 à 1989 par un mécanisme savamment mis en place. Dans le Plan de Stabilisation élaboré par la Belgique en coopération avec la Banque mondiale, on lisait déjà toutes ces belles promesses: " relance économique et financière, lutte contre la pauvreté, développement rural, lutte contre la famine par la relance de l'agriculture, réhabilitation des routes, etc…" 10 ans plus tard, tous ces programmes, conférences ainsi qu'études élaborés et dirigés par la Banque Mondiale et le FMI ont révelé leur cynisme.

Compression des salaires et licenciements massifs dans le secteur public

La Banque mondiale se dit impliquée activement dans la la campagne qui vise à éradiquer, d'ici à 2015, l'extrême pauvreté et la famine. C'était pour la même raison officielle qu'elle a accéléré la paupérisation nationale au Zaïre: Quand l'INS ( Institut National des Statistiques) estimait que le budget moyen qu'une famille de 6 personnes doit consacrer à la nourriture au début de 1984, se monte à 3037 zaïres, tandis que le salaire mensuel de base d'un fonctionnaire de l'échelon intermédiaire est de 750 zaïres [2], l'institution pour laquelle travaille monsieur Ian Goldin ramenait, par ses experts bien formés et les autorités zaïroises, le poste des salaires, qui représentait 43,4% des dépenses totales du budget zaïrois en 1980, à 27% en 1983 et à 17% en 1985. [3]

Pourtant les coopérants occidendaux au Zaïre, estimés à 1600 en 1985, gagnaient, selon un calcul sommaire, presque l'équivalent des dépenses annuelles de la rémunération de la fonction publique zaïroise. [4]

D'autre paret, le plan de 1983 du FMI a conduit à des licenciements massifs dans le secteur public qui a perdu en 1983 10% de salariés soit 441.121 et 400.000 à la mi-1984 [5].

Les solutions pour compenser le pouvoir d'achat déclinant, comprennaient le vol, la corruption, la spéculation, la falsification de documents et des activités parallèles [6].

Voila comment les intitutions de Bretton ont poussé à l'extrême la corruption et l'économie informelle qu'elles déclarent combattre sur papier.

L'agriculture, la santé et l'éducation également sacrifiées

Selon le vice-président de la Banque mondiale, Ian Goldin, son institution lutte contre la famine, elle a déjà engagé des partenariats avec la société civile de nombreux pays dans la lutte contre le SIDA ou le paludisme et voudrait poursuivre et élargir ce type de collaboration avec la société civile pour relever les défis, dont l'accès à l'éducation, auxquels est principalement confronté le monde en développement.

Mais on disait la même chose aux Zaïrois. Chaque nouveau plan de la Banque Mondiale et du FMI dans les années 80 promettait une revalorisation de l'agriculture pour resoudre le problèle de la faim et de la pauvreté. Pourtant l'agriculture voyait tout le temps son budget se faire baisser par les experts des intitutions de Bretton sortis de meilleurs universités du monde. A titre d'exemple, l'agriculture, pourtant proclamée priorité de priorité par tous les programmes, ne reçevait que 4,2% du budget d'investissement en 1983 [7].Quant à l'éducation et à la santé, ensemble, elles ne recevaient que moins de 5 % du programme d'investissements publics de 1979 - 1981 et de 1981 - 1983. Leur part a enconre était ramenée à moins de 4 % du programme d'investissements publics de 1983 - 1985 [8].

Pourtant la même Banque Mondiale constatait cyniquement, d'une part, que la malnutrition touchait déjà à l'époque 20 à 40% des enfants zaïrois [9]; que les médicaments et fournitures médicales s'épuisaient d'une manière critique ; les services médicaux ( hôpitaux, cliniques et dispensaires) à l'intérieur du pays étaient soit fermés ou ne pouvaient pas opérer pleinement [10]. D'autre part, elle signalait, avec moquerie, que 50% des écoles primaires disposaient des bâtiments inadéquats ; 80% des élèves devaient s'asseoir par terre et le manque de fournitures scolaires (livres, tableaux) était critique [11].

Au nom de l'entreprise privée on a sacrifié tout un peuple pour payer la dette

La Banque mondiale soutient également le projet du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) qui vise à attirer des investisseurs étrangers sur le continent africain, a expliqué monsieur Goldin.

Mais toute la stratégie de la Banque Mondiale dans les années 80 tendait oficiellement à faire du Zaïre l'un des pays d'Afrique les plus ouverts aux investisseurs privés. Il s'agissait de "consentir des efforts particuliers pour attirer les investiseurs étrangers" [12].

En fait, la Banque Mondiale et le FMI sacrifiaient tout un peuple pour des chimères. Les chiffres le prouvent clairement. En effet, de 1980 à 1985, le Zaîre, suite aux programmes des institutions de Bretton, a donné aux financiers internationaux 4, 300 milliards $ et n'a réçu que 36 millions $ comme Capitaux étrangers investis dans la même période [13].

36 millions d'investissements à mettre en rapport avec les 4,300 milliards de dollars que le Zaïre a dû rembourser sur la même période pour le service de la dette. Jugez vous-mêmes l'écart. Est-ce que c'est une arnaque ou un crime contre tout un peuple ?

Les investissements publics, quant à eux, s'effondraient littéralement dans la part du budget d'état: partis de 6,7 % des dépenses budgétaires en 1980, ils étaient montés à 12 % en 1982 pour descendre à 5,3 % en 1984, finalement au chiffre dérisoire de 2,5 % en 1985 [14].

Dans un tel contexte, il est impossible de parler de développement ; même la survie devient aléatoire. Pourtant monsieur Jacques de Groote, administrateur belge de la BM et du FMI en 1985, déclara : « Ce pays mérite encore plus de bons points qu'il y a un an (…) Le programme qui est appliqué au Zaïre se distingue par l'ampleur et le caractère radical des mesures qu'il comporte et par la manière très scrupuleuse dont il est appliqué par les autorités zaïroise » [15]

On peut se demander à quoi servait cette politique draconienne et criminelle. Les faits nous répondent que le budget zaïrois, une fois tombé aux mains des experts du FMI, était devenu un instrument pour vider le Zaïre de son sang, une machine pour drainer les ressources zaïroises vers les banques étrangères. Toutes les belles promesses avancées par les institutions de Bretton n'étaient que des prétextes. En effet, si les parts de tous les secteurs vitaux dans le budget de l'Etat diminuaient sensiblement, le service de la dette, seul, voyait sa part croitre d'une manière astronaumique: Le pourcentage des dépenses budgétaires destinées au service de la dette intérieure et extérieure, a évolué de 24,5 % en 1980 à 73 % en 1985. Celui de la dette extérieure est passé de 22,4% en 1980 à 55,1% en 1985 [16].

Dix années de plans de sauvetage servis à la sauce de la plus piquante démagogie, ont enfoncé la population zaïroise dans la misère, la malnutrition et la maladie

Le Congo n'est pas la seule victime des institutions financières de Bretton

Il est tout à fait faux de croire que seul le Zaïre a subi le dictat des institutions financières de Bretton. Le FMI et la Banque Mondiale ont imposé à tous les pays du tiers monde une impossibilité absolue de tout développement économique autonome. Par le mécanisme du service de la dette, ils ont spolié les pays du sud de leurs maigres capitaux qui pourraient assurer un début de développement industriel national. Des millions de vies sont ainsi sacrifiées. Selon les statistiques officielles, les besoins du tiers monde sont estimés plus ou moins à 100 milliards $. Pourtant les pays du tiers monde donnent chaque année 240 à 260 milliards $ aux puissances du nord par le service de la dette quand ils ne reçoivent que, comme aide au développement, 50 milliards de $, c'est-à-dire 5 fois moins que ce qu'ils donnent [17].

Simple calcul: En 1980, la dette des pays du tiers monde était estimée à 560 milliards et en 2001, elle a atteint 2500 milliards $, soit 1900 milliards $ de plus par rapport à 1980. Et cela représente 37% du PIB du tiers monde en 2000 estimé à 6700 milliards $. Pourtant le tiers monde a payé, depuis 1980, 3400 milliards $, soit 6 fois la dette en 1980 [18]. Quelle arnaque !

Ayant remarqué que beaucoup de gens pensent que la Banque mondiale ne peut œuvrer pour une justice économique dans le monde puisqu'elle est, avec le Fonds monétaire international (FMI), au cœur du système néo-libéral actuel qui vise à enrichir les plus riches en appauvrissant davantage les plus pauvres, monsieur Ian Goldin déclare que ''les milliers de personnes, qui travaillent pour la banque, seraient peinées que l'on continue à les accuser d'œuvrer pour perpétuer la misère des gens. Nous ne sommes pas les affameurs des peuples''.

Pourtant les faits parlent d'eux-mêmes. Ils démontrent que ces milliers de personnes, qui travaillent pour la banque, oeuvrent pour perpétuer la misère des gens. Ils sont bel et bien des affameurs des peuples. Qu'ils soient peinées que l'on continue à les accuser, est tout à fait normal. C'est le contraire qui nous aurait étonné, car ils vivent des pillages. Quand les pillés commencent à prendre conscience petit à petit de telle sorte que l'indusrtie du mensonge se rétrécit, tout pillard s'indigne car son avenir est sérieusement ménacée. C'est le comportement normal de tous les pillards. Après tout ce que l'on vient de voir, nous voulons connâitre la recette miracle par laquelle la Banque Mondiale veut appliquer pour créer un monde plus juste. Franchement, ça nous intéresse beaucoup.


[1] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p.97
[2]Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p.46
[3] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 42 et 201
[4] International Bank for Reconstruction and Decelopment, Chairman's report, March 25, 1987 ; Annex H - Déclaration de M. Damiba P-C, représentant du PNUD, p. 177-178
[5] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 42 et 201
[6] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 47
[7] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 40
[8] Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p.86
[9]Zaïre Mémorandum Economique, Rapport n° 4077- ZR, 30 décembre 1982, Banque Mondiale ; Volume II, p. 109
[10] Zaïre Mémorandum Economique, Rapport n° 4077- ZR, 30 décembre 1982, Banque Mondiale ; Volume II, p. 108
[11] Zaïre Mémorandum Economique, Rapport n° 4077- ZR, 30 décembre 1982, Banque Mondiale ; Volume II, p.106
[12] Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'activité à l'intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris, 21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p. 43
[13] Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'activité à l'intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris, 21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p.7 et Attachement IV a.p
[14] Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'activité à l'intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris, 21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p. 11
[15] Echo de la Bourse du 28 juin 1985
[16] Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'activité à l'intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris, 21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p. 11 ; Discours d'ouverture du citoyen Sambwa à la réunion du Groupe Consultatif sur le Zaïre, Paris 21-22 mai 1987, p. 8 et 9
[17] Rapport 2003 de l'ONU sur le développement humain et Raisons et déraisons de la dette, alternative sud, vol. IX (2002) 2-3, p.28
[18] Raisons et déraisons de la dette, alternative sud, vol. IX (2002) 2-3, p.28