Le ministre Louis Michel
se fâche à propos d’un documentaire programmé
par la Deux
Les crimes de Léopold II au Congo
Le ministre des Affaires
étrangères belge, Louis Michel, n’est pas à
prendre avec des pincettes à propos du documentaire britannique
Roi blanc, caoutchouc rouge, mort noire qui sera présenté
ce jeudi 8 avril, à 20h30, par la Rtbf-2. Il estime que «ce
film dépeint notre pays de façon trop négationniste».
Ne serait-ce pas lui, le négationniste, par hasard?
Solidaire,
Tony Busselen 7 avril 2004
Entre 1895 et 1908, le Congo
était la propriété personnelle de Léopold
II. Dans le documentaire, le professeur congolais Elikia Mbokolo fait
état du fait qu’en 1920, dix millions de Congolais avaient
disparu des statistiques.
Sous la pression de la maison royale et d’un communiqué
de presse d’un Louis Michel au bord de l’apoplexie, la VRT,
qui a aussi diffusé le film, a coupé un commentaire faisant
le parallèle entre la colonisation de Léopold II et le
génocide hitlerien.
Pourtant, tous les faits
cités dans le film sont incontestables. Ces dernières
décennies, nombre d’auteurs ont cité des officiers
coloniaux qui n’hésitaient pas à se vanter de leurs
atrocités. Leurs récits de mauvais traitements et d’exploitation
sont horribles. Malheureusement, ils ne sont connus que du public très
restreint qui a lu ces ouvrages. Dans la Belgique de l’an 2004,
les statues de Léopold II sont toujours bien rivées à
leurs socles. Il y a quelques années, quand des anti-impérialistes
avaient osé rebaptiser le boulevard Léopold II de Bruxelles
en boulevard Patrice Lumumba, ils avaient été traqués
comme de véritables terroristes.
La réaction de Louis
Michel et de la maison royale vis-à-vis de ce documentaire est
typique de la haine des milieux dirigeants de la Belgique envers tous
ceux qui osent dénoncer les crimes de la bourgeoisie belge au
Congo. Leur indignation, leur « perplexité atterrée
» contraste vilainement avec leur joie mal dissimulée
lors de l’assassinat de Laurent Kabila, en janvier 2001. Le jour
après l’assassinat Louis Michel n’hésitait
pas à déclarer : « Le choc a peut-être
crée un momentum propice à la négociation »
(Le Soir du 19 janvier 2001)
C ’était ce même Kabila qui, un an plus tôt,
avait dit ceci: « A un moment, Léopold II avait son
Etat du Congo pour y chercher le caoutchouc. Si vous n’alliez
pas en chercher, on vous amputait, vous deveniez manchot. La chicotte
était quotidienne. Ils ont pillé, pillé. (...)
Nous disons qu’il faut confier le pouvoir au peuple ».
Cette
haine et ce mépris qu’affiche ouvertement l’establishment
belge avait déjà été visible plus tôt,
dans les années 1960-1961, durant les derniers mois de la vie
de Patrice Lumumba et après sa fin atroce. Lui aussi avait osé
dire, et le jour de l’indépendance, encore : «
Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions
subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
(…) Nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cœur
de l'oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut : tout cela
est désormais fini ».
Sur RTBF-2, jeudi
8 avril, à 20h30, Roi blanc, caoutchouc rouge, mort noire (rediffusion
le vendredi 9 avril à 9 h 40).