Analyses et commentaires
Nouveau :
Briefing Actualité
Communiqués
Qui sommes-nous?
Page Lumumba
Page Mulele
Page Kabila
Actualites internationales
Votre réaction sur ce site
Archive des réactions de 2003-2004
Contact
Liens
Archives

 

 

 

 

 

 

Message à la nation

Par le Président Joseph Kabila, le 7 avril 2004
 
Vaillant Peuple congolais, Mes Chers Compatriotes,
 
Le 4 avril 2003, j’ai procédé à la promulgation de la Constitution de la transition, aboutissement de notre engagement collectif à œuvrer sans relâche en vue de ramener la paix.
Je me réjouis que nous y soyons parvenus, en dépit des difficultés et des embûches que nous avons dû surmonter.
Certes, mon vœu le plus ardent aurait été que les délégués au dialogue inter congolais, en symbiose avec le peuple, puissent adopter l’acte final des négociations politiques sur le sol congolais, ne serait-ce qu’en signe de repentance pour les exactions innombrables et innommables qui ont été infligées à notre population.
Hélas! Mes efforts auprès des autres protagonistes et auprès de la communauté internationale n’ont pas trouvé un écho favorable.
A l’orée de cette période charnière de la vie de notre Nation, souvent confrontée à toutes sortes de visées et de velléités exogènes, il est bon de rappeler que notre peuple a toujours su puiser sa force et ses capacités de défense et de résistance dans les ressorts de notre attachement indéfectible à l’unité nationale, l’amour de la patrie et la préservation du patrimoine nous légué par nos illustres héros, martyrs et nos aïeux.
Je voudrais, avant tout, saluer la mémoire et rendre hommage à tous ceux qui ont consenti au sacrifice suprême et payé un lourd tribut pour que vive la République démocratique du Congo, unie et debout, en vue de la sauvegarde de notre dignité en tant que Peuple.
Je pense en particulier à Patrice Emery Lumumba et M’Zee Laurent-Désiré Kabila, qui ont consacré leur vie à résister face aux visées hégémoniques et aux tentatives de morcellement du territoire national.
Je pense aussi aux patriotes résistants et à nos frères et sœurs qui sont tombés sur le champ d’honneur en défendant avec courage et ténacité la patrie contre l’occupation pour préserver l’unité nationale.
Ils sont aussi nombreux, les Chefs coutumiers et Chefs d’églises qui ont été emportés par la violence insensée et la terreur propagées par les forces d’agression, parfois en instrumentalisant certains de nos frères congolais.
Je pense également à tous nos frères et sœurs de l’est du pays et aux drames qui s’y déroulent en ce moment, alors que l’adoption et la promulgation de la Constitution signifient cessation définitive des hostilités et réunification sans condition du territoire national.
Je ne peux m’empêcher de louer, de manière particulière les efforts de la femme et de la jeunesse congolaises qui, à travers diverses organisations, ont su faire entendre leurs opinions dans le déroulement du Dialogue Inter congolais. Je les encourage à garder le même élan tout au long de cette période de transition, afin que l’ensemble de notre Peuple puisse échapper au syndrome de la transition.
C’est le lieu de remercier vivement le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Kofi Annan, pour ses efforts inlassables en faveur de la paix et la stabilité dans notre pays et dans l’ensemble des pays de la Sous Région des Grands Lacs.
L’hommage de notre reconnaissance s’adresse également au Président Thabo Mbeki, à son Gouvernement et au peuple frère d’Afrique du sud, pour leur hospitalité ainsi que toutes les facilités et leur générosité immense.
 
Je voudrais, aussi, au nom du peuple congolais, adresser mes sincères remerciements au Facilitateur du dialogue inter congolais, Sir Ketumile Masire, ainsi qu’à l’Envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Moustapha Niasse, pour leur engagement dans  la recherche de la paix dans notre pays.
Le témoignage de notre gratitude s’adresse, enfin, à tous nos partenaires extérieurs qui nous ont apporté un soutien remarquable tout le long du difficile chemin qui nous a menés de Gaborone à Sun City, en passant par Abuja, Genève, Sun City, Pretoria et j’en passe.
 
Vaillant peuple congolais,
 
Je voudrais vous remercier très chaleureusement pour les marques de confiance et de soutien, que vous m’avez manifestées depuis plus de deux ans, exprimant ainsi votre refus de la servitude et de l’asservissement et votre adhésion aux idéaux et objectifs suprêmes qui ont inspiré mon action.
Un jour, chacun de nous rendra compte de ses promesses. Pour ma part, j’avais promis la consolidation de la communion nationale, le dialogue et la réconciliation nationale, la politique de bon voisinage et le règlement pacifique des différends, la promotion des droits de l’homme, la libéralisation de l’économie, la normalisation de la vie politique et, enfin et surtout, l’instauration de la paix par mon implication dans l’organisation et l’aboutissement du Dialogue Intercongolais. Je peux donc dire, sans fausse modestie, que, jusqu’à ce jour, j’ai tenu mes promesses.
C’est pourquoi, une fois de plus, je promets de faire de mon mieux pour une transition conforme à la Constitution et l’organisation, dans le délai prévu, des élections libres, démocratiques et transparentes.
 
Mes Chers Compatriotes,
 
Si, en votre nom, nous avons fait plusieurs concessions, c’était dans le seul souci de mettre fin à la souffrance de la population, de réunifier le pays et de consolider l’unité nationale pour le décollage économique et social.
Comme vous le savez, le 2 avril 2003, les rideaux sont tombés sur Sun City. Les délégués ont adopté l’acte final du Dialogue inter congolais en endossant l’Accord global ainsi que la Constitution de la transition et l’ensemble des résolutions et textes qui les accompagnent. Ils ont accompli ainsi un geste de dépassement et d’engagement au service de la Nation.
Dans cette lancée, le vendredi, 4 avril 2003, j’ai promulgué la Constitution de la transition et, aujourd’hui même, devant Dieu et la Nation, j’ai pris l’engagement ferme et solennel d’œuvrer inlassablement, avec persévérance, foi et détermination, en vue de la mise en œuvre et du respect scrupuleux de cette Constitution qui est désormais l’acte fondamental et suprême du pays durant la période de transition.
Les événements de ces derniers jours sont un témoignage de notre engagement à transcender les rancœurs, les antagonismes, les ressentiments et les pages sombres du passe pour se tourner résolument vers l’avenir, dans le respect mutuel et un esprit de confiance et de concorde nationale.
Dans cet élan de renouveau, d’ouverture et de concorde nationale, restons en éveil pour ne pas tomber dans les pièges des ennemis de la République qui viennent d’allumer encore le feu à Bukavu, en Ituri, et dans d’autres localités de l’est du pays, pour empêcher l’instauration de la paix. Plus rien ne saurait arrêter notre marche irréversible vers la réunification du pays.
Ensemble, nous devons travailler pour assainir l’environnement politique, pérenniser le consensus politique et le climat d’apaisement au-delà des péripéties qui ne cesseront de jalonner la vie d’e la nation. Nous devons créer les conditions propices à une transition véritablement consensuelle et apaisée, comme nous avons su le faire pour parvenir à l’Accord global et à l’adoption de la Constitution de la transition.
Ensemble et unis, nous devons travailler pour la reconstruction nationale, le redressement socio-économique du pays et l’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes.
Au regard du cheminement historique de notre pays au cours des dernières décennies, c’est le suffrage universel et le verdict des urnes qui doivent désormais concourir à la légitimité politique des institutions d’Etat.
 
Mes Chers Compatriotes,
 
L’histoire politique de notre pays est marquée de traces de nombreux accords et compromis, convenus entre les protagonistes politiques, mais généralement restés lettres mortes. Tirant les leçons de ce passé, nous devons prendre l’engagement ferme à œuvrer résolument en vue du respect des échéances que nous nous sommes fixées pour la transition.
Et, au-delà de la réalisation des objectifs fondamentaux de la transition, c’est surtout ensemble, unis et réconciliés face à l’histoire, que nous devons désormais œuvrer pou r le respect des intérêts fondamentaux de notre pays ainsi que pour défendre la dignité du peuple congolais, qui aspire à rebâtir des relations harmonieuses et de bon voisinage avec les autres peu pies des pays qui nous entourent.
C’est précisément dans l’optique d’une normalisation des relations d’entente et de coopération avec les pays voisins que j’ai mis en place des structures nationales de préparation des travaux de la Conférence internationale sur la paix, la sécurité et le développement dans les pays des Grands Lacs.
Maintenant que les Congolais se sont montrés capables de se mettre d’accord autour d’un idéal, c’est un ferme avertissement à tous les pays aux visées hégémoniques qui pensent que l’aventure macabre peut encore perdurer.
 
Mes Chers Compatriotes,
 
La période de transition que nous allons amorcer sera celle de dures épreuves. Car, en dépit des efforts que nous avons déployés pour renouer avec le progrès social et économique, mis ‘à mal par des décennies de gestion calamiteuse et prédatrice du pays, je sais à quel point nous continuons à être confrontés aux conséquences désastreuses et aux écueils du marasme social et économique.
En renonçant franchement à la tentation d’une transition conflictuelle, et en faisant le choix d’une gestion rigoureuse, nous saurons ainsi mobiliser efficacement nos énergies et les ressources du pays pour soulager les souffrances de la population et nous atteler à la réhabilitation; la modernisation et le renforcement des infrastructures sociales, éducatives et de santé.
Garant de la Constitution et du fonctionnement harmonieux des institutions de l’Etat, je m’engage à veiller scrupuleusement à la justice pour tous, à la primauté du droit et au respect des règles et principes de la démocratie et du pluralisme politique. A cet effet, il importe pour tous et chacun de faire preuve de volonté et de bonne foi en honorant les engagements qui nous incombent respectivement, et en privilégiant la tolérance et le dialogue.
En signant l’Accord global et en adoptant la Constitution de la transition, désormais entrée en vigueur, nous avons renoncé à la voie des armes et de la violence, dans l’intérêt supérieur de notre Peuple. C’est à travers le dialogue et la concertation, au sein des institutions qui seront bientôt mises en place, que doivent désormais se régler nos différends.
L’une des causes profondes des crises et conflits qui n’ont cessé d’ensanglanter notre pays et la région des Grands Lacs réside dans le cercle vicieux des violations des droits de l’homme et de vengeances, alimentés par l’impunité.
Il nous faut mettre fin à ce cycle pour rétablir durablement la paix et la stabilité. Les coupables des exactions et de violations des droits de l’homme doivent rendre des comptes. Les droits de l’homme doivent faire l’objet d’une surveillance étroite partout sur l’ensemble du territoire où ils ont été bafoués et partout où ils seront menacés.
En même temps que nous veillerons à ce que les règles de bonne gouvernance soient des principes fondateurs dans la gestion de la chose publique, nous veillerons également à la consolidation des capacités et Institutions de promotion des droits de l’homme. Car une réconciliation sans justice ne permettrait pas de reconstruire durablement l’avenir.
Et maintenant que l’édifice institutionnel est en train de se mettre en place, en tant que Président du Comité de Suivi, j’entrevois de convoquer très rapidement les membres de cette instance provisoire. Il s’agit ainsi d’aborder les dispositions et mesures qui doivent être prises en vue de l’installation effective des institutions de transition.
Parmi ces mesures, je ne saurais passer sous silence les besoins logistiques urgents pour la satisfaction desquels je lance ici un appel à la communauté internationale et aux partenaires en développement afin qu’ils honorent leurs promesses et engagements. J’en appelle aussi au Secrétaire général des Nations Unies pour qu’il accélère le processus de déploiement de la force neutre.
 
Mes Chers Compatriotes,
 
Face aux défis qui nous attendent, nous ne saurons espérer la satisfaction complète de nos besoins urgents avant de commencer à travailler. C’est pourquoi, j’exhorte toutes les composantes et entités à désigner et à me communiquer sans délai les noms de leurs représentants au sein du Comité de Suivi.
Dans le même ordre d’idée, en vue de favoriser l’instauration de la réconciliation et de la concorde nationales, j’annonce solennellement qu’un Décret d’amnistie pour faits de guerre sera pris, tout en veillant par ailleurs à ce que l’impunité ne triomphe pas.
Je ne saurais terminer ce message sans rappeler une fois encore les défis majeurs que nous devons relever, à savoir:
-la réunification du territoire national;
-la pacification et la réconciliation nationale;
-le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national;
-la reconstruction du pays sur tous les plans;
-et l’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes, dans le délai imparti.
C’est le lieu pour moi d’inviter le peuple congolais afin qu’il s’approprie les acquis de l’Accord global, d’en assurer la défense et la protection et  de veiller par une vigilance plus accrue à ce que personne ne s’écarte de l’observance stricte des termes de l’Accord et de Ia Constitution, dont dépend désormais notre avenir.
Puisse notre détermination et les prières de nos compatriotes nous aider à vaincre toutes les épreuves qui pourraient se poser en obstacles pour la paix et la prospérité.
Que Dieu protège la République démocratique du Congo.
Je vous remercie.
 
Kinshasa, le 7 avril 2003