Les dessous et les enjeux
de la troisième guerre en Rdc
Kagame a déjà
envoyé des signaux clairs en entonnant la chanson de l’insécurité
à la frontière rwando-congolaise. Il croit ainsi influencer
la mise en place dans la territoriale en Rdc. Quant aux anciens mouvements
rebelles, les dettes contractées pendant la guerre les tiennent
à la gorge
L’Avenir, 16
avril 2004
Plus d’une personne
se demandent ce qu’il faut dire actuellement de la République
démocratique du Congo. Le pays est-il sorti de la guerre, est-il
encore en guerre ? Une chose est vraie que l’état de ni
guerre ni paix devient de plus en plus dangereux. Il y a une année
que les institutions de la transition ont été mises en
place. Cela semble ne pas suffire pour décider les acteurs politiques
congolais de faire la paix sincère et de permettre une réunification
effective du pays. Cela, nous ne le comprenons pas. Mais ne nous étonne
pas non plus. Nous n’avions jamais cessé de dire que n’ayant
pas atteint leur but, à savoir conquérir le pouvoir, tout
le pouvoir, en Rd. Congo, les anciens mouvements rebelles ne sont pas
prêts à se débarrasser des territoires qui étaient
hier leurs fiefs rebelles.
Si au Mouvement de libération
du Congo (Mlc), le contrôle est essentiellement économique,
au Rcd (Rassemblement congolais pour la démocratie), on continue
à contrôler administrativement les territoires ex- rebelles.
L’ombre de Paul Kagame continue à planer sur cette partie
du territoire congolais. Outre les caches d’armes qui démontrent
le destin caché de Kigali sur la Rd. Congo, il y a la reprise
du discours qui précède toujours, comme par enchantement,
l’engagement de l’armée rwandaise en Rd. Congo. Tout
commence par une opération de charme de Kagame vers les Etats-Unis
d’Amérique. Le président rwandais est allé
en visite dernièrement aux Usa. Pendant ce temps, il a entonné
le refrain sur l’insécurité à sa frontière.
Pas étonnant que l’on
apprenne que les milices hutus venant de la Rdc, ont traversé
la frontière rwandaise pendant ce mois d’avril pour attaquer
une localité rwandaise. Quinze hutus auraient été
tués à l’occasion. Apparemment, fatiguée
des affabulations de Paul Kagame, l’opinion n’a pas fait
de bruits sur cette affaire aux apparences d’un vrai mensonge
d’Etat. Un échec pour Kigali qui voulait faire de cette
nouvelle un détonateur afin de démontrer au monde - qui
a été verser des larmes au mausolée des ossements
des victimes du génocide - qu’il ne suffisait pas de verser
des larmes, mais savoir que les génocidaires n’ont pas
encore renoncé au génocide. Une façon pour le Rwanda
de dire que les mêmes causes ne pouvaient que produire les mêmes
effets.
Pendant que le Congo va bientôt
nommer de nouveaux gouverneurs de provinces, ce geste n’est pas
gratuit. Soit Kagame partira de cette allégation pour justifier
la présence des ses troupes sur le territoire congolais, soit
pour justifier une nouvelle attaque. Ceux qui parlent de la troisième
guerre ne peuvent donc pas être considérés comme
des affabulateurs. Bien au contraire, on doit s’inquiéter
de ceux qui voient la bouteille pleine dans ce sens que pour eux, la
guerre est totalement finie et que le Rwanda a déjà retiré
toutes ses troupes.
Il est temps que l’on
sache lire les signes de temps. Car, le fait que les mouvements rebelles
devenus des partis politiques affichent des préférences
pour la gestion de telle province que de telle autre, est une preuve
que le Congo n’est pas encore un et indivisible dans la tête
de certains. Le Rcd n’accepterait rien au monde, même l’existence
du Congo comme Etat, s’il ne contrôlait pas le Nord-Kivu.
Maintenant qu’il le contrôle, il veut que le Sud-Kivu, faute
de lui revenir, puisse être sous la direction du parti politique
qui lui est proche. Faute d’un proche, il donne le droit d’édicter
les critères de choix d’un bon gouverneur de cette province.
Le premier critère, ne nous en cachons pas, selon le Rcd, doit
être pro-rwandais. Ainsi, Kigali et ses hommes de mains de Kinshasa
battent campagne contre les extrémistes qui ne doivent pas diriger
cette province. Sinon, ils connaîtront le sort de Nabyolwa.
Quelle honte à l’idée que ces individus
sont des Congolais ! Il est temps que le gouvernement, mieux le chef de
l’Etat, comprenne que les anciens mouvements rebelles n’ont
pas encore renoncé à la force pour conquérir le pouvoir.
Ils se comportent comme si la fin de la guerre, la réunification
du pays, c’est plus une affaire de Joseph Kabila que la leur. Et
certains pays africains, dignes d’Etats voyous, que nous avons toujours
cités, sont prêts à les aider dans cette sale besogne.
Peut-on dormir en paix dans ce pays ? Certes que tout
le monde, hypocritement, évoque l’Accord global et inclusif,
pour démentir les accusations sur les intentions de prendre le
pouvoir par les armes.Mais, ce qu’on ne dit pas, c’est que
certains chefs rebelles ont contracté des dettes en prévision
du pouvoir qu’ils étaient sûrs de prendre. Maintenant
qu’ils ont été contraints aux négociations,
la chance de gérer ce pays s’éloigne. Honnêtement,
aucun des chefs rebelles n’est sûr de gagner les élections
demain.
Alors comment payer les dettes contractées pendant la rébellion
pour payer les armes et les mercenaires ? Le monde de la vente d’armes
est souvent sans pardon envers ceux qui ne tiennent pas parole. Pour eux,
les affaires sont les affaires. C’est dans cette exigence qu’il
faut comprendre la folie de chercher à prendre le pouvoir par les
armes à tout prix. Car, c’est une question de vie ou de mort.
Les Congolais vont-ils se laisser vendre aux enchères pour la soif
de pouvoir de certaines gens ?