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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Memo sur la situation à Bukavu

Par Vital Kamerhe, ministre de la presse et l'information, porte-parole du gouvernement, 28 mai

1.    Depuis ce mercredi 26 mai 2004, aux environs de 17h30’, des affrontements militaires ont commencé dans la ville de Bukavu avec des tirs nourris à l’arme automatique et à l’arme lourde. Après analyse des faits, il ressort que quelques Officiers de la 10ème Région Militaire se sont rendus coupables d’actes d’insubordination flagrante.
 
En effet, un groupe de militaires du détachement du Commandant en second, le Colonel MUTEBUZI, actuellement en suspension, voulait sans document d’autorisation franchir la frontière et se rendre, pour des raisons non connues de la hiérarchie, au Rwanda voisin.
 
Déterminés à faire respecter la consigne militaire, les éléments en poste à la frontière,  les en ont  naturellement empêchés. Un de ces indisciplinés s’est permis de se livrer à des actes d’énervement, qui ont poussé les militaires en poste à le neutraliser et à le conduire au cachot du Camp Saïo.
 
Informé de la situation, le Colonel MUTEBUZI a dépêché en renfort un groupe des militaires de son obédience pour aller libérer de force le soldat arrêté. Et c’est la goutte qui a fait déborder le vase, et tous les affrontements que nous déplorons sont partis de là.
 
La situation à Bukavu est, comme on le voit, consécutive aux actes d’indiscipline posés par un militaire du Commandant MUTEBUZI.
 
2.    La Monuc a tenté de s’interposer entre les deux camps, et à la suite des pourparlers qu’elle a initiés, une accalmie s’est observée à partir de 21heures.
 
3.    Les hostilités ont repris avec grande intensité le lendemain 27 mai 2004, à partir de 6h45’. La Monuc a noté au passage l’utilisation des armes sophistiquées dans le camp du Colonel MUTEBUZI, ce qui a fait penser à un ravitaillement en provenance du Rwanda.  La Monuc a également observé la traversée, dans la nuit, au départ du Rwanda des éléments qu’elle n’a pas pu identifier.
 
4.    Toujours le 27 mai 2004, à partir de 13h00’, le Commandant de la 10ème Région Militaire, à la tête des troupes loyalistes, a réussi à mettre en déroute les mutins.
 
5.    Pour on ne sait quelle raison, le Colonel MUTEBUZI a organisé un départ massif des familles Banyamulenge vers la ville voisine de Cyangungu, au Rwanda.
 
6.    Cet acte a fait penser à la Monuc et à tout observateur avisé,  à la préparation des hostilités de grande envergure programmées dans la nuit du 27 au 28 mai 2004. Heureusement, grâce aux dispositifs mis en place par la Monuc et la 10ème Région militaire, la nuit a été plutôt calme pour les habitants de Bukavu.
 
7.    Comme on devait s’y attendre, d’autres officiers insurgés et indisciplinés, sous le Commandement du Général Laurent KUNDA, ont apprêté à partir de Goma cinq bataillons de militaires essentiellement rwandophones, bataillons qu’ils ont lancés sur la route en direction de Bukavu, en renfort aux troupes du Colonel MUTEBUZI en débandade dans la ville. L’objectif, en réalité, est de prendre en tenaille la ville de Bukavu parce que d’autres troupes, également rwandophones, basées dans la plaine de la Ruzizi font elles aussi mouvement vers Bukavu.
 
8.    Il se prépare sans nul doute des combats de grande envergure dans la ville de Bukavu que les mutins, aidés par le Rwanda, tiennent absolument à contrôler.
 
9.    Au cours de la journée de ce vendredi 28 mai 2004, les éléments fidèles au Colonel MUTEBUZI se sont repliés dans le quartier Nguba à Bukavu, et se livrent depuis le matin au pillage des boutiques, marchés et autres domiciles bien ciblés. Ces éléments commettent aussi au passage des actes de violation flagrante des droits de l’homme.
 
10.                    Plusieurs rencontres d’échange d’informations et de coordination ont eu lieu entre le Gouvernement représenté par les Ministres de l’Intérieur, Décentralisation  et Sécurité, des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale, de la Défense, Démobilisation et Anciens Combattants et de la Presse et Information, et la délégation de la Monuc conduite par le Directeur Politique de cette institution onusienne.
 
Le but de ces rencontres est de créer un cadre de concertation entre les deux parties pour la gestion harmonieuse des opérations sur le terrain et de l’information pour ainsi prévenir tout dérapage.
 
11. Hier jeudi 27 mai 2004, sur instruction du Chef de l’Etat, les Ministres des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale et de la Presse et Information ont organisé une séance de briefing  à l’intention des Ambassadeurs accrédités à Kinshasa sur la situation prévalant à Bukavu. Ils ont à cette occasion attiré l’attention des diplomates étrangers sur l’exploitation des événements de Bukavu par certains politiciens congolais et par le Rwanda. Ils ont attiré leur particulière attention sur le fait que, misant sur la carte et la corde sensible de la victimisation, les Banyamulenge allaient certainement crier au secours du Rwanda et de la Communauté internationale face à un pseudo  génocide qui serait en préparation contre les ressortissants de leur communauté.
 
Les représentants du Gouvernement ont également épinglé le fait que le Rwanda et ses complices congolais allaient certainement évoquer la présence des Interhamwe et des Maï-Maï au sein des troupes congolaises pour justifier  une intervention de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) dans le conflit.
 
12.En dehors des concertations avec la Monuc et les Ambassadeurs accrédités à Kinshasa, le Chef de l’Etat a dépêché une délégation de haut rang conduite par le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale auprès du Président Rwandais, Paul Kagame, pour lui donner le développement de tous les faits sur terrain et le dissuader de s’impliquer dans un problème plutôt interne des Forces Armées Congolaises.
 
13.Des communiqués ont été publiés par les Ministres de l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité et de la Presse et Information pour informer le public sur la situation exacte à Bukavu et pour inviter l’ensemble de la population congolaise au calme,  la mettant particulièrement  en garde contre la tentation de tomber dans le piège de la haine ethnique et d’éventuels désirs de vengeance. Les différents communiqués officiels du Gouvernement ont insisté sur le fait que la crise est imputable au seul Colonel MUTEBUZI en tant qu’individu et non à toute la communauté Banyamulenge. Déjà  dans le premier communiqué publié jeudi soir, le 27 mai 2004, le Ministre de la Presse et Information, au nom de la réunion de sécurité qui s’était tenue dans la journée, avait invité la population de Bukavu et des environs en particulier, et  le reste de la communauté nationale, en général, à éviter de politiser la question qui est et demeure essentiellement militaire, en même temps qu’il avait fait interdiction à toutes les chaînes de radio et de télévision sur l’ensemble du territoire national, de diffuser tout débat ou message haineux et revanchard, de nature à envenimer la situation.
Notons aussi que dans le souci d’éviter tout débordement, le Ministre de la Presse et Information a lancé un vibrant appel à toutes les communautés de Bukavu de faire échec aux manœuvres machiavéliques des mutins et autres partisans de la 3ème guerre qui veulent absolument « ituriser » le Sud-Kivu en créant de toutes pièces un conflit entre communautés. Cet appel a été suivi par la population.
 
14.Le bilan provisoire à ce jour fait état dans le rang des forces loyalistes du Général MBUZA MABE, de 5 morts et 19 blessés, selon la Monuc. Jusque hier on avait déploré la mort du Juge-Président Kabamba de la Cour d’Appel de Bukavu, tué par balle, d’une petite fillette tuée, elle aussi, par balle au quartier populaire de Kadutu, de 7 blessés graves par balle dans ce même quartier. Aujourd’hui,  le bilan des civils tués s’est alourdi avec la mort, toujours par balle, d’un membre du RCD et du Président du PPRD/Kadutu.
 
Toutes les boutiques de Nguba, quartier contrôlé par les hommes de MUTEBUZI, ont été saccagées et pillées. Les maisons de certaines notabilités de la  place qui désapprouvent les agissements de MUTEBUZI, ont été visitées et pillées, et leurs occupants ont été victimes des sévices corporels de tout genre.
 
Les couvents des sœurs situés dans le même quartier n’ont pas été épargnés, et les religieuses ont eu la vie sauve grâce à l’intervention de la Monuc qui a reconnu les militaires de MUTEBUZI au passage.
 
 
Une dame européenne responsable d’une Ong locale, a été violée à son domicile par les militaires de MUTEBUZI.
 
D’après la Monuc, plus de 300 personnes cherchant où se réfugier ont été admises dans son Quartier Général de Bukavu, parmi lesquelles 100 expatriées.
 
Notons pour terminer que, contrairement à une certaine opinion faussement répandue par des politiciens  partis de Kinshasa, il n’y a jamais eu de menaces de génocide contre les membres de la communauté ethnique de MUTEBUZI qu’il a lui-même prise en otage pour s’en servir, le cas échéant, de pièce de chantage.
 
Toute la population de Bukavu s’est terrée chez elle, obéissant scrupuleusement au communiqué lu à la radio par le Général MBUZA MABE, demandant à tous et à chacun de rester à domicile  jusqu’à nouvel ordre.
 
Dans un communiqué rendu public ce soir sur les antennes de Radio Okapi à Bukavu, la Monuc vient de lancer un ultimatum au Colonel MUTEBUZI et à tous les mutins pour qu’ils se rendent. Passé 6 heures du matin demain, samedi 29 mai 2004, MUTEBUZI et ses militaires qui continuent de piller les maisons des paisibles citoyens, seront traités sous le régime du Chapitre 7, c’est-à-dire traqués et désarmés par force.
 
On a appris ce soir qu’avant l’échéance de cet ultimatum et devant l’extrême gravité de la situation, la MONUC s’est vue obligée d’ouvrir le feu à partir d’un hélicoptère de combat sur les hommes du Colonel MUTEBUZI en débandade et qui commençaient à tirer aveuglément et en tous sens sur les populations civiles sans défense, créant une panique indescriptible dans la Ville de Bukavu.
 
Fait à Kinshasa, le 28 mai 2004.

Vital KAMERHE
Ministre de la Presse et Information
Porte-Parole du Gouvernement