La face cachée de
la chaîne de dépenses révélée, le
Parlement réclame ses 283 mille dollars à JP Bemba
L’Avenir, 22
mai2004
L'histoire remonte au mois
d'avril dernier lorsque les présidents de l'Assemblée
nationale et du Sénat se sont plaints auprès du chef de
l'Etat au sujet de l'insuffisance des moyens logistiques mis à
la disposition des deux chambres du Parlement. Ce, d'autant plus que
les Députés et Sénateurs ont accepté de
sacrifier les vacances parlementaires qu'ils devaient prendre entre
janvier et avril car il fallait engager une course contre la montre
afin de régler la question des arriérés législatifs
accumulés l'année dernière.
Pour ce faire, le Président Joseph Kabila a discuté de
la question au sein de l'espace présidentiel. C'est ainsi que
sortira la décision d'allouer une prime pour travaux exceptionnels
aux membres de l'Assemblée nationale et du Sénat en pleine
session budgétaire, sans oublier le personnel des deux chambres
du Parlement. Le montant arrêté en son temps est évalué
à 149.000.000 Fc, soit une somme d'environ 360.000 $Us. Il fallait
que le tout passe par la chaîne de dépenses pour voir effectivement
les espèces. Ce qui fut fait.
Seulement, voilà. Après le respect de la procédure
ainsi instituée, le montant précité sera retiré
auprès de la trésorerie de la Banque centrale du Congo
non pas par les comptables d'Etat attitrés de l'Assemblée
nationale et du Sénat mais plutôt par un certain Mulipe
qui s'occupe des finances au cabinet du Vice-président en charge
de la commission économique et financière, Jean-Pierre
Bemba Gombo.
La nouvelle parviendra quand même aux bureaux respectifs de l'Assemblée
nationale et du Sénat par des voies détournées.
Entre temps, une dizaine de jours se sont écoulés entre
le moment du retrait de la cagnotte et celui où l'information
parvient au Parlement. Selon les informations en notre possession, lorsque
les services financiers des deux chambres du Parlement ont voulu en
avoir le c³ur net auprès de M. Mulipe, ils se feront dire que
la somme décaissée a été gérée
« sur instruction du chef ». Du chef pour lequel il est
au cabinet (le Vice-président chargé de l'Ecofin), cela
s'entend.
Il ne fallait pas plus pour les bureaux de l'Assemblée nationale
et du Sénat de déployer des mécanismes appropriés
afin de suivre de près cette situation. C'est ainsi qu'ils apprendront
que « le Vice-président aurait, selon ses collaborateurs,
décidé de payer personnellement les Députés
et Sénateurs qui défilaient à son bureau »,
à en croire un membre du bureau de la chambre basse ayant requis
l'anonymat.
Les diverses vérifications vont révéler que seule
une soixantaine de membres de la commission Ecofin de l'Assemblée
nationale et du Sénat avaient reçu des mains du Vice-président
respectivement 9.000.000 Fc (soit 22.000 $) et 7.000.000 Fc (soit 17.000
$). Il y a en plus les seize présidents des groupes politiques
(en raison de huit pour chacune des deux chambres) qui ont été
reçus au cours d'un dîner par le Vice-président.
Celui-ci aurait remis à chacun 500 $ au titre de « transport
», indiquent nos sources. Ce qui fait un total de 8.000$. Il convient
de relever que toutes ces man³uvres se sont passées à
l'insu des bureaux des deux chambres du Parlement. Il nous revient que
dans la nuit du vote du budget ˆ une nuit longue à souhait
ˆ le Vice-président aurait subitement pris conscience qu'il
fallait soulager le personnel d'appoint du Sénat et alléger
ainsi leur souffrance. Voilà pourquoi il a été
demandé au président du bureau de la chambre haute d'envoyer
un agent à la vice-présidence pour ramener de quoi mettre
à l'aise les membres du bureau ainsi que les agents retenus pour
les travaux. L'émissaire de Emile Ilunga qui assumait l'intérim
de Mgr Marini Bodho en mission ramènera une enveloppe de 2.100.000
Fc, soit 5.000 $. A ce stade, la somme de toutes ces opérations
donne 52.000 $. Mais, il nous revient qu'une somme évaluée
à 25.000 $ a été décaissée pour les
besoins du Parlement. Toutefois, nos sources n'ont pu clairement spécifier
la destination de ce dernier montant. Toutefois, si on le considère
quand même, on se rend compte que dans la meilleure des hypothèses,
l'ensemble des frais dépensés pour les deux chambres du
Parlement s'élève à 77.000 $. Ce montant soustrait
de l'enveloppe globale de 360.000 $ donne 283.000 $ encore à
justifier. Voilà donc le trou qui devrait interpeller le Vice-président
JP Bemba.
Cette situation a-t-elle constitué également le menu de
l'entretien de vendredi dernier entre le Chef de l'Etat et les présidents
des deus chambres du Parlement ? Difficile à affirmer ou à
infirmer. Mais toujours est-il que le moment a été propice
pour ce faire d'autant plus que ce sont eux qui avaient exposé
au Président de la République les doléances de
l'Assemblée nationale et du Sénat.
Il y a d'autres détails de cette rocambolesque affaire que nous
pourrons révéler dans nos prochaines éditions si
l'on nous y oblige. De même, les jours à venir pourront
être chauds pour mettre au grand jour la magouille dans d'autres
secteurs aussi. Le moins que l'on puisse dire à propos de ce
« trou » de 283.000 $ est qu'il y a un arbre qui cache la
forêt lorsqu'il faut évoquer la fameuse chaîne de
dépenses pourtant acceptée par de nombreux opérateurs
du secteur puisqu'il s'agissait de revenir à une certaine rigueur.
A propos de la rigueur, l'opinion sait ce qu'il en a été
lors de la deuxième République. Chassez le naturel, il
revient vite au galop, dit-on.