La mutinerie à Bukavu
condamnée à l’échec?
Par Leonard Kasimba,
31 mai 2004 à 8 h 30
Les nouvelles venant de Bukavu
sont alarmantes mais beaucoup d’éléments indiquent
que la mutinerie criminelle d’officiers Mutebuzi et Nkunda n’aura
pas beaucoup de chances à réussir. Réussir pour
la mutinerie cela voudrait dire que ces agents pro-Kagame pourraient
justifier avec leur provocation une nouvelle agression de la part de
l’armée rwandaise.
Or il y a les faits suivants
:
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L’armée
régulière s’est apparemment assez renforcée
à Bukavu sous le commandement du général Mbuza
Mabe pour mener des combats contre les troupes des mutins. Ils l’ont
fait depuis mercredi plusieurs fois et dimanche soir ils ont mené
une bataille de plus de deux heures contre la colonne de Nkunda. (AFP
ce matin) C'est-à-dire on est loin de la situation, il n'y
a pas si longtemps, où les rapports de forces étaient
comme le général Nabyolwa devait se cacher pour rester
en vie.
-
Les
actions de la Monuc indiquent que cette Monuc est sous une pression
énorme de la part de la population congolaise et du gouvernement
congolais pour agir contre ceux qui veulent ouvertement provoquer
une troisième guerre. Il y a eu l’hélicoptère
qui a tiré sur les troupes de Mutebusi et il y a le fait que
la MONUC est massivement présent à l’aéroport
et a clairement indiqué qu’ils ne cèderont pas
cet endroit stratégique aux troupes de Nkunda. Il est vrai
que l’on peut s’attendre à un volte-face dès
qu’ils en trouvent l’occasion, mais le fait que la Monuc
se voit pour la première fois obligé d’agir militairement
contre les agents de Kagame à Bukavu est en tout cas, un message
clair aux mutins.
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Reuters
annonce ce lundi matin qu’une délégation du gouvernement
se trouve pour le moment à Goma. Cette délégation
est composée de Ruberwa, Samba Kaputo (responsable de la sécurité
nationale), Vital Kamerhe, ministre pour l’information et la
presse originaire du Kivu ainsi que Nziratimana, nouveau vice-gouverneur
du Sud-Kivu et issu du RCD. Le but de cette délégation
consiste à chercher une solution négociée. Or
un accord négocié veut dire arrêter les combats
et obliger les mutins d’accepter l’hiérarchie de
l’armée nationale, ce qui signifierait l’échec
de leur opération militaire actuelle.
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Il y
a eu un entretien vendredi 28 mai etre Kagame et Samba Kaputo, conseiller
du chef de l’État en matière de sécurité,
Augustin Katumba Mwanke, ambassadeur itinérant du président
congolais et le ministre des affaires étrangères. Le
message de Joseph Kabila pour Kagame était clair: “nous
considérons ceci comme une pure affaire d’indiscipline
militaire, que nous allons sanctionner”, comme disait le
ministre Ghonda. Dans des mots moins diplomatiques : la délégation
est aller chez Kagame pour: "le dissuader de s’impliquer
dans un problème plutôt interne des Forces Armées
Congolaises." (mémo de Vital kamerhe du vendredi
28 mai)
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Kagame
de son côté a donné sa parole d'honneur que les
autorités veilleraient à ce que «ceux qui
traversent la frontière le fassent sans armes ou alors qu’ils
soient désarmés, ce qu’aurait pu faire le gouvernement
congolais de l’époque du génocide».
-
Dans
un memo, rendu public par Vital Kamerhe, le porte-parole du gouvernement
à déclaré que, lors d’une réunion
avec les ambassadeurs accrédités à Kinshasa,
jeudi 27 mai, les représentants du gouvernement “ont
attiré l’attention des diplomates étrangers sur
l’exploitation des événements de Bukavu par certains
politiciens congolais et par le Rwanda. Ils ont attiré leur
particulière attention sur le fait que, misant sur la carte
et la corde sensible de la victimisation, les Banyamulenge allaient
certainement crier au secours du Rwanda et de la Communauté
internationale face à un pseudo génocide qui serait
en préparation contre les ressortissants de leur communauté.
Les représentants du Gouvernement ont également épinglé
le fait que le Rwanda et ses complices congolais allaient certainement
évoquer la présence des Interhamwe et des Maï-Maï
au sein des troupes congolaises pour justifier une intervention de
l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) dans le conflit.”
-
Dans
le même memo on lit : “Des communiqués ont
été publiés par les Ministres de l’Intérieur,
Décentralisation et Sécurité et de la Presse
et Information pour informer le public sur la situation exacte à
Bukavu et pour inviter l’ensemble de la population congolaise
au calme, la mettant particulièrement en garde contre la tentation
de tomber dans le piège de la haine ethnique et d’éventuels
désirs de vengeance. Les différents communiqués
officiels du Gouvernement ont insisté sur le fait que la crise
est imputable au seul Colonel MUTEBUZI en tant qu’individu et
non à toute la communauté Banyamulenge. ... Notons que,
contrairement à une certaine opinion faussement répandue
par des politiciens partis de Kinshasa, il n’y a jamais eu de
menaces de génocide contre les membres de la communauté
ethnique de MUTEBUZI qu’il a lui-même prise en otage pour
s’en servir, le cas échéant, de pièce de
chantage."
A ce moment tout
reste toujours possible
Il est possible que la Monuc
change de postion et choisit le camp de l’agression. Après
7 années d'agression, de mensonges, le peuple congolais ne se
fait pas des grandes illusions dans les paroles d'honneur de Kagame.
Les différentes forces impérialistes n’arrêteront
pas à intriguer et chercher leur profit dans les évènements,
n’importe quel soit le prix humain qui devra être payé
par le peuple congolais. Dans les médias occidentaux la mentalité
néo-coloniale, qui ne voit que le désordre en Afrique
et la nécessité de l’intervention occidentale est
dominant. On remarque, par exemple, que les agences françaises,
AFP et RFI, n’arrêtent pas à donner une couleur ethnique
aux évènements. L’AFP va même si loin de déclarer
dans une dépêche dimanche soir: “L'authenticité
de leur nationalité congolaise (des banyamulenge, ndlr) a souvent
été mise en doute par des dirigeants de Kinshasa, et cette
propagande anti-banyamulenge n'a cessé d'attiser les tensions
entre communautés ces dernières années.”
Avec des accusations pareilles, ils ne font que contribuer à
ce que ils disent vouloir empêcher. Ce n’est pas pour rien
que le gouvernement à Kinshasa a interdit à toutes les
chaînes de radio et de télévision sur l’ensemble
du territoire national, “de diffuser tout débat ou
message haineux et revanchard, de nature à envenimer la situation.”
(mémo du 28 mai)
Mais il est clair que Joseph
Kabila a une attitude responsable devant les menaces contre la RDC.
Malgré les handicaps immenses, qui lui ont été
imposés par les Etats-Unis et l’Afrique du Sud avec l’accord
de Prétoria, il réussit à agir fermement et à
défendre d’une façon très intelligente la
cause de la nation congolaise : il épuise l’action diplomatique
comme il renforce les positions militaires de l’armée à
Bukavu. Et du point de vue politique : il défend l'unité
du peuple congolais, contre la division ethnique.
Il est grand temps que les
forces nationalistes apprennent du sang froid, de la clairvoyance et
du courage du président, que l’on s’organise et s’unit
dans un parti politique nationaliste qui s’inspire aux idées
de Lumumba, Mulele et Kabila à fin de mobiliser la population
et d'appuyer l’action du président.
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