Message du chef de l'Etat
à la Nation à l'occasion du 44ème anniversaire
de l'indépendance
Mes Très Chers Compatriotes,
Une fois encore, comme chaque
année, à la même date, je voudrais m’adresser
à vous, à l’occasion de la célébration
des 44 ans de notre indépendance.
En commémorant ce temps fort, je voudrais saluer la mémoire
de nos aïeux, martyrs et héros des luttes d’indépendance
et de réveil de la conscience nationale, qui ont versé
de leur sang et consenti au sacrifice suprême, pour que vive la
République démocratique du Congo, debout et digne, face
à l’Histoire.
En souvenir de tous ces Pères de notre indépendance, ayons
le courage et la force de préserver l’unité de la
nation et de consolider l’indépendance politique et économique
du pays.
Je m’adresse à
vous, aujourd’hui, dans un contexte tout particulier, soit pratiquement
une année, jour pour jour, après la mise en place des
institutions de la transition et dans un climat où la nation
doit faire face aux menaces que représente, à l’Est
du pays, la persistance de la violence et de la tension.
Certes, d’aucuns estiment que l’heure n’est peut-être
pas encore aux bilans. Toutefois, douze mois après l’installation
des institutions de la transition, faut-il pour cela ne pas rappeler
l’état d’esprit, marqué de confiance et d’optimisme,
avec lequel nous avions amorcé la transition en nous fixant comme
objectifs fondamentaux :
- La réunification du pays ;
- La restauration de la paix et de l’unité nationale;
- La formation d’une armée nationale intégrée;
- La sauvegarde de l’intégrité territoriale et le
rétablissement de l’autorité de l’Etat sur
l’ensemble du territoire national;
- L’organisation des élections libres, démocratiques
et transparentes.
A la lumière de ces
objectifs prioritaires, les réalisations remarquables ont été
enregistrées, même si, ça et là, les efforts
sont encore nécessaires pour rencontrer les espérances
et les attentes du peuple.
Certes, eu égard au
programme du Gouvernement de Transition tel que présenté
à la nation, devant les Députés et Sénateurs,
certaines étapes ont été franchies. Il en est ainsi
des progrès accomplis sur la voie du pluralisme politique et
de la consolidation d’un Etat de Droit, avec :
- La promulgation de la Loi sur les partis et regroupements politiques
;
- La nomination des commandants des régions militaires ;
- Des avancées dans la libre circulation des personnes et des
biens sur toute l’étendue du territoire national notamment
avec la réouverture du trafic sur le fleuve Congo, le rétablissement
des vols aériens, aujourd’hui et, avec l’arrivée
à Kindu du train en provenance de Lubumbashi qui ne circulait
plus depuis 1998 ;
- La mise en place dans la territoriale, avec comme point culminant,
la Conférence sur l’Ituri ; la nomination des Administrateurs
de ce District constitue un pas important dans le processus de pacification
et d’élimination de la tension et de la violence qui ont
longtemps ensanglanté cette contrée du territoire national
;
- La mise en place des structures en vue d’une contribution efficace
à l’organisation de la conférence internationale
sur la paix, la sécurité et le développement dans
la région des Grands Lacs;
- La poursuite et le renforcement de la libéralisation de l’économie
avec la stabilisation de l’environnement macro-économique
qui s’est répercuté sur la stabilité des
prix et de notre monnaie.
C’est dans ces circonstances
caractérisées par l’amélioration sensible
des indicateurs macro-économiques et des progrès concernant
le respect des règles de bonne gouvernance, qu’une partie
importante de la dette extérieure de notre pays a été
annulée.
De manière générale, nonobstant certains comportements
réfractaires et des actions nocives des partisans du chaos et
de l’instabilité, grâce à la vigilance, la
bravoure et l’abnégation de la population, le pays est
désormais engagé, de manière irréversible,
sur le chemin de la paix et du redressement national.
En dépit de ces avancées,
nous ne pouvons totalement nous satisfaire du bilan de la transition.
En effet, il est des secteurs où l’action gouvernementale
n’a pas atteint les performances attendues. C‘est, notamment,
le cas de la réforme des entreprises publiques, de la prise en
charge des couches les plus défavorisées de la population
sur le plan social et économique et de la restructuration et
de l’intégration harmonieuse de l’armée.
Par ailleurs, l’Assemblée Nationale et le Sénat,
malgré le travail remarquable abattu dans la production législative,
devraient, me semble-t-il, s’investir davantage pour rattraper
le retard pris dans la mise en place de l’arsenal législatif
destiné à régir l’organisation des élections
et à doter les institutions d’appui à la démocratie
d’une assise juridique.
Sur le front social et économique ainsi que dans le domaine de
la réhabilitation et de la reconstruction des infrastructures,
la situation demeure préoccupante : les infrastructures éducatives
et de santé, les voies de desserte et de transport demeurent
dans un état de délabrement.
A tous ces fléaux s’ajoutent, pour les populations de l’Est
en particulier, le climat d’insécurité, de tension
et de violence, exacerbées par les rivalités inutiles
et les clivages imaginaires et artificiels ainsi que le désordre
propagé par des inciviques incités et soutenus ouvertement
par certains pays voisins.
Face à ces contretemps,
la frustration de notre population est à la mesure des aspirations
non rencontrées. Le désarroi et l’angoisse qui se
lisent dans le regard de la jeunesse confrontée au désoeuvrement
et à l’incertitude de l’avenir, en sont une illustration.
C’est pour faire face à cette situation et insuffler un
nouvel espoir à notre peuple que j’avais dressé
une Feuille de route de la Transition, qui sert de ligne directrice
dans la conduite des affaires de l’Etat durant la période
conduisant à l’organisation des élections libres
et transparentes.
Depuis lors, les principales institutions de la transition ont imprimé
à leur action un rythme nouveau et qui suscite de l’espoir
et permet de programmer la tenue des élections dans le délai
imparti par la Constitution.
Chers Compatriotes,
Certes, pour sortir le pays du danger de la balkanisation, du désordre
politique et de la confusion engendrée par la guerre, le schéma
communément appelé 1+4, même s’il paraît
rare dans la typologie classique des institutions politiques, était
celui qui rapprochait le mieux les vues des parties au dialogue.
Il importe donc, dans toutes les critiques émises pour une meilleure
architecture institutionnelle, de ne pas oublier les conditions particulières
dans lesquelles les parties au dialogue inter-congolais étaient
parvenues péniblement à s’accorder sur la configuration
institutionnelle de la transition.
Ce schéma, consacrait la volonté des uns et des autres
à privilégier le dialogue et l’esprit du consensus
dans la conduite des affaires de l’Etat durant cette période.
La réussite ou l’échec
de la transition dépendent ainsi et particulièrement de
la bonne foi des acteurs politiques et de leur volonté à
respecter les engagements pris dans le cadre de l’Accord Global.
Et, c’est dans cet esprit qu’en ma qualité de garant
de l’intérêt général et du bon fonctionnement
des institutions de l’Etat, j’ai abordé la transition,
avec confiance et optimisme.
Aujourd’hui, cependant, l’expérience des douze mois
passés montre malheureusement que certains acteurs de la transition
n’ont pas fait preuve du même degré de bonne foi
et de confiance mutuelle.
Malgré cela, la marche irréversible du processus de paix
vers la réalisation des objectifs que nous nous sommes assignés
va se poursuivre.
C’est pourquoi, désormais, mon action consistera davantage
à amener toutes les institutions de la transition, sans exclusive,
à s’acquitter convenablement de leurs responsabilités
respectives.
En vue de rencontrer ce souci d’efficacité et de dynamisme,
un réaménagement technique du Gouvernement s’impose,
dans le plus bref délai. J’exhorte donc vivement les vice-Présidents
et les membres du Gouvernement ainsi que les responsables des autres
institutions de la transition à faire preuve de plus d’ardeur
et de rigueur dans l’accomplissement des charges qui leur sont
confiées.
Chers Compatriotes,
Les actes et actions des acteurs de la transition doivent s’inscrire
dans les priorités ci-après :
1. Il s’agit en premier lieu de parachever le rétablissement
effectif de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble
du territoire national, tout en persévérant dans les efforts
de pacification et de réconciliation nationale, en s’attaquant
en priorité aux poches de tension, de violence et d’instabilité,
en particulier en Ituri, au Kivu et dans d’autres contrées
à l’Est du pays.
A cet égard, la récente
mises en place dans la territoriale nous en donne les moyens politiques
et institutionnels. Les dernières nominations au sein de la police,
au niveau central et provincial, sont destinées à renforcer
et redynamiser les efforts de l’Etat dans ce domaine.
Désormais, peut ainsi s’opérer une plus grande mobilisation
de toutes les forces vives, sous l’impulsion des autorités
civiles, militaires et sécuritaires, dans les initiatives locales
de pacification et de consolidation d’une culture de tolérance
et de coexistence harmonieuse.
Dans cette optique, je voudrais souligner à quel point le gouvernement,
l’ensemble des institutions de la transition et la nation tout
entière ont un devoir de solidarité envers les régions
et localités qui ont été particulièrement
affectées par la guerre.
C’est pour répondre à toutes ces préoccupations,
que les Conseils de Ministres et certaines réunions du gouvernement
doivent désormais se tenir à l’intérieur
du pays.
2. Il s’agit aussi
de mettre fin aux lenteurs dans les travaux de l’Assemblée
Nationale et du Sénat et dans la dynamique des réformes,
des restructurations et des impulsions attendues de la part du gouvernement
et de l’ensemble des structures de l’Etat.
Cela suppose entre autres, la mise en place rapide de toutes les conditions
propices au bon fonctionnement des institutions d’appui à
la démocratie. Cela implique aussi l’élaboration
et l’adoption rapide des dispositifs législatifs et juridiques
en vue de la tenue des élections conformément aux délais
prévus.
De même, l’élaboration et l’adoption des lois
relatives à certaines questions et institutions essentielles
de l’Etat, telles que la magistrature, le recensement et la nationalité,
méritent célérité.
C’est en résorbant ce retard que les options et orientations
fondamentales du projet de Constitution du pays, après la transition,
pourront être levées.
3. Il s’agit également
et tout particulièrement d’accélérer et amplifier
les efforts de brassage et de mise en place d’une armée
restructurée et intégrée.
Ainsi, au-delà de la redynamisation des structures et instances
militaires et sécuritaires existantes, il s’agit notamment
d’envisager tous les mécanismes et initiatives qui permettraient
de donner un élan décisif à l’intégration
et la restructuration des forces armées et l’accomplissement
du DDR.
En effet, la Loi sur la Défense et les Forces Armées vient
d’être adoptée par le Parlement, la Commission d’avancement
en grade ayant déposé ses conclusions, la nomination de
l’Auditeur Général renforcera la discipline au sein
de l’armée qui doit demeurer apolitique en toutes circonstances.
Tout ceci contribuera à créer, au sein de l’armée
un climat qui renforcera le patriotisme et le dévouement au service
de la Nation.
C’est ici le lieu de renouveler les sentiments de gratitude de
la nation ainsi que mes félicitations aux Forces Armées
qui sont activement mobilisées et engagées sur le champ
des opérations en vue de rétablir pleinement l’ordre
et la sécurité.
4. Il s’agit, en outre,
de persévérer, de manière concomitante avec la
redynamisation et le renforcement de l’outil diplomatique, dans
les efforts de dialogue, de coopération et de normalisation des
relations avec les pays voisins.
Dans ce secteur, des avancées significatives ont été
réalisées. Cette politique de rapprochement et de restauration
des relations de confiance réciproque, se poursuivra dans le
cadre de la conférence régionale sur la paix, la stabilité
et le développement dans la région des Grands Lacs.
Toutefois cette volonté de dialogue ne saurait nous dispenser,
bien au contraire, du devoir de mettre tous les moyens en œuvre
pour répondre de manière appropriée à ceux
qui nourrissent des visées hégémoniques et cherchent
à installer la tension et l’instabilité dans notre
pays.
En collaboration avec la Mission des Nations Unies au Congo, le renforcement
des troupes déployées à l’Est de notre pays
permettra de nettoyer les éléments résiduels appartenant
à ces groupes et à tous les autres groupuscules qui cherchent
à torpiller le processus de paix.
5. La poursuite des efforts
de réhabilitation et de reconstruction des infrastructures, de
même que l’amélioration des conditions sociales et
économique
Ces efforts de reconstruction et de redressement économique et
social doivent être poursuivis et menés à terme,
tout en veillant à combattre, sans complaisance, des actes de
mauvaise gestion et de dilapidation, de corruption et d’abus de
pouvoir.
6. Enfin, mise en place de
l’ensemble des conditions requises pour l’organisation d’élections
libres et transparentes dans les délais impartis :
La Loi portant organisation, attributions et fonctionnement de la Commission
Electorale Indépendante ayant été promulguée
le 5 juin 2004, il est devenu impérieux de procéder à
la désignation et l’installation de tous les membres de
la Commission Electorale Indépendante ainsi que des bureaux de
représentation à l’intérieur du pays.
Afin de donner une impulsion décisive aux activités de
la Commission Electorale et progresser dans les préparatifs en
vue de l’organisation des élections, une session extraordinaire
de l’Assemblée Nationale, dès ce mois de juillet
2004 s’avère nécessaire.
Mes Chers compatriotes,
Mes exhortations inlassables relatives à l’urgence de faire
aboutir la transition traduisent ma conviction profonde face aux exigences
même d’une cohérence politique et de la nécessité
d’une réelle convergence patriotique pour préserver
l’unité du pays, rétablir l’autorité
de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, consolider
notre indépendance politique et jeter des bases solides de la
reconstruction et du progrès dans le développement.
Face aux défis majeurs de restauration de la paix, aux exaspérations
sociales et aux souffrances de la population, nous avons le devoir de
puiser dans le souvenir des drames de notre histoire, l’énergie
du dépassement, le dynamisme pacificateur de nos antagonismes
et contradictions, et la confiance en l’avenir
Chers Compatriotes,
Nous sommes un peuple profondément uni, un peuple épris
de paix et de justice, c’est pourquoi, en commémorant cette
fête de notre indépendance nationale, demain dans la méditation,
je voudrais lancer un appel solennel afin que nous ne tombions dans
le piège de la stigmatisation et de l’intolérance,
de la haine et de la division qui sont les abîmes où les
ennemis de notre peuple et de notre pays cherchent à nous attirer.
Quelles que soient les circonstances, le peuple congolais doit demeurer
solidaire dans les épreuves et face à l’adversité,
comme aux jours heureux.
Puissent la détermination de tous les pionniers de notre indépendance
et la bravoure démontrée par tous les défenseurs
des valeurs démocratiques, nous servir de modèle dans
le but de maintenir allumée la flamme nationale sans laquelle
nous ne pourrons reconstruire un pays plus beau qu’avant.
Que Dieu bénisse et
protège la République démocratique du Congo.
Je vous remercie.