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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Les multinationales, Laurent Kabila et Joseph Kabila

Par Antoine Lokongo, 10.08.2004

"Je crois que le gouvernement du Président Joseph Kabila contrairement à celui de son père et prédécesseur jouit bel et bien du soutien des Etats-Unis, de la Belgique et de la Grande-Bretagne sur base des mesures politiques et économiques qu'il a prises et qui ont suffisamment impressionné le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale. Le Président Joseph Kabila de passage à Londres m'a personnellement rassuré que sa priorité serait de poursuivre une politique de bonne gouvernance afin de créer un environnement propice pour les investissements étrangers au Congo". Telle était la réponse à une question que j'ai posé à Tim Read, le Pdg d'Américan Mineral Field (Amz en sigle) au cours d'une interview au mois de juin dernier sur les potentialités d'investissements qu'offre la République Démocratique du Congo.

Cette réponse du Pdg d'Amz n'a pas été si différente de celle que j'ai arraché de la bouche de Monsieur Simon Guilbert, directeur de la société multinationale diamantifère De Beers, basé à Londres et qui a d'ailleurs passé plus de 12 ans en Rdc, plus précisément à Mbuji-Mayi. Monsieur Guilbert a estimé que le feu Président de la république Mzee Laurent-Désiré Kabila entretenait une relation toujours "conflictuelle" avec la Banque Mondiale et le Fond Monétaire Internationale et sa vision politico-économique n'était pas, selon lui "pro-occidentale".

J'ai été fort touché par ces deux réponses parce qu'à mon avis, le régime du feu Président de la République Mzee Laurent-Désiré Kabila représentait pour le peuple congolais un changement radical par rapport au régime comprador, dictatorial et kleptocratique du feu Maréchal Mobutu Sese Seko.

La révolution de L.D. Kabila

Kabila père n'hésitait pas à incarcérer les ministres reconnus coupables pour des malversations financières. En lançant le nouveau franc congolais, il a voulu "dédollariser" l'économie longtemps bafouée ! Il a été une fois accusé par la Belgique de créer le chômage au petit royaume du Roi Léopold II parce qu'il a jugé bon que les matières premières se vendent au Congo même au lieu d'ailleurs. Voilà toute une liste des mesures vraiment salutaires pour un peuple qui croupissait dans une misère indescriptible alors que Mobutu et les siens se construisaient des châteaux en Occident.

Mais la pierre de touche qui a ébranlé une forte hostilité contre Laurent-Désiré Kabila, c'était son discours prononcé à l'ouverture du troisième sommet de la Comesa (Common Market Community of Central and Southern African Countries) tenu à Kinshasa le 29 juin 1998. On se souviendra que ses alliés rwandais et ougandais d'hier avaient boycotté le sommet. Mais il a saisi l'occasion pour définir la ligne de conduite et le rôle que jouera un jour le Congo non seulement au sein de cette organisation régionale mais en Afrique et dans le monde.

Le Mzee expliqua que "plus de 40 ans d'indépendance africaine offrent au monde un spectacle malheureux et triste, celui d'un continent pillé et humilié avec la complicité de ses propres fils et filles".
Enfin il déclara que «la bataille pour l'indépendance politique et économique et la souveraineté totale du Congo est menée au profit de l'Afrique toute entière».
«Notre pays», a-t-il dit, «a la vocation d'exporter non seulement la paix, mais aussi le développement et la sécurité au reste de l'Afrique. Un Congo faible, c'est une Afrique vulnérable et affaiblie à partir de son centre, une Afrique malade de son coeur. … Nous devons refuser d’être un peuple à qui on prend tout, sous prétexte qu’on veut lui apprendre, y compris le sentiment de notre appartenance au genre humain. »

Tenir un tel langage à cet âge de la soi-disant mondialisation qui appauvrit les pauvres et enrichit davantage les riches constitue un enjeu grave, il n'y a que des hommes qui ont vaincu la peur, des hommes libres d'esprit et difficile à manipuler, comme Laurent -Désiré Kabila, qui peuvent le tenir.

Un complot contre le nouveau régime

Ce n'était pas une surprise qu'un mois plus tard, tout juste après ce sommet historique, les alliés d'hier de Laurent-Désiré Kabila se tournèrent contre lui, en lançant une guerre d'agression grâce au soutien des superpuissances et des multinationales, avec bien sûre la complicité de quelques marionnettes congolaises, les soi-disant rebelles. Une agression qui a duré plus que 5 ans, coûtant la vie à plus de quatre millions de Congolais massacrés par les troupes d'agression (un génocide équivalent à la moitié des victimes de l'holocauste et quatre fois plus que le bilan du génocide rwandais de 1994). Tel un berger qui donne sa vie pour son troupeau, Kabila est mort, assassiné en plein travail, donc sur le champ de bataille. Tel un python qui encercle sa proie, son entourage composé des Mobutistes revanchards l'a finalement étranglé et l'a éliminé avec la main cachée prêtée par certaines agences occidentales.

Quelles sont les erreurs qu'il a commises sur la façon dont il a exercé le pouvoir ?

Nous savons que sur ce point, la position de Joseph Kabila est claire. Dans une interview avec Jeune Afrique l'intelligent, il a dit que son père n'était pas infaillible. C'est le commun des mortels.
«Chaque leader chaque gouvernement, d'où qu'il soit, commet parfois des erreurs. L'important est de les identifier, de les reconnaître et de les corriger», a-t-il dit. Il est nécessaire d'épingler ces erreurs donc, parce que cela peut engendrer beaucoup de spéculations non-fondées parfois.

Puis-je imaginer quelques erreurs du Mzee ou juste répéter ce qui a été soulevé par quelques opposants ?

Est-ce le fait d'être venu avec les Rwandais et les Ougandais ? Bien sûr, les alliés devenus par apr§s agresseurs l'ont aidé à libérer le peuple congolais de la dictature la plus féroce de l'histoire africaine contemporaine. Mais si ma maison est en flammes, et que mon voisin vient m'aider à éteindre le feu, ça ne devient pas automatiquement sa maison parce qu'il m'a aidé à éteindre le feu ?
Non, absolument pas. Nous avons tous observés comment Rwandais et Ougandais se sont comportés chez nous après la prise de Kinshasa (viols, pillages, détournements, prendre les femmes d’autrui, rapatrier les biens saisis…). Ils ont vraiment franchi la ligne de démarcation !

Est-ce le fait d'avoir signé des contrats avec les multinationales alors qu'il était encore rebelle ?

À mon avis, c’était une question de tactique. Il faut faire la différence entre stratégie et tactique. Les objectifs stratégiques de la lutte de libération étaient de renverser le pouvoir de Mobutu. Si pour obtenir cet objectif essentiel, il était nécessaire d’accepter l’aide de toutes les forces qui voulaient aider cette lutte, même si ces forces ne sont pas de vrais amis du peuple congolais, il fallait accepter cette aide. C’était une alliance tactique. Mais ce qui importait le plus c'est qu'une fois arrivé à Kinshasa, Kabila a clairement articulé les aspirations de son peuple pour qui il était désormais responsable avant tout. A ce moment, les anciens objectifs stratégiques obtenus, il fallait formuler des nouveaux objectifs stratégiques. Et ces nouveaux objectifs étaient formulés dans le plan de reconstruction du Congo. C'était question de priorité.

Est-ce le fait d’avoir “entretenu des “relations conflictuelles” avec les grands de ce monde?

Souvent on reproche à Mzee que sa plus grande faute a été d’avoir entretenu des relations tumultueuses avec le monde des multinationales et les gouvernements des Etats-Unis et autres. Mais qu'est ce que les multinationales, les superpuissances et les alliés d'hier reprochaient donc à Laurent-Désiré Kabila ?

Robert Stewart, ancien directeur de American Mineral Fields et auteur du plan pour le Congo de la multinationale américaine Bechtel, a accusé Kabila d’avoir réalisé ensemble avec ces ministres un plan de reconstruction du Congo qui ne reprenait pas les directives écrites dans le «Plan Bechtel». Le but était bien de reconstruire l’économie et l’Etat congolais en fonction des intérêts du peuple congolais avant tout et pas en fonction des profits des multinationales. Et si les anciens alliés n’étaient pas contents parce qu’ils avaient toujours espéré que Kabila allait jouer le rôle d’un nouveau Mobutu et brader les richesses du pays, c’était leur problème.

Qu’est-ce que Mzee aurait dû faire? Reprendre le chemin de Mobutu et brader le pays? Est-ce que le peuple Congolais aurait pu accepter cela?
(cfr l’article « Comment les multinationales volaient le patrimoine de la République démocratique du Congo »)

Alors quelles étaient les erreurs de Mzee?

Après avoir constaté que l’essentiel de la politique suivi par Laurent Kabila était une politique essentiellement nationaliste et vraiment patriotique, nous pouvons discuter des erreurs sur des points secondaires mais importants. On peut noter le manqué d’organisation dans son entourage immédiate et le manque d’un parti politique qui était réellement unifiée autour de ses idées nationalistes. On peut se poser des questions sur la formule “révolution-pardon” qui à un certain moment, a donnée trop de courage aux mobutistes qui ont pensé qu’ils pourraient continuer leur sale besogne de pillage des richesses congolaises et qui se voyaient souvent renforcés dans leur attitude arrogante et plein de mépris pour le petit peuple congolais.

Et inévitablement dans la question de la tactique, il y a eu des erreurs de sous-estimation de l’ennemi qui ont été commises à certains moments, après qu’il ait bien su renverser les rapports de force. Mais cela reste secondaire et inévitable. Toute lutte révolutionnaire ont connu dans le passé des scénario ou des difficultés de relation entre stratégie et tactique et des erreurs se commettent aussi bien de de gauche que de droite.

Et Joseph Kabila?

Heureusement Joseph Kabila a repris le flambeau quand Mzee est tombé sur le champ de bataille. Immédiatement Joseph Kabila a reconnu les enjeux de la nouvelle situation après la mort de Mzee. Il a formulé l’objectif stratégique pour la période actuelle: mettre fin à la guerre d’agression en gardant l’unité de la nation congolaise et en défendant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC. La tactique était adaptée aux nouveaux rapports de forces qui étaient extrêmement désavantageux pour les nationalistes. Et l’on ne peut que constater que cette tactique a fonctionné et fonctionne toujours: aujourd’hui le Congo est toujours uni et toutes les tentatives de sécession et de relancer la guerre ont échoués jusqu’à maintenant. La raison fondamentale en est que la politique de Joseph Kabila est basée sur une confiance totale au peuple congolais et effectivement au moment décisive ce peuple se transforme en acteur et ne laisse aucun doute sur son désir de rester uni et de défendre l’intégrité du territoire national.

On peut se poser ici aussi des questions sur les erreurs tactiques et secondaires que Joseph Kabila aurait commises et qu’il commettrait actuellement. Est-ce qu’il ne vas pas trop loin dans les concession et la collaboration avec les multinationales, est-ce que son parti politique est vraiment uni politiquement et idéologiquement sur sa ligne kabiliste, etc… ? Mais en se posant ces questions, il ne faut jamais changer l’essentiel pour le secondaire et tomber dans le piège dans lequel certains hommes qui se disaient de gauche (tel que Kalala et d’autres Wamba dia Wamba) ont commis en août 1998 : en décrétant Mzee comme un dictateur et un deuxième Mobutu, ils se sont retrouvé dans le camp des vrais compradores et génocidaires. Que cela soit une leçon que la gauche n’oubliera plus jamais.

La deuxième leçon de cette expérience consiste à prendre l’attitude qui correspond aux conditions de la lutte que nous menons, pour que nous puissions la gagner. Il faut être humble et modeste, proche du peuple et en même temps animé par l’idée que la justice et la raison du point de vue du progrès est du côté du peuple. Le problème qui se pose c’est celui de rester non seulement debout mais aussi d’avancer dans un monde ou les multinationales ne laissent aucune marge de manoeuvre aux peuples et aux progressistes pour avancer vers un nouveau monde ou le bien être des gens demeure le point de départ et non pas le profit.

C’est une question très difficile et les réponses sont complexes. Oser se mouiller, n’ayant pas peur des fautes qui sont inévitables : tant qu’on reste assez humble pour les reconnaître et les corriger, il n’y a pas de problèmes. Avec la décision de gagner en gardant la tête froide et en restant du côté du peuple nous suivons un chemin extrêmement difficile mais c’est le chemin qu’ont suivi Lumumba, Mulele et Kabila, c’est le chemin que nous sommes décidés de suivre jusqu’au bout.