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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Massacre dans un camp de réfugiés à Gatumba (Burundi)

Solidaire, 17 août 2004

Dans la nuit de vendredi 13 au samedi 14 août, un camp de réfugiés hébergeant des familles banyamulenge a été attaqué. 169 hommes, femmes et enfants ont été tués par balle, machette et, pour une grande partie, brûlés. 143 personnes ont été blessées, parmi lesquels beaucoup ont été mutilées par à coups de machette ou brûlées.
Un journaliste de l’AFP a visité le camp de réfugiés hébergeant des familles banyamulenge samedi matin.
Janvier, un témoin de 20 ans lui raconte: «C'était pendant la nuit. Il était à peu près 22h. On était tous couchés. Ils étaient nombreux, vraiment. On a entendu des tambours. Ils ont commencé à tirer des balles, certains avaient des couteaux. J'ai réussi à m'enfuir, poursuit Janvier, mais ma mère a été poignardée, ma soeur a reçu une balle dans le dos, deux de ses enfants ont été tués d'une balle dans l'abdomen. Ils ont laissé son bébé de trois mois».
Gatumba est situé à quelques kilomètres de la frontière congolaise, et à environ 20 km de la capitale de Burundi, Bujumbura. Le journaliste décrit la situation dans le camps: «Sur les quinze grandes tentes de fortune, faites d'une bâche verte tendue sur des piquets en bois, huit sont totalement détruites par le feu. Des sacs de maïs continuent à se consumer, plus de dix-huit heures après le drame. Deux femmes se promènent dans les cendres, main dans la main. Dans les tentes encore debout, de maigres matelas sont tachés de sang, des assiettes cassées, les verres des lampes à pétrole tous soufflés. Des cahiers d'histoire traînent sur la terre battue, à côté d'une Bible partiellement brûlée. Dans les cases calcinées, on pouvait voir des dizaines de corps de femmes et d'enfants, totalement carbonisés. Dans certaines cases qui n'avaient pas été brûlées, des dizaines de cadavres gisaient à terre.
Des hommes, des femmes et des enfants pleurent, tentent de se réconforter en se serrant dans les bras.»
Les blessés ont été évacués dans deux hôpitaux de Bujumbura. 30 personnes y sont mortes samedi.
«Les réfugiés tutsis congolais étaient clairement visés», affirme Christine Neveu, coordinatrice des opérations d'urgence du HCR au Burundi. «Pour preuve, à une cinquantaine de mètres du camp des Tutsis, est dressé un autre camp, de rapatriés burundais cette fois. Ceux-là ont été épargnés» note-t-elle. Le journal congolais «Le Phare» cite trois rescapés congolais, qui expliquent que, parmi les réfugiés congolais, se trouvaient aussi un bon nombre de Babembe et de Bafulero, des tribus congolaises voisinant les Banyamulenge au Sud-Kivu. Eux aussi confirment que seules les tentes de Banyamulenge ont été visitées et aspergées d’essence avant d’y mettre le feu. Certains Banyamulenge ont eu la vie sauve grâce au fait qu’ils se trouvaient dans une des tentes occupées par des Babembes.

Qui a fait ce massacre ?
C’est une organisation de rebelles burundais le Front National de Libération qui a revendiqué le massacre. Ils justifient ce crime en disant qu’ils «se sont battus avec des soldats burundais et des Banyamulenge qui étaient également en uniformes et armés». Plusieurs témoins ont entendu parler des langues différentes: «le kirundi, le kinyrwanda, le kifulero et le lingala». Cela pourrait signifier que parmi les assaillants se trouvaient aussi d’autres combattants que des burundais.
Les gouvernements rwandais, burundais et les ex-rebelles pro-rwandais du RCD prennent prétexte de ce massacre pour lancer des accusations. Ils parlent d’une coalition entre les rebelles burundais du FNL, des Interahamwes (les milices responsables du génocide rwandais en 1994) et les Mai Mai. Les assaillants seraient entrés au Burundi à partir du Congo. Ils n’hésitent même pas à accuser les soldats de l’armée congolaise d’avoir participé au massacre.
Le ministre des affaires étrangères, Charles Murigande a menacé de recommencer la guerre. «Si le gouvernement congolais et la communauté internationale n’agissent pas, le Rwanda devra répondre lui-même en combattant ces rebelles hutu à l’intérieur du Congo.»

Une commission d’enquête internationale ?
Pourtant, beaucoup de questions se posent sur le déroulement du massacre même. D’abord, une caserne de la gendarmerie burundaise se trouve à deux cents mètres du camp de réfugiés. A Gatumba même, il y a également une caserne de l’infanterie de l’armée burundaise. Dès lors, comment le massacre a-t-il pu se poursuivre plus de deux heures sans que des militaires burundais n'interviennent ?
De plus, il y a eu des avertissements les jours précédant le massacre. Plusieurs sources avaient averti l’armée du risque d’une attaque. Jusqu'ici, l’armée burundaise est restée muette sur ces questions. Certains gendarmes burundais ont raconté à la presse qu’ils étaient encerclés par un premier groupe pendant qu’un second s’orientait vers les tentes des Banyamulenge. Cela aussi pose question. Combien de gendarmes et de militaires étaient à Gatumba ? Comment ces hommes ont-ils pu être neutralisés pendant plus de deux heures ?
Ensuite, il y a l’accusation du gouvernement burundais qui dit que 500 assaillants sont venus du Congo. Or, comment un groupe de 500 combattants aurait-il pu franchir la frontière sans être vu, ni par l’armée burundaise, ni par l’armée congolaise ?
Beaucoup de questions se posent donc et il est nécessaire qu’une enquête sérieuse explore les faits en profondeur pour établir les responsabilités. Dans une déclaration, Joseph Kabila en tant que "garant de la Nation", a élevé "une énergique condamnation de cet acte ignoble perpétré contre la population civile congolaise". Le gouvernement congolais a insisté sur la nécessité d'identifier les coupables de ce crime odieux, exigeant la formation d’une commission d’enquête internationale.
Cette demande a été approuvée par le Ciat (Comité international d’accompagnement de la transition). Mais il y a peu de chances qu’une telle enquête puisse se faire : les agresseurs du Congo ont trop d’intérêt d’employer les émotions et d’éviter une enquête réelle.

De grands enjeux pour les agresseurs du Congo
En effet, beaucoup d’observateurs font remarquer que le massacre tombe juste à temps pour l’homme fort de Kigali (Kagame) et les officiers pro-rwandais, Nkunda et Mutebutsi, qui avaient organisé, lors des mois de mai et de juin, une mutinerie à Bukavu. Cette mutinerie faisait partie d’une stratégie de déstabilisation de la part de Kagame. Mais cette stratégie a connu une très grande résistance. D’abord il y a eu la révolte massive et populaire à travers tout le Congo contre la Monuc qui n’était pas intervenue contre cette mutinerie. Ensuite il y a eu la défaite militaire des mutins, qui ont dû se retirer de Bukavu. Et enfin il y a eu la mise en accusation formelle du Rwanda par la RDC. La RDC accusait le Rwanda d’avoir activement soutenu ce soulèvement de soldats dissidents. Cette accusation a été confirmée par un rapport d’experts de l’Onu. Citant un soutien «direct et indirect, à la fois en RDC et au Rwanda», de Kigali au soulèvement de Bukavu, les experts affirment que «le Rwanda, qui a de légitimes inquiétudes de sécurité dans l’est de la RDC, continue à y jouer un rôle déstabilisateur». L’organisation de l’Union Africaine mène à ce moment une enquête contre Kigali sur demande de la RDC.
Le sort de l’officier Nkunda, l’homme clé qui pourrait aider Kagame à continuer la déstabilisation de l’Est du Congo, semblait aussi de plus en plus décidé. La veille du massacre Kabila avait justement désavoué les tentatives du vice-président Ruberwa (membre du RCD) qui voulait «négocier le départ» de Nkunda pour éviter un jugement et une punition de cet officier dissident. Dans un communiqué de presse, le président congolais avait «rappelé à l’opinion que le gouvernement de transition de la République démocratique du Congo avait définitivement tranché sur la question des soldats et officiers mutins au nombre desquels Mutebusi et Kunda Batware. En effet, le Conseil des ministres, au cours de sa réunion du vendredi 18 juin 2004, avait décidé de sanctions sévères à l’encontre de tous les auteurs des massacres, viols, pillages et autres exactions commises sur la population de Bukavu et d’ailleurs. Toute action ou toute déclaration contraires à cette position officielle, telle que rappelée ne peut en aucun cas engager le gouvernement, ni le chef d l’Etat, encore moins le peuple congolais.»
Dans cette situation, le massacre à Gatumba donne un nouveau souffle à Kagame et ses agents à un tel point que plusieurs observateurs se demandent si l’attaque n’aurait pas été téléguidée à partir de Kigali. Il est vrai que dans le passé Kagame n’a pas hésité à sortir des Interahamwes de prison au Rwanda pour les envoyer sur le front au Congo. Et des combattants Mai Mai du groupe Mudundu 40 ont collaboré pendant une longue période avec l’armée rwandaise.

Vers la reprise de la guerre?
Les faits montrent que ni le gouvernement rwandais, ni le RCD (l’ex-rébellion pro-rwandaise qui se trouve dans le gouvernement à Kinshasa) vont laisser le temps aux enquêteurs de mener une enquête objective. Lundi, lors des obsèques, le vice-président congolais Ruberwa, a déclaré qu’il considérait que la transition avait échoué et que tout l’accord sur lequel cette transition est basée devrait être renégocié. Il a annoncé son intention d’aller à Goma, où se trouve l’ail dur de la direction de son mouvement. Le ministre rwandais de l’Intérieur Christophe BAZIVAMO, quant à lui, a répétée la menace d’envahir le Congo et de recommencer la guerre.
Il est clair que les agresseurs sont décidés à ne pas attendre le résultat de l’enquête. Ils veulent profiter du moment qui leur est favorable pour lancer une offensive afin de déstabiliser la transition au Congo et relancer la guerre.

notes de la part de deboutcongolais.info

Les personnes qui veulent recevoir des extraits de ce rapport de l'ONu peuvent envoyer un mail à contact@deboutcongolais.info

Les personnes qui veulent recevoir la lettre des huit parlementaires qui font parti des cet "ail dur" peuvent envoyer un mail à contact@deboutcongolais.info