Kasika, 6 ans après !
Par Musemakweli, Patriote de la Société Civile Sud
Kivu, 24 août 2004
Ce mardi 24 août nous rappelle le massacre de Kasika. En ce jour-là
du lundi 24 août 1998, la Cité de Kasika et ses environs,
en Territoire de Mwenga avaient connu des horreurs indescriptibles : des
chrétiens avaient été massacrés en pleine
messe, des religieux et religieuses avaient été égorgés
en pleins offices, et le Mwami François Mubeza ainsi que son épouse
étaient lâchement coupés en morceaux dans la Cour
royale. Plus de 1.000 personnes avaient été tuées
au fusil, à la machette, au couteau, certaines victimes étaient
jetées dans des fosses servant de WC; d'autres abandonnées
en pleine brousse, ou brûlées vives.
Les auteurs de cette barbarie n'étaient autres, que ceux-là
mêmes qui, quelques semaines auparavant, avaient décidé
de déclencher la guerre dite de 'libération" ou de
« rectification » en vue de l'instauration de la démocratie,
des droits de l'homme et de l'Etat de droit au Congo.
La Province du Sud-Kivu va alors connaître d'autres Kasika, se succédant
les uns après les autres : Makobola (847 tués), Burhinyi
(124 morts), Katana (27 tués), Bunyakiri (des dizaines de personnes
tuées), Mushinga (environ 100 morts), Burhale, Kaniola, Katogota
(127 tués), Kamituga (plus de 201 morts), Mwenga (femmes enterrées
vivantes) ... !
Entre temps, des rapports crédibes font état de plus de
3,5 millions des Congolais déjà morts du fait de la guerre
qui, depuis 1998, endeuille le Congo. Lors des massacres de Kasika, de
Makobola, de Katogota, de Mushinga, Burhinyi, Burhale, Kamituga, Katana,
Mwenga... des deuils officiels n'étaient pas permis, et souvent
les parents des victimes n'étaient pas autorisés de pleurer
les leurs. Les auteurs des nombreux crimes étaient bien connus
que personne ne pouvait croire aux enquêtes annoncées de
toute pompe et qui, comme toujours, n'aboutissaient pas !
Si l'on devait, un jour, ériger un monument en mémoire de
chaque Congolais tué, de chaque massacre commis depuis 1996, le
Congo serait jonché de mausolées.
Dans les Grands-lacs africains, certaines personnes et certains groupes
se sont arrogés le droit de tuer, en toute impunité, et
massivement ; d'autres ne peuvent que mourir et continuer à mourir
et être tués car, pour eux, le droit à la vie est
devenu un luxe. Des populations congolaises meurent en masse depuis 1996,
au nom d'un génocide qu'ils n'ont jamais commis, d'une cohabitation
aux allures d'occupation militaire et d'injustices flagrantes, et des
guerres inutiles et destructrices.
Le « génocide » est devenu une arme de domination,
de spoliation, de terrorisme, de violation du droit international et des
droits des Peuples et des Nations. Il est désormais un prétexte
pour faire la guerre, piller des Etats et empêcher les Peuples de
s'entendre, de cohabiter pacifiquement, de se réconcilier !
Et pourtant, depuis ces longues années de guerre et de frustration,
les Congolais ne demandent que la PAIX ! Plus de 400 groupes ethniques
avaient réussi à cohabiter pacifiquement dans ce pays-continent.
Ils avaient appris à s'aimer, à se tolérer et oeuvrer
pour les mêmes défis de la démocratie et du développement.
Des politiciens formés dans le crime et l'impunité, assoiffés
de pouvoir et de richesses, se sont mis à les manipuler, les uns
contre les autres jusqu'aux massacres de Gatumba, en passant par les multiples
tueries qui ensanglantent le Congo. Les Congolais de toutes les ethnies
ont le droit à la paix, à la démocratie et à
la vie; ils ont le droit de se choisir des dirigeants légitimes
parmi les citoyens les plus aptes et les mieux à même de
promouvoir les vraies valeurs de paix, d'unité nationale, de cohabitation,
de justice, de développement et de démocratie. Ils réclament
que tous les « seigneurs » de guerre, tous les pyromanes et
autres criminels soient un jour châtiés afin que cesse, à
jamais, l'impunité et la guerre.
Les groupes ethniques du Congo doivent ainsi se détourner des criminels
et de leurs alliés qui veulent perpétuer la haine et la
division pour satisfaire leurs intérêts égoïstes
et les ambitions de leurs commanditaires.
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