
A
titre d’information:
Interview intéressant du Professeur Philémon
Mukendi, Secrétaire Général Adjoint du Pprd
(*)
Le Potentiel, 25 août 2004
«La politique doit cesser d’être
une affaire d’argent mais de conviction»
Vous avez travaillé avec M’zee Laurent Désiré
Kabila sous le label Cpp. Celui-ci a disparu. Aujourd’hui le Pprd
a émergé. Quelle différence établissez-vous
entre ces deux structures ? S’agit-il d’une différence
idéologique ou tout simplement technique ?
Philémon Mukendi : Pour répondre à
cette question, nous devons nous replacer dans une perspective historique
et distinguer trois phases dans la récente évolution politique
de notre pays, En mai 1997, une première phase : la prise du pouvoir
par l’Afdl. Deuxième phase : la consolidation du pouvoir avec
les Cpp. Depuis plus d’un an maintenant, nous avons entamé
la troisième phase qui est le partage du pouvoir.
Voilà en gros, les trois cadres historiques par lesquels nous sommes
passés. A travers ces trois phases, il y a une constante. Les idées
de nationalisme, de patriotisme, d’intérêt pour le peuple
constituent la toile de fond du nouveau régime. Ces idées
qui ont prévalu dans la prise du pouvoir se sont maintenues. Incarnées
d’abord par le président Laurent–Désiré
Kabila. Et ensuite par le général-major Joseph Kabila qui
les incarne aussi à travers des structures appropriées et
des actions précises.
Mais, chaque fois, la politique étant dynamique, il a fallu s’adapter
à de nouveaux contextes, à de nouveaux défis. L’essentiel
pour le courant auquel j’appartiens, c’est le Congo, le peuple
congolais d’abord, l’égalité des chances, la solidarité.
Votre parti est encore nouveau sur la scène politique nationale.
Ce qui implique un certain retard par rapport aux autres courants de pensée,
Comment comptez-vous combler ce handicap et pourquoi avoir créé
un autre parti politique au lieu de vous en tenir aux Cpp ?
Le contexte historique et politique a commandé de créer un
parti qui doit faire face à d’autres dans un contexte de pluralisme
politique. Les Cpp n’étaient pas un parti politique. Ils étaient
un cadre d’engagement et de mobilisation de forces sociales diverses
en vue de leur auto-prise en charge à tous les niveaux dans les quartiers,
les communes, les districts, les territoires. C’est une expérience
formidable qui se vit ailleurs aussi.
Vous savez que partout, quel que soit le contexte, on mise d’abord
sur les citoyens que l’on appelle, comme on le dit aujourd’hui
en Europe, à une citoyenneté responsable. C’est-à-dire
à s’engager pour l’intérêt collectif, là
où ils vivent. Les Comités de Pouvoir Populaire étaient
une structure d’encadrement, de mobilisation et de responsabilisation
des citoyens indépendamment de leur appartenance politique.
Aujourd’hui, le contexte a changé. Le Pprd a émergé
comme parti politique pour faire face aux autres. C’est l’un
des partis politiques les plus récents. En peu de temps, il s’est
cependant implanté partout. J’ai été implanter
le parti dans ma province d’origine, le Kasaï Occidental. Nous
avons sillonné les villes et les villages. Nous avons été
dans les écoles, les marchés. Nous pouvons prétendre
aujourd’hui que notre parti compte, que le Pprd est connu. Pour le
reste, il va falloir travailler davantage à former nos cadres, à
nous rapprocher de notre peuple, à lui expliquer notre message politique,
à faire en sorte qu’il puisse s’approprier notre discours
parce que nous voulons que la politique change afin que nous puissions changer
la vie des congolais .
Que la politique ne soit plus une affaire d’argent et de T-shirts,
mais que ce soit une affaire de conviction , parce que le parti politique
doit d’abord être dans les têtes et les cœurs des
gens avant d’être sur leur dos lorsqu‘ ils portent un
T-shirt ou un pagne. Ce défi là, nous avons commencé
à le relever.
Qu’avez-vous fait des anciens cadres des Cpp et de l’Acl-Pt.
Y’a-t –il moyen de les récupérer pour remplir
vos rangs ?
La politique étant dynamique, un cadre est toujours un ancien d’une
institution quelconque : gouvernement, parlement, entreprise publique, territoriale.
Les anciens cadres des Cpp et de l’Acl-Pt sont là. Ce sont
des cadres de notre parti. Des cadres dont le pays a besoin. Regardez bien,
la plupart sont dans les institutions de la transition et au parti. Un parti
comme le nôtre tient beaucoup d’atouts à travers ces
cadres de grande valeur. Il ne peut pas les négliger ni les oublier.
Au contraire, nous continuons à travailler. Chacun doit être
utilisé au mieux dans l’intérêt de la nation.
Ce qu’il nous faudrait, c‘est un système de recrutement,
de promotion et de reclassement des cadres.
"Le
Congo est un grand pays dans tous les sens du terme, il ne peut pas vivre
de l’exclusion qui appauvrit mais de l’intégration qui
enrichit."
A
l’heure actuelle, deux projets de loi extrêmement sensibles
pour la vie de la nation sont en discussion au parlement. A savoir les projets
de loi sur la nationalité et sur l’amnistie. Quelle lecture
s’en fait votre parti ?
C’est vrai qu’il s’agit là de deux lois d’importance
vitale pour la nation congolaise. D’abord la loi sur la nationalité.
La nationalité est finalement le fondement sur le quel est assise
toute nation. Pour décider qui est congolais et qui ne l’est
pas, pour dire qui fait partie du “nous national” Cela est important
à la veille des échéances électorales à
venir.
Toutefois, quelques précisions s’imposent. D’abord, il
n’y a pas de vide juridique sur la nationalité, une loi existe
bel et bien. Ensuite, certaines questions ne peuvent pas être posées
en cette période de Transition qui a ses priorités clairement
définies. Par exemple, dans la mesure où l’article 14
de la Constitution de la Transition réaffirme le caractère
unique et exclusif de la nationalité congolaise, cela renvoie à
plus tard certaines propositions qui peuvent même faire l’objet
d’un référendum en raison de leur impact sur la vie
nationale.
Enfin, la question de la nationalité est toujours une question de
souveraineté nationale. De manière absolue. Quand vous considérez
cette question à travers l’histoire des peuples, vous ne verrez
pas un seul exemple où tel ou tel vient imposer un point de vue à
une nation. La nation est souveraine pour dire qui fait partie du “nous”,
à quelles conditions et comment. Autre élément important
: lorsque nous parlons nationalité, deux choses doivent prévaloir.
La première, c’est l’intérêt du Congo. Notre
pays qui connaît une situation difficile ne peut pas négliger
ses intérêts par rapport aux pays voisins, par rapport à
ceux qui veulent devenir Congolais pour savoir quels intérêts
ils poursuivent, quels intérêt, ils défendent. La nationalité
congolaise ne peut pas être bradée. Le peuple congolais a toujours
été ouvert et hospitalier, il a accueilli et il accueillera
encore des individus de toute provenance.
Le Congo est un grand pays dans tous les sens du terme, il ne peut pas vivre
de l’exclusion qui appauvrit mais de l’intégration qui
enrichit. Mais en même temps la nation doit se protéger et
veiller à ce que ceux qu’elle accueille soient bien intégrés.
Quand on aborde la question de la nationalité, on ne peut pas non
plus oublier le principe de la réciprocité. Ce que nous faisons
chez nous, est- ce que d’autres le font aussi? En bref, la loi sur
la nationalité est une question de souveraineté nationale.
A part les démarches administratives, il faut d’abord dire
pourquoi on veut devenir Congolais. Vous aimez le Congo? Montrez- le. Quand
on aime le Congo, on va le montrer dans la vie de tous les jours. Dans la
vie sociale, politique et culturelle. On va le montrer en s’insérant,
en respectant les lois, les coutumes, les peuples qui sont là. Celui
qui peut aujourd’hui prétendre être Congolais, mais qui
peut- être défend des intérêts étrangers,
cela pose problème. Si vous voulez être Congolais, montrez
que vous aimez le Congo avant tout. Q
uiconque veut être Congolais, a le droit de le devenir, mais il y
a des conditions, le nous national’’ peut s’ouvrir à
quiconque veut faire partie de ce ‘’nous’’ sans
laissez planer le doute sur sa loyauté envers le pays d’origine
d’une part et le pays d’adoption d’autre part. Voilà
une série de conditions qui sont posées partout et qui doivent
être prises en compte pour que tout Congolais soit d’abord au
service des intérêt du Congo, loyal vis à – vis
de la nation.
La loi sur l’amnistie est aussi importante. Lorsqu’on sort d’une
guerre, il est normal qu’on se réconcilie, que la nation pardonne
certaines fautes. Mais il y a deux principes fondamentaux. L
e premier principe est à puiser dans l’histoire des nations.
Regardez l’Europe. Les Européens ne sont battus, se sont entretués,
des millions de morts parfois, mais la réconciliation n’a pas
voulu dire qu’on ferme les yeux sur tous les crimes, parce qu’il
y a parfois des crimes tellement odieux qu’on ne peut pas les oublier
si on les pardonne à bon marché, c’est comme si on encourageait
d’autres à les commettre. L’histoire des nations montre
que la réconciliation ne peut pas se faire au prix de certaines valeurs
essentielles qui font qu’une société esthumaine.
Deuxième principe : le sens même de la réconciliation.
Nous nous réconcilions avec qui? En proclamant l’amnistie,
nous nous réconcilions entre tenants du pouvoir ou bien nous nous
réconcilions d’abord en tant que peuple ? Si nous voulons nous
réconcilier en tant que peuple, alors nous devons nous mettre face
à face. Ceux qui ont commis les crimes pour lesquels, nous voulons
l’amnistie, ceux qui ont été victimes de ces crimes,
ceux qui veulent que le Congo prenne un nouveau départ, tourne la
page. Et tous nous devrons proclamer : « jamais les crimes pour lesquels
nous sollicitons l’amnistie ,,, Si non ce serait la confusion, ce
serait des calculs opportunistes. On ne s’en sortirait pas.
Il y a pour l’instant un débat. L’amnistie doit- elle
concerner les présumés assassins du président L.D-
Kabila? Les spécialistes du droit le disent bien, l’assassinat
d’un chef de l’Etat comporte deux dimensions : Pénale
et politique. L’assassinat d’un chef d’Etat est toujours
l’assassinat d’un homme. Qui est un père de famille,
un citoyen congolais ayant les mêmes droits que les autres. De ce
fait, l’acte d’assassinat relève du pénal. Il
y a des peines qui sont prévues. Rien que sur ce point, on ne peut
pas comprendre que quelqu’un vienne dire, on a tué Kabila,
ce n’est pas un problème. Pardonnons à ses assassins.
Puisque alors on se dit, celui qui est Chef de l’Etat a moins de droits
que les autres quand son intégrité physique a été
atteinte. Au nom de quoi peut – on dire que les assassins de L.D Kabila,
homme, père de famille, ami, ne méritent aucune poursuite
? Au nom de quoi ? Alors on ouvre la voie à toutes sortes de laisser-
aller. On ne peut pas prétendre que c’est une infraction politique.
Non. Puisque, la vie moderne a prévu beaucoup d’expressions
de l’opposition politique. Il n’est pas convenable que quelqu‘un
qui a commis un crime, puisse dire, j’ai tué cet homme, celui
qui incarnait l’intérêt de la nation, j’ai failli
plonger le Congo dans le chaos - rappelez-vous ce qui s’est passé.
Comment nous avons eu peur que le pays bascule dans la violence. On ne peut
pas dire que celui qui a commis un tel crime doit être absous parce
que c’était une infraction politique.
A cette allure, on, nous dira bientôt que le terrorisme est une infraction
politique. Les infractions politiques se commettent sous toutes les formes,
le monde a évolué, on a renoncé aux mœurs barbares,
où tous les problèmes se réglaient de manière
violente. Donc la loi sur l’amnistie ne peut pas couvrir un crime
aussi abject, aussi odieux qui a failli faire sombrer pour longtemps le
pays dans le chaos. Le peuple Congolais ne comprendrait pas, personne dans
le monde ne comprendrait. Cela n’est jamais arrivé qu’on
demande l’amnistie, l’absolution pour les assassins de celui
qui incarnait la nation et sa cohésion, qu’on l’aime
ou pas. Ces présumés assassins se sont du reste soustraits
à la justice et ilscontinuent à commettre d’autres crimes.
On doit éviter de confondre amnistie et impunité généralisée.
Quelle la position de votre parti vis- à-vis du Rwanda et
de l’Ouganda, deux pays qui avaient agressé la Rdc hier?
Aujourd’hui la tendance de la Conférence International sur
la sou région des grands lacs évolue dans le sens de voir
ces pays vivre dans la symbiose comme une seul pays. Cette logique est –
elle convenable sans dédommagement de la Rdc. Le chef de l’Etat,
le général-major Joseph Kabila, est un président épris
de paix pour son pays et pour la région. Dès le premier jour
de son mandat, il s’est engagé à œuvrer pour la
paix et la diplomatie congolaise travaille dans ce sens.
Je ne sais pas si avec les pays qui nous entourent nous devons vivre comme
un seul pays, parce que nous avons chacun son histoire et son identité.
Les Congolais sont ouverts à la cohabitation harmonieuse avec les
autres pays et les autres peuples. Mais il y a des conditions. La première
condition c’est que nous puissions tous respecter le droit international.
Que nous puissions vivre en bon voisins et accepter le principe de règlement
pacifique de différends. Que nous puissions cesser d’agresser
et de nous ingérer dans les affaires intérieures des autres.
Deuxième chose, c’est de respecter aussi la Charte africaine.
C’est accepter qu’en tant qu’Africains nous puissions
d’abord nous liguer pour lutter contre la pauvreté au lieu
de vouloir appauvrir le voisin en allant piller ses ressources.
Troisième chose : nous devrions comprendre que la sécurité
doit être un défi collectif des pays concernés, que
l’on ne peut pas prétendre assurer la sécurité
chez soi en entretenant l’insécurité chez le voisin,
en violant les frontières internationalement reconnues. L’Europe
et l’Amérique donnent aux Africains une leçon magistrale
sur ce point. Si cela est compris, nous allons pouvoir faire en sorte qu’au
niveau des femmes, des syndicats, des mouvements de jeunesse, des églises,
il y ait un brassage, un échange pour que les gens comprennent que
l’intérêt de la sous –région est dans la
sécurité collective et le développement.
"L’Etat
s’organise pour stimuler l’initiative individuelle, l’entreprise
privée, pour dire aux citoyens : créez des richesses, engagez-
vous, mobilisez-vous, créez le bien- être autour de vous. En
même temps, l’Etat prend ses responsabilités vis- à-vis
des faibles , des pauvres, des marginaux. "
Trois
concepts caractérisent le Pprd : la social-démocratie, l’auto
prise en charge et le patriotisme rénovateur. Y’ a-t-il un
contenu nouveau dans ces concepts qui exhalent des relents du déjà-
entendu?
Un adage dit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Donc
qu’on l’ait déjà entendu, c’est possible,
mais ce qui est important c’est que ça soit du déjà
vécu, or ce n’est pas nécessairement du déjà
vécu. Commençons par la social-démocratie. Aujourd’hui
les grandes idéologies, les grandes utopies ont montré leurs
limites. Il a fallu promouvoir l’initiative individuelle, reconnaître
que la personne humaine comme entrepreneur, comme créateur puisse
aussi s’épanouir, trouver son compte dans la vie sociale. Voilà
pourquoi beaucoup de pays aujourd’hui en Europe et ailleurs, croient
dans la social -démocratie comme une voie médiane entre d’une
part, l’économie de marché, un système socio-économique
qui donne trop de place à l’individu, en oubliant la communauté,
et d’autre part un système socio-économique qui donne
trop de place à la communauté en étouffant l’initiative
individuelle, l’épanouissement personnel. La social-démocratie
est pour nous cette voie médiane qui permet de surmonter les faiblesses
ou les limites de deux systèmes en présence. Aujourd’hui,
il s’est avéré que l’économie de marché
a ses vertus à condition qu’elles soient canalisées,
C’est ça que tous les pays du monde font.
On n’a plus aujourd’hui un marché auto- régulateur
qui va comme un train fou et qui, laisse sur la route les pauvres et les
faibles. Non. Aujourd’hui ce que l’on voit dans le monde, c’est
un système où l’Etat est au service de l’initiative
des individus. L’Etat s’organise pour stimuler l’initiative
individuelle, l’entreprise privée, pour dire aux citoyens :
créez des richesses, engagez- vous, mobilisez-vous, créez
le bien- être autour de vous. En même temps, l’Etat prend
ses responsabilités vis- à-vis des faibles , des pauvres,
des marginaux. L’Etat doit pouvoir les secourir ça signifie
que nous allons expérimenter dans ce pays un système où
la sécurité sociale existe comme ailleurs, un système
où il y a un minimum vital.
Rappelez-vous que c’est sous le gouvernement d’avant la Transition
que le Smig (Salaire minimum garanti) a été adopté.
Puisque aujourd’hui un jeune termine l’école, ses parents
n’ont pas pu payer ses frais de scolarité, il termine l’université,
il ne pourra même pas trouver l’emploi. Alors si l’Etat
n’est pas là pour lui garantir un minimum quand est- ce que
ce jeune pourra se marier et avoir une vie normale ? Les jeunes de la rue
ne savent même pas où dormir. Il sont livrés à
la faim, à la violence tous les jours. Que peuvent- ils devenir si
l’Etat est absent? Donc pour nous, la social- démocratie, c’est
d’une part l’initiative individuelle, l’entreprise privée
qui est reconnue, encouragée, encadrée et soutenue, c’est
en même temps un Etat responsable, proche des citoyens pour que les
plus faibles ne puissent pas payer le prix des initiatives individuelles
désordonnées.
Il faut que ceux que la vie a défavorisés, ceux qui n’ont
pas les mêmes atouts que les autres aient aussi le minimum, c’est
ça le sens de la social-démocratie, de la solidarité
africaine. Dans nos villages, le chef qui incarne le pouvoir public ne peut
pas laisser les pauvres, les faibles, les veuves et les orphelins à
leur triste sort. Aujourd’hui la social-démocratie pour nous
c’est que l’Etat doit se structurer, avoir une administration
efficace, un esprit patriote, être proche de citoyens, se substituer
au chef traditionnel qui était le père de tous ses sujets.
Surtout les plus faibles et les plus pauvres.
Quant à l’auto-prise en charge, j’aurais aimé
citer des adages dans nos langues qui incitent les gens à se prendre
en mains, sans tout attendre d’ailleurs. Auto- prise en charge veut
dire que l’être humain, les gens en société sont
les maîtres de leur histoire. Ce qu’ils auront de bien dans
leur vie quotidienne, c’est ce qu’ils auront réalisé
; eux-mêmes s’ils souffrent, si leur pays malgré ses
richesses vit dans la pauvreté, si beaucoup d’enfants ne vont
pas a l’école, beaucoup de malades n’ont pas de soins,
si les routes sont défoncées, c’est parce que ces citoyens
là n’ont pas pris leurs responsabilités. L’auto-prise
en charge c’est responsabiliser chaque Congolais pour dire là
vous êtes, Congolais, Congolaise, vous devez contribuer à la
richesse collective, Faire votre devoir. N’attendez pas tout de l’étranger,
de l’Etat. Mettez – vous ensemble pour que le pays retrouve
la sécurité et le bien-être. E
t le patriotisme rénovateur, il n’y a pas de nation sans patriotisme,
Si vous détenez le pouvoir, vous devez l’exercer au profit
des citoyens. C’est la première chose. Deuxième chose,
si vous êtes un simple citoyen et que vous ne pensez qu’à
vos intérêts propres, ou à ceux de votre ethnie, le
pays n’ira pas loin. L’histoire des peuples nous montre qu’il
n’y a rien de plus important que le patriotisme.
C’est le patriotisme qui permet à une nation de subsister.
Tous les pays agressés ont toujours imposé des sacrifices
à leur citoyens. Faut-il parler de Jeanne d’Arc, de tous les
résistants sous l’occupation nazie, de tous les sud-africains
qui se sont battus contre l’apartheid ? La vie sociale est fondée
sur le patriotisme comme respect des lois, attachement à l’intérêt
collectif, respect du bien commun, etc.., Plusieurs adages congolais exaltent
l’attachement à son terroir. La Bible aussi magnifie le patriotisme.
Lorsque le prophète dit ‘’pour l’amour de Jérusalem
,je ne me tairai pas’’, c’est le patriotisme. Lorsque
les juifs en exil à Babylone refusent de chanter leurs cantiques
sur une terre étrangère, jurant de ne jamais oublier Jérusalem,
c’est le patriotisme. L’attachement à sa nation est la
valeur suprême, La patrie est le bien le plus précieux, si
vous le perdez, vous n’ êtes plus rien, Voilà pourquoi
le Pprd a voulu faire du patriotisme rénovateur l’une des ses
valeurs cardinales. Le patriotisme peut être traduit par 4 lettres
: C comme connaître, H comme honorer, D comme défendre et R
comme reconstruire. A 45 ans de l’indépendance, le patriotisme
doit encore être renforcé dans notre pays.
Les jeunes ne connaissent pas assez le pays, beaucoup pensent trouver leur
épanouissement à l’étranger, la grandeur du Congo
ne semble pas être une motivation pour tous. Pour tout dire au PPRD,
le patriotisme est source d’inspiration de nos actes, de nos programmes,
à l’intention des jeunes, des femmes et des cadres. Puisque
là où la patrie n’est pas placée au centre, il
n’ y a pas d’avenir.
Si vous pouviez évaluer le forum idéologie que de la jeunesse
de PPRD.que diriez- vous?
Ce forum a eu lieu quelques jours après une autre manifestation du
même genre, l’atelier pour le renforcement des capacités
républicaines des femmes. Là déjà on a pu voir
la nouvelle dynamique que nous imprimons à notre parti, C’est-à-dire
former les cadres, faire en sorte que la politique change, pour que nous
puissions changer la vie des Congolais. Pour que la politique change, il
faut que les mentalités des gens changent.
La politique ne doit plus être l’art de la manipulation et de
la tricherie, Dans nos langues, c’est comme ça qu’elle
est comprise. Le Pprd se fait fort de changer cette conception. C’est
pourquoi nous organisons ce type d’activités. Pendant trois
jours nous avons réuni et formé les jeunes, l’affluence
parle d’elle-même.
Nous avons été débordés. Nous pension que 1000
jeunes suffiraient dans un premier temps, ils étaient là en
moyenne 1500, on a même frôlé les 2000. Parce qu’ils
étaient avides d’apprendre. La jeunesse veut être un
exemple de patriotisme et veut s’engager puisqu’elle a compris
que si nous continuons comme ça, la souffrance continuera aussi.
Les jeunes veulent prendre leurs responsabilités. Voilà pourquoi,
il sont venus à ce forum et y ont participé activement.
Il y avait des exposés et des ateliers auxquels les jeunes ont participé
activement. Ils ont posé des questions d’un très bon
niveau et fait des interventions pertinentes. L’atelier sur les élections
a mobilisé les trois quarts des participants. Cela veut dire que
les jeunes ont compris les enjeux. Un des enjeux du moment ce sont les élections.
Ils sont venus se préparer aux élections. Par ailleurs, tout
s’est passé sans incident, dans la discipline, la bonne tenue.
C’est un élément qui nous incite à soutenir notre
jeunesse pour qu’elle aille de l’avant. Ils ont terminé
le forum en soutenant le président Joseph Kabila, qui le 26 janvier
2001, dans son discours d’investiture avait déclaré
: «je lance un appel pathétique à la jeunesse pour qu’elle
se joigne à moi pour défendre les intérêts vitaux
de la nation et assumer notre destin’’. C’est un message
fort du Chef de l’Etat qui a décidé dès le début
de miser sur la jeunesse. Et celle-ci le lui rend bien.
La jeunesse a compris le message et des pistes de son organisation ont été
élaborées. Il y a d’abord l’organisation politique.
Les jeunes ont dit : nous devons être présents dans les structures
du parti à tous les niveaux. Ils ont décidé la création
de leur Ligue qui leur permettra de se retrouver, de réfléchir
et de donner leur apport au fonctionnement du Parti ; le deuxième
axe, c’est l’organisation socio-économique Malgré
les difficultés, les jeunes ne croisent pas les bras. La jeunesse
dit non au dépérissement, et refuse de périr dans la
souffrance et la pauvreté ; le forum a décidé de mettre
sur pied des structures qui vont valoriser les métiers des jeunes,
les encadrer et les stimuler par des micro-crédits et des coopératives,
le Pprd entend ainsi revaloriser la capacité productrice de la jeunesse.
Troisième piste, c’est l’organisation par les services.
Il s’agira d’organiser des loisirs, des activités culturelles,
des ateliers d’aide à la recherche d’emploi, la protection
des enfants abandonnés, etc. Le parti va travailler avec les jeunes
dans des structures adaptées à chaque catégorie de
notre jeunesse, qu’il s’agisse des enfants de la rue et d’autres.
Voyez, le Pprd se veut un parti de l’espoir et des actions concrètes,
il veut donner au Congo le visage du bien-être, de la dignité
et de la grandeur.
Propos Recueillis Par Fidèle Kapongo.
(*) Docteur en philosophie, détenteur
d’un diplôme de troisième cycle en sociologie, professeur,
très engagé dans le milieu associatif, vice-ministre à
la jeunesse dans le dernier gouvernement de Mzee, vice-ministre à
l’Intégration de l’Armée jusqu’en Juillet
passé, ancien directeur à la Dgm, ancien secrétaire
rapporteur de la campagne nationale d’éveil patriotique, auteur
de plusieurs études scientifiques.