1. mais le commandant n’a demandé à aucun moment du renfort

Une version des faits fabriquée pour escamoter la vérité

Les réactions de l’Onu et de l’armée burundaise soulignent l’importance de ce rapport

Le rapport de Human Rights Watch a suscité beaucoup de réactions. L’ONU a depuis le 26 août avait répété à plusieurs reprises que l’enquête “tend à confirmer la thèse d'une responsabilité multiple, incluant des groupes venus de RDCongo”. (AFP 26 août et 3 septembre) Or immédiatement après la publication du rapport de HRW, le porte-parole de l’ONU à Kinshasa a juré que "Ni la Monuc, ni l'Onub (Mission des Nations unies au Burundi), ni l'Onu, personne n'a accusé les Maï Maï dans ce massacre". (AFP 8 septembre)

Et pour cause: le rapport donne plein de faits qui mettent fortement en doute la thèse que le massacre de Gatumba aurait été l’oeuvre d’une alliance entre le FNL, les Interahamwe et les Mai Mai.

En fait au lieu d’avertir pour le danger de cette « nouvelle alliance » comme plusieurs responsables de l’ONU l’ont fait depuis le 26 août, rejoignant ainsi le réthorique de Bujumbura, Kigali et le RCD-Goma, le rapport avertir pour un tout autre danger : c’est-à-dire une alliance renforcée entre les armées rwandaise et burundaise contre la RDC. « Le massacre de Gatumba pourrait marquer une nouvelle étape dans la coopération entre les armées rwandaises et burundaise. Ce qui a longtemps été un conflit à deux pourrait se transformer en un conflit à trois, avec le risque que la guerre se propage à toute la region. »

Les faits cités dans le rapport sont accablants en ce qui concerne la responsabilité de l’armée burundaise et HRW même plus loin en accusant cette armée d’avoir fabriqué « une version officielle » pour cacher sa responsabilité et pour accuser l’armée et le gouvernement congolaise. Le rapport lance aussi des accusations précises et graves contre les services de renseignements du RCd-Goma.
HRW : « la centaine de militaires et les quelques dizaines de gendarmes présents dans les environs immédiats du camp, n’ont rien fait pour empêcher le massacre des réfugiés. (...) Ils ne sont intervenus avec leurs véhicules que bien après minuit, lorsque les attaquants avaient déjà quitté le site, à pied, par les sentiers de la plaine.
»

L’armée burundaise a déjà réagit sur le rapport : « les militaires burundais étaient sous attaque eux-mêmes et ils n’étaient pas au courant de l’attaque contre le camp de réfugié », a déclaré hier le Major Adolphe Manirakiza, porte-parole de l’armée burundaise. (Irin, 8 septembre)

Les mensonges de l’armée burundaise cités dans le rapport de HRW

1) aucun dégat du côté de l’armée et des gendarmes
« Alors qu’on dénombre 258 tués et blessés du côté des réfugiés, il faut constater qu’aucun militaire ni gendarme n’a été tué ou blessé. Les forces armées burundaises n’ont pas davantage capturé d’attaquants ni infligé de pertes dans les rangs de ceux-ci. »

2) Tout le monde savait ...
« Les habitants du coin, en ce compris des gens qui habitent dans les environs immédiats du camp militaire et de la brigade, ont compris immédiatement que le site des réfugiés était attaqué. L’un d’entre eux a décrit le bruit des armes et même les cris des attaquants et les lamentations des victimes, qu’il avait très bien entendus, dans le silence de la nuit. Ils ont vu les balles traçantes dans la nuit et peu après, la lueur des flammes et la fumée des tentes qui brûlaient. Les officiels administratifs, du premier niveau jusqu’au gouverneur provincial, savaient que les réfugiés avaient été attaqués et ont échangé des informations entre eux et avec le commandant de la brigade (gendarme), alors même que l’attaque se perpétrait. Le commandant de la brigade a dit qu’il a compris « très vite » que les réfugiés étaient attaqués. Lui aussi a entendu les cris et les pleurs, et vu les tentes brûler. »

3) ... sauf le commandant de l’armée.
« Contrastant avec les autres, le commandant du camp militaire – qui disposait du nombre d’hommes le plus élevé -, a affirmé qu’il ne savait pas que le site des réfugiés était attaqué et que ce n’est que trente minutes plus tard qu’il l’a appris, par un appel téléphonique émanant d’un représentant de la communauté des Banyamulenge, lui-même en dehors du site mais informé de l’attaque. Etant donné que le commandant ne se trouvait qu’à quelques centaines de mètres de ceux qui, par contre, avaient compris que le site était attaqué, il est difficile de comprendre comment il n’aurait pas pu lui-même savoir ce qui se passait. »

4) la version du commandant de l’armée est plus que douteuse
« Le commandant du camp militaire a commencé son entretien avec les chercheurs de
Human Rights Watch en annonçant qu’il allait leur fournir « la version officielle » des évènements. Il a estimé le nombre des attaquants du camp militaire à une ou deux compagnies, à savoir plus de deux cents hommes. A un certain moment, il a suggéré que les combattants avaient encerclé le camp militaire, qui s’étend sur une grande surface plane.
Aucun dégât visible par armes à feu n’a pu être constaté (au camp militaire et de la brigade des gendarmes, ndlr) »

En plus HRW écrit plus loin : « Les attaquants qui ont maintenu sous le feu le camp militaire, et peut-être la brigade, auraient tout aussi bien pu être en petit nombre, et n'atteignaient certainement pas le chiffre de une ou deux compagnies. Attaquer une position militaire avec un petit groupe de cinq à dix hommes, qui la maintiennent sous un feu nourri, est une stratégie militaire fréquente chez les FNL. »

5) la possibilité de demander du renforcement immédiat existait bel et bien ...
« Le commandant du camp militaire a dit qu’il était en contact téléphonique avec le
commandant de la brigade et qu’ils ont eu des échanges relatifs à l’attaque sur leur camp respectif, mais pas à propos de l’attaque sur les réfugiés.
Le commandant du camp militaire était aussi en contact soit par radio, soit par téléphone, avec le commandant du camp militaire de l’aéroport, situé à quelques kilomètres, ainsi qu’avec l’état major de Bujumbura, à une quinzaine de kilomètres, où un officier de permanence contrôle les communications par radio. Il a aussi eu une conversation téléphonique avec le chef d’état major, le Général de brigade Germain Niyoyankana, au cours de l’attaque. Le Général Niyoyankana a dit qu’il pouvait entendre le bruit des tirs au téléphone. Le commandant du camp lui a dit qu’il entendait tirer au-delà de son camp – indiquant très probablement le site des réfugiés –, mais qu'il lui était impossible de quitter son propre camp ou de rassembler le nombre d’hommes nécessaires pour former « un élément d’intervention », qui aurait pu mener à bien les opérations de rescousse. En plus du camp militaire voisin situé à l’aéroport, le commandant disposait de deux bataillons situés dans la forêt de la Rukoko, proches des lieux.
»

6) mais le commandant n’a demandé à aucun moment du renfort
« A aucun moment, le commandant du camp n’a demandé de renfort car, a-t-il dit, il avait le contrôle de la situation dans son camp, c’est-à-dire qu’il pouvait empêcher les attaquants de pénétrer dans le camp. Ni lui, ni aucun autre officier, n’a pu fournir une explication satisfaisante à la question de savoir pourquoi aucun renfort n’a été dépêché, de nature à constituer cet « élément d’intervention » qui aurait pu sauver la vie des réfugiés du camp. »

Une version des faits fabriquée pour escamoter la vérité
Hier le porte-parole de l’armée burundaise, major Adolphe Manirakiza a déclaré : "Un combattant du FNL, qui s’appel Minani, nous a dit que l’opération a été préparée d’une façon méticuleuse à partir du territoire congolais et nous a montré l’endroit à la frontière d’entrée et de fuite. »
Or justement sur ce témoin, HRW écrit : « Un jeune combattant FNL de 25 ans, arrêté par les autorités burundaises le 19 août, a reconnu avoir participé à l’attaque de Gatumba. Les circonstances de son arrestation restent originales : il aurait été arrêté par un groupe de jeunes en charge de la sécurité dans le quartier à dominance Tutsi de Ngagara, qui n’est certes pas l’endroit où un combattant FNL peut se sentir le plus à son aise. Il leur aurait confessé ses crimes après avoir bu quelques bières, que ces derniers l’auraient invité à partager avec eux. Bien que les circonstances de son arrestation soulèvent des doutes considérables, certains enquêteurs des NU ont trouvé certaines de ses informations crédibles. Il a été capable d’expliquer, par exemple, où et comment certains du groupe avaient traversé la frontière. Les autorités n’ont pas rendu publiques ses complètes révélations, pas plus qu’elles n’ont révélé l’endroit où il était détenu. »

En d’autres mots, ce témoignage est plus que douteuse : il est faux.

HRW accuse le service de renseignement du RCD-Goma, d’avoir fabriqué la version mensongère du massacre
« Dès 2 heures du matin, à peine deux heures après la fin de l’attaque, un journaliste local et Radio France Internationale ont été informés de l’attaque. Au même moment environ, un officier de l’armée rwandaise basé à Cyangugu était aussi informé du massacre. Des officiers de la MONUC au Congo (bien que ce ne soit pas le cas de leurs homologues au Burundi) l’étaient peu après. Il apparaît que dès ce moment, des Banyamulenge et des personnes leur associées, faisaient déjà passer l’information à leurs contacts selon laquelle les attaquants étaient venus du Congo et incluaient des « Interhamwe. (…)
Un survivant, qui a aussi été un agent des renseignements du RCD-Goma à Uvira, a très souvent parlé à la presse et aux enquêteurs. Les versions qu’il a données des
circonstances dans lesquelles sa vie a été épargnée ont varié, mais toutes comprenaient l’explication selon laquelle il a survécu parce qu’il a parlé Kifulero et qu’il a été compris, dans cette langue, par les attaquants. Son histoire est devenue si médiatisée que même d’autres survivants l’ont cité en exemple pour avancer la preuve de l’usage de diverses langues, lorsqu’ils n’avaient pas eux-mêmes des exemples précis à donner les concernant. (...)
Dans la matinée du 14 août, deux ou trois survivants, des hommes, ont imposé leur autorité naturelle pour fournir des informations aux enquêteurs ainsi qu’à la presse. L’un d’entre eux appartient aux services de renseignement du RCD-Goma, qui a déjà été mentionné ci-dessus, dont la version a varié au fur et à mesure des jours qui passaient.
Depuis le matin de l’attaque et dans les dix jours qui ont suivi, des enquêteurs des NU et les chercheurs de Human Rights Watch qui ont voulu s’entretenir avec des personnes autres que des responsables Banyamulenge hommes, ont éprouvé des difficultés à rencontrer ces personnes seules. Lorsque les chercheurs de Human Rights Watch avaient trouvé une femme – souvent plus spontanée dans ses réponses que les hommes -, il se trouvait toujours un ou plusieurs hommes qui s’immisçaient dans la conversation, parfois pour donner des réponses à la place de la femme et souvent, corrigeant les siennes. Un membre des NU a émis l’avis selon lequel il y avait un Munyamulenge en charge des survivants dans chaque hôpital de Bujumbura, qui venait fréquemment se joindre aux conversations censées être privées.85 Ces Banyamulenge omniprésents semblaient vouloir s’assurer que toutes les informations convergeaient vers une version donnée des faits, plutôt que de permettre la reconstitution la plus exacte possible de ceux-ci. »

Sur « la preuve » des langues parlées par les assaillants
HRW : « Tous les survivants qui ont été interrogés par les chercheurs de Human Rights Watch ont rapporté avoir entendu les attaquants parler Kirundi. Des témoins burundais proches du camp, mais pas du camp, ont déclaré la même chose. Les chansons et les exclamations rapportées par de nombreux témoins sont en Kirundi. Aucune autre langue n’a été citée aussi fréquemment et avec le plus d’exemples à l’appui. Cette information renforce la conclusion que les forces du FNL ont joué un rôle majeur dans l’attaque.
Des survivants ont dit avoir aussi entendu parler Kinyarwanda, Swahili, Kifulero,
Kibembe, et Lingala. Peu ont pu rapporter des détails convaincants de phrases ou de
mots entendus »

D’ailleurs HRW affirme que les langues employées par les attaquants ne pauevnt pas de tout servir comme preuve pour accuser les Mai Mai et les soldats congolais d’avoir participés au massacre : « Les informations relatives aux langues employées par les attaquants ne peuvent pas en soi permettre d’identifier leur appartenance ethnique ou leur nationalité, encore moins leur affiliation à un groupe particulier ou à une armée. Beaucoup de gens dans la région –en particulier ceux qui font partie de bandes armées -, ont vécu en dehors de leur région d’origine et, ont pu, depuis, maîtriser la langue parlée dans les régions où ils ont évolué. Des milliers de Burundais, par exemple, ont vécu dans des parties du territoire de Fizi où on parle le Kibembe, et certains d’entre eux parlent le Kibembe. Très nombreux sont ceux, de surcroît, qui parlent le Swahili au Burundi, Congo et Rwanda, qu’ils aient ou non déjà voyagé à l’extérieur.
Un témoignage relatif à la langue ne pourrait aider à identifier les attaquants que s’il était associé à d’autres informations.. »

Sur le tract qui aurait annoncé l’attaque
HRW a constaté que les tracts qui étaient, dès le premier contact avec la presse, cité comme « preuve » que l’attaque aurait été réalisé par des mai mai et des soldats congolais, n’avaient aucun lien directe avec l’attaque à Gatumba.
« Les membres de la communauté nationale et internationale se sont rassemblés sur le site dès 7 heures du matin le lendemain de l’attaque. C’est là que le président du camp des Banyamulenge a dit à plusieurs d’entre eux que l’attaque avait été planifiée au Congo et leur a montré un tract à cet appui.
Le tract en question exhortait les Congolais à prendre leurs distances avec les
Banyamulenge dès le 29 juillet, et appelait les Congolais à couper les liens avec les Tutsi et les Banyamulenge et s’unir « pour combattre notre ennemi. » Un groupe, inconnu jusque là, la Force de la coordination des patriotes et nationalistes révolutionnaires du mouvement congolais des combattants non-violents pour la démocratie (MCCND), a apposé son sceau sur le tract..
Ce tract semble avoir été davantage destiné à influencer des Congolais plutôt que des
Burundais. Il a été rédigé en Swahili et français, pas en Kirundi. Le nom du groupe qui prétend en être l’auteur et le contenu du message semblent aussi s’apparenter davantage au contexte congolais que burundais.
Les porte-paroles Banyamulenge ont cherché à connecter le tract au contexte burundais en prétendant que le tract avait circulé sur le marché central de Bujumbura et sur le site lui-même. Mais les résidents du site questionnés à propos du tract, ont dit ne l’avoir jamais vu avant l’attaque. Ni le personnel des NU au Burundi (ONUB et UNHCR), ni les habitants de Gatumba, ni les administratifs et officiers militaires burundais, n’ont vu ou entendu parlé du tract avant le matin de l’attaque. »

Le nombre des assaillants a été fortement exagéré
HRW estime que le nombre des assassins était probablement moins que cent:
« Si l’on prend en considération les témoignages, l'étendue, l’intensité et la durée de l’attaque, ainsi que le fait que les attaquants étaient bien armés, il est probable que moins de cent hommes auraient pu mener l’opération. Comme mentionné ci-dessus, les survivants ont rapporté que seul un ou deux, parfois trois, attaquants sont arrivés à la porte de chaque tente. Pendant l’heure qu’a environ duré l’attaque, les tentes n’ont pas été attaquées simultanément, ce qui laisse entendre que les attaquants se déplaçaient de tente en tente. L’attaque ne fut pas non plus d’intensité uniforme : sur les quinze tentes, les tentes les plus endommagées ont été celles qui se trouvaient à chaque extrémité, tandis que certaines autres sont demeurées relativement intactes. Les attaquants sont arrivés d’une seule direction et n’ont pas encerclé les tentes, bien que la structure n’occupait qu’un espace limité. C’est parce qu’ils n’ont pas encerclé le site que beaucoup ont pu s’échapper par l’arrière des tentes et chercher refuge dans la brousse des alentours. Le chiffre de cent attaquants environ s’accorde généralement avec les estimations qu’ont faites eux-mêmes des Burundais qui habitaient dans les environs immédiats du site. »

Les avertissements et les recommandations de HRW

HRW avertit pour l’emploi partisane du massacre de Gatumba aussi bien par le RCD que par les ethnicistes anti-banyamulenge
HRW avertit à plusieurs reprises dans son rapport pour l’emploi à des fins politiques du massacre de Gatumba de différents côtés:
Du côté du RCD : « Si le RCD-Goma devait décider une fois de plus que s’opposer au gouvernement de transition est la voie qui sert le mieux ses intérêts, il ne manquera pas d’utiliser l’horreur de Gatumba pour rallier ses partisans et influencer l’opinion internationale. »
Mais aussi du côté des ethnicistes anti-banyamulenge :
HRW réfute les tentatives des ethnicistes anti-banyamulenge qui ont essayés de justifier le massacre à Gatumba. HRW réfute ainsi catégoriquement la version du FNL, reprise par la société civile du Sud-Kivu et par le FDLR (interahamwes rwandais) selon laquelle il se trouvait des militaires banyamulenge ou burundais dans le camps au moment du massacre. « Il n’y a aucune preuve à l’appui de ces allégations ».
Ensuite le rapport répond aussi à l’argument que le massacre se justifierait à cause de la nécessité de vengeance : « Dans un compte-rendu de presse du 30 août, le FNL a posé la question de savoir « pourquoi la même compassion [affichée à l’égard des victimes de Gatumba] ne s’est (…) pas manifestée avec autant d’acuité lors des massacres des millions de Hutu burundais et rwandais réfugiés au Congo. » Le compte-rendu s’est aussi spécifiquement référé au massacre de Itaba dans lequel le Major Budigoma, actuel commandant du camp militaire de Gatumba, était impliqué. Avancer les massacres perpétrés sur une partie pour justifier ceux commis sur l’autre, est illégal et immoral. »

HRW dénonce l’emploi de l’ethnicisme par le Rwanda et avertit pour la violence qui peut en découler
« Le risque élevé d’un nouveau conflit armé nourrit et à son tour, se nourrit, de la peur et de la haine qui existent entre les groupes ethniques, des sentiments qui sont à la fois réels mais en même temps, exagérés et manipulés par les dirigeants politiques pour leurs propres fins. L’invocation de plus en plus fréquente du terme « génocide » a commencé avec Nkunda lorsqu’il en tirait justification pour attaquer Bukavu, et se poursuit dans l’évocation du massacre de Gatumba. Pour les Hutu, cette évocation fait référence à la légendaire intention des Tutsi de créer un « empire Tutsi Hima » en Afrique centrale.
Le Rwanda n’a pas été immédiatement ni nécessairement impliqué dans la tragédie de Gatumba, en ce sens qu’elle n’a pas impliqué des citoyens rwandais et ne s’est pas produite sur le sol rwandais. Cependant, les autorités rwandaises, le président en premier, n’ont pas manqué de faire clairement savoir que le Rwanda jouerait un rôle majeur dans la lutte politique et ethnique qui se profilait. Etant donné la promptitude et la capacité dont a déjà fait preuve le Rwanda pour mener des conflits en dehors de ses frontières, une telle déclaration ne peut qu’encourager ceux qui cherchent comment encore impliquer le Rwanda dans le Congo, et au contraire, inspirer la terreur chez ceux qui le redoutent. »

Cet emploi de l’ethnicisme par le Rwanda autour du massacre de Gatumba a déjà coûté la vie à des innocents :
« Les peurs des Tutsi de subir un génocide font écho, comme par un jeu de miroir, aux mêmes peurs, chez les Hutu, face à toute mesure qui pourrait être prise contre eux sous prétexte de lutter contre le genocide (…)La rhétorique qui a fleuri autour du massacre de Gatumba a trouvé concrétisation dans des actes. Moins de deux semaines après le massacre de Gatumba, deux personnes ont été lynchées dans des provinces de l’intérieur du Burundi sous la rumeur qu’elles étaient des Tutsi qui avaient injecté des piqûres mortelles à des Hutu, avec l’intention de réduire le nombre de ceux-ci à un nombre qui s’apparente à celui des Tutsi. (…)Non loin de Goma, deux habitants du Sud Kivu – une région présumée être hostile au RCD-Goma -, ont été tués alors qu’ils voyageaient. Bien que le vol apparaît être le mobile principal de l’assassinat, des résidents du Sud Kivu en ont vite donné une interprétation ethnique, racontant que les tueurs avaient assassiné ces gens à titre de représailles pour le massacre de Gatumba. Les gens hostiles à la présence d’individus du Sud Kivu à Goma ont distribué des tracts contre eux et, dans au moins un cas, ont manifesté dans un quartier de Goma largement peuplé de sud kivutiens, en chantant des slogans menaçants. »

HRW exige à juste titre une enquête objective et approfondie mais avertit pour le danger réelle de confusion
Dans sa conclusion le rapport averti pour l’emploi facile du mot génocide et plaide pour une enquête objective :
« La responsabilité qui s’impose de rester toujours vigilant pour prévenir tout danger de génocide porte en elle la responsabilité de rester fidèle aux seuls faits et de ne pas exagérer le risque. Les exagérations éveillent la peur et sèment les graines de la violence.
Le massacre de Gatumba, comme d'autres à Bukavu, a clairement été commis sur une base ethnique. Le reconnaître, c’est aussi être conscient que d’autres massacres peuvent suivre, dirigé contre un groupe ethnique ou un autre. Dans un tel contexte, il est moins important d’aboutir à une qualification légaliste de la nature du crime qui a été commis, que d’identifier ses auteurs et de les punir. »

C’est aussi la raison pour laquelle le rapport, dans ces recommandations répète aux diffférents acteurs la nécessité d’une enquête objective qui devrait identifier les responsables pour pouvoir les rendre la punition qu’ils méritent.
Mais HRW avertit aussi pour la confusion qui risque de découler d’une série de différentes enquêtes, menées par différents instances. Après avoir énumérés 6 différentes enquêtes qui sont en train ou qui sont programmées dans les semaines qui viennent le rapport conclut : « Au mieux, une ou plusieurs enquêtes pourra fournir des éléments pour permettre la poursuite en justice des responsables du massacre ; au pis, la multiplicité des efforts conduira à la confusion et à des interprétations divergentes des mêmes évènements.
»