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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Papa Wemba, Dieu, la Sape et les anti-valeurs

Révue par A.R. Lokongo, 18.09.2004

«L’importance d’être élégant». Tel était le titre d’un remarquable documentaire monté par la BBC2, une chaine de la télévision britannique, samedi le 14.08.2004, dans lequel Papa Wemba a bien joué son rôle de «Nouveau Brummel» ou l’arbitre des élégances.
Dans «L’importance d’être élégant», Papa Wemba, alias le «Roi de la Sape» était bel et bien au rendez-vous, flanqué par ses amis «sapeurs», ces bons viveurs Congolais, qui se régalent à la longueur des journées dans les bistros de Paris et de Bruxelles.
Rappellons que la Sape, ou société de l’ambiance et de l’élégance, régroupe les gens élégants, bien vétus et ambianceurs de profession, fondée dans les années 1970 par Papa Wemba, comme une stratégie de marketing, une formule maqique, pour s’attirer des adeptes dans cette sorte de nouvelle réligion dénommée «Le Kitendi» ou l’adoration de la mode, de beaux vétêments, de l’ambiance en abondance, disons «à gogo» comme le chante d’ailleurs «le roi de la rimba» lui-même. Parmis les caractères notables du programme figuraient l’Archévêque Lubobo et «Anti-Gigolo». On pouvait les voir entrain de se bousculer pour confirmer leur «force de sape» aux spéctateurs, pour se présenter comme de veritables chefs spirituels de la réligion Kitendi.
Mais ce qui était vraiment au point du programme c’étaient les démêlés que le «Chef Coutumier du Village Molokaï» a eu avec la justice française, ayant conduit jusqu’à son incarceration pour «traffic d’être humains». C’est en prison que le «Kuru Yaka» qui clame son innocence, a découvert Dieu. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Après avoir decouvert Dieu en prison, «Le Roi de la Sape» a fortement choqué, ridiculisé si pas surpri des milliers de ses compatriotes Congolais en Grande Bretagne – sauf «les Ngulu ou les cochons» bien attendu, car pour eux, la reconnaissance est de ce monde. Nombreux d’autres immigrés Africains se sont sentis également indignés par l’image négative que Papa Wemba et les siens ont donné non seulement au Congo, mais aussi à l’Afrique. Pire, les Anglais eux-même ont découvert comment, pendant 32 ans de gabégie mobutiste, «il a été créé une culture, des habitudes dans le domaine de la pensée et du comportement des citoyens Zaïrois devenus Congolais», comme disait Mzee Laurent Désiré Kabila.
La modestie n’est pas surement l’appanage des sapeurs. Toutes leurs rencontres sont caractérisées par une cérémonie, disons une compétition desormais devenue très célèbre: «se montrer les étiquettes de leurs habits». On attend ces «Sapeurs Ngoundeurs» concurremment réciter les noms de Versace, Jean Paul Gaultier, Francesco Smalto, Roberto Cavalli et Yohji Yamamoto. A l’occasion du documentaire en question, c’est Anti-Gigolo, un parvenu nouveau riche de Bruxelles, qui a gagné la compétition. Il a ridiculisé les autres parce qu’en se déhabillant presque, il a défié les autres à montrer le marque de sous-vétêment qu’ils portaient. Les pauvres infortunés ne portaient pas «Calvin Klein» comme lui!
Au marché des illusions, les acheteurs ne manquent pas. Pour sa part et pour sa propre rénommée, Poison, le garde-corps de Papa Wemba a, quant à lui, annoncé son nouveau surnom. «Le Commandant Suprême, le N0 1 du KGB» a-t-il scandé! «Tous le monde doit desormais reconnaître mon nouveau nom. Il s’agit de Commandant Suprême, le N0 1 du KGB». Ironie de l’histoire! Le Kitendi n’est-elle pas une véritable réligion ou opium qui empoisone les mentalités des jeunes, surtout ces jeunes pauvres qui harcelent leurs parents pauvres à tout faire pour leur acheter les derniers vetêments à la mode, même à des prix prohibitifs?
Quant à Lubobo, il veut desormais être connu comme «Le Plus Grand Chef Spirituel de la Réligion Kitendi, l’Archévèque, le Grand Prêtre, le N0 1 de Cavalli».
Et les rétombés de toutes ces bêtises? L’opinion publique en Grande Bretagne a trouvé très répugnant le fait qu’un immigré, un «Ngoundeur», un chercheur d’asile puisse sans problème, faire sortir 8,000 euros de sa poche pour s’acheter un manteau de fourrure. «Où est ce qu’ils trouvent tout cet argent,» se demandent les compatriotes de Tony Blair. Ce ne sera donc pas une surprise si la police et les services de l’immigration passent en action!
Vêtu d’un manteau de fourrure de presque 15kg, Papa Wemba, qualifié dans le programme par l’un de ses admirateurs comme «le président d’une nation invisible», a ronronné: «Ne voyez-vous pas que ce très noble de porter ça? Quand vous portez ce manteau, vous vous sentez comme un roi ou comme un chef.»
Il s’est certainement comporté comme un roi. Dans un ton qui fait penser à une époque récente de triste memoire, Papa Wemba s’est vanté: «Je m’appelle Papa Wemba. Quand on est papa, on a certaines responsabilités. Vous devez pourvoir à toute la famille. Je suis comme le Papa spirituel de beaucoup de jeunes Congolais. Je suis comme le père de toute une nation. Ils ont tous leur regard fixé sur moi. Je les encourage tous de venir en Europe où les conditions sont plus meilleures pour accomplir leurs potentialités».
Ah! En Europe où la plus part d’eux ne trouvent comme boulot que de laver la vesaille ou de se débrouiller autrement, vivant parfois chichement, parfois sans papiers et dans la peur d’être déportés un jour ou l’autre, et donc dans la peur d’être bannis du paradis que répresentent l’Europe comme Adam et Eve. Et pourtant ils n’hésitent pas à payer 1,000 euros à Papa Wemba pour que ce dernier puisse mentioner leurs noms dans une chanson, ou même 5,000 euros pour qu’une chanson leur soit uniquement dédiée. Au Congo, mêmes certains politiciens véreux s’adonnent à cette pratique.
Papa Wemba rasssure qu’il ne peut pas abuser de cet honneur. N’a-t-il pas trouvé Dieu en prison - excusez-moi - dans un magasin Armani? Comme le ridicule ne tue pas!
L’épisode la plus dégradante du film, c’était quand Papa Wemba voulait savoir comment une femme qui solicitait une dédicace allait payer pour qu’une chanson lui soit uniquement dédiée. Elle a promi de lui voler des sous-vétêment pour femmes ou dormir avec lui. Ce qui ne peut qu’arranger « le rossignol du Zaïre».
«Pour que je couche avec une femme, il faut que son caléçon soit parfaitement propre. Si je vois une femme se désabiller et le caléçon colle au corps, c’est fini. Je ne…» a-t-il chuchoté! Ah! Une âme saine dans un corps sain! C’est ce que disait les Latins n’est-ce pas?
«Ne t’en fais pas avec moi», lui a rassuré la femme en question.
Un ami à moi, père de famille qu’il est, et qui a été très intéressé de suivre le programme –c’est rare que la BBC monte un documentaire de la sorte sue le Congo – m’a dit qu’il était très embarassé devant ses enfants, ne sachant pas ce le programme leur reservait d’avance!
Contre toute attente, à la fin du programme, on remarque que Lubobo, «Le Plus Grand Chef Spirituel de la Réligion Kitendi», l’Archévèque, le Grand Prêtre, le N0 1 de Cavalli», a presque perdu sa foi! On le vois, tout pensant, regardant les nuages à travers la fénêtre dans un hebergement d’une banlieue presque sinistre de Paris; sans papiers, sans aucune chance de trouver un boulot fiable mais avec toutes les chances d’être déporté au pays de ses ancêtres. Pendant que les autres se félicitaient du fait que c’est la musique de Papa Wemba qui les a inspirés de «tenter la chance» en Europe, la terre du style, Lubobo, «Le Plus Grand Chef Spirituel de la Réligion Kitendi», l’Archévèque, le Grand Prêtre, le N0 1 de Cavalli», lui, maudissait, et Papa Wemba, et le jour ou il a mi ses pieds en Europe.
Il a déclaré: «La vie en Europe est une enfer. Papa Wemba est un grand manipulateur.»
Ah bon!
Mais Robbie Millen, un journaliste du quotidien Londonien, The Times, a, lui, tiré des conclusions qui nous concernent tous Congolais, Sapeurs ou pas, Ngoundeur ou pas, Ngulu-Cochon ou pas!
Il a écrit: «L’importance d’être élégant a fourni une explication très claire, pourquoi une grande partie de l’Afrique Centrale [voulait-il dire la RDC?] se trouve dans une situation desespérée parce que là, on ne fait que chanter la gloire des grands hommes douteux, tout comme l’élévation de la consomation et du luxe au dessus du travail et de l’investissement.»
Voilà! C’est l’image de tout un pays, c’est la réputation et la crédibilité de tout un peuple qui sont entamées.