Kabila
à Kisangani
L’Avenir,
16 octobre 2004
Le président
de la République était attendu
hier dans le chef lieu de la province
Orientale. Mais, c’est un pari reporté. Cette visite
ne devrait pas faire un événement. Car, le chef
de l’Etat, de par ses fonctions peut aller où il
veut. Si sa visite à Kisangani est devenu un événement,
c’est parce que la province qu’il visite s’appelle
Province Orientale, une province, tout le monde en convint, «
martyre de la Rd Congo ». Cette réputation ne
date pas d’aujourd’hui. Kisangani a payé
le prix le plus lourd de la décolonisation. Bastion du
nationalisme congolais, cette ville a payé par son sang
l’unité nationale. Si Lumumba a commencé la
politique dans cette ville considérée comme son
fief, alors qu’il est originaire du Kasaï- Oriental,
Antoine Gizenga, originaire de la province du Bandundu s’y
est retiré pour mener la résistance après
l’arrestation et l’assassinat de Lumumba. C’est
aussi à Kisangani que les nationalistes ont organisé
la récupération du pouvoir. Tout cela a fait de
cette ville, la cible de tous ceux qui avaient déclaré
la guerre contre le nationalisme congolais.
Le caractère événementiel de la visite du
chef de l’Etat à Kisangani vient du fait que, Kisangani,
c’est la métropole des habitants de l’Ituri
et de Bunia considérés comme le ventre mou de la
Rd. Congo. Tout le monde s’attend donc à ce que le
passage de Joseph Kabila dans la province Orientale puisse amener
les Ituriens à se souvenir qu’ils appartiennent à
un pays, le Congo et qu’ils ont le devoir de s’embarquer
avec tout le monde dans le train de la transition. Car, il sera
difficile à la population de l’Ituri de récupérer
le retard par rapport au reste du pays. Les richesses de cette
partie du pays risquent d’aller demain ailleurs où
‘horizon sera plus apaisé.
Les populations de Kisangani ont également payé
le tribut le plus lourd de la guerre d’agression. L’on
se souviendra que les Rwandais et les Ougandais se sont affrontés
à armes lourdes dans cette ville sans se soucier du sort
de la population civile. C’est donc une ville cimetière
que le chef d l’Etat va visiter. Mais aussi une ville des
orphelins, des veuves et handicapés qui attendent
la consolation du numéro un du pays.
Joseph Kabila va aller trouver une ville qui lui est totalement
acquise, non seulement comme héritier du nationalisme congolais
dont Kisangani est le berceau, mais aussi et surtout comme artisan
de la paix. Car, beaucoup de gens à Kisangani ne s’imaginaient
pas un seul jour qu’ils retrouvent la paix face au danger
de la balkanisation du pays et de l’annexion de sa partie
Est. Cette opportunité leur a été offerte
par cet homme, Joseph Kabila. C’est la raison de la grande
gratitude de cette population vis-à-vis d J. Kabila qu’elle
attend recevoir. Elle n’a jamais fait mystère de
son soutien au chef de l’Etat. « Nous sommes
tous derrière Joseph Kabila » a-t-on toujours
entendu dire, chaque fois que nous avons visité cette ville.
Cependant, la population de Kisangani et celle de toute la province
Orientale doit savoir que la paix retrouvée reste fragile.
Il faudra la renforcer avec l’aboutissement du processus
de la transition dont le hic sera l’organisation des élections.
C’est après les élections que Joseph Kabila,
à la tête d’un gouvernement des nationalistes
réalisera son projet de société, le projet
de société que Lumumba et Mzée Kabila n’ont
pas pu terminer.