Accueil
Page P.E. Lumumba
Page P. Mulele
Page L.D. Kabila
Discours de J. Kabila
Crimes du Mobutisme
Briefing Actualité
Synthèse de la semaine
Liens
Communiqués
Qui sommes-nous?
Contact
Actualites internationales
Votre réaction sur ce site

Archive d'articles
Archive des réactions de 2003-2004


Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Le retour des réfugiés, quelques explications et réflexions

Par Benjamin Munanira (*), 16 octobre 2004

Le retour des réfugiés venant du Burundi a chauffé beaucoup d’esprit. La grande majorité des gens sont honnêtes et ils ne se mobilisent que pour défendre ce qu’ils considèrent être l’intérêt de leur famille et de leur patrie. Cela a certainement été aussi le cas à Uvira. Mais il faut dire qu’au fond il y a eu trop de malentendus qui existent ou qui ont été entretenus ou crée par les ennemis du peuple congolais dans cette affaire. C’est la raison pour laquelle, en tant que congolais qui a vécu les négociations et les événements de près sur place, je veux donner quelques explications. Au lecteur d’en tirer ses conclusions.

Pourquoi ces réfugiés-là voulaient retourner le plus vite que possible au pays?
Beaucoup de gens mettent en avant que tous les réfugiés ont le droit au retour et que cela doit se faire dans l’ordre et d’une façon bien organisée. Je suis entièrement d’accord avec cela. Et je suis d’ailleurs très content de lire que le gouvernement congolais, par la bouche de son ministre des affaires intérieures vient de déclarer qu’il “fait tout pour que la sécurité revienne dans les zones de retour et travaille pour que les opérations de retour et de stabilisateur des milieux ruraux s’effectuent avant les élections revues en juin 2005.” Le ministre parle de 358.250 réfugiés congolais dans les Etats voisins, dont 150.000 réfugiés en Tanzanie. En étant au Burundi j’ai entendu tout le temps le chiffre d’environ 20.000 réfugiés congolais, ce qui me semble réaliste.
Mais dans ce groupe de 20.000 il y en a maintenant 4.800 en plus qui se sont enfuis très récemment après les mutineries et tentatives de déstabilisation, heureusement échouées, par les colonels Mutebutsi et Nkunda en mai-juin. Ces réfugiés n’étaient pas encore installés dans des camps permanents, ils ont été attaqués à Gatumba, qui était un camp provisoire. Dans ces 4.800 réfugiés on estime que 60 à 70% sont des Banyamulenge. Ce groupe est spécial dans la mesure qu’ils forment la pierre angulaire dans la propagande des seigneurs de guerre et leur maître à Kigali. Pour les agresseurs, les Tutsi congolais leur donnerait le droit de continuer leur crimes et le pillage du Congo. Si les Banyamulunge resteront à l'étranger, Kagame et ses agents pourront toujours les présenter comme des gens persécutés. Et donc nous avons vu comment certains émissaires envoyés par ces gens venaient faire des déclarations contradictoires auprès des survivants de Gatumba. « À court terme », ils disaient, il ne fallait « pas rentrer car la situation n’était pas sûre » Et ensemble avec des responsables du HCR ils continuaient à argumenter qu’il fallait quitter Gatumba et qu’il fallait s’éloigner de la frontière s'installer a Mwaro. « À long terme », ils disaient qu’ils allaient retourner au Congo « avec tous les banyamulenge par la force ». Confronté avec cette stratégie perfide de vouloir préparer la guerre, nous avons insisté auprès des réfugiés qu’il fallait retourner le plus vite que possible. J’y ai passé plus de 80 jours. Et je vous dis la majorité de ces 4800 réfugiés, Banyamulenge et non-banyamulenge confondu, sont venu à la conclusion que s’ils devaient mourir, ils voulaient le faire dans leur propre pays et personne n’a pu les convaincre du contraire. Ils ont résisté consciemment les pressions qui venaient de partout pour ne pas rentrer au Congo et ainsi se joindre à cette idée criminelle « qu’il fallait rentrer un jour par la force ». Je répète : les pressions venaient de partout : il n’y avait qu’une force politique qui a compris le vrai enjeu et qui vraiment a insisté pour que les réfugiés retourneraient au plus vite au Congo et c’est le Président congolais.

Qu’en est-il du danger d’infiltrations ?
Depuis le 30 septembre quand Le Potentiel a mentionné le nombre de 25 soldats qui auraient été arrêtés parmi les réfugiés, on continue à brandir ce « fait » pour rendre suspects les réfugiés. Ainsi l’Avenir écrivait cette semaine: « Des sources officielles, nous apprenons que parmi les réfugiés se sont glissés les militaires insurgés qui ont appuyé l’action de Mutebutsi et de Nkudabatware. » Je me suis renseigné auprès des autorités locales et des représentants présidentiels sur place: ils m’ont confirmé qu’il n’y avait aucune preuve qu’il se trouverait des soldats de Mutebutsi parmi les réfugiés. Naturellement avec les infiltrations, il faut être prudent, et quand on trouve des soldats ou des gens malintentionnés, il faut les arrêter. Mais je dis franchement que cela m’étonnerait, car je sais que les réfugiés qui veulent retourner le font contre le gré justement de ces gens et je ne comprends pas comment ils allaient cachés parmi eux des gens avec lesquels ils ne sont pas d’accord et qui mettent en danger leur vie d’eux-mêmes et de la famille.

Pourquoi nier l’évidence ?
L’Avenir du 14 octobre écrit : « La population en colère, s’est mis à lancer des pierres sur ses engins et ses installations (de la Monuc) », mais pourquoi nier que ces pierres étaient destinés aux réfugiés et que parmi ces réfugiés qui venaient de survivre il y a quelques semaines une boucherie, on a compté six enfants blessés ? Pourquoi nier l’évidence, c’est que la division entre congolais existe. Il n’est pas un grand danger en tant que tel, car entre nous on a déjà vécu en paix tant de décennies. Et dans le passé les divisions n’ont été pour la plupart que de moments de querelles entre voisins. Mais le danger existe chez nos ennemis qui peuvent employer cette faiblesse, cette idée fausse du pauvre qui pense résoudre ses problèmes en tapant sur la tête de son voisin qui est aussi pauvre que lui. Ceux qui veulent continuer à exploiter le Congo « conseillent » les congolais en leur disant : « ne prenez pas comme critère ce que quelqu’un fait pour la RDC et son peuple, mais prenez comme critère l’origine de la personne, pour quel ethnie ou tribu il roule, divisez-vous, bagarrez vous entre vous et continuez à vivre dans la pauvreté. »

Il y a peut-être des gens qui sont contents quand ils peuvent taper sur les banyamulenge ou sur n’importe quel autre ethnie. Peut-être ils le font par conviction, ou peut-être ils y trouvent une satisfaction ou ils pensent qu’ils servent les intérêts des leurs. Moi je leur dis : « oui, vous faites souffrir tel ou tel ethnie, mais ne pensez-pas que c’est seulement cela ce que vous faites. Non vous jouez inconsciemment le jeu de Kagame et tous les ennemis du peuple congolais et vous et les vôtres continueront encore à souffrir longtemps dans la guerre et la misère. » Et de cela le peuple en a assez !

Espérons que les choses vont finir tot ou tard. Meme si la nuit de souffrance est toujours longue, le jour finira par arriver. Nous sommes fatigués avec les réfugiés, aidez-nous à rentrer s’il vous plaît, en paix et dans la dignité. Plaidez pour ceux qui souffrent sans raisons, soyez à côté de toutes les victimes au Congo et sous d’autres cieux. Vous qui aimez la justice ne perdez pas courage, continuez à plaider pour un monde libre.

Benjamin Munanira est Munyamulenge et nationaliste congolais. Il est proche du Commandant Masunzu et il est membre du parti de Müller Ruhimbika.