Le
retour des réfugiés, quelques explications et réflexions
Par
Benjamin Munanira (*), 16 octobre 2004
Le retour
des réfugiés venant du Burundi a chauffé
beaucoup d’esprit. La grande majorité des gens sont
honnêtes et ils ne se mobilisent que pour défendre
ce qu’ils considèrent être l’intérêt
de leur famille et de leur patrie. Cela a certainement été
aussi le cas à Uvira. Mais il faut dire qu’au fond
il y a eu trop de malentendus qui existent ou qui ont été
entretenus ou crée par les ennemis du peuple congolais
dans cette affaire. C’est la raison pour laquelle, en tant
que congolais qui a vécu les négociations et les
événements de près sur place, je veux donner
quelques explications. Au lecteur d’en tirer ses conclusions.
Pourquoi
ces réfugiés-là voulaient retourner le plus
vite que possible au pays?
Beaucoup de gens mettent en avant que tous les réfugiés
ont le droit au retour et que cela doit se faire dans l’ordre
et d’une façon bien organisée. Je suis entièrement
d’accord avec cela. Et je suis d’ailleurs très
content de lire que le gouvernement congolais, par la bouche de
son ministre des affaires intérieures vient de déclarer
qu’il “fait tout pour que la sécurité
revienne dans les zones de retour et travaille pour que les opérations
de retour et de stabilisateur des milieux ruraux s’effectuent
avant les élections revues en juin 2005.” Le ministre
parle de 358.250 réfugiés congolais dans les Etats
voisins, dont 150.000 réfugiés en Tanzanie. En étant
au Burundi j’ai entendu tout le temps le chiffre d’environ
20.000 réfugiés congolais, ce qui me semble réaliste.
Mais dans ce groupe de 20.000 il y en a maintenant 4.800 en plus
qui se sont enfuis très récemment après les
mutineries et tentatives de déstabilisation, heureusement
échouées, par les colonels Mutebutsi et Nkunda en
mai-juin. Ces réfugiés n’étaient pas
encore installés dans des camps permanents, ils ont été
attaqués à Gatumba, qui était un camp provisoire.
Dans ces 4.800 réfugiés on estime que 60 à
70% sont des Banyamulenge. Ce groupe est spécial dans la
mesure qu’ils forment la pierre angulaire dans la propagande
des seigneurs de guerre et leur maître à Kigali.
Pour les agresseurs, les Tutsi congolais leur donnerait le droit
de continuer leur crimes et le pillage du Congo. Si les Banyamulunge
resteront à l'étranger, Kagame et ses agents pourront
toujours les présenter comme des gens persécutés.
Et donc nous avons vu comment certains émissaires envoyés
par ces gens venaient faire des déclarations contradictoires
auprès des survivants de Gatumba. « À court
terme », ils disaient, il ne fallait « pas rentrer
car la situation n’était pas sûre » Et
ensemble avec des responsables du HCR ils continuaient à
argumenter qu’il fallait quitter Gatumba et qu’il
fallait s’éloigner de la frontière s'installer
a Mwaro. « À long terme », ils disaient qu’ils
allaient retourner au Congo « avec tous les banyamulenge
par la force ». Confronté avec cette stratégie
perfide de vouloir préparer la guerre, nous avons insisté
auprès des réfugiés qu’il fallait retourner
le plus vite que possible. J’y ai passé plus de 80
jours. Et je vous dis la majorité de ces 4800 réfugiés,
Banyamulenge et non-banyamulenge confondu, sont venu à
la conclusion que s’ils devaient mourir, ils voulaient le
faire dans leur propre pays et personne n’a pu les convaincre
du contraire. Ils ont résisté consciemment les pressions
qui venaient de partout pour ne pas rentrer au Congo et ainsi
se joindre à cette idée criminelle « qu’il
fallait rentrer un jour par la force ». Je répète
: les pressions venaient de partout : il n’y avait qu’une
force politique qui a compris le vrai enjeu et qui vraiment a
insisté pour que les réfugiés retourneraient
au plus vite au Congo et c’est le Président congolais.
Qu’en
est-il du danger d’infiltrations ?
Depuis
le 30 septembre quand Le Potentiel a mentionné le nombre
de 25 soldats qui auraient été arrêtés
parmi les réfugiés, on continue à brandir
ce « fait » pour rendre suspects les réfugiés.
Ainsi l’Avenir écrivait cette semaine: « Des
sources officielles, nous apprenons que parmi les réfugiés
se sont glissés les militaires insurgés qui ont
appuyé l’action de Mutebutsi et de Nkudabatware.
» Je me suis renseigné auprès des autorités
locales et des représentants présidentiels sur place:
ils m’ont confirmé qu’il n’y avait aucune
preuve qu’il se trouverait des soldats de Mutebutsi parmi
les réfugiés. Naturellement avec les infiltrations,
il faut être prudent, et quand on trouve des soldats ou
des gens malintentionnés, il faut les arrêter. Mais
je dis franchement que cela m’étonnerait, car je
sais que les réfugiés qui veulent retourner le font
contre le gré justement de ces gens et je ne comprends
pas comment ils allaient cachés parmi eux des gens avec
lesquels ils ne sont pas d’accord et qui mettent en danger
leur vie d’eux-mêmes et de la famille.
Pourquoi
nier l’évidence ?
L’Avenir
du 14 octobre écrit : « La population en colère,
s’est mis à lancer des pierres sur ses engins et
ses installations (de la Monuc) », mais pourquoi nier que
ces pierres étaient destinés aux réfugiés
et que parmi ces réfugiés qui venaient de survivre
il y a quelques semaines une boucherie, on a compté six
enfants blessés ? Pourquoi nier l’évidence,
c’est que la division entre congolais existe. Il n’est
pas un grand danger en tant que tel, car entre nous on a déjà
vécu en paix tant de décennies. Et dans le passé
les divisions n’ont été pour la plupart que
de moments de querelles entre voisins. Mais le danger existe chez
nos ennemis qui peuvent employer cette faiblesse, cette idée
fausse du pauvre qui pense résoudre ses problèmes
en tapant sur la tête de son voisin qui est aussi pauvre
que lui. Ceux qui veulent continuer à exploiter le Congo
« conseillent » les congolais en leur disant : «
ne prenez pas comme critère ce que quelqu’un fait
pour la RDC et son peuple, mais prenez comme critère l’origine
de la personne, pour quel ethnie ou tribu il roule, divisez-vous,
bagarrez vous entre vous et continuez à vivre dans la pauvreté.
»
Il
y a peut-être des gens qui sont contents quand ils peuvent
taper sur les banyamulenge ou sur n’importe quel autre ethnie.
Peut-être ils le font par conviction, ou peut-être
ils y trouvent une satisfaction ou ils pensent qu’ils servent
les intérêts des leurs. Moi je leur dis : «
oui, vous faites souffrir tel ou tel ethnie, mais ne pensez-pas
que c’est seulement cela ce que vous faites. Non vous jouez
inconsciemment le jeu de Kagame et tous les ennemis du peuple
congolais et vous et les vôtres continueront encore à
souffrir longtemps dans la guerre et la misère. »
Et de cela le peuple en a assez !
Espérons
que les choses vont finir tot ou tard. Meme si la nuit de souffrance
est toujours longue, le jour finira par arriver. Nous sommes fatigués
avec les réfugiés, aidez-nous à rentrer s’il
vous plaît, en paix et dans la dignité. Plaidez pour
ceux qui souffrent sans raisons, soyez à côté
de toutes les victimes au Congo et sous d’autres cieux.
Vous qui aimez la justice ne perdez pas courage, continuez à
plaider pour un monde libre.
Benjamin
Munanira est Munyamulenge et nationaliste congolais. Il est proche
du Commandant Masunzu et il est membre du parti de Müller
Ruhimbika.