De Gucht: «Il faut une sévère tutelle sur le Congo»

La Belgique de retour sous la férule des Etats-Unis?

Où De Gucht veut-il en venir avec la politique congolaise de la Belgique? Les pacifistes, qui combattent la politique agressive des USA dans le monde, ont-ils en lui un nouvel ennemi?

Solidaire, dimanche, 24 octobre 2004

Aujourd’hui, le but principal du gouvernement de transition est l’organisation d’élections. C’était pour Joseph Kabila la seule condition pour signer l’humiliant accord de Pretoria. Ces élections signifient que le peuple congolais, sous tutelle de la Belgique depuis 1885 et depuis 1960 aussi sous celle des USA, va enfin pouvoir s’exprimer sur son avenir. Karel De Gucht balaie tout cela de la table: «Les élections ne sont pas une garantie de bonne gestion. Le Congo doit être mis sous la tutelle de la communauté internationale, comme au Kosovo.» 1

 

Aujourd’hui, le but principal du gouvernement de transition est l’organisation d’élections. C’était pour Joseph Kabila la seule condition pour signer l’humiliant accord de Pretoria. Ces élections signifient que le peuple congolais, sous tutelle de la Belgique depuis 1885 et depuis 1960 aussi sous celle des USA, va enfin pouvoir s’exprimer sur son avenir.
Après la chute des Mobutu, le gouvernement belge a pourtant exigé la tenue immédiate d’élections. Comme en 1996 Laurent Kabila n’a voulu les organiser que deux ans plus tard, on a crié au dictateur. Aujourd’hui, «les élections ne sont pas une garantie et il faut une tutelle». De Gucht sait bien que les nationalistes vont gagner les élections et veut la garantie que les multinationales puissent piller efficacement les énormes richesses du pays.

«Avec les USA et l’Afrique du Sud»

La coopération militaire belgo-congolaise se passe dans le cadre d’un plan de la Banque mondiale. Cette institution a débloqué 280 millions de dollars dans l’intention de démobiliser 180.000 soldats et d’intégrer les 120.000 soldats restants dans les 42 brigades d’une armée congolaise unifiée. 2

L’Afrique du Sud et les USA sont contre ce plan: le commandement des unités ainsi constituées reste aux mains de Congolais. Sous prétexte d’une approche pragmatique, ils veulent qu’une coalition de troupes étrangères commandée par des officiers sud-africains et occidentaux assure le contrôle des 300.000 soldats qui, tous, garderont leurs armes et devront être amenés à «collaborer». De Gucht laisse tomber le programme militaire belge et veut que la Belgique se rallie à l’Afrique du Sud et aux USA. 3 Il n’est pas étonnant que l’Ouganda et le Rwanda, alliés des Etats-Unis dans la région, appuient pleinement l’option sud-africaine. Le président ougandais Museveni est coresponsable, avec son homologue rwandais Kagame, du pillage du Congo. À trois reprises, leurs troupes se sont livré une guerre ouverte pour se disputer la ville diamantaire de Kisangani, en territoire congolais. Ils ont tout à gagner, avec cette formule. Bien des officiers des armées rebelles proviennent en effet de l’armée rwandaise ou ougandaise. Ils restent ainsi au Congo et peuvent y poursuivre leurs pillages.

De Gucht sait bien que les nationalistes vont gagner les élections et veut la garantie que les multinationales puissent piller efficacement les énormes richesses du pays.

La vigilance s’impose

Lors des manifestations contre la guerre en Irak, des dizaines de milliers de manifestants croyaient que le gouvernement belge condamnait l’agression US contre l’Irak. Louis Michel s’était exprimé assez crûment contre Bush et, même si les armes américaines ont pu transiter en Belgique, bien des opposants à la guerre pensaient que le gouvernement voulait construire, via l’Europe, un barrage contre Bush. Le fait que la Belgique voulait mener sa propre politique au Congo, indépendamment des Etats-Unis, était apprécié, tant au Congo que dans le monde belge des ONG.

Il semble que De Gucht veut aligner la politique congolaise de la Belgique sur celle de Washington. Depuis 1996, les Etats-Unis mènent une politique de balkanisation (provoquer un éclatement) du Congo. 4

Cela a déjà coûté 4 millions de vies humaines. Si le gouvernement belge se range derrière cette politique criminelle, il prend sur lui une responsabilité écrasante. Un journaliste du journal boursier De Tijd accompagnait le ministre dans son périple. Il met en garde: «Des indiscrétions ont révélé que le ministre belge des Affaires étrangères pense à une ‘décentralisation’ du Congo, dans laquelle tous les pays voisins, impliqués dans le long conflit au Congo, auraient une place. Il s’agit d’une piste dangereuse, car elle peut très bien remettre la région à feu et à sang.» 5

Notes

1 Audition de Karel De Gucht devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre, 21 octobre.

2 Le Soir, 20 octobre 2004 et Audition commission de la Chambre, 21 octobre 2004.

3 De Tijd, 19 octobre.

4 Kabila et la Révolution congolaise, Ludo Martens, EPO, pp. 629-632.

5 De Tijd 20/10/2004.