Karel De Gucht un
oiseau de mauvaise augure
L'agenda
caché de De Gucht
L’Avenir,
Kinshasa , 23.10.2004
Trop,
c’est trop. Le ministre belge des Affaires étrangères
a, comme le ferait n’importe quel délinquant politique,
choisi de brouiller les cartes dans les relations entre son pays
et la République Démocratique du Congo. Il a cherché
des applaudissements, mais il a fait preuve de manque de culture.
On ne dirait pas politique, mais générale.
L’impression que tout le monde a, c’est qu’on
a affaire à un ministre qui a étudié le Congo
et ses institutions dans une certaine presse.
Il serait
simpliste de dire que le ministre belge n’a pas tourné
sa langue deux fois avant de parler. On dirait plutôt qu’il
est porteur d’un agenda. Ses dernières déclarations
aussi bien Kigali qu’à Bruxelles donnent les grandes
lignes de cet agenda qui n’est pas du tout caché.
Que Karel De Gucht fasse sa déclaration à Kigali,
n’est pas un fait du hasard. Qu’à cette occasion,
qu’il encense le régime mono ethnique de Kigali,
cela n’a fait que démontrer davantage le caractère
hasardeux de ses propos et, par conséquent, leur manque
de sérieux.
Personne
ne dit que tout va bien au Congo. Personne ne dit que le système
de gouvernement mis en place en Rdc fait le bonheur du peuple
congolais et du Congo. On l’avait dit. Et tous ceux qui
le disaient étaient accusés de faire des manœuvres
de conservation du pouvoir.
Tous
les pays du monde, tous les hommes d’Etat, qui plus que
Karel De Gucht, sont au chevet du Congo, savent que ce pays souffre
de grands maux. La différence avec Karel De Gucht, c’est
qu’eux, ils connaissent la cause de cette situation et ne
demandent pas au Congo d’en faire plus que ne le permet
son mode de fonctionnement, son système de gouvernement
qui a déterminé le choix des animateurs de la transition.
Karel De Gucht est, lui, tombé dans le processus congolais
comme un cheveu dans la soupe.
Appelé
par ses fonctions à s’intéresser à
la Rdc, il n’a pas eu le temps de compenser son ignorance
du Congo et de ses problèmes par l’apprentissage
des diplomatiques élémentaires. Les autres hommes
d’Etat tant congolais qu’étrangers, ont, face
à l’ampleur du mal congolais et des pièges
du système de gouvernement, complexe qu’il fallait
aider ce pays à aller à l’essentiel, à
savoir, organiser les élections afin de permettre un jour
l’alternance démocratique au pouvoir. Il n’y
a pas autre solution pour sortir du cercle vicieux des composantes
que de voir la transition se terminer par l’organisation
des élections.
Voilà
que le ministre belge des Affaires étrangères, se
voulant un oiseau de mauvais augure, prédit l’échec
de la transition. Il ne propose aucune solution. Il s’arrête
au constat selon lequel il n’y aurait ni Etat ni dirigeants
au Congo. La solution - aidons-le à le dire parce qu’il
n’a pas fait preuve qu’il avait le courage de le dire
- c’est que les colons belges reviennent, que le vaste territoire
congolais, bien sans maître, redevienne colonie belge.
Dans
le cas contraire, la race la plus « racée »
de la sous-région est obligée de régenter
ce pays. C’es la passe faite à Kagame, qui selon
De Gucht, a mis en place un Etat en éliminant toute opposition
et en faisant de « l’ethnicisme » son idéologie.
Aussi
curieux que cela puisse paraître, le ministre belge des
Affaires étrangères a été à
Kinshasa. Il n’a pas dit ce qu’il croit être
la vérité puisqu’il ajoute que les Congolais
n’aiment pas qu’on leur dise la vérité.
Raisons par l’absurde, si telle était vraiment la
vérité, pourquoi, diantre, Karel De Gucht ne l’a-t-elle
pas crachée aux Congolais en face ? Cela prouve que c’est
une demi-vérité, - une vérité fabriquée
pour le besoin de la cause et qu’il fallait absolument larguer
à partir du Rwanda.
Tollé
même parmi les Belges
Si Karel De Gucht n’est pas allé jusqu’au bout
de sa logique, c’est tout simplement : parce qu’il
sait que l’opinion belge n’est pas prête à
le suivre dans son archaïsme. Le tollé provoqué
par ses propos irresponsables dans les milieux politiques belges
est une preuve que Karel De Gucht ne détient pas le monopole
de la contestation.
Ces
propos malencontreux ont certainement mis mal à l’aise
le premier ministre Guy Verhofstadt. Il s’est vu dans l’obligation
de minimiser ces propos pour ne pas endosser les propos irresponsables
de nature à jeter le froid entre les deux pays.
En ce
qui le concerne, le ministre des Relations internationales de
la Communauté française de Belgique et de la Région
Wallonne, Mme Marie-Dominique Simonet, a qualifié ces propos
de hasardeux. « Ce n’est pas en clouant au pilori
l’ensemble des hommes et des femmes politiques congolais
que Karel De Gucht aidera le Congo à restaurer un Etat
de droit et un cadre politique qui permettent d’organiser
de manière sereine les élections ». Et tutti
quanti.
Agenda
cache
Pour revenir à l’agenda caché de Karel De
Gucht, ce dernier mise sur l’échec de la transition
et sensibilise Kigali afin de rééditer son exploit
en occupant le Congo. Kagame peut considérer cela comme
une permission de continuer à exploiter les ressources
naturelles de ce pays. Et devant le fait qu’il n’y
aurait ni dirigeant ni Etat au Congo, le Rwanda n’aurait
donc aucun autre choix que de faire prévaloir sa politique
qui consiste à venir personnellement régler le problème
de sa sécurité en occupant l’Est du Congo.
La déclaration
de Karel De Gucht prépare donc les Congolais à la
crise. Le cheval de Troie de Kigali à Kinshasa ne pouvait
attendre meilleur discours que celui-là. Tous les couacs
possibles, prévisibles ou montés de toutes pièces
trouveront explication dans cette prophétie du prophète
Karel De Gucht.
Mais,
il faut dire que c’est en vain qu’à Kigali
comme ailleurs dans certains milieux au Congo, on se frotte les
mains. Car, les Congolais sont déterminés à
se défendre, même sans la Belgique de Karel De Gucht.
Ce ministre belge n’est pas le premier prophète des
malheurs pour le Congo, malheurs toujours démentis par
le miracle congolais.
Au diable donc le faux prophète Karel De Gucht. Qu’il
soit anathème !