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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

La guerre d’agression a recommencé

Par Leonard Kasimba, 27 et 28 novembre 2004

Pour le complément du 28 novembre : Kagame veut détruire la souveraineté de la RDC

Les titres des journaux belges ce samedi matin, 27 novembre, ne laissent pas de doutes : la guerre d’agression contre la RDC a bien recommencé.
La dernière heure cite un « message laconique venu de Kinshasa et relayé depuis Ouagadougou » : «Un bataillon de militaires rwandais vient de pénétrer dans le parc de la Virunga. Nous allons préparer la riposte...»
Le journal congolais, l'Avenir précise : « les soldats rwandais lourdement armés auraient traversé la frontière congolaise au courant de la journée de vendredi. Selon les mêmes sources, cette pénétration se serait effectuée sur plusieurs fronts, surtout au Nord-Kivu. Il semble qu’une partie aurait trouvé une brèche au Sud-Kivu pour ce faire.»
Colette Braeckman confirme dans le Soir : « des combats ont déjà commencé dans le Nord-Kivu, dans le parc de la Virunga et ils pourraient éclater à Walungu, »
En fait l’armée rwandaise serait déjà présent ouvertement depuis quelques jours. Le Soir : « c'est depuis une semaine que l'armée rwandaise est discrètement revenue dans le village de Kibumba, à 25 km au nord de Goma, amenant au pied des volcans Nyiragongo et Nyamulira des renforts en armes et en munitions. »
Le cabinet du chef d’etat-major des fardc, le général Kisempia a déclaré à Reuters qu’il y a déjà eu des confrontations entre l’armée congolaise et rwandaise mercredi et jeudi.

Les rapports de forces ne sont plus les mêmes qu'en 1998

Du côté congolaise, aussi bien la population que l’armée congolaise est mieux préparée et la riposte sera inévitablement plus ferme. Depuis l’échec de l’occupation de Bukavu en juin dernier, l’armée congolaise a transporté des renforts importants dans la région frontalière.
Du côté rwandaise, on aurait aussi une autre tactique militaire en tête : « les forces rwandaises entendent mener au Congo des opérations calquées sur le modèle des Forces spéciales, suivant la formule hit and run : frapper et s'enfuir. C'est en juillet dernier qu'une compagnie privée sud-africaine a commencé à former des soldats rwandais à ce type d'opérations et des frappes chirurgicales pourraient être lancées sur des lieux stratégiques, camps militaires, dépôts de matériel. De telles opérations viseraient aussi des lieux névralgiques, comme la région de Luwinja. » (Le soir)

Kagame isolé?

Du côté de la communauté internationale, les avertissements envers Kigali se multiplient. À premier vu on dirait que Kagame serait isolé. Sauf l’appui remarquable de la part du ministre des affaires étrangères sudafricain, Aziz Pahad, qui avait justifié jeudi encore le prétexte qui Kagame brandit popur justifier sa nouvelle agression. C’est à dire le fait que les Interahamwe rwandais présent sur le territoire congolais ne seraient pas désarmés et continueraient à former une menace réelle pour le Rwanda. Plusieurs commentateurs et diplomates anonymes reprennent aussi cet argument comme crédible. Or en réalité, tous les observateurs savent qu'il s'agit bien d'une mise en scène de la part du Rwanda.
Ainsi Colette Braeckman exprime ses doutes sur la version rwandaise :« Etant donné les opérations conjointes menées au Sud-Kivu par la Monuc et les forces armées congolaises contre les bastions de rebelles rwandais, il est possible que ces derniers aient tenté de regrouper leurs forces vers le Nord-Kivu. Ce regroupement de forces hostiles au Rwanda et ces actions militaires au départ du Nord-Kivu sont cependant étonnants car cette province est demeurée sous le commandement du général Obeid et du gouverneur Serufuli, un Hutu proche de Kigali, qui a créé une puissante milice de forces de défense locales. On peut se demander comment les Hutus hostiles à Kigali ont pu contourner un dispositif très lié à une armée rwandaise qui n'a jamais totalement quitté la région.»

Une communauté internationale ambigu

Il faudra attendre les jours et semaines qui viennent pour voir comment cette communauté internationale va évoluer.
Il n’y a rien qui indique que Kagame ne jouirait plus de la protection et de l'appui de son parrain américain. Au contraire, dans la presse anglophone et sud-africaine on continue à louer la performance de l’armée rwandaise. Il y a l’appui militaire et diplomatique de l’Afrique du Sud, qui en Afrique centrale joue depuis 1996 le rôle d’agent africain au service de la politique américaine.
Il y a aussi l’attitude ambigu de la Monuc, dirigé par l’américain Swing. En effet, selon le porte-parole de la Monuc, M. Bah, vendredi soir à Kinshasa, «les troupes de la Monuc ont intensifié leurs patrouilles dans l'est du Congo et aucun mouvement de troupes n'est à signaler». Les Rwandais ne disent rien d'autre : « Nos forces ne sont ont pas encore entré un mètre au territoire congolaise. Mais nous nous réservons le droit d’entrer dès que ce serait nécessaire ». C’est ce que Richard Sezibera, l’adviseur de Kagame pour le Congo a raconté à Reuters vendredi soir.
Devant toutes ces ambiguïtés le peuple congolais se rend compte que seul une riposte ferme pourra sauver la paix et arrêter Kagame à interrompre le processus de la transition. On se souvient aussi comment la mobilisation et la colère populaire devant la complicité de la Monuc, ont menée la communauté internationale à obliger les troupes d'occupation rwandaise de quitter Bukavu en juin dernier.

Kagame veut détruire la souveraineté de la RDC

Complément du 28 novembre

Au sommet de la Francophonie à Ouagadougou lors du rencontre entre Kabila, Kagame et le président du Nigeria et de l’Union Africain, Obasanjo, Kagame a clairement exprimé ses revendications.
Une source de la présidence à Kinshasa a déclaré à Reuters :

« Kagame nous a donné trois possibilités.

  • Ou bien le Rwanda agit seul en RDC.
  • Ou bien l’armée rwandaise peut intervenir au Kivu à travers des opérations en commun avec l’armée congolaise.
  • Ou bien le Rwanda intervient sous la supervision et avec la permission du Congo.

En fait, Kagame a posé des revendications qui détruisent la souveraineté du Congo. »

Déjà le 3 novembre Kagame a lance la revendication de la mise sous tutelle de la province du kivu. Sur « l’agence de nouvelles rwandaise », son site de propagande, Kagame avait annoncé que l’augmentation des forces de la Monuc ne suffirait pas pour gagner la stabilité au Kivu. Ce qu’il faut selon Kagame, c’est « un changement du mandat et de la mission de la Monuc ».

A fin de soutenir cette revendication, le même site accusait le même jour l’armée congolaise de s’avoir retiré de trois localités du territoire de Walungu (Nindja, Luhwindja, Burhinyi ) en faveur des forces du FDLR (forces de libération rwandaises).
Or le jour après 3000 soldats des Fardc étaient envoyé sur place à Walungu à fin de sécuriser la région et de neutraliser les FDLR.

Cela n’a duré que deux semaines après, le 15 novembre, pour qu’un nouveau incident vient de relancer le jeu de chantage de la part de Kagame. Un officier haut gradé de l'état-major rwandais déclarait ce jour à l’AFP : « Un petit groupe d'Interahamwe (extrémistes hutus rwandais) ont attaqué depuis le Congo avant-hier soir (lundi) un village rwandais proche de la frontière. Ils ont tiré des roquettes et trois femmes ont été blessées, dont une gravement. Cela s'est passé près des positions de l'armée congolaise, et l'armée congolaise n'a pas réussi à empêcher l'attaque. » Depuis lors la Monuc n’a pas pu vérifier cet incident.
En plus, il est clair que cette région du côté congolais est contrôlée par les troupes de la 8° région sous le commandement du général Obedi, proche de Kigali. D’où la question justifiée de Colette Breackman hier : « On peut se demander comment les Hutus hostiles à Kigali ont pu contourner un dispositif très lié à une armée rwandaise qui n'a jamais totalement quitté la région.»

Il est clair que Kagame fera tout pour garder l’instabilité au Kivu tant qu’il n’as pas obtenu une mise sous tutelle en règle de cette région par une force internationale qui accepte sa présence sur le terrain. Une telle mise sous tutelle serait le premier pas de la balkanisation du Congo dont rêve le militariste à Kigali.

Dans cette stratégie, Kagame n’est pas du tout isolé.

Malgré toutes les avertissements et les condamnations envers Kigali, la grande majorité des déclarations de la part de la comunauté internationale, acceptent le prétexte que Kagame emploie pour justifier sa nouvelle agression en se joignent ainsi au raisonnement de kagame. En plus, Kigali fait un travail de lobying systématique envers la communauté internationale. C'est ce qui est derrière la façon bizarre avec laquelle Kigali vient de "déclarer la guerre" : sans déclaration officielle mais à travers des messages téléphoniques et des discussions personnelles informelles entre des responsables rwandais et des diplomates et des hommes politiques occidentaux.
Un exemple comment cela donne des résultats c'est bien le raisonnement, qui mène à la destruction de la souveraineté de la RDC, du premier ministre belge, Guy Verhofstadt. À l’issue de l’entretien qu’il avait avec Kabila et Kagame au sommet de Ouagadougou, il déclarait : « La Communauté internationale, et la Belgique, doivent faire pression sur toutes les parties pour éviter un nouveau conflit à l'est du Congo. Nous avons pressé M. Kagame de ne pas déployer des troupes ou d'arrêter ce déploiement s'il était déjà en cours. Le problème est connu : il s'agit des ex-Far et d'incursions, ou d'attaques, de leur part au Rwanda. La résolution du problème doit s'appuyer sur la communauté internationale. »
Après leur entretien avec Paul Kagame, Guy Verhofstadt et Armand De Decker rencontraient Jean-Marie Guéhenno, le secrétaire général adjoint des Nations unies, en charge du maintien de la paix. Verhofstadt : « Nous lui avons fait part de notre entretien avec M.Kagame. Cela fait des mois que la Belgique demande l'élargissement du mandat des Nations Unies et de la Monuc. »

Quoi avec le processus de la transition ?

Quand on retourne le regard en arrière, on peut constater que le processus de transition a existé jusqu’à maintenant en une série de crises, dont l'issue à chaque fois a renforcé petit à petit l’unité et la souveraineté de l’Etat congolais et mené à un affaiblissement politique et militaire des forces d’agression et leurs alliés congolais. Prenons les moments de crise les plus spectaculaires.

  • L’affaire Kasongo a mené au déploiement des Fardc sous le commandement du général Mbuza Mabe.
  • L’occupation de Bukavu a mené à la fuite de Mutebuzi et de Nkunda, la perte d’influence de la RCD au Sud-Kivu ainsi que l’envoi de renforcements importants des Fardc dans cette province.
  • La démission de Ruberwa a mené à l’explosion de son parti et à une défaite politique humiliante. En plus il y a eu le retour d’un grand nombre de réfugiés Banyamulenge qui s’étaient enfuis au Burundi, ce qui a signifié la confirmation de l’unité de la nation congolaise et une défaite pour la démagogie ethniciste de Kagame et des mobutistes.

De la crise actuelle, on peut attendre trois issus :

  • La reprise de la guerre totale, ce que les puissances occidentales considèrent comme une voie trop risquée. En effet, une telle guerre pourrait contribuer à une mobilisation populaire en RDC et une haine anti-occidentale comparable à celle que les américains vivent actuellement au Moyen Orient.
  • La mise sous tutelle du Kivu par une coopération de la Monuc et de l’armée rwandaise. Ce qui serait inacceptable pour le peuple congolais et ce qui mènerait inévitablement à une crise fatale pour la transition et ouvrirait la voie de la Balkanisation de la RDC.
  • Le renforcement du contrôle du gouvernement à Kinshasa et des Fardc sur la province du Nord-Kivu avec probablement la mise à l’écart ou la neutralisation sous une forme ou une autre du gouverneur actuel Serufuli et du général Obedi, les deux agents rwandais les plus importants. Cela sauverait la transition et rendrait plus probable la possibilité d’organiser des élections en RDC.

Selon plusieurs sources, le Président Kabila aurait décidé de déployer des forces de l’armée congolaise au Nord-Kivu. Vu le climat régnant à Goma, il est clair que ces forces seront accueilli par le peuple comme des libérateurs, à l’exemple du ceux qui avaient libérés Bukavu en juin dernier.
La question cruciale sera si les autorités congolais seront capable de se confronter au niveau militaire et diplomatique avec les autorités rwandais et qu'ils sauront mobiliser la population congolaise et gagner sa confiance en gardant l'unité nationale.

Sources : Le soir, La dernière Heure et l'Avenir du 27 et Reuters du 26, 27 et 28 novembre.