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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

L'évèque de Butembo dénonce le comportement de trahison et de banditisme de la part des soldats appartenant au MLC envoyés à partir de Gemena au Nord-Kivu et propose une approche constructive pour controler la situation au Nord-kivu

Encore une situation alarmante dans le diocèse de Butembo-Beni

1. Le Diocèse de Butembo-Beni qui englobe les Territoires de Lubero au Sud et de Beni au Nord est, depuis le 12 décembre, le théâtre d'une guerre effroyable et injustifiable entre des soi-disant mutins rwandophones congolais alliés à l'ex-APR et les troupes des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). C'est la troisième fois en 4 ans qu'à la veille des Festivités de Noël et de Nouvel An, se répètent avec les mêmes conséquences horribles, des événements malheureux tels que ceux qui se passent depuis deux semaines, maintenant, dans le Sud du Diocèse.

2. Pour mémoire, rappelons que le 22 décembre 2000, la Paroisse de Mbingi au Sud Ouest de Lubero avait été assaillie par l'Armée Populaire du Congo du R.C.D./Kis/ML.: l'Eglise paroissiale, ainsi que les autres lieux sacrés ont été profanés. Les infrastructures pastorales et économiques de la Paroisse, toutes les maisons de Mbingi ont été saccagées et pillées, et plus de la moitié des habitants, soit 30.000, qui vivaient dans la contrée ont cherché refuge ailleurs pour échapper à l'insécurité qui régnait là bas..
Deux ans plus tard, et plus exactement le 23 décembre 2002, les troupes de l'Armée de Libération du Congo en provenance de MAMBASA sont arrivées à BYAKATO, Secteur de la Paroisse de MANGINA et ont perpétré dans cette contrée des violations graves contre les Droits de l'Homme au cours de leur opération dénommée « Effacer le tableau ».L'histoire et la nature de cette partie du Diocèse conserveront pour longtemps encore le souvenir indélébile de cette opération tristement célèbre, sans oublier les pillages systématiques des fermes par les Maï-Maï et l’Armée Nationale du Congo du RCD/Goma (voir en annexe le rapport de pillage des batailles de juin 2003).

3. En ce jour du 23 décembre 2004, la situation qui prévaut dans la partie Sud du Diocèse et du Territoire de Lubero rappelle et nous fait revivre l'angoisse des événements malheureux survenus à la même période en 2000 et 2002.

4. A Kanyabayonga, tout a commencé le 12 décembre dernier, lorsque entre des insurgés dit « rwandophones » et des troupes de FARDC, des affrontements à la fois inattendus et injustifiables aux yeux de la population du Grand Nord ( Territoires de Beni et de Lubero dans le Nord-Kivu) ont été déclenchés. Dans cette « cité martyre » dont les blessures des opérations « Mbata » et « Kimya » des années 1993 n’ont jamais été cicatrisées, les populations ont étés saignées à plusieurs reprises par des violations massives des Droits de l'Homme : meurtres, des violences sexuelles faites aux femmes (voir en annexe le rapport des viols) , des pillages quotidiens des maisons et des champs et des fermes depuis 2003, perpétrés par des éléments de l'Armée Nationale du Congo du RCD/Goma qui contrôlent la cité ainsi qu’une bonne partie de la contrée.

5. Ces déclenchements dont les répercussions négatives ont touché, en moins d'une semaine, les cités voisines de Kanyabayonga, à savoir, Kayna, Luofu, Kirumba, Mighobwe et les localités environnantes, ont provoqué le déplacement forcé vers les forêts, les brousses et sur les sentiers encore praticables de plus de 150.000 personnes. Le personnel ecclésiastique (prêtres, Religieuses et agents de l’évangélisation) des Paroisses de Kanyabayonga, Kasando et Luofu a été obligé lui aussi de se replier momentanément à Butembo abandonnant écoles, églises et centres de santé.

6. Une chose doit être bien comprise : si la grande majorité des habitants de Kanyabayonga Nord ont eu le temps de quitter la cité en voyant se dessiner l’affrontement entre les FARDC et les troupes insurgées dites « Rwandophones » soutenues par l’ex-Armée Patriotiques Rwandaises; ceux des cités et localités voisines ont été contraintes de quitter leurs demeures, les mains.
Certes, le Conseil Supérieur de la Défense a décidé à juste titre de déployer au Nord-Kivu des forces militaires pour vider l’alibi sécuritaire du Rwanda et procéder au brassage des troupes en vue de leur intégration dans l’armée. II a pris certainement aussi des dispositions conséquentes concernant la prise en charge des troupes déjà déployées à Beni et Lubero et/ où à déployer. Mais, au front de Kanyabayonga, il s'est avéré, sans surprise pour personne, que les FARDC comptent dans leurs rangs des soldats qui, au lieu de sauver et de protéger les populations, les terrorisent au contraire, afin de piller en toute quiétude tous les biens laissés dans les maisons de commerce, les marchés, les couvents, les maisons ordinaires, les étables...
Il résulte de tous les témoignages recueillis sur terrain que ces pillards sont pour la plupart ceux qui sont arrivés à Beni de Gemena en novembre dernier et qui avant d'être amenés au front de Kanyabayonga se sont illustrés par des exactions honteuses et indescriptibles perpétrées sur l'axe routier Beni-Eringeti. Ils ont placé cyniquement tous leurs actes barbares sous l'enseigne de l'opération qu'ils ont eux--mêmes appelée « Kata nyama » (couper la viande) qui rappelle et prolonge, à l'évidence l'opération « effacer le tableau » de décembre 2002. Partis de cette Province par la petite fenêtre, comme ils disent, ils y sont rentrés par la porte royale avec la bénédiction du Gouvernement de Transition.

7. Le comportement criminel que ces soldats fuyards et pillards continuent à afficher jusque dans les endroits où les populations ont trouvé refuge et dans les localités telles que Kipese, Lubango, Kitsumbiro distantes de plus de 60 km de la ligne de front, a certainement rendu moins laborieux la prise et le contrôle par les insurgés dites« rwandophones » des cités de Kayna, Kirumba et ses environs. Pis encore, ce comportement de haute trahison incivique entame sérieusement au sein des populations de Lubero et Beni la crédibilité de ceux qui ont mandaté ces soldats, ainsi que la rectitude des intentions de ceux qui commandent les opérations localement. En effet, pendant qu'on nous parle de trêve depuis deux jours, nous apprenons des sources autorisées que les pillages, - sans parler d'autres graves violations des Droits Humains telles que les viols des femmes poursuivies dans leur cachettes et des tueries -, sont opérés encore plus systématiquement aussi bien dans la zone contrôlée par les insurgés dites « rwandophones » et leurs alliés que dans celle sensée être protégée par les FARDC. On ne s'empêche plus de penser à des complicités possibles entre les dits insurgés et les loyalistes !

8. A vrai dire, le bilan très lourd des sinistres que nous déplorons aujourd'hui : la réduction de plus de 150.000 personnes à la condition des déplacés, la destruction méchante des infrastructures et oeuvres socio-économiques, le saccage et sacrilège des Eglises, des Presbytères, des Couvents et de leurs œuvres en faveur de la population, les pillages sauvages des biens privés et d'intérêt communautaire, la violation multiforme des droits humains, prouvent suffisamment l'impréparation constatée et dénoncée dès l'ouverture d'un front de combat au Grand Nord. Pour les observateurs avisés de Beni et de Lubero, ce n'était pas de bon augure de voir partir au front des troupes visiblement fractionnées, partisanes, politisées, faméliques, tracassières de la population, bref dépourvues d'une logistique à la hauteur des opérations à mener.
En date du 14 décembre 2004, le président de la Société Civile avait déjà indiqué dans le mot de clôture de la marche pacifique des Forces vives de la ville de Butembo que l'offensive militaire initiée à Kanyabayonga « se rapproche plus d'une aventure dangereuse et aveugle qui risque de favoriser des projets de balkanisation du Nord-Kivu avec les retombées toujours désastreuses pour la population déjà meurtrie par des années de violences provoquées à partir de l'intérieur et de l'extérieur du Grand Nord».

9. En dépit de la situation dramatique que connaît encore une fois ce Grand Nord, partie intégrante de la R.D.Congo ; en dépit des conspirations et des complicités internes et externes de ceux qui tentent désespérément d'hypothéquer la réussite de la Transition, ainsi que l'avenir de notre peuple, nous ne nous lasserons pas d'inviter ce peuple à travers l'éducation civique déjà amorcée à s'engager de façon individuelle et communautaire dans la promotion et la culture des valeurs citoyennes et démocratiques qui conditionnent, croyons-nous, l'émergence de l'Etat de droit que nous attendons tous.

10. Enfin nous formulons à l'intention de tous les organes du Gouvernement de Transition quelques recommandations que nous considérons comme urgentes et prioritaires pour éviter l'hécatombe dans le Grand Nord:

  • Que l'arrêt des combats décrété soit effectivement respecté par les deux parties et que la MONUC avec des représentants crédibles du Gouvernement et de la Société Civile en assurent ensemble le contrôle ;
  • Que soit décrété également, le retrait de toutes les troupes militaires du front de Kanyabayonga, quelle que soit leurs provenances ;
  • Que ces troupes, une fois expurgées des éléments dits « insurgés et leurs alliés » et d'une part, de ceux qu'on appelle « les fuyards et /ou les pillards » d'autre part; soient cantonnées dans des camps militaires restructurés et adéquats, tels que Rumangabo au Sud et Nyaleke au Nord, à condition, cependant, que ces camps présentent un aspect plus humain. A ce sujet, nous pensons que les camps militaires actuels qui ressemblent à des cimetières ne favorisent nullement chez ceux qui y vivent la formation aux valeurs d'humanité. Or nos militaires ont droit à être formés dans des cadres et des conditions qui respectent leur dignité humaine et la noblesse de leur profession ;
  • Que, dans ces camps restructurés et organisés se fasse rationnellement et sur base des critères de loyauté et de patriotisme, le brassage des armées, y compris celles des Mai-Mai qui continuent à semer la désolation au sein de la population en certains endroits, comme Mangango à Beni et Manguredjipa ;
  • Que tous ceux qui détournent les fonds et les autres moyens destinés à la prise en charge des militaires soient identifiés à tous les niveaux et soient sanctionnés conformément aux lois et règlements militaires ;
  • Qu’une enquête sur les crimes de guerre et des violations massives des Droits de l’Homme soit urgemment initié et que leurs auteurs soient déférés devant les juridiction compétente ;
  • Qu'une présence intensive et permanente de la MONUC soit assurée à Kanyabayonga et que soient déployés urgemment au Nord-Kivu des éléments de la Police Nationale Congolaise capables de protéger efficacement les personnes et leurs biens ;
  • Que la tâche de l’alibi sécuritaire du Rwanda relatif à la présence des Interahamwés et des ex-Far soit confié à la nouvelle armée restructurée et intégrée, après brassage ;
  • Que les Autorités politiques, militaires et administratives placées à la tête de la Province du Nord-Kivu soient des personnes intègres et neutres vis-à-vis des idéologies partisanes et divisionnistes, afin qu'elles puissent s'investir réellement et efficacement dans la pacification et la réunification de la Province et cessent de projeter sur les autres la pratique de tribalisme dont ils sont des champions invétérés. Les tentatives répétées d'occuper le grand Nord par la force en sont la preuve la plus évidente ;
  • Que le Gouvernement de Transition appuyé par les organisations humanitaires internationales déploie une aide d'urgence en médicament, vivres et non vivres de première nécessité en faveur des populations sinistrées de la zone entre Kanyabayonga et Kipese, et mette tout en œuvre pour rétablir dans tout le Grand Nord Kivu un climat de confiance et de sécurité des personnes et de leurs biens ;
  • Qu’un plan d’urbanisation et de développement de cette région sinistrée soit élaboré dans le cadre des programmes économiques initié par la Gouvernement de Transition.

11. Notre vœu le plus profond et notre prière est que la paix qui est une grâce et un don du Verbe fait chair dans le mystère l'Incarnation célébré à Noël règne dans le cœur de chaque congolais et de chaque habitant des Pays des Grands Lacs !
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la Terre aux hommes qu'il aime »(Lc 2, 14)

Fait à Butembo, le 24 décembre 2004
+ Sikuli Paluku Melchisédech Evêque de Butembo-Beni