L'évèque
de Butembo dénonce le comportement de trahison et de banditisme
de la part des soldats appartenant au MLC envoyés à
partir de Gemena au Nord-Kivu et propose une approche constructive
pour controler la situation au Nord-kivu
Encore
une situation alarmante dans le diocèse de Butembo-Beni
1. Le
Diocèse de Butembo-Beni qui englobe les Territoires de
Lubero au Sud et de Beni au Nord est, depuis le 12 décembre,
le théâtre d'une guerre effroyable et injustifiable
entre des soi-disant mutins rwandophones congolais alliés
à l'ex-APR et les troupes des Forces Armées de la
République Démocratique du Congo (FARDC). C'est
la troisième fois en 4 ans qu'à la veille des Festivités
de Noël et de Nouvel An, se répètent avec les
mêmes conséquences horribles, des événements
malheureux tels que ceux qui se passent depuis deux semaines,
maintenant, dans le Sud du Diocèse.
2. Pour
mémoire, rappelons que le 22 décembre 2000, la Paroisse
de Mbingi au Sud Ouest de Lubero avait été assaillie
par l'Armée Populaire du Congo du R.C.D./Kis/ML.: l'Eglise
paroissiale, ainsi que les autres lieux sacrés ont été
profanés. Les infrastructures pastorales et économiques
de la Paroisse, toutes les maisons de Mbingi ont été
saccagées et pillées, et plus de la moitié
des habitants, soit 30.000, qui vivaient dans la contrée
ont cherché refuge ailleurs pour échapper à
l'insécurité qui régnait là bas..
Deux ans plus tard, et plus exactement le 23 décembre 2002,
les troupes de l'Armée de Libération du Congo en
provenance de MAMBASA sont arrivées à BYAKATO, Secteur
de la Paroisse de MANGINA et ont perpétré dans cette
contrée des violations graves contre les Droits de l'Homme
au cours de leur opération dénommée «
Effacer le tableau ».L'histoire et la nature de cette partie
du Diocèse conserveront pour longtemps encore le souvenir
indélébile de cette opération tristement
célèbre, sans oublier les pillages systématiques
des fermes par les Maï-Maï et l’Armée Nationale
du Congo du RCD/Goma (voir en annexe le rapport de pillage des
batailles de juin 2003).
3. En
ce jour du 23 décembre 2004, la situation qui prévaut
dans la partie Sud du Diocèse et du Territoire de Lubero
rappelle et nous fait revivre l'angoisse des événements
malheureux survenus à la même période en 2000
et 2002.
4. A
Kanyabayonga, tout a commencé le 12 décembre dernier,
lorsque entre des insurgés dit « rwandophones »
et des troupes de FARDC, des affrontements à la fois inattendus
et injustifiables aux yeux de la population du Grand Nord ( Territoires
de Beni et de Lubero dans le Nord-Kivu) ont été
déclenchés. Dans cette « cité martyre
» dont les blessures des opérations « Mbata
» et « Kimya » des années 1993 n’ont
jamais été cicatrisées, les populations ont
étés saignées à plusieurs reprises
par des violations massives des Droits de l'Homme : meurtres,
des violences sexuelles faites aux femmes (voir en annexe le rapport
des viols) , des pillages quotidiens des maisons et des champs
et des fermes depuis 2003, perpétrés par des éléments
de l'Armée Nationale du Congo du RCD/Goma qui contrôlent
la cité ainsi qu’une bonne partie de la contrée.
5. Ces
déclenchements dont les répercussions négatives
ont touché, en moins d'une semaine, les cités voisines
de Kanyabayonga, à savoir, Kayna, Luofu, Kirumba, Mighobwe
et les localités environnantes, ont provoqué le
déplacement forcé vers les forêts, les brousses
et sur les sentiers encore praticables de plus de 150.000 personnes.
Le personnel ecclésiastique (prêtres, Religieuses
et agents de l’évangélisation) des Paroisses
de Kanyabayonga, Kasando et Luofu a été obligé
lui aussi de se replier momentanément à Butembo
abandonnant écoles, églises et centres de santé.
6. Une
chose doit être bien comprise : si la grande majorité
des habitants de Kanyabayonga Nord ont eu le temps de quitter
la cité en voyant se dessiner l’affrontement entre
les FARDC et les troupes insurgées dites « Rwandophones
» soutenues par l’ex-Armée Patriotiques Rwandaises;
ceux des cités et localités voisines ont été
contraintes de quitter leurs demeures, les mains.
Certes, le Conseil Supérieur de la Défense a décidé
à juste titre de déployer au Nord-Kivu des forces
militaires pour vider l’alibi sécuritaire du Rwanda
et procéder au brassage des troupes en vue de leur intégration
dans l’armée. II a pris certainement aussi des dispositions
conséquentes concernant la prise en charge des troupes
déjà déployées à Beni et Lubero
et/ où à déployer. Mais, au front de Kanyabayonga,
il s'est avéré, sans surprise pour personne, que
les FARDC comptent dans leurs rangs des soldats qui, au lieu de
sauver et de protéger les populations, les terrorisent
au contraire, afin de piller en toute quiétude tous les
biens laissés dans les maisons de commerce, les marchés,
les couvents, les maisons ordinaires, les étables...
Il résulte de tous les témoignages recueillis sur
terrain que ces pillards sont pour la plupart ceux qui sont arrivés
à Beni de Gemena en novembre dernier et qui avant d'être
amenés au front de Kanyabayonga se sont illustrés
par des exactions honteuses et indescriptibles perpétrées
sur l'axe routier Beni-Eringeti. Ils ont placé cyniquement
tous leurs actes barbares sous l'enseigne de l'opération
qu'ils ont eux--mêmes appelée « Kata nyama
» (couper la viande) qui rappelle et prolonge, à
l'évidence l'opération « effacer le tableau
» de décembre 2002. Partis de cette Province par
la petite fenêtre, comme ils disent, ils y sont rentrés
par la porte royale avec la bénédiction du Gouvernement
de Transition.
7. Le
comportement criminel que ces soldats fuyards et pillards continuent
à afficher jusque dans les endroits où les populations
ont trouvé refuge et dans les localités telles que
Kipese, Lubango, Kitsumbiro distantes de plus de 60 km de la ligne
de front, a certainement rendu moins laborieux la prise et le
contrôle par les insurgés dites« rwandophones
» des cités de Kayna, Kirumba et ses environs. Pis
encore, ce comportement de haute trahison incivique entame sérieusement
au sein des populations de Lubero et Beni la crédibilité
de ceux qui ont mandaté ces soldats, ainsi que la rectitude
des intentions de ceux qui commandent les opérations localement.
En effet, pendant qu'on nous parle de trêve depuis deux
jours, nous apprenons des sources autorisées que les pillages,
- sans parler d'autres graves violations des Droits Humains telles
que les viols des femmes poursuivies dans leur cachettes et des
tueries -, sont opérés encore plus systématiquement
aussi bien dans la zone contrôlée par les insurgés
dites « rwandophones » et leurs alliés que
dans celle sensée être protégée par
les FARDC. On ne s'empêche plus de penser à des complicités
possibles entre les dits insurgés et les loyalistes !
8. A
vrai dire, le bilan très lourd des sinistres que nous déplorons
aujourd'hui : la réduction de plus de 150.000 personnes
à la condition des déplacés, la destruction
méchante des infrastructures et oeuvres socio-économiques,
le saccage et sacrilège des Eglises, des Presbytères,
des Couvents et de leurs œuvres en faveur de la population,
les pillages sauvages des biens privés et d'intérêt
communautaire, la violation multiforme des droits humains, prouvent
suffisamment l'impréparation constatée et dénoncée
dès l'ouverture d'un front de combat au Grand Nord. Pour
les observateurs avisés de Beni et de Lubero, ce n'était
pas de bon augure de voir partir au front des troupes visiblement
fractionnées, partisanes, politisées, faméliques,
tracassières de la population, bref dépourvues d'une
logistique à la hauteur des opérations à
mener.
En date du 14 décembre 2004, le président de la
Société Civile avait déjà indiqué
dans le mot de clôture de la marche pacifique des Forces
vives de la ville de Butembo que l'offensive militaire initiée
à Kanyabayonga « se rapproche plus d'une aventure
dangereuse et aveugle qui risque de favoriser des projets de balkanisation
du Nord-Kivu avec les retombées toujours désastreuses
pour la population déjà meurtrie par des années
de violences provoquées à partir de l'intérieur
et de l'extérieur du Grand Nord».
9. En
dépit de la situation dramatique que connaît encore
une fois ce Grand Nord, partie intégrante de la R.D.Congo
; en dépit des conspirations et des complicités
internes et externes de ceux qui tentent désespérément
d'hypothéquer la réussite de la Transition, ainsi
que l'avenir de notre peuple, nous ne nous lasserons pas d'inviter
ce peuple à travers l'éducation civique déjà
amorcée à s'engager de façon individuelle
et communautaire dans la promotion et la culture des valeurs citoyennes
et démocratiques qui conditionnent, croyons-nous, l'émergence
de l'Etat de droit que nous attendons tous.
10.
Enfin nous formulons à l'intention de tous les organes
du Gouvernement de Transition quelques recommandations que nous
considérons comme urgentes et prioritaires pour éviter
l'hécatombe dans le Grand Nord:
-
Que l'arrêt des combats décrété soit
effectivement respecté par les deux parties et que la
MONUC avec des représentants crédibles du Gouvernement
et de la Société Civile en assurent ensemble le
contrôle ;
-
Que
soit décrété également, le retrait
de toutes les troupes militaires du front de Kanyabayonga, quelle
que soit leurs provenances ;
-
Que ces troupes, une fois expurgées des éléments
dits « insurgés et leurs alliés »
et d'une part, de ceux qu'on appelle « les fuyards et
/ou les pillards » d'autre part; soient cantonnées
dans des camps militaires restructurés et adéquats,
tels que Rumangabo au Sud et Nyaleke au Nord, à condition,
cependant, que ces camps présentent un aspect plus humain.
A ce sujet, nous pensons que les camps militaires actuels qui
ressemblent à des cimetières ne favorisent nullement
chez ceux qui y vivent la formation aux valeurs d'humanité.
Or nos militaires ont droit à être formés
dans des cadres et des conditions qui respectent leur dignité
humaine et la noblesse de leur profession ;
-
Que, dans ces camps restructurés et organisés
se fasse rationnellement et sur base des critères de
loyauté et de patriotisme, le brassage des armées,
y compris celles des Mai-Mai qui continuent à semer la
désolation au sein de la population en certains endroits,
comme Mangango à Beni et Manguredjipa ;
-
Que
tous ceux qui détournent les fonds et les autres moyens
destinés à la prise en charge des militaires soient
identifiés à tous les niveaux et soient sanctionnés
conformément aux lois et règlements militaires
;
-
Qu’une enquête sur les crimes de guerre et des violations
massives des Droits de l’Homme soit urgemment initié
et que leurs auteurs soient déférés devant
les juridiction compétente ;
-
Qu'une
présence intensive et permanente de la MONUC soit assurée
à Kanyabayonga et que soient déployés urgemment
au Nord-Kivu des éléments de la Police Nationale
Congolaise capables de protéger efficacement les personnes
et leurs biens ;
-
Que
la tâche de l’alibi sécuritaire du Rwanda
relatif à la présence des Interahamwés
et des ex-Far soit confié à la nouvelle armée
restructurée et intégrée, après
brassage ;
-
Que
les Autorités politiques, militaires et administratives
placées à la tête de la Province du Nord-Kivu
soient des personnes intègres et neutres vis-à-vis
des idéologies partisanes et divisionnistes, afin qu'elles
puissent s'investir réellement et efficacement dans la
pacification et la réunification de la Province et cessent
de projeter sur les autres la pratique de tribalisme dont ils
sont des champions invétérés. Les tentatives
répétées d'occuper le grand Nord par la
force en sont la preuve la plus évidente ;
-
Que
le Gouvernement de Transition appuyé par les organisations
humanitaires internationales déploie une aide d'urgence
en médicament, vivres et non vivres de première
nécessité en faveur des populations sinistrées
de la zone entre Kanyabayonga et Kipese, et mette tout en œuvre
pour rétablir dans tout le Grand Nord Kivu un climat
de confiance et de sécurité des personnes et de
leurs biens ;
-
Qu’un plan d’urbanisation et de développement
de cette région sinistrée soit élaboré
dans le cadre des programmes économiques initié
par la Gouvernement de Transition.