Journée commémorative des martyrs du Congo
Mpuila Tshipamba et ses partisans ont tenté de récupérer la manifestation de Bruxelles

Récit d’une journée d’action que l’UDPS-Benelux a voulue sans scrupule mettre à son compte.

Georges Alves, Bruxelles 7 janvier 2005















Une foule de Congolais est descendue mardi, 4 janvier, dans les rues de Bruxelles. La manifestation initiée par des associations « Poto Moïndo » de Cheik Fita, « Les Artisans de la Paix » de Marcel Nzundu, « Les Bana Congo », l’Observatoire Bayaya ainsi qu’un groupe des femmes congolaises avaient pour but de commémorer les martyrs de l’Indépendance du Congo et de sensibiliser l’opinion internationale sur le génocide actuellement en cours dans ce pays.

Près de 5.000 000 Congolais sont morts de conséquence de la guerre que Kagame et ses maîtres ont imposée au Congo depuis le 2 août 1998.

Parti de Matonge, dans la commune d’Ixelles, vers 14 heures, les manifestants ont sillonné Bruxelles en passant par la rue du Trône, la rue de Commerce, la rue des Deux Eglises avant de se retrouver finalement en plein cœur du quartier européen, dans les alentours de Schuman, à 1000 Bruxelles.

Aux cris de : « Kagame assassin ! Kagame génocidaire ! Monuc [NDLR : Mission de l’Onu au Congo] complice ! Nous voulons la paix !… », les manifestants sont arrivés à la rue Belliard où ils ont improvisé un sit- in.

Arrivés au croisement de la rue du Commerce et de l’avenue Belliard, un jeune homme s’est couché sur la chaussée simulant le mort. Aussi tôt, un groupe de manifestants est venu poser sur son corps un calicot qui rappelle les atrocités dont nos compatriotes de l’Est sont victimes, au quotidien.

Sourds aux injonctions de la Police qui voulait empêcher les embouteillages, les manifestants assis à même la chaussée, ont fait le piquet pendant près de 5 minutes. Il a fallu l’intervention de Henri Muke [Bana Congo] et Cheick Fita [Poto Moïndo] pour que cette foule de près de deux cents personnes se décide enfin à laisser la libre circulation aux véhicules.

Pour l 'UDPS : « tout est la faute à Joseph Kabila »

Les organisateurs de la manifestation avaient prévenu contre toute tentative de récupération politicienne de la manifestation. Mais ce fut sans compter avec l’opportunisme de certains politiciens congolais. Des tshisekedistes excités ont cru que le moment était venu pour faire leur propagande. Certains ont commencé à lancer des slogans hostiles au Chef de l’Etat congolais.

« Si aujourd’hui rien ne va plus au Congo, c’est la faute à Kabila », nous confie le président de l’UDPS-Verviers. « C’est Joseph Kabila qui a fait nommer des Rwandais à la tête de ce pays, des gens comme Azarias Ruberwa » [NDLR : le Vice-président RCD en charge des questions politiques et de la Sécurité].

Un peu plus tard, nous aurons l’occasion de nous rendre compte que cette version faisait l’unanimité dans les rangs de quelques militants du parti de Tshisekedi présents à cette manifestation.

Nous avons rappelé à nos interlocuteurs les négociations inter-congolaises et essayé de leur faire comprendre que ce sont ces accords signés à Pretoria en 2002 qui ont imposé, non seulement la mouture institutionnelle actuelle, mais aussi les animateurs de ces institutions.

Nous avons évoqué la tournée du président national de leur parti au Rwanda et dans les territoires occupés à l’époque par l’armée de Kagame.

Nous avons finalement démontré que c’est Tshisekedi en personne qui, avec son ASD [Alliance pour la sauvegarde du dialogue inter-congolais], qui a tenu à associer génocidaires et agents de Kigali dans la gestion actuelle du Congo.

Tout compte fait, notre argumentation n’a apparemment trouvé aucun écho favorable auprès de nos interlocuteurs de l’UDPS. Mauvaise foi manifeste ou ignorance ? Laquestion reste posée…

Un militant kabiliste échappe au lynchage des militants de l’UDPS

Pendant que ses partisans hurlaient à tue-tête des insultes contre le Chef de l’Etat, Mpuila Tshipamba (Représentant de l’UDPS au Benelux) allait et revenait au milieu de la foule comme pour se rassurer que la propagande au profit de tshisekedi, son gourou et maître passait très bien.

Vers 16 heures, alors que la manifestation tendait à sa fin, nous avons failli assister au lynchage d’un kabiliste de la part des tshisekedistes surexcités.

Ces derniers lui reprochaient de distribuer un tract du site www.deboutcongolais.info aux effigies de Lumumba, Mulele et Kabila. Pour ces adversaires du nationalisme congolais, ce militant ne pouvait être qu’un Rwandais.

Certains ont même tenté de faire avaler à l’infortuné des morceaux du tract qu’il distribuait.

Des témoignages recueillis après cette manifestation font état de la présence des partisans de Jean-Pierre Bemba parmi les gens qui ont menacé le militant kabiliste.

C’est grâce à l’intervention de Marcel Nzundu, co-organisateur de la manifestation et président de l’association « Partisans de la Paix » que le compatriote a échappé au lynchage et quitté le lieu dans la Combi qui ramenait le matériel de sonorisation.

Ce malheureux incident qui démontre les méthodes d’une certaine classe politique congolaise habituée à museler et à criminaliser tous ceux qui ne partagent pas leur vision, ne risquent-elles pas de nous ramener aux pratiques mobutistes de triste mémoire?

Quand à la manifestation, elle s’est dispersée sur la Place Jean Rey après un forcing manqué face à une Police de Bruxelles déterminée à empêcher la foule d’accéder au Berlimont [le siège du Parlement européen].