Un
ancien officiel des Nations Unies en Irak déclare:
«Si ces élections avaient
eu lieu au Zimbabwe, l'Occident les aurait dénoncées»
«Les
principes élémentaires pour la tenue d'élections
sont tellement peu respectés que si elles avaient eu lieu
en Syrie ou au Zimbabwe, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne
auraient été les premiers à les dénoncer»
affirme Salim Lone, ancien directeur de communication du représentant
spécial de l'ONU en Irak, Sergio Vieira de Mello. Démonstration.
David
Pestieau et Mohammed Hassan*, Bruxelles 31 janvier
57%
des électeurs inscrits ont participé aux élections,
affirme la Commission électorale irakienne, désignée
par l'autorité occupante américaine. 57% des inscrits,
la nuance est importante quand on sait que dans les régions
centrales d'Irak (les plus peuplées), le taux d'inscription
était très faible.
Dans les villes de Mossoul et Baquba, les bureaux de vote étaient
déserts. Dans la ville rebelle de Samarra par exemple,
seuls 1.400 des 200.000 habitants sont allés voter. A Bagdad,
selon la télévision arabe Al-Jazeera, la participation
était jugée très basse, particulièrement
dans les quartiers populaires du centre et de l'ouest.
Même si certains chefs religieux chiites avaient appelé
à voter, d'autres avaient appelé au boycott comme
les cheikhs Al-Baghdadi et Al-Hasni, ainsi que le mouvement de
Moqtada Al-Sadr. Ainsi dans le Sud à majorité chiite,
la participation était beaucoup plus basse dans la grande
ville industrielle de Bassora (où le parti chiite Hezbollah
avait refusé de participer) que dans les campagnes et les
villes saintes.
A l'étranger, où les problèmes de sécurité
étaient totalement absents, seuls 25% des Irakiens se sont
inscrits sur les listes. Tous ces éléments indiquent
qu'en réalité, moins de la moitié des Irakiens,
voire même moins d'un tiers sont allés voter.
Les
chaînes de télé ont filmé 5 bureaux
de vote dans tout l'Irak
«Un exemple de démocratie» affirment
a contrario les grands médias. Mais aucun journaliste indépendant
n'a pu se rendre hors de certains quartiers de Bagdad, de Bassora
et du Kurdistan irakien. Ce qui les rend complètement dépendants
des informations de l'armée américaine et des partis
pro-occupation. Les grandes chaînes de télé
n'ont d'ailleurs été autorisées à
filmer que devant... 5 bureaux de vote dans tout l'Irak. Quatre
des cinq se trouvaient dans des régions à majorité
chiite du Sud où la participation était plus importante.
Un semblant de mission internationale de contrôle a été
mise sur pied: elle comprenait... 20 experts internationaux (à
titre de comparaison, 2.400 observateurs ont été
envoyés en Ukraine pour les dernières élections).
Pourtant, les grands médias osent annoncer que «peu
de fraudes ont été constatées par les observateurs».
Enfin, l'immense majorité des candidats étaient
inconnus des électeurs car les partis ne les avaient pas
rendus publics. D'autre part, «les bulletins étaient
si compliqués que même Jalal Talabani, le dirigeant
kurde, a dû recevoir un briefing pour savoir comment l'utiliser»
affirme Salim Lone. Autrement dit, même ceux qui ont
voté ne savent pas exactement pour qui ils ont voté
et encore moins souvent pour quel programme.
Quel
pouvoir pour les élus?
Quel sera le pouvoir réel de ceux qui recevront le titre
de ministres en Irak? Pratiquement aucun. «Ils n'ont
pas le contrôle sur le pétrole, aucune autorité
sur les rues de Bagdad, pas d'armée opérationnelle
et de police loyale. Leur seul pouvoir est celui de l'armée
américaine» affirme le journaliste Robert Fisk.
Ceux qui auront voté en pensant donner le pouvoir à
un gouvernement irakien qui améliorera leurs conditions
et obtiendra le départ des troupes US, en seront pour leurs
frais. Les mois qui viendront le démontreront. Car rien
n'indique que leur situation matérielle s'améliorera
et que les Marines quitteront l'Irak d'eux-mêmes: 16 bases
militaires américaines sont déjà en construction.
Un haut-gradé US à Bagdad a reconnu samedi dernier
que les Etats-Unis faisaient face à une insurrection à
long terme qui ne cesserait pas avant... une décennie.
*
Mohammed Hassan et David Pestieau sont les auteurs de L'Irak face
à l'occupation (EPO, 2004