Togo
: Le despote Eyadema est mort.
La dictature continue…
Déclaration
par l'organisation "L'Exilé", du 6 février
2005
Etienne
Gnassingbe Eyadema est mort ce samedi 5 février 2005. Un
règne sanglant d’un dictateur sans foi ni loi vient
ainsi de prendre fin. Nous ne le regretterons pas. La vie de Etienne
Eyadema depuis son âge d’homme fut entièrement
consacrée au service de l’impérialisme français,
contre les peuples togolais et du monde.
En 1963, quand l’impérialisme français voulut
se débarrasser de Sylvanus Olympio, le chef du gouvernement
nationaliste togolais, on retrouva Eyadema pour assumer le rôle
d’assassin dans le coup d’état militaire du
13 janvier, le premier cas d’assassinat de chef d’Etat
jamais perpétré en Afrique. Ayant réussi
à éliminer ses rivaux, Bodjollé, Dadjo, Kongo,
Assila puis levé l’obstacle que constituait Nicola
Grunitzky, c’est avec un gant de fer qu’il a dirigé
le pays à partir de 1967.
Le gouvernement d’Eyadema fut un gouvernement de terreur
et de régression économique et sociale. Le peuple
fut soumis à l’embrigadement forcé dans le
parti du pouvoir, le RPT et dans ses officines; les arrestations
et détentions arbitraires, les tortures pour simple délit
d’opinion, les assassinats à l’intérieur
et à l’extérieur de nos frontières
devinrent une pratique courante. Qui ne se souvient des camps
de concentration comme celui d’Agombio, Qui ne se souvient
des massacres de 25 janvier 1993 ?
Pendant ce temps, la situation économique et sociale n’a
cessé d’empirer, conséquence d’une politique
de soumission aux grands prédateurs internationaux (FMI,
Banque mondiale notamment) au pillage de nos ressources, à
la gabegie. Le pays croule sous des dettes, le chômage va
croissant; la santé, l’enseignement connaissent une
dégradation sans précédent.
Les
méfaits de ce tyran ne se limitent pas à notre pays.
C’est en tant que soldat de l’armée coloniale
française qu’il a commencé sa carrière,
et qu’il a fait ses premières armes dans la répression
sanglante des peuples indochinois et algériens en lutte
pour leur émancipation. Du Tchad au Congo (ex-Zaïre),
du Burkina Faso en Côte d’Ivoire, il n’a jamais
cessé de s’ingérer dans les affaires des autres
pays, pour y défendre les intérêts de l’impérialisme
français.
Compte tenu de la situation noire dans laquelle l’autocrate
Etienne Eyadema a plongé notre pays, il est seulement regrettable
qu’il soit mort dans son lit… Il aurait mérité
non seulement d’être chassé du pouvoir comme
un malpropre, mais traduit en jugement, sommé de rendre
compte de sa gestion.
Si cela ne fut pas possible c’est d’abord parce qu’il
a toujours disposé de l’appui constant et indéfectible
de l’impérialisme français, ce que traduit
bien la déclaration du président Chirac, qui a salué
«la perte d’un ami de la France». C’est
aussi parce que la politique de conciliation et de tractations
au sommet pratiquée depuis 1991 jusqu’aujourd’hui
par les faux démocrates de l’opposition, sous la
supervision de l’impérialisme (Conférence
nationale souveraine, Colmar, Ouaga, Accord-cadre de Lomé..),
en freinant l’élan et la lutte populaire, seul le
facteur décisif pour le changement démocratique,
a toujours permis au pouvoir chancelant de refaire ses forces.
Le dictateur est mort, mais la dictature
demeure.
En effet, comme nous n’avons jamais cessé de le souligner,
le pouvoir autocratique ne se réduit pas à la seule
personne de l’individu Eyadema; c’est un système
regroupant des hommes et des femmes unis par des intérêts
communs tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur de notre pays.
L’appareil de répression est toujours en place et
la manière dont la transition a été organisée
vérifie amplement cette assertion et montre une fois de
plus la réalité du pouvoir: n’hésitant
pas à tordre le coup à sa propre constitution, même
«toilettée», «dépoussiérée»,
c’est l’armée, le pilier de la dictature qui
intronise le successeur en la personne de Faure Gnassingbe.
Ce choix arrange aussi bien la France
que les Etats Unis.
En effet, la main de la France qui encadre cette armée
n’y est pas étrangère: face à la situation
dans la sous région, notamment en Côte d’Ivoire,
l’impérialisme français a plus que jamais
besoin du Togo comme base arrière et sans Eyadema, un autre
Gnassingbe lui paraît une garantie de stabilité pour
ses intérêts. Mais Faure Gnassingbe est aussi connu
comme un ami de Bush, de Condolezza Rice et un proche du Parti
Républicain.
Seule une lutte populaire peut balayer
la dictature
Cette transition n’est rien d’autre qu’un scénario
à la haïtienne qui nous a donc été organisé.
On se rappelle qu’à la mort de François Duvalier
en (Papa Doc.) 1971, pour maintenir la continuité du régime
l’état major de l’armée haïtienne
appuyée par les «Toton Macoutes» avait appelé
son fils Jean-Claude Duvalier (Bébé Doc.) au pouvoir.
Cela n’avait pas empêché le peuple haïtien
et les organisations démocratiques de Haïti de continuer
le travail de mobilisation et d’organisation pour renverser
15 ans plus tard le pouvoir des Duvalier.
La mort du despote Eyadema n’est pas une raison pour se
croiser le bras, au contraire c’est l’occasion de
poursuivre le travail d’organisation et de mobilisation
pour en finir une fois pour toutes avec la dictature et l’oppression.
Bruxelles, le 6 février 2005
Organisation Démocratique
Des Exilés
Togolais (L’EXILÉ)
Site Internet: www.exile-togo.net
Courriel: togo@nomade.fr
Contact: chaussée de Waterloo 265,
1060 Bruxelles -Belgique
ps:
entendu à AFRICA no1 : à 6 : 00
La République Démocratique du Congo a rappelé
en consultation à Kinshasa son chargé d'affaires
au Togo. Le gouvernement congolais réagit ainsi pour manifester
son mécontentement à la participation de son chargé
d'affaires à la cérémonie de prestation de
serment du nouveau Président togolais, Faure Eyadema, dont
la légitimité est contestée par la communauté
internationale et l'Union africaine pour non-respect de la loi
fondamentale.
Lisez aussi : La
Rdc dément sa représentation à la prestation
de serment du nouveau Président togolais Faure Gnassingbé