La
malédiction de Karel de Gucht
Leonard
Kasimba, 18 fevrier 2005
La deuxième
visite de Karel De Gucht au Congo s’est déroulée
d’une façon tout à fait prévisible.
En effet, comme De Gucht a décidé de casser la politique
de Louis Michel envers le Congo , défendue encore aujourd’hui
par Armand Dedecker, on savait de l’avance que l’homme
allait glisser encore une fois une phrase d’acide dans un
ou autre entretien avec la presse.
Cette
fois-ci la phrase était une note ou plutôt un «
dossier » distribué à tous les participants
du voyage, du ministre, journalistes y compris. Ce « dossier
» comprenait des biographies des principaux dirigeants congolais,
qui s'apparentent plus à une collection de ragots.
Le
Soir décrit : « On découvre en effet trois
hypothèses concernant la filiation de Joseph Kabila, dont
celle-ci : Né d'un premier mariage de sa mère avec
un Tanzanien. Ces supputations ineptes représentent de
vrais brûlots car le thème de la nationalité
est l'un des points les plus en vue de la Constitution en débat,
dont le texte exige que les candidats à la magistrature
suprême soient de père et de mère congolais.
»
Le
ministre a été vite pour prendre distance du «
dossier ». Il a déclaré : « Les
CV du président et des vice-présidents sont arrivés
là indépendamment de ma volonté. Je ne m'identifie
pas à ces propos. Ce n'est pas ma vision ni celle du gouvernement.
»
En effet,
on peut s’imaginer ce qui pourrait se passer si des journalistes
congolais accompagnant le président Joseph kabila recevraient
un « dossier » semblable dans lequel on raconte des
ragots du même niveau sur Verhofstadt, De Gucht ou le roi
Albert.
Mais
on ne peut que constater que ce « dossier » s’illustre
par un degré de mépris pour les dirigeants congolais
et d’une malhonnête intellectuel qui est tout à
fait cohérent avec les différentes déclarations
du ministre concernant le Congo dans le passé.
Il
y avait dans le dossier les ragots colportés jour et nuit
par un fou comme Mpuila, l’homme de Thsisekedi à
Bruxelles, sur les origines du Président congolais. (Si
le lecteur aurait des doutes sur le qualification de "fou",
je conseille vivement de lire le dernier "communiqué
de presse de l'UDPS section Benelux" rédigé
par ce monsieur). Aussi Honoré Ngbanda, alias terminator,
ancien conseiller à la sécurité de Mobutu
a tout fait pour diffuser ces "renseignements".
Pourtant dans un livre édité par le très
officiel Centre d'Etudes Africaines à Tervueren, un scientifique
belge, Erik Kenis, a réfuté en long et en large
ces ragots en ne pas cachant tout au long de son livre son antipathie
pour Laurent Désiré Kabila même. C’est
pour dire qu’une source anti-kabiliste a mis fin définitivement
aus histoires lançés par les mobutistes et autres
colporteurs de rumeurs et spécialistes de l'intox. (Le
soir d'aujourd'hui publie d'ailleurs un interview avec Kennes).
A côté
de ces ragots habituels il y avait aussi des phrases haineuses
dans le style « Il a suivi différentes formations
militaires assez sommaires. … en Chine, durant 3 mois, en
1998. Formation à laquelle il a échoué. …
Il est aussi amateur de belles voitures. » On peut
se demander quelles sont les sources du membre du cabinet du ministre
ou son assistant-stageaire sur le résultat de la formation
du Président en Chine. Et on peut aussi se demander si
l’auteur du « dossier » est au courant du fait
que son propre ministre et son épouse sont des fanatiques
de motos et de voitures sportives.
L’incident
est une illustration de la petitesse et de la malhonnêteté
envers la RDC de la part du cabinet du ministre des affaires étrangères
belge.
Mais le problème est plus fondamentale : pour de Gucht
les élections au Congo ne sont pas la solution ou même
le début de solution aux problèmes du Congo. Pour
lui ces élections ne font partie que du processus de la
transition. C’est ce qu’il a dit et répété
maintes fois après sa première visite.
Il l’a
encore répété dans une tribune publié
dans Le soir, titrée « la malédiction
de Kurtz» quelques jours avant sa visite de cette semaine.
On peut trouver ridicule le titre bon marché, qui réfère
au livre de Conrad "Au coeur des ténèbres",
car ce livre datant d'il y a un siecle incarne toutes les préjugés
et les mythes sur le Congo et ne fait que nourrir un fataisme
certain vis-à-vis les problèmes que la population
congolaise a connu depuis 1885 jusqu'à aujourd'hui. Mais
le message politique de cette tribune est carrément révoltant
pour chaque démocrate.
De Gucht
écrit : « Les élections clarifieront les
rapports de forces politiques à l'intérieur du pays.
Nous devons à cette occasion éviter que " les
perdants " ne soient marginalisés. Si cela ne devait
pas être le cas, alors le risque existe que les élections
soient sabotées ou que certains groupes reprennent les
armes. Bien que je ne puisse pas naturellement m'ingérer
dans la composition future du gouvernement à Kinshasa,
il me semble valoir la peine de réfléchir à
l'opportunité, après les élections, d'une
large équipe d'union nationale.»
En d’autres
mots, Monsieur De Gucht veut prolonger la transition. Il emploit
pour cela exactement les même prétextes que les américains
et leurs amis ont employés à Pretoria et à
Sun City. Des criminels comme Bemba et Ruberwa, qui ont été
mis à la tête de l’Etat par la pression de
la communauté internationale contre la volonté du
peuple congolais, pourront encore rester dans cet appareil d’Etat
après les élections, même s’ils ont
perdu ces élections.
Ainsi
monsieur de Gucht pourra continuer à rigoler avec «
la classe dirigeante congolaise » et parler de «
la malédiction de Kurtz ».
Mais
le ministre se trompe, la politique en 2005 ne se fait plus avec
des malédictions. Peut-être au Flandre profond, oui,
mais pas au Congo. Le peuple congolais et les nationalistes congolais
lui aideront à comprendre la leçon. Ils se battront
pour l’élection du président Joseph Kabila
et pour qu’une majorité de nationalistes et de non
traîtres et non vendus soit élue dans les différents
assemblées.