Qu'en
est-il des salaires et du niveau de vie en Chine?
«Les
travailleurs et les paysans ne gagnent presque rien, en Chine. C'est
l'exploitation pure et simple, là-bas!» On entend ce genre de
propos partout, dans la bouche d'hommes politiques européens et
américains. Une bonne raison pour aller vérifier si cette image
est bien conforme à la réalité.
Peter
Franssen, mars 2005
Les
Chinois travaillent-ils pour un bol de riz?
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Le
travail dans une usine automobile de la province orientale
de Guangdong. L'an dernier, les salaires ont augmenté
de 11%. Si l'on tient compte des coûts croissants
des denrées dans les magasins, les salaires des travailleurs
ont augmenté de 8% net. (Photo AFP/Belga, Peter Parks)
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Rien
de tel que de commencer par des chiffres réels que ne conteste
aucun institut international sérieux. Ces chiffres, les voici:
le revenu des travailleurs et des paysans en Chine a augmenté
à un rythme rapide, ces quinze dernières années.
Dans les villes, les revenus nets, en 2003 et compte tenu du coût
croissant de la vie, étaient 2,6 fois plus élevés
qu'en 1990. A la campagne, 1,8 fois plus élevés.1
En
2004, cette hausse s'est poursuivie. Si l'on tient compte de l'augmentation
des prix dans les magasins, les revenus dans les villes ont progressé
de 8% net. L'an dernier, à la campagne, cette augmentation
nette a été de 7%.2 Des chiffres sidérants.
Surtout si on les compare aux affirmations du type «en Chine
c'est le capitalisme sauvage et les gens ne gagnent rien».
Les chiffres ci-dessus sont des moyennes. Y a-t-il des laissés
pour compte? Des gens qui se situent en dessous de cette moyenne?
Oui, sans aucun doute (ce qui n'a d'ailleurs rien d'étonnant
dans un pays de 1,3 milliard d'habitants, 310 fois plus grand que
la Belgique et, l'un dans l'autre, encore très pauvre). Afin
d'accroître le niveau de vie de tous, le gouvernement chinois
a instauré un salaire minimal. Les autorités provinciales
peuvent l'augmenter. Prenons, par exemple, la province de Guangdong
(sud-est) qui compte 90 millions d'habitants, soit plus que l'Allemagne.
La province joue un rôle de pionnière car, ici, la
modernisation a été poussée plus loin que dans
la plupart des autres provinces. Eh bien, à Guangdong, en
décembre dernier, le gouvernement provincial a augmenté
le salaire minimal de 8,6%. La sixième augmentation depuis
l'instauration du salaire minimal, en 1994.
En novembre, le gouvernement provincial de Guangdong a décidé
en outre que les heures supplémentaires du samedi et dimanche
devaient être payées à 200% et celles des jours
de fête à 400%.3
Les deux décisions ont été annoncées
par Fang Chaogui, le patron du ministère provincial de l'Emploi.
Il a déclaré qu'il se sentait soutenu par les travailleurs
de sa province qui, en 2003, avaient organisé pas moins de
833 grèves. Dont 72% pour des revendications salariales.
Encore un fait qui donne à réfléchir. En Belgique,
une histoire circule prétendant que le droit de grève
n'existe pas en Chine. Pourtant, il y a eu 833 grèves en
un an dans une seule province
1
Amy Hanser, Consumers in China, Contexts, Californie, hiver 2004;
Information Office of the State Council of the People's Republic
of China, China's employment situation and policies, Beijing, avril
2004, chapitre: Income of urban and rural residents · 2
China's economy soars 9,5 percent in 2004, People's Daily, 25 janvier
2005 · 3 Holiday overtime worth 4 times more, People's
Daily, 26 novembre 2004.
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Taxez
les riches et donnez l'argent aux travailleurs et aux paysans
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Un
cultivateur de maïs dans le nord de la Chine. D'ici
la fin de l'an prochain, le gouvernement supprimera totalement
les impôts sur les revenus des paysans. (Photo archive)
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Le
1er janvier, les autorités de la province de Guangdong (90
millions d'habitants) ont porté pour leurs habitants le montant
des revenus non imposables de 1.260 à 1.600 yuan.
Cela veut dire que la première tranche de 1.600 yuan du revenu
n'est plus imposée. Cela revient à une forte réduction
d'impôts. A l'instar de Guangdong, les autorités municipales
de Beijing (Pékin, 14 millions d'habitants) et les autorités
provinciales de Jiangsu (80 millions d'habitants) ont fait passer
la somme non imposable de 1.000 à 1.200 yuan.
Bonnes nouvelles, donc. A peu près au même moment,
le vice-ministre des Finances, Lou Jiwei, a déclaré
que le moment était venu de mettre sur un même pied
les impôts sur les bénéfices des entreprises
étrangères et nationales. Actuellement, les multinationales
étrangères doivent payer un impôt de 11% sur
leurs bénéfices. Pour les entreprises privées
chinoises, ce taux est de 22%. En outre, les entreprises étrangères
peuvent imputer salaires et traitements en tant que «frais»,
de sorte que la somme sur laquelle elles sont imposées se
réduit encore.
Les multinationales étrangères ont reçu ces
avantages afin d'encourager l'économie, d'attirer des investissements
et combattre le chômage. Mais maintenant que l'économie
chinoise progresse pas à pas, le gouvernement se sent assez
fort pour supprimer ces avantages dans les deux ans à venir.
Les multinationales devront donc payer 22% d'impôts et ne
pourront plus imputer les salaires et les traitements en tant que
«frais». Elles protestent beaucoup contre cette décision.
Le gouvernement chinois leur répond qu'«un pays indépendant
décide lui-même de son système fiscal»
et qu' «il n'y a pas de raison que les investisseurs étrangers
en Chine doivent avoir de hauts bénéfices annuels
de 15%».1
Dans la foulée, le gouvernement a confirmé une autre
décision, à savoir que les impôts des paysans
seront totalement supprimés à partir de 2007.2
Depuis des années, les impôts sur les revenus des paysans
diminuent. Ils sont encore de 5% actuellement. Imposer les riches
pour donner aux pauvres. Une bonne idée!
1
China to unify corporate income tax for domestic and foreign-funded
businesses, People's Daily, 20 janvier 2005 · 2
China likely to lift agriculture tax next year, People's Daily,
10 décembre 2004.
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Un
repas à deux dans un restaurant coûte 60 eurocents
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Deux
jeunes Chinoises dans un restaurant de la province de Liaoning
(nord). Elles ont entamé un excellent repas qui leur
coûtera à peine plus d'un demi-euro pour deux.
(Photo Solidaire, Frederik Geirnaert)
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Le
jeune Belge Frederik Geirnaert et son amie Karen ont vécu
un an en Chine. «Nous allions au restaurant deux fois par
jour, sept jours sur sept. Cela ne nous coûtait que 10 euros
par semaine, à deux», raconte-t-il.
Frederik
Geirnaert. «Notre plat favori était à base
d'ufs et de tomates. Ce plat nous coûtait 60 eurocents pour
deux. Cela dépend évidemment de l'endroit où
vous vous trouvez. A Beijing, la capitale, ce même plat coûtait
1 euro et, dans la province occidentale pauvre de Xinjiang, il ne
coûte que 40 cents. La Chine est un très vaste pays.
Il y a des différences dans le coût de la vie ainsi
que dans les salaires et les indemnités sociales. Nous résidions
dans la ville de Shenyang, dans la province relativement prospère
de Liaoning (au nord). Le revenu moyen dans la province s'élève
à 700 yuan par mois, ce qui correspond à peu près
à 75 euros. A nos yeux, c'est très peu, mais il faut
tenir compte des prix dans les magasins. Ceux-ci sont bien plus
bas que chez nous. Voici quelques exemples de ce que coûtent
les denrées et services les plus courants:
- 6
oeufs: 20 eurocents (130 francs congolais)
-
1 pain: 20 eurocents (130 francs congolais)
-
1 litre de lait: 50 eurocents (333 francs congolais)
-
1 kilo de riz: 30 eurocents (200 francs congolais)
-
1 kilo de poisson: 70 eurocents (465 francs congolais)
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1 poulet à rôtir: 80 eurocents (535 francs congolais)
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un vélo normal: 20 euros (130 francs congolais)
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une carte de bus ou de tram: 10 eurocents (65 francs congolais)
-
une paire de chaussures: 10 euros (65 francs congolais)
-
une facture moyenne de téléphone: 3 euros/mois
(2000 francs congolais)
-
une facture moyenne d'électricité: 3 euros/mois
(2000 francs congolais)
-
une télévision couleurs: 70 euros (46.660 francs
congolais).
La plupart des Chinois de notre ville et des environs sont propriétaires
de leur logement. Ils ont généralement le téléphone
et la TV couleur. De plus en plus de Chinois ont également
une voiture. L'an dernier, 5 millions en ont acheté une.
Cette année, les autorités chinoises estiment qu'ils
seront 6 millions. Sur le plan du niveau de vie, la Chine est encore
loin de pouvoir être comparée à la Belgique,
aux Pays-Bas, à la France ou aux Etats-Unis. C'est toujours
un pays pauvre, un pays du tiers monde. Mais la Chine est bien occupée
à combler son retard.»
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Tout
le monde à l'école!
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Des
écoliers de la province occidentale du Yunnan s'amusent
lors de la récréation. (Photo archive)
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L'enseignement
est l'un des principaux indicateurs du développement d'un
pays. C'est là qu'on peut voir si la population progresse
et si chacun jouit de la prospérité croissante.
En
1949, lors de l'instauration de la République populaire,
on estime qu'entre 80 et 90% de la population ne pouvait ni lire
ni écrire. En décembre dernier, lors d'un forum, Chen
Xiaoya, le vice-ministre de l'Enseignement, a présenté
des résultats qui lui ont valu des commentaires particulièrement
admiratifs, même de la Banque mondiale et du Fonds monétaire
international. Entre 1990 et 2000, le nombre d'analphabètes
en Chine a diminué de 100 millions, mettant ainsi presque
terme à l'analphabétisme. 94% des jeunes Chinois vont
à l'école au moins jusqu'à 15 ans.1
20 millions de jeunes fréquentent aujourd'hui les universités
et les écoles supérieures, soit 19% de tous les jeunes
âgés de 18 à 22 ans.2 Un record mondial.
Aux Etats-Unis, 18% de cette tranche d'âge fréquentent
une université ou une école supérieure. Des
chiffres qui laissent pantois.
1
Le taux de couverture de l'enseignement obligatoire de neuf ans
a atteint 93,9% en Chine, People's Daily, 27 décembre 2004.
· 2 China's scale of higher education surpasses
the US to become world No.1, People's Daily, 28 octobre 2004.
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627
millions de téléphones et 400 millions de télévisions
«J'ai
discuté avec des tas de Chinois. Ils étaient tous
d'accord: le niveau de vie s'améliore vite.» C'est
ce que dit Frederik Geirnaert, un jeune Belge qui a vécu
un an en Chine. Voici quelques chiffres.
Ils
aiment bavarder, les Chinois! En 1990, l'ensemble du pays comptait
7 millions de téléphones. L'an dernier, il y en avait
627 millions: 307 millions de téléphones fixes et
320 millions de GSM. L'an dernier, 170 millions de personnes à
travers le monde ont pris un abonnement de téléphone.
La moitié d'entre eux étaient des Chinois. L'an dernier,
on a envoyé dans le monde 600 milliards de SMS. En Chine,
rien qu'au cours des 3 jours du nouvel an chinois, on en a envoyé
pas moins de 10 milliards!
La
Chine compte aujourd'hui 400 millions de télévisions.
31% de tous les Chinois ont la télévision. En France,
52% ont la TV. La Chine compte 650 chaînes de télé,
tant publiques que privées, et plus que 1.000 stations de
radio.
Les
Chinois représentent 22% de la population mondiale. L'an
dernier, ils ont mangé 19% de tous les poulets dans le monde,
33% de tout le riz, 51% de toute la viande de porc et 12% de toute
la viande de buf.
Le
tourisme intérieur se développe très rapidement.
En 1990, la Muraille de Chine a reçu 1,7 million de visiteurs
chinois. L'an dernier, ils étaient 23 millions. De plus en
plus de Chinois prennent leurs vacances à l'étranger
aussi: 20 millions, l'an dernier.
Les
Chinois ne crachent pas non plus sur la bière. L'an dernier,
un cinquième de toute la bière vendue dans le monde
a rafraîchi un gosier chinois.
Puisque
le pouvoir d'achat des Chinois augmente de jour en jour, il faut
aussi des magasins. En 2003, on a ouvert en Chine pas moins de 8.000
grands magasins.
Sources:
Le Vif/L'Express, 11 février 2005; Philippe Paquet, L'Abécédaire
de la Chine, Editions Philippe Picquier, 2004. Dessins: www.sla.purdue.edu
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Cette
article est paru dans Solidaire, le 9 mars 2005
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