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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

Jean-Baptiste Mberabahizi, membre de l’opposition rwandaise :
« Kagame veut éviter d’ouvrir la boîte de Pandore qui mènerait à sa chute. »

Jean-Baptiste Mberabahizi est Président de l’ADR, l’Alliance Démocratique Rwandaise. De 1994 à 1997, il était député à l’Assemblée Nationale de Transition, pour le compte du Parti Socialiste Rwandais, PSR. Nous lui avons demandé sa réaction sur le refus par Kagame de la main tendue des FDLR.

Interview par Leonard Kasimba, 8 avril 2005

Question : Via Murigande, le ministre rwandais des affaires étrangères, Kagame vient de refuser la main tendue des FDLR. Qu’en pensez-vous ?
JB Mberabahizi :
Ce n’est pas la première fois que le régime de Kigali refuse de discuter avec les FDLR. Au lendemain de la constitution de la l’ADRN, une alliance formée par les FDLR et deux mouvements monarchistes, l’ARENA et Nation-Imbaga en 2002, le FPR a déjà refusé de discuter avec ce mouvement. Dans sa déclaration du 31 mars, les FDLR ont réitéré leur demande. Ce qui est nouveau, c’est qu’elles abandonnent la lutte armée sans condition. Quant à la reconnaissance du génocide, cela n’est pas nouveau non plus. L’ADRN, dont les FDLR faisaient partie, le reconnaissait également et déclarait que chaque membre de ce mouvement qui serait accusé d’avoir participé au génocide en répondrait individuellement devant le tribunal international pour le Rwanda, sis à Arusha en Tanzanie. Elles ont demandé au pouvoir de Kigali de discuter des « mesures d’accompagnement » en vue du rapatriement de leurs combattants. Mais, comme vous le savez, le régime FPR refuse.

Kagame refuse de discuter par ce que s’il acceptait, il aurait ouvert la boîte de Pandore qui mènerait sûrement à la chute de son régime.

Que voulez-vous dire ?
JB Mb. :
Le fait d’accepter des négociations avec les FDLR sur les conditions de retour de leurs membres serait un précédent inacceptable pour le FPR. Cela supposerait qu’il reconnaîtrait ainsi cette organisation et ce serait la première fois qu’il accepte de négocier avec une organisation de l’opposition rwandaise. Or le FPR n’a jamais, depuis son arrivée au pouvoir en 1994, voulu accepter l’existence d’un parti d’opposition au Rwanda.
Toutes les personnalités qui ont essayé de fonder un parti d’opposition ont été tuées, emprisonnées ou contraintes de prendre le chemin de l’exil. Et je ne parle pas de personnes que le régime accuse d’une manière ou d’une autre d’avoir participé au génocide de 1994. Je parle seulement de démocrates, qui s’étaient engagés dans la lutte contre la dictature sous le précédent régime, et qui donc ne pouvaient pas non plus accepter celle de Paul Kagame.
Ainsi, Seth Sendashonga, qui fut membre du comité exécutif du FPR et ministre de l’intérieur dans le premier gouvernement FPR, a été tué à Nairobi (Kenya) par un commando envoyé par Kagame. Son seul crime était d’avoir formé avec certains d’entre-nous, les Forces de Résistances pour la Démocratie, une organisation d’opposition opérant à partir de l’étranger.
Le premier président de la république sous le régime FPR, Pasteur Bizimungu, a été jeté en prison en 2001. Il a été condamné à 15 ans de prison en 2003, soit exactement la durée des deux mandats légaux que Paul Kagame s’est arrogé à travers la constitution adoptée en mai 2003. Son seul crime est d’avoir démissionné et quitté le FPR en 2000 et d’avoir tenté de former un nouveau parti politique indépendant du FPR.
Kabanda Célestin, ancien président du MDR, premier parti d’opposition sous le précédent régime, qui fait partie de toutes les coalitions gouvernementales depuis la prise du pouvoir par le FPR en juillet 1994, a été dissout un mois avant les élections de 2003. M. Kabanda, qui était Secrétaire d’Etat à la planification économique dans le cabinet dirigé par l’actuel Premier ministre Bernard MAKUZA, a tenté de former un nouveau parti l’ADEP-Amizero. Le régime de Kagame a utilisé toutes les tactiques, allant du harcèlement judiciaire à l’emprisonnement, pour finalement empêcher son enregistrement. Un leader de ce parti, le Dr Hitimana Jean-Léonard, a été tué par des escadrons de la mort du FPR et un autre Pierre GAKWANDI, croupit en prison. Kabanda lui-même a été contraint de quitter le pays pour un exil forcé en France. On peut multiplier les exemples à l’infini.

Pourquoi le FPR ne veut-il pas accepter une ouverture de l’espace politique au Rwanda ? Cela se fait quand même dans tous les pays de la région (Congo, Kenya, Burundi, Ouganda, Tanzanie).
JB. Mb:
Le FPR ne peut accepter de gré une ouverture de l’espace politique car cela signifierait la fin du pouvoir de Kagame. Pour comprendre cela, il faut connaître la nature de cette organisation. Le FPR n’est pas une organisation nationale. Dès sa création, le FPR était une organisation à base ethnique et non nationale. Il est dirigé par une clique sectaire dont les membres sont responsables de nombreux crimes aussi bien au Rwanda qu’au Congo.
Les années de guérilla n’ont pas changé sa composition. Sa prise du pouvoir politique en juillet 1994 n’a pas changé fondamentalement sa nature et sa composition. Elle a opéré des recrutements cosmétiques de quelques Hutus destinés à donner le change à l’opinion internationale. En même temps, elle a liquidé politiquement ou physiquement tous les Hutus qui avaient participé à sa lutte pour la prise du pouvoir.
Elle a une peur bleue de la compétition électorale qu’elle crie sur tous les toits lorsqu’il s’agit de la RDC. La raison principale est qu’elle est consciente qu’elle n’a pas d’implantation réelle parmi toutes les composantes ethniques du pays. De plus, elle a commis tellement de crimes qu’une ouverture politique suppose la reconnaissance de ceux-ci et l’acceptation de la fin de l’impunité de ses auteurs. Or, le premier criminel est Paul Kagame lui-même.
De plus, les masses rwandaises vivent dans la misère la plus crasseuse pendant que la clientèle de Paul Kagame, entendez ceux à qui il distribue des prébendes, accumule des richesses découlant du pillage des ressources de la RDC, du squattage des biens meubles ou immeubles des réfugiés, de la soi-disant privatisation des entreprises publiques et des détournements de l’aide internationale que le pays reçoit en échange des services que l’armée de Kagame veut bien rendre à certaines grandes puissances. Or, cette clientèle n’est qu’une infime minorité dans l’ensemble de la population rwandaise.
Kagame et les siens savent très bien qu’il suffit qu’un parti d’opposition avec un programme, un discours et une organisation cohérents se présente aux élections pour qu’il gagne inévitablement et balaye le FPR de la scène politique. C’est la vraie raison pour laquelle Kagame n’a pas voulu dire oui aux négociations sur les fameuses « mesures d’accompagnement » que les FDLR n’ont d’ailleurs pas posés en préalables à l’abandon de la lutte armée.
Pour lui, refuser ces discussions est évidemment très simple quand il s’agit des FDLR. Il lui a suffi de brandir l’accusation de génocide pour les disqualifier. Quand il s’agit d’autres organisation, incapable de brandir le même argument, il fabrique d’autres prétextes notamment pour refuser tout autre parti indépendant: l’accusation de divisionnisme. Il n’a pas hésité à en faire usage pour empêcher la naissance du PDR-Ubuyanja de Pasteur Bizimungu, dissoudre de fait le MDR de Célestin Kabanda ou refuser l’enregistrement de l’ADEP-Amizero.
Vous comprenez qu’il est probablement hors de question pour lui d’accepter un mouvement qu’il qualifie de « génocidaire » surtout au moment où il a enfourché son principal cheval de bataille : « la lutte contre le génocide » ou contre ce qu’il appelle « l’idéologie du génocide ». Enfin le timing est mal choisi puisqu’on est en pleine commémoration du génocide. Il exclut donc tout ce qui peut ressembler de près ou de loin au « dialogue inter-rwandais hautement exclusif ».

Comment est-ce que la situation au Rwanda pourrait être débloquée ?
JB MB :
La politique, c’est d’abord une question de rapports de force politique ou même militaire, quand cela est nécessaire. C’est au Rwandais de créer ce rapport de force favorable au changement démocratique. Le FPR est une force conservatrice. Il a mis en place un système politique assurant sa conservation du pouvoir politique. Pour forcer le FPR à accepter la démocratie multipartiste, il faut que l’opposition rwandaise rassemble des forces pour l’imposer. Ne pouvant pas le faire légalement au Rwanda, elle est obligée de le faire à partir de l’extérieur. Et rien, ni personne ne peut l’en empêcher.
Quant à la soi-disant communauté internationale, elle doit faire son travail. En particulier, l’Union Africaine et l’Union Européenne étaient prêtes à dépenser des millions d’Euros pour financer deux brigades puissamment armées pour désarmer les FDLR de force. Maintenant qu’elles n’ont pas à le faire, puisque les FDLR ont accepté le désarmement sans condition, elles devraient utiliser ces ressources à faire pression sur Paul Kagame pour qu’il accepte la démocratie qu’ils prêchent pour les autres pays.
Cela suppose que Kagame doit donner des garanties politiques et des garanties de sécurité aux opposants. De façon précise, il doit accepter les garanties politiques suivantes:

  1. Libérer sans conditions les prisonniers politiques notamment le président Pasteur Bizimungu ;
  2. Réviser la constitution du 26 mai 2003 pour lever les limitations imposées à l’exercice des droits civils et politiques notamment la libre constitution et la libre activité des partis politiques sur tout le territoire rwandais ;
  3. Livrer au TPIR les membres du FPR ou de l’APR suspectés de crimes tombant sous son mandat comme cela se fait au Kosovo pour les criminels de l’UCK, dans le cadre des enquêtes spéciales de ce tribunal ;
  4. Accepter la mise en place d’institutions de transition représentatives de la société rwandaise dont un gouvernement d’union nationale de transition chargé de préparer de nouvelles élections démocratiques, libres et transparentes ;
  5. Accepter la mise sur pied d’une commission vérité et réconciliation chargée d’enquêter sur tous les crimes commis depuis le 1er octobre 1990, de proposer une voie d’éradication de l’impunité dont jouissent leurs auteurs et une juste indemnisation de toutes les victimes;
  6. Suspendre la loi sur la terre en attendant sa révision par un parlement plus représentatif ;
  7. Restituer sans condition les biens meubles et immeubles des réfugiés y compris une juste indemnisation de ceux pour qui les biens ont été illégalement confisqués depuis 1994 ;

Il faut également que le régime de Paul Kagame donne des garanties de sécurité pouvant permettre un retour volontaire de tous les réfugiés rwandais qui le désirent et pas seulement ceux qui se trouvent en RDC. Pour cela, il faut que le régime FPR accepte :

  1. La mise en place d’un mécanisme neutre pour assurer la protection des membres des institutions de transition proposées et pour assister le pays dans la réforme des institutions de défense et de sécurité ;
  2. La dissolution, le cantonnement, le désarmement et la démobilisation de toutes les milices y compris la Local Defence Force, la milice du FPR ;
  3. La réforme de l’armée et de la police pour constituer des forces de défense et de police réellement nationales ;
  4. La réformer des organes de renseignement afin de les mettre au service de la sécurité du pays et de ses habitants et non à celle du régime FPR comme cela se fait aujourd’hui ;
  5. L’octroi d’une amnistie aux membres des groupes d’opposition recherchés ou condamnés par les tribunaux du régime pour des infractions autres que celles impliquant une participation au génocide ou à d’autres crimes contre l’humanité.

A titre d’illustration, le premier vice-président de notre organisation, Maj Gérard NTASHAMAJE, a été condamné par les tribunaux militaires du régime pour le simple fait qu’il a quitté l’APR et qu’il est opposé à la politique du FPR.

Nous croyons que rien ni personne n’empêchera indéfiniment au peuple rwandais de jouir des mêmes droits que tous les peuples de la Région des Grands Lacs, d’Afrique ou du monde, à savoir le droit de vivre, libres et en paix dans les frontières de leur pays et de choisir librement son gouvernement. Paul Kagame et son régime ne peuvent pas indéfiniment dénier au peuple rwandais ce droit au nom d’un génocide qu’ils ont contribué à faire aboutir dans le cadre de leur stratégie militariste de prise du pouvoir total par la force.