La
vie de Che (1)
Un
médecin qui parcourt le monde pour lutter contre les injustices
Par
L'Avenir, 14 avril 2005
"
Nous allons à la recherche des quartiers les plus pauvres
de la ville. Nous bavardons avec les nombreux mendiants. Notre
nez respire attentivement la misère."
En janvier 1952, en compagnie d'Alberto Granado, il se met en
route avec une vieille motocyclette Norton 500 cc.
Lors de leur arrivée à Valdivia, au Chili, un journal
local publie une interview sous le titre " Deux intrépides
motocyclistes argentins de passage à Valdivia. Il A Temuco,
cela devient: " Deux experts argentins de la lèpre
traversent l'Amérique latine à motocyclette "
1. A Valparafso, il écrit dans son journal: "
Nous allons à la recherche des quartiers les plus pauvres
de la ville. Nous bavardons avec les nombreux mendiants. Notre
nez respire attentivement la misère. "
7
mars 1952. Ernesto rencontre une femme plus âgée.
Elle est malade et vient d'être licenciée. Il écrit:
" Dans de tels cas, un médecin, conscient de son
infériorité totale vis-à-vis de l'environnement,
va imposer un changement. Quelque chose qui va abolir une telle
injustice (...). C'est ici que l'on apprend à comprendre
la tragédie du prolétariat du monde entier. Ces
yeux moribonds essaient servilement de s'excuser; et souvent,
il y a aussi cette demande désespérée de
consolation qui se perd à la hâte. Jusque quand cet
ordre des choses, basé sur un absurde sentiment de classe,
continuera-t-il à exister? "
10 mars
1952. A Cuba, le général Fulgencio Batista s'empare
du pouvoir grâce à un coup d'Etat particulièrement
violent. Les protestations de masse sont brutalement réprimées.
Le 12 mars, à Baquedano, une petite ville chilienne, Ernesto
et Alberto font la connaissance d'un jeune couple de travailleurs
chiliens, des communistes. " Dans son langage simple,
un mineur nous a parlé de ses trois mois de prison, de
sa femme affamée qui l'a suivi fidèlement, de ses
enfants qui ont été recueillis par des voisins,
de ses démarches infructueuses en quête de travail
de ses copains qui avaient disparu de façon mystérieuse,
et dont on raconte qu'ils ont été largués
en mer: Ce couple transi de froid; cet homme et cette femme blottis
l'un contre l'autre dans le désert nocturne, sont une représentation
vivante du prolétariat de la terre tout entière,
où que l'on soit... Ils n'avaient même pas une couverture
pour se couvrir. Nous leur avons donné les nôtres.
Je n'ai jamais eu aussi froid que cette nuit, mais en même
temps, je me sentais un peu plus rattaché à cette
partie de l'espèce humaine qui m'était inconnue.
"
Le lendemain,
il visite les mines de Chuquicamata et fait une analyse de l'exploitation
des mineurs par les entreprises nord- américaines. A propos
du Chili, il écrit: " L'effort le plus important
doit être consacré à se débarrasser
de l'emprise particulièrement déplaisante de 'l'ami
yankee. Il s'agit certainement d'une tâche gigantesque,
en raison de la grande quantité de dollars qui ont été
investis ici et de la grande facilité avec laquelle ils
peuvent exercer des pressions économiques lorsqu'ils savent
que leurs intérêts sont menacés. "
Le 24
mars, il arrive à Tacna, au Pérou. Après
une discussion au sujet de la pauvreté dans la région,
il rappelle dans ses notes les mots mêmes de José
Marti: " Je veux lier mon sort à celui des pauvres
de ce monde. "
Le 1
er mai, ils arrivent à Lima. Le Che y rencontre le docteur
Hugo Pesce, un scientifique péruvien, directeur du programme
national contre la lèpre, et marxiste important. Pendant
plusieurs nuits, ils discutent jusqu'au petit matin. Des années
plus tard, le Che déclarera que ces conversations avaient
eu une grande influence sur son changement d'attitude à
l'égard de la vie et de la société.
Le 2
juillet, il arrive à Bogota, et il écrit: "
En ce qui concerne les droits de l'individu, ce pays en est au
point le plus grave de tous les pays que nous avons visités.
La police patrouille dans les rues, le fusil sur l'épaule
et demande à tout bout de champ à voir votre passeport,
bien que toute une série de policiers vous l'aient déjà
demandé plus tôt. Il règne ici un climat tendu,
comme si on s'attendait à ce qu'à court terme il
y ait des troubles. "
Le 17
juillet, il arrive à Caracas. Il y décide de rentrer
à Buenos Aires afin de terminer ses études de médecine.
Il voyage à bord d'un avion de marchandises qui transite
par Miami, où des problèmes techniques à
l'appareil l'immobilisent pendant un mois. Pour survivre, il travaille
comme serveur et plongeur dans un bar. Régulièrement,
la police l'arrête et l'interroge. Elle veut savoir s'il
est communiste, ou si son père est communiste et ou si
sa mère est communiste.
Le 31
août, il est de retour à Buenos Aires.