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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

mardi, 19 avril 2005, 12h08


Pourquoi les élections sont indispensables au Congo

Isidore Ndaywel è Nziem, historien congolais, en débat à la Fête du 1er Mai du PTB

Homme incontournable quand il s'agit de parler de l'histoire du Congo, le professeur Ndaywel a été un des rares scientifiques congolais à qui le Musée Royal pour l'Afrique Centrale de Tervuren a fait appel pour préparer l'exposition en cours «La mémoire du Congo - la période coloniale». Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il insiste sur l'aspect démocratique de la lutte actuelle au Congo. Il viendra en parler avec Ludo Martens, président du PTB et spécialiste du Congo (où il séjourne régulièrement), lors de la Fête du 1er Mai du PTB.

Solidaire, 20-04-2005

Nom: Isidore Ndaywel è Nziem
Age: 61 ans
Etat civil: marié, 5 enfants
Profession: historien, linguiste, professeur entre autres au département d'histoire de l'université de Kinshasa, directeur honoraire à l'agence intergouvernementale de la Francophonie.
Bibliographie: auteur du livre le plus complet jamais publié sur l'Histoire du Congo (lire encadré).


Face aux images de misère qui nous parviennent du Congo, certains affirment que le niveau de vie à la fin de la colonisation (1960) était meilleur qu'aujourd'hui. Les Congolais n'auraient-ils pas été capables de gérer leur indépendance?

Isidore Ndaywel è Nziem. D'abord, il faut savoir que cette prétendue prospérité de la fin de la colonisation était avant tout portée par les Congolais eux-mêmes, qui ont bâti le Congo. Quand une maison est construite, on ne dit pas que c'est seulement le travail de l'architecte ou de l'ingénieur. N'est-ce pas que c'est surtout le travail des maçons et des ouvriers? De plus, c'est le Congo lui-même qui avait financé sa propre colonisation.

Précisons aussi que, si aujourd'hui le Congo se trouve dans des conditions d'une crise économique, cette situation est également la conséquence lointaine des choix économiques qui datent de la période coloniale. L'agriculture vivrière (destinée à l'alimentation locale) a toujours été négligée: celle qui a été développée était celle destinée à l'exportation. Pas étonnant que cette politique ait abouti à des crises alimentaires.

Le rôle du Congo n'a jamais été autre que celui d'exporter les matières premières. Les produits miniers d'abord, comme le cuivre, le diamant, l'étain, l'uranium. Les produits agricoles ensuite, comme le coton, l'huile de palme, le café. Quand les prix de ces matières chutent, toute notre économie s'effondre. Et si nous n'avons pas su changer ces choix, c'est parce que depuis l'indépendance, on nous en a empêchés. La dictature avait intérêt à maintenir ces options économiques, pour faire plaisir aux multinationales, au monde du capital en Occident et obtenir en retour leur soutien.

Cela fait aujourd'hui 45 ans que nous luttons contre ces options économiques qui datent de la période coloniale. En plus de tout cela, est venu s'ajouter cette situation de guerre larvée qui parfois s'arrête, ensuite reprend, à base de pillage et d'expropriation, une fois de plus, des matières premières: coltan, diamant, bois précieux. Bientôt, elle aura atteint dix ans, cette guerre qui ressemble à une guerre de trente ans et qui a déjà coûté tant de vies humaines - on parle de 3,8 millions de morts - et causé tant de destruction.

Mais quelles sont les causes et responsables de cette guerre? Les Congolais ne portent-ils pas une part de responsabilité?

Isidore Ndaywel è Nziem. La responsabilité congolaise est indirecte. Elle réside dans le fait de n'avoir pas conduit à bon port ce qu'on appelle aujourd'hui la première transition entre 1990-1997, qui aurait dû mettre fin à la dictature mobutiste et mettre en place des institutions démocratiques. La transition a été chaque fois prolongée, les élections chaque fois reportées et, après six années, le dictateur, bien que malade, avait toujours les rênes bien en main.

Si cette période de transition avait pu se terminer avant 1994, date du génocide au Rwanda, cela aurait changé complètement la situation en Afrique centrale. Il n'y aurait probablement pas eu ce génocide ou il n'aurait pas eu l'ampleur qu'il a connue. Avec le départ de Mobutu, le régime de Habyarimana, qui a organisé le génocide, aurait certainement pu partir sans trop de casse. Ce qui aurait complètement changé les rapports de force dans la région.

De toute façon, la volonté du Rwanda de porter la guerre au Congo pour traquer les Interhamwe (les milices génocidaires) et tenter de réaliser ses ambitions d'ordre territorial et foncier, n'aurait pu se dissimuler derrière le discours nationaliste congolais de libération du Congo de la dictature. Sans Mobutu au pouvoir, le projet de création de l'AFDL (l'alliance menée par Kabila) aurait été sans objet. Il ne faut pas oublier que la guerre qui a commencé en 96 au Congo était la conséquence de la guerre de 94 au Rwanda.

Une histoire complète du Congo
Le livre du professeur Ndaywel, Histoire générale du Congo. De l'héritage ancien à la République Démocratique (De Boeck & Larcier, 1998) traite l'histoire du Congo à partir de la période précoloniale jusqu'en 1997, année de la chute de Mobutu. C'est le livre le plus complet sur l'histoire du Congo. Derrière le théâtre des convulsions contemporaines, il décrit la maturation d'une nation et d'un pays qui demeure la pierre angulaire du décollage économique de l'ensemble de l'Afrique centrale.


La semaine passée les FDLR (les forces rwandaises qui combattent le gouvernement rwandais à partir du Congo) ont annoncé la fin de la lutte armée et leur retour au Rwanda. Peut-on espérer la fin de cette guerre?

Isidore Ndaywel è Nziem. Il faut évidemment saluer ce geste encourageant, de nature à apporter une accalmie et, en tout cas, d'effacer la raison avancée pour justifier les poussées rwandaises au Congo. Mais le chemin de la paix est encore long. Car il y a des forces qui ont profité de ce qu'on appelle l'économie de guerre. Il faut donc s'attendre à ce qu'ils fabriquent de nouveaux prétextes pour prolonger le conflit.

Il y a aussi les problèmes internes du Rwanda et du Congo, qui font obstacle au retour à la paix. Pour que cette guerre se termine, il faut le retour de la confiance et celui d'une coopération régionale entre les trois pays jadis gérés à partir de la Belgique: le Congo, le Burundi et le Rwanda. Cela demandera du temps.

Il faudrait aussi bien au Rwanda et au Congo, que des dirigeants soient élus par leurs peuples lors d'élections transparentes. De cette façon, une bonne volonté peut s'installer des deux côtés. Seuls des dirigeants responsables, représentatifs de la volonté du peuple pourront mettre définitivement fin à cette période d'hostilité et de méfiance réciproque. Car les peuples de notre région veulent la paix.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a déclaré récemment qu'il n'avait rencontré aucun dirigeant compétent au Congo. Très peu de gens l'ont contredit sur le fond...

Isidore Ndaywel è Nziem. Il faut faire la différence entre compétence technique et compétence politique. Il est clair qu'au Congo, il y a beaucoup de Congolais bien formés et compétents du point de vue professionnel.

S'agissant de la compétence politique, il y a effectivement beaucoup de faiblesses, certainement non excusables, mais parfaitement compréhensibles, si on se réfère à l'histoire du Congo. Pendant la période coloniale, les élites congolaises n'avaient jamais été préparées à gérer ce gigantesque pays.

Jusqu'aux années 50, il était défendu aux Congolais de s'organiser en partis politiques. Le processus de démocratisation et, donc de formation politique sur le tas, entamé à la fin des années 50, a été interrompu brutalement en 1965. Sous le long règne de Mobutu, en effet, il n'y avait plus aucune possibilité de poursuivre l'apprentissage de la gestion démocratique.

C'est l'époque où les hommes politiques étaient pratiquement devenus de simples «fonctionnaires politiques», n'ayant pas à répondre de leurs actes devant un électorat. Il n'est donc pas étonnant que cette tradition de fonctionnariat politique se soit poursuivie jusque de nos jours. La majorité des hommes politiques congolais sont convaincus qu'il faut d'abord plaire à tel ou tel dirigeant ou gouvernement étranger, que ce soit en Afrique ou à Washington, Paris, Londres ou à Bruxelles, pour accéder au pouvoir et s'y maintenir. Les innovations politiques locales ne sont jugées pertinentes que si elles sont appréciées par des parrains extérieurs.

Il faut évoquer aussi le caractère pléthorique de cette classe politique où les politiciens de la génération de Lumumba et de Kasa-Vubu cohabitent avec ceux de la génération de Joseph Kabila et d'Azarias Ruberwa. Dans un système de gestion si catastrophique, où la retraite est une coquille vide et la sécurité sociale une réalité inconnue, on comprend qu'il soit difficile d'abandonner la politique. C'est devenu une recette de survie. L'informel politique rejoint ici l'informel commercial et l'informel religieux. La classe politique congolaise est à l'image de l'état de délabrement du pays.

Il est temps de renouer avec l'expérience démocratique qui avait commencé en 1960 et s'est arrêtée par la suite. De ce point de vue, les élections sont incontournables.

Selon Karel De Gucht, il faudrait intégrer les perdants des élections dans le nouveau gouvernement afin d'éviter que la guerre reprenne...

Isidore Ndaywel è Nziem. Je ne suis pas de cet avis. Pourquoi le Congo devrait-il se doter d'une démocratie au rabais, telle qu'elle ne fonctionne nulle part ailleurs et qui ne conduirait qu'à la mise en place des gouvernements d'union nationale? Il se trouve qu'au Congo, on n'a toujours mis en place que des gouvernements d'union nationale, dans lesquels se retrouvaient aussi bien la minorité que la majorité. Le résultat c'est que cette minorité emploie sa position dans le gouvernement pour faire un travail de déstabilisation.

Au Congo, n'ont toujours été mis en place que des gouvernements d'union nationale, dans lesquels se retrouvaient aussi bien la minorité que la majorité. Cela a commencé avec le gouvernement de Lumumba (1960), qui a été obligé d'accepter ses opposants dans son gouvernement, ce qui lui a été fatal. Sur la photo: le gouvernement de Patrice Lumumba. (Photo archive)

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Cela a commencé avec le gouvernement de Lumumba (1960), qui a été obligé d'accepter ses opposants dans son gouvernement, ce qui lui a été fatal. Adula (1961) a connu les mêmes déboires. Et aujourd'hui, on veut reprendre cela? Il faut surtout qu'après les élections, on laisse jouer la démocratie par alternance. C'est-à-dire que l'opposition apprenne à jouer son rôle critique, en attendant son tour de gouverner, sans vouloir déstabiliser le pouvoir.

Et le pouvoir doit être en mesure de développer une gestion cohérente, en tirant profit de la critique de l'opposition, comme d'un garde-fou qui l'empêche de tomber dans des dérives et des excès. Réclamer, aujourd'hui, un gouvernement d'union nationale après les élections, c'est militer pour la mise en place d'un gouvernement faible et divisé. L'on pourra alors continuer à parler de l'incompétence de la classe politique congolaise.

La tenue des élections est-elle bien réaliste? Normalement, elles devraient avoir lieu avant le 30 juin.

Isidore Ndaywel è Nziem. Il faut être cohérent: il y a eu des accords conclus à Pretoria en avril 2003, dans le prolongement de ceux de san City et de Lusaka. Une Constitution de transition est sortie de toutes ces négociations. Elle doit être respectée, sans quoi ce serait nous moquer de nous-mêmes et de notre peuple.

Cette Constitution prévoit que la période de transition devrait aboutir à des élections et l'investiture d'un nouveau Président avant le 30 juin 2005. Aujourd'hui, on peut constater que cela est mathématiquement impossible. Les préparatifs administratifs ne sont pas terminés: le gouvernement a été empêché à plusieurs reprises de se concentrer sur cette question, à cause des multiples reprises de la guerre au Kivu. Il y a aussi des difficultés logistiques. Les gouvernements de différents pays qui avaient promis de participer au financement n'ont pas encore tenu leurs promesses.

Fort heureusement, la Constitution prévoit une possible prolongation de la période de transition de six mois, renouvelable une seule fois. A ce compte-là, on ne peut que poursuivre cette logique jusqu'au bout. Du moins en un premier temps. La situation aurait été dramatique, si on était la veille de juin 2006. Ce n'est pas une raison de se croiser les bras. Il faut, au contraire, mettre les bouchées doubles. Ce qui est sûr, c'est que, tôt au tard, les élections auront lieu au Congo. Puisque la population les réclame avec détermination.

Chronologie

  • 30 juin 1960. Indépendance du Congo.
  • 17 janvier 1961. Assassinat du Premier ministre Lumumba. Mobutu prend le pouvoir, d'abord comme homme fort, comme président en 1965. Sa dictature durera plus que trente années.
  • 7 avril- 4 juillet 1994. Génocide au Rwanda. Quelque 800.000 personnes (sur 7 millions d'habitants) sont massacrées en trois mois.
  • 13 Octobre 1996 - 17 mai1997. Guerre de libération qui commence avec le démantèlement des camps de réfugiés rwandais à l'Est du Zaïre et qui finit avec la chute du dictateur Mobutu. Laurent Désiré Kabila devient Président de la République démocratique du Congo (RDC).
  • 2 août 1998. Eclatement de la guerre d'agression que le Rwanda et l'Ouganda, appuyés par les Etats-Unis, mènent contre le Congo.
  • Juin-août 1999. Accord de Lusaka qui prévoit une procédure pour finir la guerre... qui se poursuivra jusqu'en 2003.
  • 16 janvier 2001. Le président Laurent Désire Kabila est assassiné. Son fils Joseph Kabila lui succède à la présidence.
  • 25 février2002. Début du Dialogue intercongolais à Sun City, ville de casino en Afrique du Sud. Dialogue qui sera interrompu plusieurs fois et finira en avril 2003.
  • Juillet et septembre 2002. Signature de deux accords de paix, l'un entre le Congo et le Rwanda, l'autre entre le Congo et l'Ouganda.
  • 30 juin 2003. Nomination d'un gouvernement de transition selon l'accord conclu à Prétoria le 17 décembre 2002. Joseph Kabila reste Président. Les collaborateurs congolais des agresseurs rwandais et ougandais reçoivent un nombre important de postes comme vice-présidents, membres du gouvernement et du Parlement.
  • Mai-juin et décembre 2004. La guerre ouverte reprend encore à ces deux moments au Kivu. En Ituri, il y aura une situation de guerre régionale qui vient de se terminer au début de ce mois d'avril 2005 avec le désarmement des différentes milices appuyées par le Rwanda et l'Ouganda.
  • 30 juin 2005. C'est la date à laquelle les élections devraient se tenir selon la Constitution de transition. Mais elles peuvent être postposées à octobre 2005 ou juin 2006 au plus tard.

 

Débat: les élections mettront-elles un terme à la guerre au Congo?

La guerre au Congo a déjà fait plus de 3,8 millions de victimes. Soit une quinzaine de tsunamis! À travers une interminable série de provocations et de crises, qu'il est parvenu à déjouer chaque fois, le président Joseph Kabila conduit son pays aux élections, cette année. Ce projet a-t-il la moindre chance de réussir?

  • Ludo Martens, président du PTB et spécialiste du Congo
  • Isidore Ndaywel E Nziem, professeur d'histoire à l'université de Kinshasa
  • La conférence sera introduite par un bref reportage réalisé par le journaliste Raf Custers.

La Fête du 1er Mai aura lieu à la VUB, Boulevard de la Plaine 2, à Ixelles (Bruxelles). Programme complet et infos: www.ptb.be Les cartes de préventes peuvent être commandées sur www.ptb.be/shop ou par téléphone au 02/504.01.12.