Discours
de Son Excellence Monsieur le Président de la République
à l’occasion de l’adoption du projet de Constitution
par l’Assemblée Nationale
Monsieur
le Président de la République Sud-Africaine ;
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale
;
Monseigneur le Président du sénat ;
Honorables Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Distingués Sénateurs ;
Distingués invités ;
Chers Compatriotes ;
Il y a deux ans, j’ai promulgué, le 04 avril 2003,
la Constitution de la Transition, élaborée sur base
de l’Accord Global et Inclusif sur la transition en République
Démocratique du Congo.
Conformément à l’article 110 de cette Constitution,
j’ai décidé, ce jour, de m’adresser
à la Nation congolaise, à travers les deux chambres
du Parlement réunies : l’Assemblée Nationale
et le Sénat.
Ce message à la Nation intervient au moment où l’Assemblée
Nationale vient d’adopter le projet de Constitution devant
régir notre pays dès sa promulgation.
L’adoption de ce projet marque une étape décisive
dans le processus de transition conduisant à l’organisation
des élections libres, démocratiques et transparentes.
Je saisis cette opportunité pour féliciter les Honorables
Députés et Sénateurs, pour le travail accompli.
Avant de poursuivre mon propos, je salue la présence parmi
nous de Son Excellence Monsieur THABO MBEKI, Président
de la République sud-Africaine.
Au nom du Peuple congolais, du Gouvernement et au mien propre,
je voudrais réitérer mes remerciements au Président
de la République Sud-Africaine d’être des nôtres
en ce jour mémorable de l’adoption du projet de Constitution,
signe d’amitié et de l’excellence des relations
existant entre les Peuples sud-africain et congolais.
C’est ici également l’occasion de remercier
le Comité International d’Accompagnement de la Transition,
CIAT en sigle, pour son apport et soutien au processus en cours
dans notre pays.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes
J’ai estimé opportun d’adresser au Peuple congolais,
un message de paix et d’espoir, un message d’apaisement
et d’encouragement, en rapport avec l’évolution
du processus de transition qui doit se poursuivre jusqu’à
son terme.
L’occasion m’est ainsi donnée d’évaluer
le chemin parcouru depuis la mise en place des institutions et
de rassurer le Peuple de ma détermination à faire
aboutir la transition.
Je voudrais également, du haut de cette tribune, présenter
mes salutations ainsi que mes remerciements à tout le Peuple
congolais, pour son attachement à la paix, à la
démocratie et à l’unité de la patrie.
Maintenant qu’une étape rendant irréversible
le processus de transition vers la tenue des élections
vient d’être franchie, je ne puis m’empêcher
d’avoir une pensée pieuse pour ceux de nos compatriotes,
civils et éléments des forces armées et de
la Police Nationale qui ont donné de leur vie pour sauvegarder
l’unité, la cohésion nationale, l’intégrité
du territoire, la souveraineté et l’indépendance
de l’Etat congolais.
Ces sentiments de reconnaissance s’adressent également
aux vaillants casques bleus de la Monuc qui ont perdu leur vie
dans la noble mission de rétablissement de la paix et de
la sécurité dans notre pays.
Mes remerciements s’adressent enfin à la Communauté
Internationale, particulièrement à l’Union
Européenne, à la France, aux Pays-Bas, à
la Belgique, à l’Afrique du Sud et à l’Angola
qui ont apporté une contribution substantielle dans le
processus de la transition, notamment la mise en place d’une
Armée et d’une Police intégrées ainsi
que dans le financement des activités de la Commission
Electorale Indépendante.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
Avant d’évaluer le chemin parcouru ensemble, je voudrais
rappeler la situation qui prévalait dans le pays avant
la mise en place des institutions de la transition.
Le pays était au bord de l’éclatement, occupé
par les troupes étrangères et confronté à
une guerre qui continuait à décimer inutilement
nos populations.
L’économie était en pleine régression,
le tissu économique totalement détruit, la coopération
bilatérale et multilatérale rompue et le pays plongé
dans l’isolement diplomatique.
Le 26 janvier 2001, j’ai pris le ferme engagement de mettre
fin à la guerre, de réunifier le pays, de relancer
l’économie, de briser l’isolement diplomatique,
de poursuivre le processus de démocratisation et d’amener
le Peuple aux élections.
Pour ce faire, je me suis inscrit dans la logique du dialogue
et de l’ouverture aux forces politiques et sociales, tel
que prévu par l’Accord de Lusaka.
La mise en œuvre de cette politique a conduit à la
conclusion , d’une part, de l’Accord Global et Inclusif
qui a mis fin aux hostilités entre Congolais et, d’autre
part, des Accords de Pretoria et de Luanda, respectivement avec
le Rwanda et l’Ouganda, en vue de rétablir l’intégrité
du territoire national.
Cette tâche, qui a exigé de laborieuses négociations,
n’a pas été aisée. En effet, plusieurs
rencontres nous ont conduits de Gaborone à Sun City, en
passant par Addis-Abeba, Bruxelles, Abuja, Genève et Pretoria,
tout cela, à la recherche d’une formule permettant
l’intégration et l’inclusion de toutes les
forces politiques et sociales, de façon à rendre
possible la réconciliation nationale.
A ce sujet, plusieurs formules ont été proposées
:
- Un Président de la République et un Premier Ministre
;
- Un Président de la République, deux Vice-Présidents
et un Premier Ministre ;
- Un Président de la République et quatre Vice-Présidents.
C’est cette dernière formule qui a rencontré
le consensus et qui a permis la signature de l’Accord Global
et inclusif en date du 17 décembre 2002 et l’adoption
de la Constitution de la Transition promulguée le 4 avril
2003.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
Après ce rappel historique, l’évaluation de
la transition à laquelle je vous convie tous, devra permettre,
non seulement de signaler ce qui a été fait, ce
qui n’a pas été fait, ce qui reste à
faire, mais aussi et surtout, de relever les obstacles structurels
et les défaillances humaines qui ont ralenti le processus
de transition.
A ce propos, le Dialogue Inter-Congolais a assigné aux
institutions de la transition les objectifs principaux ci-après
:
1° la réunification, la pacification, la reconstruction
du pays, la restauration de l’intégrité territoriale
et le rétablissement de l’autorité de l’Etat
sur l’ensemble du territoire national ;
2° la réconciliation nationale ;
3° la formation d’une armée nationale, restructurée
et intégrée ;
4° l’organisation d’élections libres et
transparentes et démocratiques à tous les niveaux.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
Les réalisations et les tâches accomplies dans les
domaines de la réunification, de la pacification ainsi
que de la restauration de l’intégrité territoriale
et de l’autorité de l’Etat sont multiples.
En effet, ce qui, à l’époque, paraissait une
simple vue de l’esprit en termes de réunification
du pays, est aujourd’hui une réalité. Pour
preuves :
1. Toutes les provinces, toutes les villes, ainsi que beaucoup
d’autres lieux du pays sont couverts par des réseaux
de télécommunications, et les médias. Plusieurs
compagnies aériennes relient régulièrement
et sans entrave aucune, différents points du territoire
national.
2. Les lignes ferroviaires Kisangani – Ubundu, Kindu –
Lubumbashi et bientôt Kabalo- Kalemie ont été
reouvertes tandis que la voie fluviale, encore marquée
d’une grande lenteur et peu exploitée, s’affermit
de jour en jour, reliant notamment Kinshasa à Mbandaka
et à Kisangani.
3. la réunification territoriale et administrative par
la mise en place des gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces,
la réunification monétaire, économique et
fiscale, la réunification judiciaire par la mise en place
de tous les magistrats par une même autorité.
S’agissant de la pacification et du rétablissement
de l’intégrité du territoire, les foyers de
tensions et de conflits se sont apaisés et éteints
presque partout, à l’exception de l’Ituri,
du Nord-Katanga et des deux Kivu mais qui, depuis peu, connaissent
cependant une évolution positive.
Il subsiste des poches, cependant, où les éléments
armés répandent la peur et sèment la terreur.
C’est le cas, par exemple, de Walungu, dans la province
du Sud-Kivu. Cette situation est inadmissible. Je m’impliquerai
personnellement pour que le Gouvernement prenne les mesures pour
rétablir l’ordre, la sécurité et la
justice.
L’objectif de la pacification du pays a conduit aussi le
Gouvernement à initier des contacts politiques et diplomatiques
pour obtenir le désarmement volontaire et forcé
des différents groupes armés évoluant à
l’Est du pays.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
En ce qui concerne la mise en place d’une armée nationale
restructurée et intégrée, la promulgation
de la loi sur la Défense nationale, la mise sur pied de
l’Etat-major Général Intégré,
les Etats-majors des Régions militaires et de la Structure
Militaire d’Intégration témoignent des avancées
significatives dans le processus d’intégration de
nos forces armées.
Différents centres de brassage sont à pied d’œuvre.
Le centre de Kitona vient de terminer, grâce à l’appui
appréciable du Gouvernement angolais, la formation et l’intégration
de plus de 2.900 hommes constituant la deuxième brigade
intégrée. Celle-ci fait suite au processus mis en
marche depuis la formation de la première brigade intégrée.
La fin de la formation de la troisième brigade, depuis
le centre de Kamina, est imminente.
Le centre de brassage de Mushake où sont en préparation
près de 6.000 homme, ceux de Nyaleke et de Luberizi ont
mis des bouchées doubles pour arriver à temps à
ce grand rendez-vous.
Cette restructuration est aussi celle de la Police Nationale,
appelée à garantir la sécurité de
tous nos compatriotes et de leurs biens. Un plan opérationnel
permettant de garantir et de sécuriser, dans les meilleures
conditions, les échéances électorales est
à l’étude. Il est conçu pour prévenir
de possibles menaces ou des risques de dérapage lors du
déroulement des élections.
Il s’appuie essentiellement sur la Police Nationale Congolaise
et sur les prestations d’autres services de sécurité.
Il sera doté d’une structure politico-administrative
autonome reposant, au niveau national, sur le Comité de
Pilotage de Sécurisation du Processus Electoral.
Un effort général est fait pour doter la Police
Nationale des outils de son travail capables de sécuriser,
où qu’il se trouve, le citoyen congolais.
Enfin, sans une armée soudée et moderne, véritable
rempart de la nation, capable d’opposer une dissuasion crédible
aux forces hostiles, de défendre l’intégrité
du territoire national et de protéger le peuple congolais,
la paix ne restera qu’un vain mot pour notre pays. Aussi,
sous ma présidence, le Conseil Supérieur de la Défense
se réunit-il régulièrement pour examiner
diverses questions relatives à la défense nationale.
Parmi celles-ci figure en priorité, la mise en œuvre
du programme National de Désarment, Démobilisation
et Réinsertion qui, sous l’encadrement de la CONADER,
de la MONUC, du PNUD et de l’UNICEF, a déjà
procédé à la démobilisation d’environ
10.000 Miliciens.
En ce qui concerne le rétablissement de l’autorité
de l’Etat, de nouveaux Gouverneurs et Vice -Gouverneurs
de Province ont été nommés, l’Inspecteur
Général, les Inspecteurs Généraux
Adjoints et les Inspecteurs Provinciaux de la police ont été
désignés.
Pour ce qui est de la réconciliation nationale, on peut
constater, avec satisfaction, que les frères qui, hier,
se considéraient comme ennemis irréductibles, siègent
aujourd’hui côte à côte, au sein des
mêmes institutions. Et, devant l’impérieuse
nécessité de réussir le programme de la transition,
fruit du Dialogue inter-congolais, les acteurs politiques doivent
se comporter non pas comme des ennemis, mais comme des partenaires
ayant un même objectif.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
La réforme de l’Administration Publique a effectivement
démarré, notamment avec la révision du cadre
juridique, la rationalisation des structures des emplois, l’audit
des procédures de gestion des dépenses du personnel
et la maîtrise des effectifs par un recensement systématique
et rigoureux.
La détermination avec laquelle le Gouvernement poursuit
cette opération de recensement, la première d’une
telle envergure depuis notre accession à l’indépendance,
démontre sa volonté de réussir la réforme
de ce qui a longtemps constitué le maillon faible du dispositif
de reconstruction du pays. De même, elle permettra de générer
des économies susceptibles d’améliorer les
conditions salariales des agents et fonctionnaires de l’Etat
qui travaillent effectivement.
L’assainissement du cadre macro-économique amorcé
par le Gouvernement précédent et poursuivi par le
Gouvernement de Transition, a conduit à beaucoup d’effets
bénéfiques pour notre économie et notre population,
notamment la maîtrise de l’inflation, du taux de change,
la stabilisation économique, la maîtrise de l’approvisionnement
et des prix des produits pétroliers mettant ainsi fin à
de longues files devant les stations de carburant.
On peut aussi observer que, depuis 2001, l’évolution
du budget de l’Etat connaît chaque année un
accroissement. En effet, de 300 millions de dollars américains
en 2001, il est passé à 500 millions en 2002, 800
millions en 2003, 1 milliards 300 millions en 2004 et 1 milliard
700 millions de dollars américains en 2005.
Sur le plan de la réhabilitation des infrastructures de
base, des résultats notables ont été enregistrés.
A titre illustratif, je citerai les travaux de voirie à
Kinshasa, sur l’Avenue Kasa-Vubu et dans certaines Communes
de Kinshasa dont la Commune de Matete.
La remise en état de la Nationale n°1, singulièrement
le tronçon Kinshasa- Matadi, aujourd’hui entièrement
réhabilitée, facilitant aussi bien l’approvisionnement,
à moindres coûts, de la Capitale et des provinces,
que l’exportation des biens produits dans le pays.
Il y a à peine quelques jours, il a été inauguré
le début des travaux de la Nationale n°2 reliant Mbuji-Mayi
à Kasongo en passant par Kabinda et Lubao, tandis que la
route BENI-NIANA-KISANGANI connaît un début d’exécution
depuis le 7 mai 2005.
Toujours pour faciliter la mobilité et la réunification
du territoire, des travaux ont été entrepris aux
ports de Kinshasa, de Matadi et de Mbandaka.
Les études de faisabilité des barrages de Kakobola
dans le Bandundu et de Katende dans le Kasaï-Occidental ont
été achevées et les matériaux destinés
à la concrétisation de ces ouvrages ont déjà
été acheminés dans notre pays. La construction
de la deuxième phase du barrage de Tshala à Mbuji-Mayi
a été exécutée et plus de 30 km d’éclairage
public ont été réalisés dans cette
ville.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
En ce qui concerne le secteur de l’éducation, 126
écoles primaires et secondaires ont été programmées
pour réhabilitation, à raison de 23 pour le Bas-Congo,
15 pour le Bandundu, 22 pour le Kasaï-Occidental, 19 pour
le Kasaï-Oriental, 22 pour le Katanga et 25 pour la ville
de Kinshasa. D’autres le sont depuis la réunification
du pays et concernent toutes les provinces du Nord et de l’Est.
Au 31 mars 2005, 38 de ces écoles ont été
réhabilitées et réceptionnées, 57
écoles sont en phase finale de réhabilitation et
les travaux ont commencé sur beaucoup d’autres chantiers.
Dans le domaine de la Santé, je note qu’au 31 mars
2005, 45 zones de santé sur 67 ont été totalement
réhabilitées. Il en est de même de 3 centrales
d’achats des médicaments sur 5, et de 8 sur 14 des
bureaux d’Inspectorats médicaux de districts et des
Instituts de Techniques médicales.
S’agissant de la lutte contre les grandes épidémies
et pandémies, le Gouvernement a initié un programme
spécial de lutte contre la malaria et un Programme National
Multisectoriel de Lutte contre le VIH/SIDA.
Pour rendre plus efficace l’action du Gouvernement dans
le domaine de la santé, un projet de loi portant statut
spécifique des médecins de l’Etat a été
déposé devant l’Assemblée Nationale.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
Au plan politique et institutionnel, le Gouvernement de Transition
a certes un rôle central dans la réalisation des
objectifs de la transition. Et je viens de vous dire comment il
s’en acquitte depuis bientôt deux ans. Le Gouvernement
n’est cependant pas un acteur isolé, moins encore
un acteur unique. Sont aussi concernés, et ont un rôle
nécessairement complémentaire à celui du
Gouvernement, l’Assemblée Nationale, le Sénat,
les Cours et Tribunaux, ainsi que les Institutions d’Appui
à la Démocratie.
En ce qui concerne l’Assemblée Nationale et le Sénat,
je salue l’œuvre remarquable accomplie par ces deux
institutions en moins de deux ans d’existence, tant comme
pouvoir de contrôle de l’exécutif que comme
autorité législative. Vous avez donné le
meilleur de vous-même, malgré les difficultés
liées à votre installation, passant des sessions
ordinaires aux sessions extraordinaires sans interruptions ni
vacances.
En adoptant 45 textes de loi, y compris les lois autorisant la
ratification des accords internationaux, vous avez non seulement
enrichi et renforcé l’arsenal juridique de notre
pays, mais surtout joué un rôle historique dans la
refondation de notre pays, dans l’édification et
la consolidation de l’Etat de droit. Puissiez-vous trouver
ici l’hommage du Gouvernement et de l’ensemble de
la Nation.
Je voudrais aussi, du haut de cette même tribune, saluer
le Pouvoir Judiciaire. Je connais les difficultés de fonctionnement
qui sont les siennes et je tiens à le rassurer que les
grandes réformes requises dans le domaine judiciaire seront
menées à bout, notamment en ce qui concerne le nouveau
statut des magistrats et leurs rémunérations ; l’organisation
et le fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Je l’exhorte donc à assumer pleinement et effectivement
son rôle dans la lutte contre la criminalité et dans
la sauvegarde des libertés individuelles et des droits
fondamentaux des citoyens. En toute indépendance, comme
le veut la Constitution.
Je salue et exhorte tout autant à plus d’effectivité
la Cour des Comptes, l’Inspection Générale
des Finances et tous les autres grands corps de l’Etat concernés
par l’assainissement des mœurs de gestion de la chose
publique dans notre pays. Leur tâche est noble. Je les invite
à persévérer et à assumer davantage
leurs responsabilités.
S’agissant des institutions d’appui à la démocratie,
il y a lieu de déplorer leur démarrage tardif dû
à la longue procédure allant de l’adoption
des lois organiques à l’installation de leurs structures.
Il est aujourd’hui impératif que ce retard soit rattrapé,
que ces institutions assument pleinement et réellement
leurs mandats et que la population soit régulièrement
informée de leurs activités. Il en va de leur crédibilité
et de la bonne fin du processus de transition.
Je ne peux que souligner l’importance de leur rôle
dans la pacification des cœurs et des esprits ; dans la prévention
et la résolution des conflits ; dans la promotion de la
bonne gouvernance, de la culture civique et de l’éthique
publique ; dans la protection et la promotion des droits fondamentaux,
de la liberté d’information, du droit des citoyens
à la bonne information et de celui des acteurs politiques
à un traitement équitable dans les médias
publics.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
En ce qui concerne l’organisation des élections,
cette mission a été confiée à la Commission
Electorale indépendante. La loi portant son organisation
et son fonctionnement a été promulguée le
5 juin 2004, tandis que la loi portant identification et enrôlement
des électeurs n’a été promulguée
que le 24 décembre 2004.
Depuis lors, la Commission Electorale Indépendante a déjà
acquis, déployé sur le terrain et testé le
matériel d’identification et d’enrôlement
des électeurs, amorcé à Kinshasa la sensibilisation
des populations et la vulgarisation des instruments juridiques
déjà disponibles, installé ses bureaux de
liaison tant à Kinshasa qu’en provinces et lancé
l’opération de recrutement et de formation de 40.000
agents recenseurs. Il ne lui reste donc plus qu’à
renforcer progressivement ses capacités et à accroître
son effectivité et sa visibilité.
Je constate aussi, avec satisfaction, que la livraison des 10.000
kits commandés par la Commission Electorale indépendante
va commencer au début du mois de juin prochain.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
Grâce à l’effort de tous, nous avons accompli
beaucoup de réalisations et notre pays, réunifié
et pacifié, se remet progressivement debout. A l’intérieur,
comme à l’extérieur, la confiance dans nos
institutions renaît, comme en témoigne l’importance
du concours extérieur au financement du budget de l’Etat.
Nous n’avons donc, ni individuellement, ni collectivement,
intérêt à susciter et à entretenir
l’incertitude quant à l’avenir. Nous n’avons
pas le droit d’investir dans la politique du pire. Car,
le pays n’a jamais été aussi proche de la
tenue des élections pluralistes et transparentes, depuis
1960. Nous devons tenir bon jusqu’à l’organisation
des élections qui mettront fin, une fois pour toutes, à
la crise de légitimité et à la spirale d’innombrables
et interminables transitions.
L’Accord Global et Inclusif et la Constitution de la Transition,
adoptées par consensus au Dialogue Inter-congolais, constituent
pour nous tous, gouvernants et gouvernés, acteurs institutionnels
et non institutionnels, l’unique cadre de référence
pour l’organisation du pouvoir et le règlement de
tout différend pendant la Transition. Ils sont impératifs
et opposables à tous ! En ce qui me concerne, je redis
ici et de la manière la plus solennelle, mon engagement
à respecter et à faire respecter scrupuleusement
l’esprit et la lettre de ces deux textes fondamentaux.
Si le droit de manifester est garanti par la Constitution, l’appel
à la rue, l’incitation à l’insurrection
et à la violence, sont des faits répréhensibles
qui ne sont pas de nature à apporter des solutions aux
problèmes de notre peuple
Faut-il ici relever, que les pillages de 1991 comme ceux de 1993
n’ont nullement fait avancer la cause de la liberté
et de la démocratie dans notre pays, mais qu’en revanche,
ils ont contribué à anéantir une économie
nationale déjà malade, réduisant au chômage
des milliers de chefs de familles, et exacerbant ainsi la pauvreté
et la précarité.
Je demande donc que nous nous appliquions tous à honorer
nos signatures et à respecter nos engagements, et que face
à tout problème qui pourrait surgir, nous privilégions
le dialogue et recherchions des solutions dans le cadre des textes
qui nous régissent.
Honorables
Députés,
Honorables Sénateurs,
Chers Compatriotes,
Je suis informé de la requête déposée
à l’Assemblée Nationale et au Sénat
par la Commission Electorale Indépendante pour la prolongation
de la transition afin de permettre l’organisation des élections
et ce, conformément à l’article 196 de la
Constitution de la Transition.
J’invite l’Assemblée Nationale et le Sénat
à l’examiner avec rigueur et, surtout, à proposer
des pistes de solutions pour accélérer l’avènement
du nouvel ordre politique.
Bien entendu, le processus de la transition n’a pas connu
que des réalisations positives, il a connu aussi des faiblesses.
Parmi celles-ci, on peut relever la modicité et la précarité
des ressources financières, les tentatives de déstabilisation
des institutions de la transition, notamment les incidents de
Bukavu, de Kanyabayonga, les deux tentatives de coup de force
à Kinshasa et, dernièrement, la tentative de déstabilisation
des institutions à partir de la ville de Lubumbashi.
Il y a lieu de déplorer aussi les défaillances imputables
au comportement de certains animateurs.
Honorables
Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
Je comprends l’inquiétude et l’impatience du
Peuple congolais, habitué à des rendez-vous historiques
manqués et à des promesses d’élections
démocratiques non tenues.
A ma prise de fonction, j’avais promis de mettre fin à
la guerre, de rétablir la paix et de réunifier le
pays. Je m’y suis employé sans relâche et,
aujourd’hui, avec l’aide de Dieu et de vous tous,
ces promesses ont été réalisées.
Au début de la transition, j’ai fait le serment de
respecter et de faire respecter scrupuleusement l’Accord
Global et Inclusif et la Constitution de la Transition. Devant
la Nation et devant l’histoire, j’ai donc pris l’engagement
de conduire le peuple congolais aux élections. Cet engagement
sera respecté.
Je ne puis terminer mon propos sans exhorter la population congolaise
à participer massivement à l’opération
d’identification et d’enrôlement, véritable
coup d’envoi des activités pré-électorales.
A l’issue de cette opération, chaque Congolaise,
chaque Congolais, sera muni de sa carte d’électeur
qui lui permettra de participer au référendum et,
au moment des élections, de se choisir librement ses dirigeants.
Je voudrais aussi rassurer notre population qu’avec l’adoption
du projet de Constitution, le train est en marche, le processus
est réellement irréversible et que les élections
vont certainement avoir lieu.
Après l’identification et l’enrôlement
qui commencent au mois de juin prochain, nous allons organiser
le référendum, qui sera suivi par les élections.
Toutes ces opérations doivent se dérouler dans le
délai prévu par la Constitution.
A cet effet, une nouvelle impulsion au processus s’impose,
ce qui implique un profond réaménagement dans le
chef des animateurs des institutions en place, conformément
à la Constitution.
Dès lors, j’invite instamment les Responsables de
toutes les Composantes et Entités à procéder,
sans délai, à l’évaluation de la performance
des acteurs respectifs desdites institutions en vue, le cas échéant,
d’en tirer toutes les conséquences.
Tous les moyens seront mis en œuvre pour accélérer
le processus d’intégration de l’Armée
et de la Police Nationale, de manière à assurer
la sécurité de tous, particulièrement pendant
la période des élections.
C’est dans ce cadre que 32.000 Policiers recevront, très
prochainement, la formation appropriée.
Monsieur
le Président de la République Sud-africaine
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale
;
Monseigneur le Président du Sénat
Honorables Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Chers Compatriotes ;
Aux fonctionnaires, militaires et policiers, sachez que le Gouvernement
est conscient de la modicité de votre revenu. Je vous informe
que les instructions ont été données pour
l’amélioration de vos salaires avec les ressources
qui seront générées par la réforme
de l’administration publique et le contrôle, en cours,
des effectifs de l’Armée et de la Police Nationale.
Toujours dans le souci d’améliorer les conditions
de vie de nos populations, 27 milliards de Francs congolais, disponibles
dans le cadre du programme PPTE, seront destinés aux secteurs
sociaux et, de façon prioritaire, à la santé
et à l’éducation.
Et, pour rencontrer les préoccupations de la population
de Kinshasa, en ce qui concerne le transport en commun, le Gouvernement
a déjà commandé et payé un premier
lot de 250 bus.
Aux jeunes, aux mamans et à tous les hommes épris
de paix, je vous invite à vous mobiliser tous pour soutenir
le processus électoral qui vient d’amorcer un virage
important avec l’adoption, ce jour, du projet de Constitution.
Aux Responsables des confessions religieuses, je vous invite à
continuer à prier pour le Congo, à prêcher
le respect mutuel, la paix et l’amour du prochain.
Aux Responsables des partis politiques, aux membres et activistes
de la société civile, j’interpelle votre conscience
pour que vous puissiez jouer votre rôle dans la réalisation
des intérêts profonds de notre peuple.
Aux Signataires de l’Accord Global et Inclusif, j’en
appelle à votre sens de responsabilité et au patriotisme
de chacun d’entre vous. Que tous se souviennent que la citoyenneté
n’est pas faite que des droits, mais aussi des devoirs,
et que cela est valable tant pour les hommes que pour les partis
politiques.
Ainsi, au droit reconnu à ces derniers de se former et
d’exercer librement leurs activités, la Constitution
ainsi que la loi sur les Partis politiques font correspondre une
double obligation : celle de concourir à l’expression
du suffrage, à la formation de la conscience nationale
et à l’éducation civique ; celle aussi d’agir
dans le respect de la loi, de l’ordre public et des bonnes
mœurs.
Chers
Compatriotes,
Nous avons fait un long vol, tout ce qui se passe aujourd’hui
est comparable aux turbulences qui précèdent tout
atterrissage.
Les souffrances de notre population sont réelles, ses peines
sont visibles. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas
le reconnaître. Mais le bien-être attendu après
la renaissance de notre pays est encore plus important.
Les prises de paroles contradictoires, les unes contre les autres,
prouvent clairement que le Congo est en train de faire son entrée
remarquable dans l’univers de la démocratie. Il nous
faut cependant mettre un peu d’ordre dans notre comportement
et cultiver un véritable esprit de tolérance et
de vérité.
Je suis confiant que, quel que soit ce qui se passe, ce qui se
dit, les Congolais savent exactement où se trouvent leurs
intérêts.
Que Dieu bénisse et protège la République
Démocratique du Congo, et je vous remercie.