Portrait
de Tshisekedi
Paru
dans Le Soir du 18/05/2005
Tshi-Tshi,
Lider Maximo, Combattant Suprême, Sphinx de Limete. . .
Si les surnoms ne manquent pas, c'est parce que le nom d'Etienne
Tshisekedi, 71 ans, est associé à l'histoire du
Congo depuis plusieurs décennies.
En 1960,
il est encore étudiant en droit lorsque Mobutu destitue
le président Kasa-Vubu et le Premier ministre Patrice Lumumba.
Au titre de commissaire à la Justice, c'est Tshisekedi
qui signe le mandat d'arrêt de Lumumba. Cette participation
au Collège des Commissaires généraux marque
le début d'une longue relation d'amour et de détestation
entre Mobutu et le futur « irréductible opposant
».
Les
premières années sont celles de la franche collaboration
: après le coup d'État de novembre 65, Tshisekedi,
le premier diplômé en droit de l'université
de Lovanium, devient ministre de l'Intérieur et des Affaires
coutumières, puis de la Justice, et cautionne l'assassinat
de Pierre Mulele, le leader de l'insurrection. Premier secrétaire
national du Mouvement populaire de la révolution, le parti
unique, il contribue à son texte fondateur, le Manifeste
de la N'Ssele.
La rupture
survient en novembre 1980, c'est la rupture : à la suite
d'un massacre de mineurs dans la province du Kasaï, treize
parlementaires, dont Tshisekedi, distribuent une lettre ouverte
où ils dénoncent l'arbitraire et la gabegie du régime.
Commence alors le long parcours du combattant : exclu de l'Assemblée
nationale, Tshisekedi est relégué dans son village
et, à sa libération, il fonde l'UDPS (Union pour
la démocratie et le progrès social), une formation
qui se bat moins pour le multipartisme que pour sa reconnaissance
comme parti d'opposition à côté du MPR.
Durant
les dernières années de la dictature, l'UDPS incarne
les espoirs de changement démocratique, tandis que Tshisekedi
se fait apôtre de la lutte non violente. Lorsque Mobutu,
en avril 1990, proclame le multipartisme, Tshisekedi revient au
premier plan et, à plusieurs reprises, Mobutu le nomme
puis le révoque du poste de Premier ministre. Les heures
chaudes ne manquent pas où l'on voit Tshisekedi lors de
sa prestation de serment, biffer rageusement la référence
au président garant de la nation, ou, lors des pillages
de 1993, refuser le pouvoir que lui proposent les Occidentaux
(Américains et Français sont prêts à
évacuer de force un Mobutu déstabilisé et
à proposer les commandes à celui qui a été
la vedette de la conférence nationale souveraine, qui l'a
élu Premier ministre en 1992).
En fait,
Tshisekedi ne cessera jamais de défier Mobutu, mais sans
jamais lui porter l'estocade et, en 1997, lorsque le dictateur
atteint d'un cancer est hospitalisé à Nice, l'opposant
appelle ses compatriotes à prier pour la santé de
son adversaire et il accepte, en dépit du bon sens, d'être
nommé, une fois encore, Premier ministre alors que déjà
les troupes de Kabila et de ses alliés se rapprochent de
Kinshasa. . .
Face
à Laurent Désiré Kabila, Tshisekedi demande
à son « frère » de faire partir les
« étrangers », c'est-à-dire les Rwandais
qui « le gardent en otage », et l'insolent, plus opposant
que jamais, sera une fois de plus, envoyé dans son village
natal, doté d'un tracteur, afin, dit Kabila « d'apprendre
à cultiver. . . ». Plus tard, Joseph Kabila rétablit
le multipartisme et, en 2002, entame à Sun City le dialogue
intercongolais afin de mettre fin à une guerre qui a fait
trois millions de morts.
Tshisekedi,
toujours persuadé d'être le Premier ministre de la
conférence nationale, y joue un rôle de vedette hautaine.
S'étant rapproché du RCD Goma, allié du Rwanda,
il se lance dans une tournée qui le mènera auprès
de Paul Kagame. À Kisangani et à Goma, il assistera
au défilé de troupes que la population considère
comme des forces d'occupation. Cette collaboration, même
momentanée, coûtera cher à son parti.
À
l'issue de la conférence de Sun City, Tshisekedi, qui,
considérant que le poste de vice-président lui revient
d'office, a omis de poser sa candidature, se retrouve exclu de
l'attelage « un plus quatre », alors qu'il a bel et
bien signé l'accord inclusif. Depuis lors, le Sphinx de
Limete assiste en spectateur à la construction d'un nouvel
ordre politique, se contentant de multiplier les anathèmes
et les appels aux opérations Ville morte.
Jouant
sur un très réel malaise social, suscité
par la corruption du régime et la misère des quartiers
populaires, Tshisekedi menace, le 30 juin prochain, de faire appel
à la rue pour renverser les structures actuelles de la
transition. Une échéance redoutée, car tout
basculement de l'ordre existant, aussi imparfait soit-il, risquerait
d'entraîner le pays dans une autre guerre, et les émissaires
occidentaux, plus ou moins discrètement, supplient Tshisekedi
de ne pas ouvrir une autre page dramatique de l'histoire du pays,
lui qui en a déjà écrit tant d'autres. .
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