Comme du vivant de Mobutu : Un duel Tshisekedi-Kengo en perspective

* Ceux qui croient à la mise en place d'un nouveau gouvernement au terme de nouvelles négociations ont déjà le profil du chef de cet exécutif pour ne pas dire le nom de l'intéressé

* Sans surprise, du côté de Limete il n'y a pas de doute possible sur l'élu de la Cns

* Pourtant, le retour de l'homme de la rigueur ne va pas sans brouiller quelques cartes

* Dès lors, qui va l'emporter ?

Le premier ministre élu à la Conférence nationale souveraine et candidat à la magistrature suprême du pays vient de réitérer sa position concernant le processus de transition ainsi que le processus électoral actuellement en cours en République démocratique du Congo. Sans surprise, Etienne Tshisekedi wa Mulumba a dit ce qu'il pouvait dire à Louis Michel, Commissaire européen au développement et aux affaires humanitaires. En substance, l'homme ne jure que sur la mise en place d'un nouveau gouvernement aux termes de nouvelles négociations. De plus en plus, le cercle de partenaires de Tshisekedi se réduit. On dit que même son directeur de campagne s'est fait identifier et enrôler.

Après l'entrevue, Louis Michel n'a pas été plus avancé qu'avant tant il croyait pouvoir entendre une autre musique cette fois. Voilà pourquoi il a dit qu'il respectait le point de vue du président de l'Union pour la démocratie et le progrès social et qu'il espérait que l'intéressé respectait aussi son point de vue. Au bas mot, les violons ne se sont pas accordés entre les deux personnalités. Louis Michel, à moins que l'on se mette à rêver, n'avait rien à perdre ou à gagner dans le oui ou le non de Tshisekedi.

Le Commissaire européen a suivi un autre son de cloche auprès d'autres acteurs politiques mais celui de Tshisekedi a respecté la légende de l'homme. Tout en regrettant cette intransigeance, Louis Michel a relevé que son hôte était complètement dans l'erreur. Car, à distance, Louis Michel a entendu un certain nombre de choses sur le déroulement du processus électoral en Rd-Congo qu'il s'est dit devoir vivre ces réalités sur terrain. Une fois sur le terrain, il a su faire la différence entre les vociférations des Congolais de la diaspora et l'engouement de ceux du pays, ceux-là même qui sont intéressés par le processus électoral. Et il est descendu dans l'arène afin de se faire son propre jugement. Celui-ci est sans appel : le processus est sur la bonne voie et les Congolais démontrent leur engouement à se faire identifier et enrôler. C'est donc tout dire. On comprend dès lors pourquoi il juge absurde l'attitude adoptée par un de ses interlocuteurs.

Des négociations

Si le leader de l'Udps a accepté avec empressement de recevoir Louis Michel, c'est qu'il attendait une compréhension de la part du commissaire européen. Tshisekedi entendait défendre la thèse de négociations pour un nouveau partage du pouvoir. Si l'on doit revenir à l'entretien entre Louis Michel et Etienne Tshisekedi, cet aspect des négociations devant aboutir à la mise en place d'un nouvel exécutif a prédominé. Cela mérite qu'on s'y attarde. En fait, plusieurs forces sociales et politiques ont appelé aux négociations. La différence en est qu'il y en a qui veulent de ces négociations pour se frayer une place au soleil, c'est-à-dire qu'ils sont intéressés eux-mêmes par ces négociations. Tel est le camp des politiques dont les leaders de l'Udps et leurs alliés. Mais beaucoup on appris très rapidement à faire bon cœur contre mauvaise fortune.

Par contre, il y a des groupes sociaux qui n'attendent pas un bénéfice personnel dans ces négociations sinon que la décrispation du climat social et la définition des termes de référence pour la poursuite heureuse de cette transition afin d'aller droit aux élections. Elles sont à compter au bout des doigts d'une seule main pour ne pas dire qu 'elles n'existent pas. Telle est la position de l'Eglise catholique. Qui dit Eglise catholique en Rd-Congo on voit d'abord la Conférence épiscopale nationale du Congo. Ces évêques ont rendu public un message le 22 juin dernier. Ce message reste encore d'actualité dans la mesure où certaines solutions préconisées n'ont pas encore été trouvées. Le péché de l'Eglise c'est de croire que l'espace politique est un couvent et les caprices de certains politiciens constituaient un problème pour tout le pays.

Pour l'épiscopat, il était impérieux d'organiser des négociations entre les forces politiques significatives du pays pour décrisper le climat qui était des plus tendus à l'approche de la date du 30 juin. Une position ambiguë qui pouvait vouloir dire ouvrir la boîte à pandore. Car, si on avait mis les institutions en place, c'est pour qu'elles nous sortent de l'habitude des négociations extra-constitutionnelles. Même si pour les évêques, il était hors de question de repartir à zéro, on ne devrait pas non plus sortir du cadre consensuel mis en place à Sun City. Toutefois, l'important était de définir les termes de référence de la dernière partie de la transition avec un chronogramme précis pour l'organisation des élections. Une tâche qui revenait à la Cei et à la rigueur aux composantes. C'était semble-t-il pour que la prolongation ne soit pas automatique sans en expliquer le bien fondé à la population. On constate malheureusement l'explication à la population ne devrait pas attendre la crise. Mais combien de partis politiques avaient fait ce travail ?

Bien plus, les évêques avaient préconisé la mise sur pied, au terme desdites négociations, d'une structure neutre devant assurer le rôle d'interface entre les institutions ayant en charge l'organisation des élections et la population. C'est pour faire le monitoring du processus électoral et en rendre compte régulièrement à la population. Ils ont même proposé une dénomination à ladite structure, "le Comité multisectoriel de suivi de la transition". Rien n'a été fait dans ce sens jusqu'à présent. Parce que justement cette proposition n'allait pas dans le sens de faire du Congo un pays normal où les institutions, de facto soient-elles, doivent être la préfiguration de l'Etat de droit auquel on aspire. Un parti politique quelque soit son importance, ne peut dicter sa loi aux institutions d'un pays. Le rôle de l'opposition dans un pays normal n'est pas de se substituer sans élections, au pouvoir en place. Qu'un parti politique désapprouve l'action du gouvernement, cela n'est pas une raison pour que les institutions tombent et on les remplace par d'autres issues des négociations.

Revoici Kengo

Ceux qui ont suivi de près l'évolution des événements politiques dans ce pays du vivant de Mobutu et particulièrement les quinze dernières années de son règne, n'oublieront pas qu'il y a des noms qui ont été au devant de la scène. Parmi ces noms figure celui du premier ministre élu à la Cns. Ce n'est pas tout car après la Cns qui avait conféré une légitimité - pour une durée indéterminée ? - à Tshisekedi wa Mulumba, cette légitimité lui a été disputée par Léon Kengo wa Dondo, ou l'homme de la rigueur.

Chaque fois, c'est l'homme de la rigueur qui l'avait emporté, son camp ayant été plus habile et plus pragmatique. Mais ce n'était pas de nature à laisser chacun dormir sur ses lauriers. On se souvient comment des marches enflammées avaient été organisées pendant lesquelles on scandait des slogans ou chansons hostiles à Kengo wa Dondo.

Il y a même eu recours à l'arbitrage des Cours et Tribunaux. A la Cour Suprême de justice, le camp de Limete avait été débouté au sujet de l'interprétation de l'article 78 de la constitution. Il nous semble que cela n'a pas encore été effacé de la mémoire des leaders de cette coalition. Il n'y a pas longtemps de cela que certains analystes de ce bord ont rappelé cet amer souvenir quand il leur a été suggéré d'aller en justice pour obtenir l'interprétation de l'article 196 de la constitution sur le mandat touchait à la fin, selon eux, le 30 juin dernier à minuit.

En ce qui concerne Léon Kengo wa Dondo, on a l'habitude de le présenter comme le technocrate. On l'a aussi présenté en son temps comme l'homme de la troisième voie, la voie médiane pour départager les frères adversaires de l'opposition politique. Maintenant qu'il est revenu au pays et que l'on fait état d'une ruée d'acteurs politiques chez lui même pour lui présenter des civilités, il n'y a l'ombre d'aucun doute qu'un schéma est déjà en chantier. Lequel pourrait court-circuiter celui de Limete.

Comme quoi, ce sont les camps des politiques chevronnés et des technocrates aguerris qui pourront s'affronter bientôt. Dès lors, qui va l'emporter ? Dans un tel combat Qui se met en marche du vrai affrontement électoral qu'attend le peuple congolais, et Kengo et Tshisekedi vont tous perdant. Car, la recréation est finie. Kengo et Tshisekedi n'ont qu'une chance, celle de s'aligner dans la course électorale prochaine. Avant cela, il n'y aura ni négociations ni partage de pouvoir.

L'Avenir