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Une
analyse de Ludo Martens du 5 mars 2001
qui reste d’actualité en 2006…
Monsengwo
et le complot anti-nationaliste.
Imposer le néocolonialisme au Congo, c’est assassiner
Kabila une seconde fois
Ludo
Martens, 5 mars 2001
Le
discours du Président Joseph Kabila du 24 janvier est interprété
de façon malveillante par tous les politiciens pro-impérialistes
comme un changement fondamental de stratégie par rapport
au kabilisme, comme une rupture avec « l’extrémisme
» et « la dictature » de Mzee Laurent-Désiré
Kabila, et non comme un réajustement de la politique nationaliste
à la nouvelle situation.
Aujourd’hui, l’impérialisme spécule sur
la désorganisation, le désarroi et les luttes internes
dans le camp nationaliste, suite à la disparition du Président
Mzee Kabila. Immédiatemment l’Occident a activé
tous ses agents – les rebelles, les partis de ‘l’opposition’,
certains chefs religieux et certains infiltrés dans l’entourgage
de Mzee Kabila – pour présenter la voie de la soumission
au néocolonialisme comme « la seule route vers
la paix ».
Toutes
ces forces mènent une campagne concertée à
l’échelle nationale et internationale pour faire croire
que Joseph Kabila a fait « des ouvertures » à
leur égard et qu’il ne lui reste pas d’autre
choix que de capituler devant les agresseurs et leurs commanditaires.
Ces forces néocoloniales font croire aujourd’hui à
la masse que Joseph Kabila les a rejoint sur la voie du «
libéralisme », de « l’ouverture
» et de l’acceptation intégrale des «
Accords de Lusaka ». Leur but est de préparer
le terrain pour provoquer des émeutes, le jour où
il apparaîtra que le nouveau Président reste fidèle
au nationalisme de Mzee Laurent-Désiré Kabila.
Depuis
plus de dix ans, Monsengwo est l’homme-clé de la politique
américaine, française et belge au Congo. Il était
à la base de la « démocratisation »
du 24 avril 1990, il a présidé le bureau de la CNS
fin 1991, il poussa à l’élection de Kengo en
1994, il était en mai 1997 le candidat de l’impérialisme
pour assumer la Présidence de la République et priver
ainsi Kabila de la victoire !
La Déclaration du 28 janvier 2001 de Monsengwo trace la ligne
qui sera suivie par tous les agents de la Troïka dans les mois
à venir. Elle comporte essentiellement sept thèses
qui constitueront désormais « la bible »
et le programme commun de toutes les forces néocoloniales
au Congo. Nous les réfuterons une par une.
De
la transition « démocratique » sous
Mobutu à la «dictature » de Kabila ?
Première
thèse de Monsengwo. « La CNS a formulé un
projet de société basé sur la démocratie
et l’état de droit qui a été consacré
par des textes acceptés par toute la classe politique et
par l’ensemble du peuple. Autour des textes de la CNS, il
y avait un consensus national. » (Point 1.1.)
Réfutation. Il n’y a jamais eu d’unité
entre la classe politique de l’époque de la Transition.
Elle était divisée sur un problème tactique.
D’un côté, il y avaient les anciens mobutistes
partisans de la CNS et d’une limitation du pouvoir du président
Mobutu et de l’autre côté il y avaient les mobutistes-durs-et-purs
qui soutenaient le maintien des pouvoirs du Président-Fondateur.
En pleine CNS, les 23 et 27 juillet 1992, Monsengwo a conduit une
délégation de la CNS et il a négocié
un « compromis global » avec Mobutu . Dix jours
plus tard, la CNS adopta un « Acte constitutionnel ».
Les deux textes sont contradictoires sur des points essentiels et
c’est la division en deux blocs de la classe politique ! L’armée
refuse de reconnaître l’Acte constitutionnel. Le 5 octobre
1992, l’ancien Assemblée nationale de Mobutu se réunit
contre la CNS. Du 9 au 18 mars Mobutu organise le Conclave politique
dont sortira le gouvernement Birindwa. Mais Tshisekedi a toujours
« son » poste de premier ministre et remanie «
son » gouvernement le 22 mars. Bagarre effrayable entre deux
« gouvernements zaïrois » ! Monsengwo
déclare : « Ni Tshisekedi, ni Birinwa ne peuvent
réconcilier la classe politique ». Et il lance
un appel pour que la classe politique « reprenne le dialogue
inutilement bloqué ». Cela conduira aux négociations
et à l’Accord du Palais du Peuple du 13 septembre 1993.
Le Haut Conseil de la République, organe créé
au moment de la dissolution de la CNS… fusionne maintenant
avec l’Assemblée nationale mobutiste, pour devenir
le HCR-Parlement de Transition. Cette transformation fut l’œuvre
de Monsengwo, Kengo, Kamanda, etc. qui avaient initié
« la troisième voie ». L’année
suivante Monsengwo fut chassé de son fauteuil de président
du HCR-PT par ses « amis » Kengo, Tshisekedi,
Kibassa, Kamanda. En 1976, l’USORAL-USORAS a saisi la Cour
suprême de Justice pour contester l’élection
de Kengo comme premier ministre. La même année le HCR-PT
amendait les projets de Constitution et de Loi électorale
dans une atmosphère de contestation généralisée.
Où était ce fameux « consensus de la classe
politique autour des textes de la CNS » pendant toutes
ces années ?
Monsengwo
pense que le peuple congolais n’a pas de mémoire. Pour
combattre Joseph Kabila et les forces nationalistes, il affirme
aujourd’hui : « Tous ceux qui étaient au
pays lors de la CNS se sentent liés par le consensus. Il
y a des personnes arrivées en mai 1997 qui disent ne pas
se reconnaître dans la CNS. La démarche consiste à
convaincre les nouveaux arrivants du bien-fondé du consensus
précédent, soit à actualiser ce consensus.
»
Monsengwo, que les Congolais connaissent très bien comme
le croque-mort et le fossoyeur de la CNS, prétend aujourd’hui
que la classe politique mobutiste de la transition était
unanime pour appuyer le CNS et que les nationalistes autour de Joseph
Kabila n’ont qu’à les rejoindre !
Les
Congolais se rappellent que pour diriger la croisade contre la CNS,
Mobutu avait comme « évangélisateur »
le fondateur du ministère « Amor Dei »,
son Conseiller Spécial pour la Sécurité, Honoré
Ngbanda. Ce dernier, dans une publication qui est sortie au moment
de l’assassinat de Kabila, déclara : « Croyez-moi,
si nous revenions aux acquis de la Transition, issus de la Conférence
nationale souveraine et qui ont reçu l’accord et le
soutien de l’ensemble de la classe politique, nous pouvons
obtenir des résultats et rapidement ».
C’est à l’aide de mensonges aussi grossiers que
les mobutistes essaient de marteler dans la tête des Congolais
que le « consensus » régnait du temps
de la CNS !
Or, ce même N’Gbanda a publié en 1994 tout un
livre intitulé « Afrique : démocratie piégée
» dont le but était de peindre dans les couleurs
les plus sombres cette farce qui s’appelait Conférence
nationale et souveraine! Voici comment N’Gbanda décrit
en 1994 le « consensus » de la CNS : «
Au Zaïre, les conférenciers dans leur majorité,
se désignaient eux-mêmes, directement ou indirectement.
Leur participation devait leur revenir de droit, à eux fondateurs
de partis politiques ou d’associations de circonstance, avec,
souvent, des épouses, enfants et neveux, beaux-frères,
copains de villages, etc » « Le concept même de
conférence, dans sa concrétisation, est porteur de
plusieurs éléments de division. On a vu dans la Conférence
un lieu de contestation de la légitimité des dirigeants
considérés comme responsables de tout le bilan négatif
du passé, et un de légitimation de nouvelles forces
et de nouveaux leaders. Mais quels nouveaux leaders ? Presque tous
les grands ténors de l’opposition au sein de la Conférence
Nationale et Souveraine sont des gestionnaires attitrés,
les créateurs et les animateurs de la Deuxième République,
ce régime diabolisé qu’ils prétendent,
eux, juger et condamner. On ne peut être à la fois
assassin et juge. …La Conférence devenait donc un cadre
d’oppositions politiques exacerbées et de règlements
de comptes. Les clivages entre tribus et régions se sont
approfondis. »
Nous
arrivons à la deuxième thèse de Monsengwo.
« L’ordre de la CNS a été sacrifié
au profit de la nouvelle dictature de Kabila qui a refusé
le consenus national et a pris le pouvoir par la force. »
(Point 1.3.)
Par cette thèse, Monsengwo se manifeste comme un des principaux
idéologues du néo-mobutisme. En fait, c’est
presque mot pour mot la thèse essentielle de tous les défenseurs
de l’impérialisme, des mobutistes aux rebelles. Ainsi,
le 13 septembre 1999, l’agent ougandais et mobutiste Jean-Pierre
Bemba affirma : « Nos références sont les
travaux de la grande réflexion de 1991-92 qui ont posé
les bases de notre renouveau démocratique. Mais un groupe
de rêveurs aux idéologies révolues a pris la
lourde responsabilité d’interrompre le processus démocratique.
En refusant de s’inscrire dans le schéma tracé
par la CNS , Kabila entend nous ramener dans l’option de la
dictature »
L’ordre de la CNS était toujours l’ordre néocolonial
mobutiste, adaptée à la nouvelle situation internationale
caractérisée par la disparition du socialisme en Union
Soviétique et en Europe de l’Est. L’écrasante
majorité des politiciens de la CNS-HCR-PT ne voulait la fin
ni du mobutisme, ni du néocolialisme. Mais Monsengwo, Bemba
et les autres ex-MPR nous font croire qu’entre 1990 et 1997,
le peuple a connu un « renouveau démocratique »
qui a été interrompu par la « dictature »
de Kabila.
Oui, il y a eu « processus démocratique » pour
les cliques qui s’enrichissaient grâce à la CNS-HCR-PT.
Mais sous la Transition, le peuple n’a eu qu’un «
processus d’appauvrissement constant ». En 1990 le Congo
comptait 1.604.900 salariés dans le secteur public et privé.
Au cours du « processus démocratique »,
entre 1990 et 1996, non moins que 610.600 emplois ont été
supprimés ! Le Produit intérieur brut par habitant
est tombé de 295 dollars en 1990 à environ 133 dollars
en 1996. Entre le premier coup d’Etat de Mobutu en 1960 et
la « démocratisation » en 1990, le produit
intérieur brut avait déjà chuté de 380
dollars à 295. Que ce soit lors de la période de dictature
ouverte ou celle de la « dictature démocratisée
», le niveau de vie des Congolais a chuté, mais
la baisse s'est notablement accélérée pendant
la CNS et la transition. Et Bemba de s’indigner que des «
rêveurs aux idéologies révolues » ont
« interrompu le processus démocratique ». En
réalité, ce sont ces « rêveurs »,
et eux seuls, qui ont réussi à briser le système
mobutiste criminel qui s’éternisait grâce à
la « transition ». Sans ces rêveurs, le «
mobutisme avec Mobutu » que nous avons connu pendant
les années de « transition » se serait
transformé en « mobutisme sans Mobutu » après
la mort du dictateur. Rien de fondamental n’aurait changé
au système en place.
Voilà pourquoi, après six années d’espoirs
trompés, le peuple, dans son écrasante majorité,
a soutenu la guerre de libération de Kabila et s'est mobiliser
pour la soutenir.
Interdiction
de résister aux agresseurs ?
Troisième
thèse : « La prise unilatérale du pouvoir
par Joseph Kabila expose le pays aux mêmes dangers : l’oppression
et la répression et la poursuite de la guerre. » (Point
1.6.)
La légitimité de Mzee Laurent-Désiré
Kabila provenait de trois sources. D’abord, il a dirigé
en 1996-97 la guerre de libération qui a réussi à
libérer le Congo du mobutisme imposé au pays entre
1965 et 1996. Ensuite, au cours de l’année 1997-98,
Kabila a entamé la reconstruction nationale qui a amélioré
la situation économique des populations. Finalement, Mzee
a dirigé avec énergie et de façon habille la
guerre nationale de résistance contre l’agression américano-rwando-ougandaise
et il a soulevé toute la population congolaise dans un élan
de patriotisme.
Après l’assassinat de Mzee Laurent-Désiré
Kabila, les organes de l’Etat qui incarnent la légalité
et la légitimité du pouvoir nationaliste, ont décidé
de continuer son œuvre en choisissant Joseph Kabila comme son
successeur. Craignant la continuation de la politique nationaliste,
Monsengwo, en véritable porte-parole des puissances impérialistes,
déclare : « Joseph Kabila expose le pays aux mêmes
dangers ».
Monsengwo mentionne un premier danger : « l’oppression
et la répression » qu’organisa le défunt
président.
Or, sous Mzee Kabila, la population a connu une nette amélioration
de sa situation sécuritaire. Les exactions des militaires
et des ‘forces de l’ordre’ contre la population
ont fortement diminué quoique, inévitablement, certains
habitudes du temps de Mobutu ont continué. Sous Kabila, la
répression était essentiellement dirigée contre
les forces qui complotaient avec l’impérialisme, avec
les agresseurs et avec la rébellion. Cette répression
était nécessaire pour sauver l’indépendance
et la souveraineté du Congo. L’assassinat de Kabila
vient confirmer qu’il n’y a pas eu une vigilance et
une fermeté comme il fallait envers ces forces du mal.
Puis, parmi « les dangers » que le Congo court
sous Joseph Kabila, Monsengwo cite aussi « la poursuite
de la guerre » ! C’est absolument ignoble. L’ONU
a reconnu que le Congo est agressé, occupé et pillé
par le Rwanda et l’Ouganda. Le gouvernement congolais a le
devoir sacré de continuer le combat militaire et diplomatique
jusqu’à ce que les agresseurs se retirent sans conditions.
Pas
d’agression au Congo mais un « conflit interne »
?
Quatrième
thèse : « La seule solution, c’est le Dialogue
inter-congolais dans le cadre des Accords de Lusaka en vue de récréer
le consensus national de la CNS rompu par Kabila. » (1.7.)
La position fondamentale de Monsengwo est sa négation de
la guerre d’agression criminelle qui a déjà
tué 3.000.000 de Congolais. Monsengwo reprend ce que les
Rwandais, Ougandais et Américains et les rebelles disaient
au début de la guerre : il n’y a pas d’agression
extérieure, il y a un conflit intérieur entre les
forces « démocratiques » et la «
dictature de Kabila ».
Mais heureusement, grâce aux enseignements de Mzee Kabila,
la population congolaise est désormais éveillée.
Elle sait que, face à une agression barbare, la solution
n’est certainement pas un « dialogue » avec les
« rebelles », et encore moins un « consensus »
avec ces marionnettes impuissantes des agresseurs ! La solution
sera donnée par l’unité de toutes les forces
patriotiques dans le combat héroïque pour bouter dehors
les agresseurs et ce combat doit être mené sur tous
les terrains, militaire, politique, diplomatique, etc. Monsengwo,
par ses propos de trahison, fait comprendre à tous les Congolais
patriotes que les politiciens de l’opposition néocoloniale
sont effectivement une cinquième colonne de l’agression,
oeuvrant de concert avec les Américains, les Rwandais, les
Ougandais et les rebelles.
Cinquième
thèse de Monsengwo : « Le moment est favorable,
car la mort de Monsieur Kabila rend la guerre des Grands Lacs sans
objet, puisque la guerre a été déclenchée
pour chasser Mr Kabila du pouvoir ». (1.8.)
Monsengwo se félicite presque ouvertement de l’assassinat
de Kabila, affirmant que la guerre « déclenchée
pour chasser Kabila » est maintenant sans objet ! En
réalité, la guerre a été déclenchée
par les Américains pour chasser tous les nationalistes congolais
du pouvoir. Et si Joseph Kabila continue la politique lumumbiste
du maintien de l’indépendance et de la souveraineté
du Congo, les dirigeants américains, qui ont déjà
plus de 3.000.000 morts sur leur conscience, peuvent décider
la continuation de l’agression.
Monsengwo fait semblant de croire que seul Kabila « gênait
» les impérialistes. Or, l’homme de confiance
des Américains sait très bien que ses patrons craignent
surtout le peuple congolais conscient de sa dignité et mobilisé
dans le combat pour l’indépendance. L’assassinat
de Kabila n’a pas abattu ce peuple, au contraire, les trois
millions de Kinois qui sont descendus dans la rue pour rendre hommage
au Président martyre, ont prouvé que le peuple congolais
est désormais debout. Ce peuple semble dire : non monseigneur,
Kabila assassiné, la guerre de résistance ne devient
pas « sans objet » parce que toute la population a exprimé
sa détermination à poursuivre l’œuvre du
Héros national et à bouter dehors les agresseurs pour
assurer au Congo son indépendance, sa souveraineté
et sa dignité.
Monsengwo,
l’homme du coup d’état anti-nationaliste ?
Sixième
thèse : « Le Dialogue inter-congolais doit, sur
base d’un consensus, mettre en place le Président,
le gouvernement de large union nationale et le Parlement de transition
». (1.9.) « Les autorités interimaires
– le président Joseph Kabila et son gouvernement -
ne peuvent recevoir leur légitimation que du Dialogue inter-congolais
». (Point 1.12) « Elles doivent donc, avec l’aide
de Masire, mettre sur pied un présidium provisoire pour préparer
ce Dialogue ». (Point 1.12.2.)
Monsengwo avoue que le « Dialogue inter-congolais »,
tel que les puissances impérialistes veulent l’imposer
aux Congolais, est bel et bien un coup d’état parlementaire
qui mettra fin à la légalité et la légitimité
du pouvoir nationaliste issu de la révolution du 17 mai 1997.
Le soi-disant « présidium du Dialogue inter-congolais
» est l’organe du coup d’état néocolonial
: dès l’ouverture du « Dialogue »,
ce « Présidium » remplacera en réalité
le Président Joseph Kabila, son gouvernement de salut public
et l’Assemblée Législative et Constituante.
Le Président Laurent-Désiré Kabila et son gouvernement
avaient été reconnus en mai 1997 par tous les pays
au monde. Même les puissances impérialistes ont félicité
Kabila pour avoir annoncé des élections dans un délai
de deux ans ! Simpson, l’ambassadeur américain, disait
trois semaines avant l’agression américano-rwando-ougandaise
: “Le président Kabila est sur la bonne voie, politiquement
parlant”. “Il s’en tient, en général,
au calendrier fixé en vue de la démocratisation du
pays. Il y a eu des régressions, mais rien d’important.
En fin de compte, c’est à l’urne que seront jugés
M. Kabila et son gouvernement.” En clair, les jours précédents
l’agression, Kabila était toujours sur la bonne voie,
suivait son calendrier de démocratisation et se voyait féliciter
pour sa décision d’organiser bientôt des élections.
Puis venait une agression barbare dénoncée par l’ONU…
et cette agression aurait privé le gouvernement nationaliste
de son droit de reprendre la voie de la démocratisation et
d’organiser des élections, une fois les agresseurs
boutés dehors ! C’est une logique de gangsters rarement
vue dans l’histoire.
Si, pour Monsengwo, le gouvernement nationaliste n’a plus
le droit de gouverner en toute indépendance le Congo, c’est
que le pays est déjà sous la tutelle d’une autre
force : c’est la troïka impérialiste qui décidera
désormais quelle est l’autorité supérieure
au Congo.
Les nationalistes congolais ré-affirmeront haut et fort que
le Congo a un gouvernement légal et légitime qui dirige
la résistance à l’agression. Ce gouvernement
peut, de son propre initiative, organiser un Dialogue inter-congolais.
Après le retrait des agresseurs, ce gouvernement organisera
des élections libres et démocratiques.
Le
Congo bientôt sous tutelle militaire de l’Occident ?
La
septième thèse, la plus dangereuse, de Monsongwo:
« Le Dialogue inter-congolais nécessite la présence
des troupes de l’ONU au Congo pour assurer la sécurité
dans le pays, pour garantir l’application des décisions
du Dialogue et pour former une nouvelle armée républicaine
». (Point 1.11)
Le 13 septembre 1960, dans son dernier discours radiodiffusé,
Lumumba dénoncait la menace que le Congo soit « mis
sous une tutelle internationale de l’ONU». C’est
exactement ce que Monsengwo et tous les politiciens néocoloniaux
veulent faire aujourd'hui. Ils déclarent ouvertement qu’ils
veulent la mise sous tutelle du Congo par les puissances impérialistes
qui tirent les ficelles de l’ONU.
Le Congo n’est plus un pays indépendant, si l’on
accepte que la sécurité dans le pays soit assurée
par des troupes étrangères de l’ONU et si l’on
accepte que des troupes étrangères « garantissent
» l’application des décisions du « Dialogue
». Monsengwo veut aussi que les Forces Armées Congolaises
soient démantelées au profit d’une « nouvelle
armée » qui sera formée par l’ONU, c’est-à-dire
par les Américains ! C’est exactement ce qui s’est
passé après l’assassinat de Lumumba et la défaite
des nationalistes en 1961 : c’est sous le drapeau de l’ONU
que les puissances occidentales ont formé l’armée
de Mobutu… armée qui réprimera la révolution
populaire de 1964-65 et fera le coup d’Etat du 24 novembre
1965…
Mettre le Congo sous tutelle militaire de la Troïka, c’est
le nœud du Plan Monsengwo. En effet, l’impérialisme
estime qu’il lui faudra avoir des troupes à lui au
Congo pour savoir dominer efficacement le pays.
Il faut se rappeler qu’en 1991 déjà, Tshisekedi
et Monsengwo souhaitaient une mise sous tutelle militaire du Congo.
C’était en septembre 1991 que les troupes françaises
soutenues par 850 soldats belges sont intervenus à Kinshasa.
La Libre Belgique écrit alors : « Le Zaïre appelle
à l’aide et cette aide, qui sera humanitaire, doit
impérativement bénéficier d’un encadrement
militaire. » Au nom du gouvernement belge, le Eyskens déclara
devant l'ONU: "L'intervention d'Etats tiers pour protéger
les droits de l'homme n'est pas nécessairement une intervention
dans les affaires intérieures, même si cette intervention
se réalise contre la volonté de l'Etat concerné.".
A l’époque, j’ai écrit ceci: “L’intervention
militaire de la France et de la Belgique vise à imposer leur
solution à la crise zaïroise: remplacer le vieux dictateur
en pleine déliquescence par des hommes plus attentifs aux
besoins de l’Occident. Ainsi, La Libre Belgique a écrit:
"Le gouvernement belge semble prêt à élargir
le cadre de la mission (militaire) belge au Zaïre de façon
à promouvoir la transition démocratique". Et
le social-démocrate Coëme, ministre de la Défense,
a déclaré: "Nous devons aussi protéger
la population zaïroise contre des émeutes dangereuses.
Si vous me demandez une date limite (pour le retrait des paras),
je dirais: il doit y avoir un gouvernement démocratique stable
qui est capable de relancer l'économie zaïroise sur
une base solide." En ces termes, l’impérialisme
belge affirme sa volonté de mettre le Congo sous une tutelle
militaire pour de longues années. Jacques Brassinne, acteur
important de la politique africaine en Belgique, a été
le plus explicite à propos la récolonisation politique
et militaire complète du Congo: "Il est absolument nécessaire
qu'il y ait une présence permanente militaire européenne
au Zaïre. Seule la présence de ces troupes pourra permettre
un retour du secteur privé, des investisseurs étrangers
et des coopérants." Tshisekedi n’a fait aucune
objection contre ces projets de récolonisation militaire.
Le 3 octobre 1991, il déclare: "Je demande à
la France et à la Belgique de ne pas retirer leurs troupes
du Zaïre, aussi longtemps que je n'ai pas les affaires en mains".
Ainsi, Tshisekedi se place d’emblée dans une situation
de dépendance vis-à-vis des troupes étrangères.”
Ce rappel historique nous fait mieux comprendre l’actualité.
Le
16 janvier, immédiatemment après l’attentat,
Louis Michel annonçait avec beaucoup de bruit que Kabila
était bel et bien mort ! Comme si son but était de
créer une panique à Kinshasa, de provoquer des troubles
et d’obtenir un prétexte pour une intervention militaire…
Et effectivement, les paras belges se sont mis directement en route
pour Libreville, prêts à foncer sur Kinshasa. “Malheureusement”,
les troubles graves que les puissances impérialistes attendaient
ne se sont pas produits… Au contraire, l’Angola a renforcé
le dispositif sécuritaire de Kinshasa. Des responsables tant
congolais qu’angolais nous ont dit: “Désormais,
nous les Africains, nous nous prenons en charge nous-mêmes.
Avec l’aide de ses alliés angolais, zimbabwéens
et namibiens, le Congo passera ce moment dramatique et difficille.
Nous ne voulons plus voir des interventions militaires européennes
ou américaines chez nous.”
Il est claire que les agissements de Monsengwo procèdent
du même complot qui a conduit à l’assassinat
de Kabila. Kabila mort, il faut encore liquider l’ensemble
de son œuvre. Sous le drapeau de l’ONU, Monsengwo et
ses semblables comptent mettre le Congo sous la tutelle militaire
des puissances impérialistes, démanteler les Forces
Armées Congolaises et les Forces d’Autodéfense
Populaire et, sous le prétexte de “fusionner”
l’armée nationaliste et les soi-disant “troupes
rebelles”, former une nouvelle armée néocoloniale
au Congo!
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