QUE VOULAIT PIERRE MULELE ?
COMMUNICATION DU CAMARADE F. MAYENGO A L’OCCASION DE
LA 38 ème COMMEMORATION DE LA MORT DU CAMARADE PIERRE MULELE
- 03 OCTOBRE 1968 - 03 OCTOBRE 2006 -,
dans la salle du Zoo de Kinshasa, communication lue le 15 Octobre 2006

Chers Camarades,
Notre propos, en ce jour où nous commémorons la mort de notre héros, le camarade Pierre Mulele, se résumera en quatre points. Il est difficile, voire impossible de parler d’une manière complète, ici, d’un tel personnage, dont le profil et les ambitions débordent les exigences du cadre d’aujourd’hui, et de ce lieu. Au vrai, seul un livre de milliers de pages, produit après des recherches fouillées, peut vraiment et valablement en rendre fidèlement compte. C’est pourquoi, nous nous bornerons ici, d’indiquer seulement quelques pistes de l’effort à fournir pour faire la connaissance du vouloir historique de Pierre Mulele.

I. Notre Introduction sera de dire «Pourquoi témoigner»
II. Ensuite, nous essayerons de montrer «Qui était Pierre Mulele»
III. A la fin, nous indiquerons «Quel était son vouloir »
IV. Pour conclure sur le sens de «L’Héritage qu’il nous a laissé.»

I. INTRODUCTION : POURQUOI TEMOIGNER ?

Le silence gardé sur un grand personnage historique si calomnié, si défiguré à dessein, et enfin assassiné par ceux qui exploitaient les masses populaires du Congo, est non seulement lâcheté, mais aussi collaboration tacite, implicite avec l’ennemi, dans une campagne d’intoxication jadis menée par des oppresseurs du peuple congolais. Nous témoignons ici, non pour avoir connu personnellement la personne physique de Pierre Mulele, mais pour avoir compris la qualité de sa personne, et la portée de son vouloir, de ses choix politiques, et de ses actions dans l’histoire du Congo.
Devant la méconnaissance dans laquelle a été conditionné le peuple congolais sur le sens de la lutte menée par Pierre Mulele contre tous ceux qui opprimaient ce même peuple, toute lumière empreinte de vérité jetée sur ce personnage historique ne peut être que signe et marque d’honnêteté et d’engagement révolutionnaire pour l’intérêt de ce peuple. Sensibiliser celui-ci - qui ignore une grande partie de son histoire – pour qu’il prenne conscience de la condition qui lui est faite, et qui lui est imposée par ses ennemis, ne peut être qu’une des formes de lutte pour sa libération. L’aliénation d’un peuple commence par l’ignorance dans laquelle on le soumet et on le maintient; et progresse par l’entreprise d’acculturation, et la culture des évasions, voulue et appliquée par des oppresseurs ; et se développe par diverses méthodes d’oppression dont l’abrutissement, la chosification, la réification de ce peuple ; et finit par la falsification de l’histoire en général, de l’histoire de ce peuple en particulier.
Ici, dans cette entreprise d’éclairer le peuple congolais sur son histoire, il faut en savoir gré à tous ceux qui se sont appliqués à cette tâche, écrivains, historiens et analystes politiques. Et parmi ceux-ci, il y faut citer Ludo Martens, écrivain et révolutionnaires Belge du PTB, qui le premier a écrit un livre sur Pierre Mulele en 1985 (Editions EPO), au titre révélateur de «Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice Lumumba ». Publié en Belgique, sous le régime Mobutu, ce livre n’a pas pu circuler au Congo-Zaïre, où il a été interdit. Mais son impact sur la conscience nationaliste des certains Congolais engagés dans le panafricanisme prolétarien, a été immense. Beaucoup d’entre eux, bien que nationalistes, ayant été réformistes, dans le passé, ont viré du réformisme vers la «solution révolutionnaire » en ce qui concernait, à l’époque, la situation du peuple zaïrois-congolais. Beaucoup d’entre eux, ont trouvé au sein de l’AFDL, l’occasion de continuer l’œuvre de Pierre Mulele. Ils ont ainsi rejoint, à l’Est du Congo, tout révolutionnaire – Maï-Maï - qui y a toujours été appelé « Mulele-Maï », y maintenant par ce nom, le souvenir de Mulele !
Pour continuer cette sensibilisation du peuple, il y a eu encore la publication du livre du même auteur au titre de «Abo, Une Femme du Congo », en 1995 (Editions Epo), et la création à Kinshasa, de la «Fondation Pierre Mulele », et enfin, la rebaptisation de l’Avenue jadis appelée «24 Novembre » au nom nouveau de «Pierre Mulele ». Après ces actes concrets, il faut encore poser d’autres actes dans le même sens pour continuer à éclairer notre peuple sur le «phénomène Mulele ». Cette tâche est encore et toujours à poursuivre par divers moyens.

II. QUI ETAIT PIERRE MULELE ?

L’homme – Mulele - au visage de fauve, qui a tant fasciné l’abbé Ntara – prêtre que nous avons connu à Kenge, à sa sortie du maquis du Kwilu -, était de cette espèce d’hommes rares de par leur témérité et leurs convictions inébranlables. Il était de ces hommes qui se choisissent responsables d’autres hommes, en travaillant pour eux, pour leur peuple, pour les opprimés. Taxé - à tort, à dessein, pour les besoins de défiguration -, de bandit, d’assassin, par des impérialistes et alliés congolais, il était pourtant de ceux qui – comme Lumumba et Fanon - ont fait leurs, ces mots superbes de Césaire : « Je parle de millions d’hommes à qui furent adroitement inoculés la peur, la servilité, l'humiliation, le désespoir. » Oui, au Congo, après Lumumba, Mulele, a été de ceux qui ont choisi de prendre la défense des hommes réifiés, chosifiés par les colonialistes, des néocolonialistes et alliés du groupe de Binza (de la bourgeoisie bureaucratique compradore).
D’abord soldat de la Force Publique du «Congo belge », ensuite Député du Congo indépendant, et puis ministre de l’Education Nationale du premier gouvernement Lumumba, il pouvait se complaire d’être ministre, et de faire carrière de politicien, - carrière tant prisée par la classe politique congolaise -, en assumant successivement divers ministères dans différents gouvernements montés par des hommes de la petite bourgeoisie. Il savait que ces hommes étaient recrutés – par des impérialistes - pour former cette bourgeoisie bureaucratique compradore, où l’on retrouvait les mêmes types d’hommes infidèles à la patrie , et qui s’appelaient Bomboko, Kasa-Vubu, Mobutu, Delvaux, Nendaka, Iléo, Adoula, et autres du genre. Au lieu de travailler, comme eux, avec eux, pour les intérêts des puissances étrangères au détriment des intérêts du peuple congolais, - après la révocation et l’assassinat de Lumumba, après la trahison du Conclave de Lovanium -, il avait préféré ne pas entrer dans ces différents gouvernements qui ont trahi le grand leader nationaliste, et l’idéal nationaliste!
Homme de grande lucidité et réaliste, il a bien connu et analysé l’ordre colonial et l’ordre néocolonial qui avaient tous deux les mêmes caractères fondamentaux, les mêmes objectifs, les mêmes stratégies. Il savait que tous les deux ordres étaient dictés par le capitalisme basé sur l’exploitation des classes sociales majoritaires (prolétaire et paysanne) par une classe minoritaire possédant le capital (la grande bourgeoisie), pour les mêmes objectifs qui sont l’augmentation ou la croissance des intérêts et du capital (les richesses) des puissances étrangères (métropoles et multinationales). Il savait que tous les acteurs de ces ordres utilisaient les mêmes méthodes (stratégies) pour asservir le peuple (colonisé et néocolonisé), et qui sont : oppression (travaux forcés, salaires dérisoires des employés, dépossessions des terres arables des paysans), répression (brimades, emprisonnements, relégations, assassinats), et corruption. Après Lumumba, il est celui qui a compris le mieux que tous les oppresseurs (colonisateurs et néocolonisateurs) utilisaient des intermédiaires congolais voués à leurs intérêts, et qu’ils corrompaient par l’argent, et des postes politiques. Des illustrations de ces faits ne manquaient pas : L’assassinat de Lumumba, décidé par des impérialistes, sera exécuté par des intermédiaires congolais mis au pouvoir (Tchombe, Munongo, Mobutu, Nendaka, Bomboko, Delvaux et Kasa-Vubu). Les sécessions décidées par les impérialistes, pour piller les richesses naturelles minières du Congo, étaient exécutées par des intermédiaires congolais (Tchombe, Munongo au Katanga, et Kalonji au Kasaï).
A un moment déterminant de l’histoire, où l’intérêt du peuple était en jeu, le 21 juillet 1961, au Conclave de Lovanuium, Mulele choisira le camp de ceux qui, au lieu de se laisser corrompre, combattront à la suite de Lumumba, les impérialistes et les Congolais affameurs de peuple. Il refusera de voter pour le gouvernement Adoula présenté comme le «successeur légal du gouvernement Lumumba, sorti des élections en 1960 ».
Il dira le 3 juillet 1963 : « La stratégie parlementaire a définitivement échoué au Conclave de Lovanium. Tous les nationalistes doivent quitter la capitale et rentrer chez eux. Il faut se préparer pour déclencher, dans toutes les régions du pays, un soulèvement populaire ».

III. QUE VOULAIT PIERRE MULELE ?

Ayant mesuré les conséquences désastreuses de la trahison de la cause nationaliste, opérée par la bourgeoisie bureaucratique compradore du Congo, et qui sont l’exploitation continue du peuple, et le pillage des richesses naturelles du pays au bénéfice des puissances étrangères, Mulele se donnera deux objectifs : 1. Transformer cette situation d’exploitation du peuple en situation de développement du pays en libérant le peuple des jougs des impérialistes et de cette bourgeoisie (du néocolonialisme) ; 2. Procurer le bien-être au peuple par le travail où celui-ci prend en mains son destin, en se prenant en charge. L’idée des CPP, Comités du Pouvoir Populaire – reprise plus tard par L-D Kabila - est née dans le maquis du Kwilu.
Mais par quel moyen arriver à ces objectifs ? Puisque le parlementarisme a échoué, Mulele a exclu de sa stratégie, le réformisme qui maintient l’ordre néocolonial, malgré l’acquisition des quelques avantages dérisoires qui ne profitent pas réellement à un peuple « qui restera toujours affamé, et asservi ». Il optera pour la lutte révolutionnaire, l’insurrection armée, qui, par son organisation et son mode d’action, impose la destruction de l’ordre néocolonial imposé par les impérialistes.
« Pour qu’il y ait lutte révolutionnaire, disent Mulele et ses compagnons - Bengila, Mitudidi, Mukwidi, et Mukulubundu -, il faut que les masses populaires participent – une fois organisées dans un parti révolutionnaire – à cette lutte, et qu’elles utilisent tous les moyens, y compris les fusils, pour en finir avec la réaction et l’impérialisme. » Dans cette tâche, Mulele a été éducateur, organisateur, et libérateur des masses populaires du Congo.
C’est lui qui, après Lumumba, a montré le mieux que le nationalisme au sens congolais, exige une lutte contre l’impérialisme, contre l’exploitation du peuple par la bourgeoisie bureaucratique compradore ; et recherche l’indépendance totale (politique, économique, socioculturelle) et recherche le développement du pays par la création d’un Etat voué aux intérêts du peuple, et par le travail de production fait par le peuple qui se prend en charge, et qui est gouverné dans la justice sociale.
Comprenant l’idée de Mulele, selon laquelle le parti est une grande arme de la révolution populaire, le journal «Révolution Congolaise » du 3 octobre 2003, consacré à Mulele, dit ceci : «Quand Mulele et Bengila rentrent au Congo en mars et en juillet 1963, ils sont convaincus qu’ils ne peuvent plus s’appuyer sur le PSA, ni sur le MNC-L. La majorité des dirigeants de ces partis ont trahi la lutte anti-impérialiste pour l’indépendance et la démocratie. Les autres se cramponnent aux positions nationalistes de 1960, dépassées par l’histoire qui a imposé une forme nouvelle de domination : le néocolonialisme. »
« Avant de créer un nouveau parti, Mulele veut faire comprendre à quoi ce parti servirait
Il faut d’abord montrer une nouvelle voie : celle de l’éducation, de l’organisation et de la mobilisation des masses, la voie de la lutte contre l’impérialisme dans tous les domaines et par tous les moyens, et principalement la lutte armée. »
« Le 3 août 1966, Mulele signe une lettre destinée à ses compagnons se trouvant à Brazzaville, à Gizenga qui est au Mali, à Kabila Laurent qui dirige le maquis de l’Est. Dans cette lettre, Mulele aborde la question du parti. » Il dit :
« Camarades,
Je vous prie de lancer un appel à l’unité à tous les camarades (nationalistes) qui sont avec vous, afin de créer un parti révolutionnaire avancé, au sein duquel tous les révolutionnaires du Congo seront regroupés. Je vous demande d’oublier vos querelles stériles du passé, de bannir l’esprit de séparatisme…L’union devra reposer sur une doctrine de base conforme à la ligne générale de la Révolution sur toute l'étendue du territoire congolais.
L’intérêt général de la Nation doit se placer au-dessus de toute ambition personnelle. C’est la raison pour laquelle notre lutte ne s’est appuyée sur aucun des Partis déjà existants, tels que PSA, MNC-L, Abako etc… »

IV. L’HERITAGE LAISSE PAR PIERRE MULELE

1. La Conscience nationaliste révolutionnaire : Mulele nous a appris que dans toute situation où se trouve notre peuple, nous devons toujours élucider les rapports (de production) qui déterminent les classes sociales en lutte entre elles. Au Congo, cette lutte des classes sociales, loin de s’arrêter, continue toujours. Que devons-nous faire devant la situation qui maintient la majorité de notre peuple (prolétaires et paysans) dans la misère pendant qu’une minorité bourgeoise riche l’oublie toujours - dans différents gouvernements -, dans ses intérêts ? Il faut une solution révolutionnaire pour des problèmes de développement de la Nation, pour les problèmes de la justice sociale, par le travail d’encadrement des masses populaires. Le réformisme étant inefficace pour les problèmes qui exigent une révolution nationale démocratique. Il faut une majorité parlementaire composée de nationalistes. Il faut un gouvernement formé par des nationalistes. Il faut une armée dirigée par des nationalistes. Il faut des entreprises d’Etat majoritaires au pays. Il faut des coopératives, des écoles, des hôpitaux construits, encadrés, dirigés par le parti des nationalistes, ou par des cadres nationalistes.
2. Les stratégies d’encadrement des masses populaires par la sensibilisation (éducation), l’organisation et la mobilisation de celles-ci, dans la lutte contre l’impérialisme, et pour l’intérêt du peuple. Cette tâche doit toujours être prioritaire pour des dirigeants du parti des nationalistes révolutionnaires, et dans le programme de ce Parti.
3. L’unité des nationalistes dans la création, et le maintien d’un Parti qui regroupe ceux-ci pour continuer la révolution populaire pour l’intérêt du peuple, de la Nation.
4. Le maintien des Comités du Pouvoir Populaire ; projet repris et développé avec bonheur par Laurent-Désiré Kabila en tant que projet de société.

POURQUOI A – T – ON ASSASSINE PIERRE MULELE ?

Il est des questions que les biographes de Mulele ne soulèvent pas assez alors qu’elles sont importantes. 1. Puisque Mulele n’était pas le seul révolutionnaire congolais qui a organisé et dirigé une insurrection armée contre les régimes de Kasa-Vubu et de Mobutu, pourquoi n’a-t-on pas assassiné les autres révolutionnaires qui étaient revenus au pays, tels que Gbenye, Soumialot, Gizenga et leurs collaborateurs ? 2. Puisque le régime de Ngouabi se disait progressiste, pourquoi a-t-il arrêté Mulele dès son arrivée à Brazzaville, le 13 septembre 1968, pour le livrer ensuite à Mobutu alors qu’il savait que ce dernier allait le tuer ?
3. Puisque Mulele était révolutionnaire d’une grande lucidité et d’un profond réalisme, qui connaissait bien les stratégies de répression du régime réactionnaire de Mobutu, pourquoi s’est - il laissé arrêter, et conduire vers Mobutu alors qu’il ne se faisait pas d’illusion sur le dictateur - allié des impérialistes, et anti-lumumbiste - de Kinshasa ?
Pour répondre à toutes ces questions, il faut d’abord analyser la situation du monde aux années soixante, à l’époque où les deux blocs – de L’Ouest impérialiste et de l’Est socialiste - étaient encore actifs sur les problèmes de rivalités hégémoniques. Les Etats-Unis d’Amérique et leurs alliés occidentaux capitalistes étaient décidés à combattre toute organisation révolutionnaire de « gauche » qui pouvait prêter main forte à l’influence socialiste au monde, en Afrique, et surtout au Congo, pays stratégique au cœur du continent et qu’ils ne voulaient pas perdre à cause de ses immenses richesses naturelles. Une des meilleures façons de le faire, était de «décapiter » ce type d’organisation en en tuant des leaders qualifiés d’IRREDUCTIBLES, et en provoquant des putschs contre ceux-ci. Tout révolutionnaire ayant des convictions inébranlables, et une détermination solide, ne pouvant changer de «camp », ne pouvant se convertir en collaborateur du capitalisme, était un « irréductible » parce qu’il était de ceux qui combattaient à tout prix le capitalisme, là où celui-ci était implanté. Et parmi les irréductibles du monde, du tiers-monde ,on comptait : Fidel Castro, Mao, Amical Cabral, Osende Afana, Nasser, N’krumah, Ho Chi Min, Che Guevara. Au Congo, on mentionnait en lettres de sang : Lumumba, Mulele, et L-D. Kabila.
Cette attitude de lutte (par répression et autres moyens de contrôle) de l’impérialisme contre des régimes socialistes, se traduit de différentes manières : en assassinats des leaders progressistes, et en stratégies de combat contre les régimes progressistes(coup d’Etat, boycott, sécessions, bombardements, autres formes d’agressions, occupations). Quelques illustrations la montrent : 1. Outre les assassinats de Lumumba, de Mulele, de Cabral, de Osende Afana, de Kabila, on mentionnera : 2. Installation des bases militaires près de la Russie, de la Chine, de Cuba, pour encercler ces pays. 3. Maintien systématique des foyers de conflits devant ronger ces Etats ou régimes (autour de la mer Caspienne où il y a le pétrole, Tchétchénie, Tibet). 4. Différentes sanctions économiques en utilisant l’ONU devant frapper ces pays, ou régimes (Cuba, Irak, Corée). 5. Consolider et augmenter le contrôle sur des pays stratégiques et riches du tiers-monde en y installant des régimes fantoches chargés des répressions de tout genre contre des «éléments progressistes » (Afrique dont le Congo, l’Afrique du Sud, le Nigeria, et Amérique latine) 6. Contrôle des richesses naturelles des pays du tiers-monde par des multinationales capitalistes, et par occupation militaire (Irak). 7. Contrôle de l’économie et de la politique des pays du tiers-monde par des organismes de l’ONU (Banque Mondiale, Front Monétaire International), par occupation et par l’intermédiaire des Etats satellites tels que Israël (Palestine).
L’Occident capitaliste a toujours regretté d’avoir perdu l’Angola, Cuba, le Vietnam, le Zimbabwe, la Corée, la Chine. Et dès lors, il n’a jamais cessé de les combattre.


En réponse à la question n°1 : Mulele a été tué – comme Lumumba et Kabila Laurent – parce que c’était un «irréductible ». Par sa mort, la révolution congolaise devait être «décapitée ». On attendra d’ailleurs une trentaine d’années pour voir resurgir celle-ci grâce à l’effort du dernier « irréductible » du Congo : L-D. Kabila !
En réponse à la question n°2 : Ngouabi a arrêté et livré Mulele à Mobutu, parce que son régime n’était plus dans le camp «socialiste ». Il composait bien avec l’impérialisme qui voulait liquider tout mouvement révolutionnaire de gauche en Afrique. S’il était progressiste, pourquoi n’a-t-il pas accueilli Mulele comme un «camarde de lutte » ? Pourquoi a-t-il plutôt décidé de l’emprisonner au «camp de la milice » sous surveillance militaire, et dès son arrivée à Brazzaville ? A l’époque de Massamba Debat, Neto était-il arrêté à Brazzaville ?
Les nationalistes qui n’étaient pas des irréductibles, n’ont pas été arrêtés à Kinshasa ou à Brazzaville, parce qu’ils n’inquiétaient pas sérieusement les capitalistes. Tous ceux qui ne cherchaient pas à détruire le système et l’ordre capitalistes, n’étaient ni dangereux, ni nuisibles pour les impérialistes. Les réformistes, les petits bourgeois – où l’on recrute pourtant beaucoup d’intellectuels - ne sont pas de ceux qui pouvaient détruire l’ordre impérialiste en Afrique et au reste du monde. On devait les tenir en réserve pour les utiliser pour défendre au besoin «les Droits de l’Homme et la Démocratie ». Leurs représentants qui ne dérangeaient personne chez les capitalistes, tels que Henri Lopez, T. Kanza, Tchicaya, Senghor, V.Y Mudimbe, Diouf, Koffi Anan, pouvaient occuper des postes à l’Unesco, à la francophonie, à l’ONU, et même à l’Académie Française. Pour sauver les apparences, les impérialistes tiennent à montrer que le tiers-monde est bien représenté dans telles institutions où l’on ne verrait pourtant jamais un F.Fanon, un C.Anta Diop ou un N’Krumah.
En réponse à la question n°3 : Mulele avait perdu sa lucidité dans son état d’arrestation à Brazzaville. Beaucoup de témoins racontent qu’il «ne raisonnait plus bien » après son arrestation. Selon eux, «Il perdait souvent, dans ses propos, le fil de sa pensée, de ses idées ». Ces témoins pensent qu’en prison, «il a été sûrement empoisonné, ou intoxiqué par un produit qui abrutit, et qui a été mis dans une boisson et un repas qui lui ont été destinés. »
On raconte que Germain Mwefu, un ami de jeunesse de Mulele, a dit le 1er octobre 1968, à ce dernier à Kinshasa, alors interné chez Justin Bomboko, de « prendre la fuite parce qu’on allait le tuer ».
La réaction du maquisard qui a fait trembler les impérialistes au Congo, étonne : au lieu de prendre fuite, sachant bien ce qui l’attendait, il se borna à répondre dans une résignation qui ne lui ressemble pas : « Je ne suis pas allé à Brazzaville pour arriver à Kinshasa. Il y a eu un changement là-bas et cela m’a amené ici. Il y a trois choses (dans la vie d’un homme) : la naissance, la vie et la mort. J’ai fait tout ce que je pouvais, j’ai semé les bonnes graines, elles ne sont pas tombées sur les rochers mais dans la bonne terre. J’attends maintenant mon dernier jour. » Mulele, à Kinshasa, a-t-il oublié ce qu’il est allé chercher à Brazzaville , en quittant le maquis du Kwilu?
Tous ceux qui l’ont vu partir du Kwilu, et tous ceux qui l’ont vu arriver à Brazzaville, affirment que son désir n’était pas la recherche de la mort, et que son projet était ailleurs ! N’a-t-il pas désapprouvé la mort de Lumumba par assassinat ? A partir de sa prison de Brazzaville, il ne savait plus exactement ce qu’il était devenu. Drogué, aliéné par intoxication, il avait perdu le sens de l’histoire. Il avait oublié, on l’a fait oublier plutôt que la lutte des classes sociales ne se solde pas par la résignation des opprimés.


RECOMMANDATIONS :

1. Forts des leçons reçues de Mulele, les Nationalistes révolutionnaires congolais doivent continuer la révolution congolaise pour l’intérêt du peuple.
2. Ils doivent exiger un Procès public sur l’assassinat de Mulele.
3. Ils doivent exiger que celui-ci soit proclamé «Héros National ».
4. Ils doivent créer, dans un bref délai, un Parti nationaliste révolutionnaire du Congo.
Si ce parti – en tant qu’arme de la révolution - ne voit pas le jour dans un proche avenir, la restauration du régime néocolonial qui sera bientôt installé au Congo après les élections de 2006, risque de balayer à jamais le mouvement nationaliste congolais actuellement en cours de perdition. « MULELE MAÏ ! »

Nous vous remercions, Chers Camarades, pour votre aimable attention.
Pour les Forces Nationalistes Révolutionnaires du Congo, F.M
Kinshasa le 15 octobre 2006.