Un pas dangereux vers la restauration du mobutisme en marche.

Vendredi 11 mai, les sénateurs congolais ont choisi Léon Kengo wa Dondo à la présidence du Sénat avec 55 voix sur 106 votants.

Léon Kengo wa Dondo a été le Premier ministre préféré de Mobutu de 1982 à 1986, de 1988 à 1990, encore de 1994 à 1997. Il a été également ministre des Affaires étrangères du Zaïre (Congo) de 1986 à 1987. Il était aussi l'enfant chéri des grands pays de l'OCDE et des institutions financières internationales.

C'est Kengo wa Dondo qui,sur ordre de l'Occident, a imposé pendant les années 80 des mesures d'austérité extrême, mesures qui ont accentué la misère de la population congolaise.

C'est Kengo wa Dondo qui en 1996 a dirigé la guerre « foudroyante » pour défendre la dictature mobutiste contre la guerre de libération menée sous la direction de Mzee Laurent Kabila.

C'est encore Kengo wa Dondo, qui, en coulisses, était le vrai dirigeant (*) des nombreux mobutistes qui ont collaboré avec les armées ougandaise et rwandaise entre 1998 et 2003, dans la guerre qu'elles ont menée contre le Congo. Kengo est ainsi co-responsable du génocide dans lequel ont péri plus de 4 millions de Congolais.

L'élection de Kengo wa Dondo à la tête du Sénat, le 11 mai, est un pas vers la restauration du mobutisme et du système néo-colonial au Congo.

Surtout que d'autres membres du bureau du Sénat, élus ensemble avec Kengo, sont également des mobutistes influents: Edouard Mokolo wa Pombo, ancien chef de sécurité de Mobutu, et Mario Cardoso, ancien ministre de Mobutu dans les années 60 et début 70.

En plus, désormais Kengo wa Dondo, en tant que Président du Sénat, est selon la constitution le numéro deux dans la hiérarchie politique. Il est, à ce titre, le successeur du Président Kabila en cas de disparition de ce dernier. Ainsi, l'assassinat du Président Joseph Kabila aurait comme conséquence que la légalité quiterait le camp nationaliste, et reviendra au camps des assassins! Kengo deviendra Président pour six mois, puis il organisera des élections que, sans doute, il gagnera!

Quelles sont les causes de cette évolution dangereuse?

D'abord les gouvernements occidentaux ont toujours fait comprendre qu'ils n'accepteraient jamais un pouvoir nationaliste homogène au Congo, élu ou pas. Aux cours des dernières années, différents ministres et responsables belges, français et étasuniens ont exigé à plusieurs reprises qu'après les élections «, l’on devra inclure les perdants dans le nouveau pouvoir ».

Le mobutiste Jean-Pierre Bemba a perdu les élections présidentielles contre Joseph Kabila. Mais sa « garde personnelle » a tenté un coup d'état les 22 et 23 mars...

Après l'échec, les puissances occidentales ont redoublé les contacts avec leurs représentants dans la classe politique congolaise. Ainsi ils ont réussi à imposer Kengo wa Dondo, l'homme de main préféré de Mobutu, à la tête du Sénat! .

Après l'assassinat de Mzee Laurent Kabila en 2001, le Président Joseph Kabila s'est lancé dans une politique de « faire des concessions pour sauver l'essentiel ». Dans son speech d'investiture du 26 janvier 2001, il a défini l'essentiel : la fin de la guerre, le retrait des troupes d'agression, le rétablissement de l'unité du territoire congolais et l'organisation d' élections libres et transparentes.

C'était un choix à la fois courageux et risqué. Risqué, car cette politique pouvait devenir une pente glissante menant au suicide politique de la famille politique nationaliste.

Dans ces conditions, les comités du pouvoir populaire ont été dissous sans discussion avec les concernés. Et l'idée qu'il fallait poursuivre la réconciliation avec les pires bourreaux du peuple congolais a gagné du terrain.

L ors de la campagne électorale, Joseph Kabila a été obligé par les Occidentaux à ne plus dénoncer les crimes de guerres de Jean-Pierre Bemba ou du RCD (les rebelles pro-rwandais).Kabila s’est ainsi trouvé contraint à des alliances électorales avec pour seul critère l'appui à l’élection de sa personne à la Présidence . Dans cette Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP), les véritables nationalistes ont été marginalisés et noyés dans une majorité d'opportunistes, ancien mobutistes ou nouveaux candidats à l’enrichissement débridé.

C'est ainsi que des 60 sénateurs qui étaient supposés être loyal au Président Joseph Kabila, il y en a au moins 11, et selon certaines sources 19, qui ont voté pour le candidat de la restauration mobutiste.

Les élections parlementaires de l'année passée, étaient contestables. L'argent et la capacité de promettre des postes étaient les clés du succès. Ainsi, très peu de parlementaires nationalistes conséquents ont été élus et la Cour Suprême de Justice a été submergé de plaintes.

Mais l'alliance Kabila-Gizenga, qui sortait victorieuse des élections, était bien l'expression de la volonté populaire. Cette alliance incarne le refus du mobutisme et la volonté du retour à une politique nationaliste authentique, référant aux héros du people congolais : Lumumba, Mulele et Mzee Kabila.
Or, maintenant cette alliance se voit menacée par une restauration mobutiste avec Kengo wa Dondo.

Nous espérons que les nationalistes congolais sauront reprendre l'initiative politique et sauront défendre l'héritage politique de Lumumba (assassiné le 17 janvier 1961), de Mulele (assassiné le 2 octobre 1968) et de Mzee Laurent Kabila (assassiné le 16 janvier 2001).

Nous sommes solidaires avec le peuple congolais dans sa lutte pour l'indépendance, la démocratie, le progrès social et économique, et l'instauration d'un pouvoir populaire réel.

Communiqué PTB, 15 mai 2007

(*) Kabila et la révolution congolaise, Panafricanisme ou néocolonialisme. Ludo Martens, EPO Anvers 2002, page 410.