Etienne Tshisekedi s'est démarqué de
ses anciens alliés du RCD/Goma
Vengeance personnelle ou stratégie électorale
?
Analyse Georges Alves
Bruxelles, 13 octobre 2003 - Le président de
l'Union pour la démocratie et le progrès social(UDPS),
M. Etienne Tshisekedi, n'a pas fait de cadeau au RCD (Rassemblement
congolais pour la démocratie). A peine revenu de son exil (volontaire)
de deux ans en Afrique du Sud, le leader de l'UDPS a déclaré
désuète l'Alliance pour la sauvegarde des accords de Lusaka
(ASDL), conclue deux années plus tôt avec l'ancien mouvement
rebelle pro-rwandais. Pour le patron de l'UDPS, une telle alliance n'a
plus aucun sens dans la mesure où l'objectif qu'elle poursuivait
a été atteint : l'Accord global et inclusif et la Constitution
de la Transition qui ont donné lieu aux institutions transitoires
mises en place dont le gouvernement.
Toutefois, Tshisekedi a annoncé son intention de poursuivre
les contacts personnels avec les dirigeants de l'ex-rébellion
et de s'en tenir à ce principe. Kigali et le RCD/Goma se sont
gardés de réagir officiellement à l'annonce faite
par le dirigeant de l'UDPS. Ce silence officiel est sans aucun doute
chargé de beaucoup d'amertume. Des sources fiables font état
de nombreuses visites rendues par des responsables de l'ex-rébellion
à Tshisekedi, ces derniers jours. L'alliance avec l'UDPS préoccupe
au plus haut point Kigali et les dirigeants du RCD.
Car, il est de notoriété publique que l'organisation
de M. Ruberwa est non seulement perçue par l'écrasante
majorité des Congolais comme une association obéissant
sans broncher aux injonctions de Paul Kagame et ses maîtres, mais
aussi comme une création rwandaise. Sans alliance avec un parti
crédible à Kinshasa, le navire RCD risque de sombrer corps
et biens avant même les élections qu'on espère bien
qu'elles auront lieu dans deux ans.
Etienne Tshisekedi n'a pas la mémoire courte
« Justice est faite »,souligne-t-on dans les milieux proches
du vieux leader de « l'opposition non armée ». Car,
comme on le sait, les partisans de l'UDPS n'ont pas apprécié
le lâchage de leur leader par Kigali et le RCD et la désignation
de Z'haïdi Ngoma à la vice-présidence de la République.
Kigali et son allié, le RCD, se souvient-on au siège
du parti à Limete, n'avaient pas jugé nécessaire
de défendre la candidature du vieil opposant. Selon certaines
indiscrétions, le RCD aurait à l'époque informé
son parrain de l'inutilité de s'accrocher à un Tshisekedi
qui serait passé de mode. Cette erreur ou plutôt cette
perfidie, les hommes de Paul Kagame au Congo la paie cache aujourd'hui.
Vieux routier de la politique congolaise, Etienne Tshisekedi n'est pas
allé par quatre chemins pour prendre sa revanche.
Il faudrait cependant avoir l'esprit mal tourné pour reprocher
à celui qui écume la politique congolaise depuis 1960
d'avoir fait le constat selon lequel les accords de Lusaka sont d'application.
Au-delà de l'esprit de vengeance supposée, le leader de
l'UDPS ne sait plus que faire d'une alliance avec un RCD/Goma qui traîne
une impopularité sans commune mesure et « rwandophonisé
» par-dessus le marché. A deux ans des "élections",
ce retournement de veste ˆqui n'est rien moins que de l'opportunisme-
peut faire figure de sagesse. !