A propos de la présence
des troupes rwandaises en RDC:
Qui de Kagame et Murigande dit vrai ?
Georges Alves
Bruxelles, 21 octobre 2003
Suivi
d'une dépêche de l'AFP datant du 25 octobre
Le Ministre congolais des
Affaires étrangères, Ghonda Mangalibi, devrait apprendre
à se méfier de son homologue rwandais, Charles Murigande.
Lors de la dernière visite du sous-secrétaire d'Etat américain
aux affaires africaines, M. Kensteiner, la semaine dernière à
Kigali, le patron de la diplomatie rwandaise avait prétendu que
le gouvernement congolais " continuait à armer les Interahamwe
et les ex-FAR ". Il a par conséquent menacé le Congo
d'une seconde invasion militaire rwandaise. Sa déclaration qui
a été largement diffusée et commentée par
les médias, notamment par l'AFP, a désagréablement
surpris les autorités de Kinshasa. Choqué, Kinshasa a
qualifié ces déclarations d'irresponsables et s'est dit
prêt à prendre les dispositions qui s'imposent en cas de
besoin. C'était la première fois depuis le début
de l'agression dont le Congo est victime de la part du Rwanda que les
dirigeants congolais répliquent à la menace rwandaise.
D'habitude, face à l'arrogance rwandaise, Kinshasa a toujours
eu un profil bas.
Décontenancé
à son tour, Murigande est revenu quelques jours plus tard sur
sa déclaration en prétendant que ses propos avaient été
altérés, et donc mal interprétés par les
journalistes… Cette volte-face est intervenue curieusement juste
au moment où le gouvernement congolais s'est estimé en
devoir de prendre des mesures de rétorsion contre le régime
de son maître, Paul Kagame, au cas où la situation l'exigerait.
Cela a suffi pour décider le ministre rwandais à improviser
un voyage à Kinshasa.
Une fois dans la capitale
congolaise, Murigande a affirmé cette fois-là qu'il ne
reste plus un seul soldat rwandais sur le sol congolais depuis leur
retrait(?) en octobre 2002. Une déclaration qui n'a certainement
pas manqué d'irriter les patriotes congolais. Une déclaration
qui rappelle aux Congolais une autre profession de foi des autorités
rwandaises au début de l'agression. En effet, d'août 1998
à novembre 1998, Kagame et sa clique ont farouchement nié
la présence des soldats rwandais sur le sol congolais. Selon
les militaristes au pouvoir au Rwanda, " la guerre qui se déroulait
au Congo était une affaire congolo-congolaise, une révolte
des Congolais contre la dictature de Kabila ". Malgré les
dizaines de soldats rwandais et ougandais faits prisonniers de guerre
dans le Bas-Congo, les deux comparses, Kagame et Museveni, ont continué
à opposer un démenti formel. C'est lors de la visite de
Kagame en Afrique du Sud, le 6 novembre 1998 et après une longue
entrevue avec Mandela, l'autre parrain, que le dirigeant rwandais finira
par avouer ce que tout le monde savait déjà. Mais il ne
suffisait pas d'avouer, il fallait surtout justifier cette flagrante
violation du Droit international : c'est alors qu'est née l'affaire
" Intrahamwe et ex-FAR".
Ce énième mensonge
de Kigali tombe au moment où dans le Nord et le Sud-Kivu, plusieurs
organisations de défense des droits de l'homme dénoncent
les préparatifs d'une nouvelle agression rwandaise. Selon ces
organisations, le recrutement et la formation de nouvelles milices par
les officiers de l'APR (l'armée patriotique rwandaise) se font
au grand jour dans ces deux provinces grâce notamment à
la collaboration de deux gouverneurs, MM. Serufuli et Chiribanya. "
Nous savons des informations selon lesquelles le recrutement d'enfants-soldats
et la violence à l'encontre des femmes seraient en augmentation
dans les Kivu ", soulignait dernièrement Mme Khan, la secrétaire
générale d'Amnesty International, pour corroborer les
informations des ONG congolaises de défense des droits de l'homme.
A ces informations alarmantes, d'autres sources dénoncent aussi
une très grande concentration des troupes rwandaises dans le
territoire congolais de Rutshuru au Nord-Kivu.
L'un dit " oui
", l'autre " non "
Lors de la dernière
visite des ministres belges des Affaires étrangères, Louis
Michel, et son collègue de la Coopération au développement,
Marc Verlwigen, le dictateur rwandais a laissé entendre qu'il
appartenait au gouvernement congolais de récupérer l'ensemble
de son territoire national. Dans le cas contraire, le peuple congolais
devrait faire preuve de patience jusqu'à nouvel ordre : "
Kisangani n'est pas une ville du Rwanda ; par conséquent Kinshasa
devrait prendre les dispositions pour recouvrer l'ensemble du Congo
de sa souveraineté dans le meilleur délai, s'il le faut.
Sinon, c'est au peuple congolais de comprendre qu'il doit encore faire
preuve de patience ". Kagame avoue ainsi la présence de
ses troupes à l'Est du Congo et met pratiquement les autorités
congolaises au défi de récupérer leur " bien
". Cet aveu lui a été arraché par les journalistes
de la radio-télévision belge francophone (RTBF). La question
portait justement sur la présence ou non des troupes rwandaises
en RD Congo.
Que Murigande démente
ce qui est une évidence alors que son maître reconnaît
implicitement cette présence n'étonne pas outre mesure,
car depuis le début de la tragédie congolaise, Kigali
s'est caractérisé par une diplomatie arrogante faite de
mensonges, de fausses accusations et d'affabulations.
Suite
dans cette dépêche de l’AFP:
La présence de troupes
rwandaises et de supplétifs constatée en RDCongo
KANYA BAYONGA,
25 oct (AFP) - La présence de militaires rwandais,
pourtant censés s'être totalement retirés de RDC
depuis fin 2002, a été confirmée par de nombreux
témoins dans l'est du pays, malgré les dénégations
de Kigali et le mutisme de la Mission de l'Onu en RDCongo (MONUC).
Le témoignage le plus récent est celui, vendredi, d'un
correspondant de l'AFP voyageant avec un groupe de confrères
au Nord-Kivu (est) qui s'est trouvé avec un groupe de soldats
rwandais.
"Entre Kanya Bayonga et Luofo, nous sommes tombés, au
niveau du marché, sur une centaine de soldats rwandais, en uniforme
de l'APR (Armée patriotique rwandaise) et armés jusqu'aux
dents", a raconté le journaliste Freddy Mulongo.
"Les soldats rwandais ne se cachent pas et semblent très
sûrs d'eux. Quant à la population, elle nous a exprimé
son sentiment d'être abandonnée par le pouvoir central",
a ajouté M. Mulongo.
Kanya Bayonga est limitrophe du Rutshuru, un district situé à
la convergence des frontières ougandaises et rwandaises.
La semaine dernière des observateurs de la société
civile avaient signalé à l'AFP "une concentration
de troupes rwandaises, chiffrée à plusieurs milliers d'hommes,
dans le Rutshuru", ce que le ministre rwandais des Affaires étrangères,
Charles Murigande a démenti quelques jours après à
Kinshasa.
"Il n'y a pas de soldat rwandais en RDC depuis le 22 octobre 2002,
date à laquelle le Rwanda a retiré son contingent. Je
mets au défi quiconque de trouver un seul homme de l'APR sur
le territoire congolais", a déclaré M. Murigande.
Depuis la signature, fin
juillet 2002 à Pretoria d'un traité en paix entre la RDC
et le Rwanda, impliquant pour ce dernier le retrait total de ses troupes
et pour Kinshasa, la maîtrise des milices Interahamwe et ex-Forces
armées rwandaises - bras armés du génocide de 1994
- des observateurs civils ont fréquemment signalé la présence
d'hommes de l'APR en territoire congolais.
Ces hommes sont souvent intégrés à des forces du
RCD (ex-rébellion soutenue par le Rwanda) qui doivent, depuis
la formation du gouvernement d'union nationale, se fondre dans les Forces
armées congolaises (FAC).
Sollicitée pour l'envoi d'observateurs militaires, la MONUC a
chaque fois déclaré n'avoir pas vu "d'hommes en uniforme
rwandais", selon l'expression du chef de ses forces armées,
le général Mountaga Diallo.
Pour les responsables de radios communautaires de l'est, "la MONUC
a évolué, déployant plus d'hommes et de moyens
et comme elle effectue des reconnaissances aériennes, notamment
pour contrer le trafic d'armes légères, elle ne peut ignorer
la présence militaire rwandaise".
Vendredi, à Kinshasa, la secrétaire générale
d'Amnesty International (AI), Irène Khan, au terme d'une mission
de 7 jours dans l'est de la RDC, a dénoncé la présence
"constante" de soldats rwandais.
"Il y a encore des acteurs rwandais sur le terrain" a affirmé
Mme Kahn, invitant instamment Kigali et Kampala à "prendre
des mesures immédiates pour traduire dans les faits leurs promesses
et en finir avec le soutien continu qu'ils ont fourni aux groupes armés".
Tout autant que les hommes de l'APR, les population redoutent les miliciens
Interahamwe qui "violent et volent le bétail".
A Luofo, à 27 kilomètres de Kanya Bayonga, le religieux
en charge du diocèse, a déclaré au correspondant
de l'AFP que nombre d'entre eux "campent dans la colline",
information confirmée par le "Coq du village", la radio
de Luofo.
"Les Interahamwe ne portent pas d'uniforme, mais sont
en contact permanent avec les soldats rwandais. En fait il travaillent
avec eux et sont un +prolongement+ de l'APR sur place",
a affirmé le religieux.
Mi-octobre M. Murigande utilisé la présence des Interahamwe
dans l'est pour suggérer que son pays pourrait revenir en RDC,
s'il se sentait "menacé".
"La MONUC a raté le désarmement volontaire, les
Rwandais ont réussi le réarmement et l'intégration
des Interahamwe à leurs réseaux, pour de nouvelles agressions
contre le peuple congolais", a analysé un diplomate
occidental en poste à Kinshasa.